Couple : Sakumo Hatake x Orochimaru
Genres : Amitié – Famille – Humour – Tranche de vie / One-shot
Rating : +8
Résumé : Orochimaru avait d’autres choses à faire, plus urgentes, plus vitales. Et, finalement, il se retrouva à admirer l’esprit diabolique de son beau-fils.
Bonne lecture !

Dégustant une part bien juteuse de pastèque, Kakashi observait le potager, appuyé contre le chambranle de la porte.
Son beau-père avait quelque chose d’autre de prévu lorsqu’il le dépassa, relisant ses notes, avant qu’il ne le remarque et ne s’arrête, examinant rapidement ce qui pourrait arracher son fils de ses habituels passe-temps.
— Serait-ce… Obito-kun et Tenzō-kun ?
— Eux-mêmes.
Soudain bien plus intéressé, le Sannin glissa ses parchemins dans une manche et s’arrêta à la hauteur du chūnin faussement nonchalant.
Plissant les yeux, il scruta l’éventuelle activité qui pouvait occuper ses deux anciens sujets d’expérience.
— Que font-ils dans le potager ? Ton père leur a donné l’autorisation ?
— Maa, ce que papa ignore ne peut pas lui faire de mal, non ?
Malgré la tranche de pastèque et son demi visage neutre, Orochimaru n’avait aucun doute sur le sourire en coin qu’il devait arborer. Non seulement il connaissait Kakashi depuis l’époque des couches, l’ayant vu grandir, mais il savait surtout de qui il avait pris cette habitude.
— Tu t’occuperas seul des conséquences, renifla-t-il.
— Et moi qui avais espéré pouvoir compter sur ton grand cœur, soupira-t-il théâtralement.
— Je n’ai pas de cœur, voyons.
— Uniquement parce que tu l’as donné à papa.
Amusé par sa répartie – il était si difficile de trouver des interlocuteurs digne de ce nom ! – Orochimaru retourna son attention sur le spectacle étrange donné par les deux chūnin qui continuaient de faire il-ne-savait-quoi dans le lopin de terre grâce auquel son époux faisait pousser toutes sortes de légumes et de fruits, reportant l’affection qu’il ne pouvait dispenser à ses proches, étant parvenu à s’entourer de trois personnalités froides et distantes.
Sans doute la malédiction des personnalités solaires. Il n’y avait qu’à se rappeler le petit Obito-kun lors de ses premières années avec Kashi…
L’écorce dénuée de chair rose traversa soudainement son champ de vision, frappant un fessier et arrachant une note aigue de son propriétaire :
— PUTAIN !
Obito – il n’y avait bien que lui à être aussi vocal pour quelque chose d’aussi trivial – se tourna de moitié, levant un poing dans la direction de son agresseur, paraissant prêt à lui vomir dessus un tombereau de ses insultes les plus épicées – prouesse pour lequel il était bien connu – mais se dégonfla aussi sec en se rendant que, non seulement ledit agresseur n’était plus seul, en plus encore de son identité.
Sagement, il se dégonfla et leur tourna le dos. Cependant, il ne fit rien pour cacher le rouge de ses oreilles.
À ses côtés, Tenzō s’était redressé, sans doute pour observer la raison de l’agitation, mais n’avait rien fait de plus, sûrement concentré sur ce qu’il faisait, peu importe ce que ça pouvait être.
Tous les quatre étaient parfaitement conscients de l’habileté de Kakashi lorsqu’il s’agissait de toucher sa cible, il était donc évident pour tout le monde que la destination des reliefs de son goûter avait été délibérée.
Pour sa part, Orochimaru était beaucoup de choses, était compétent sur de nombreuses autres. En revanche, accepter qu’un secret le reste était un concept qui lui était étranger.
Il avait besoin de tout savoir, de tout comprendre, de tout tenter.
(C’était d’ailleurs étrangement ainsi qu’il s’était non seulement retrouvé dans le lit du Croc Blanc puis, plus tard, avec la bague au doigt. Encore maintenant, il n’était pas sûr du déroulé des événements menant à ces deux faits. Pas qu’il le regrettait, cela dit.)
Sa curiosité n’était pas seulement un mauvais défaut, elle serait certainement ce qui provoquerait son décès. À savoir ensuite si ce sera sur le terrain ou dans un de ses laboratoires.
(Sakumo le surnommait son « savant fou ». Mais il utilisait un ton si attendri qu’il ne trouvait pas en lui la force de se battre contre cette appellation. Alors, il se contentait de ronchonner pendant que ce vieux loup l’embrassait sur la tempe ou lui caressait les cheveux, selon l’humeur.)
Kakashi était la solution la plus simple pour étancher sa soif, sauf qu’il avait appris la ruse et les phrases sibyllines sur ses genoux. Il pourrait tout aussi bien lui offrir la réponse sur un plateau d’argent que lui répondre à côté.
Les deux jeunes hommes, par contre, seraient sans doute ravis de prendre une pause et de lui répondre, bien trop naïfs malgré toutes ces années sur le terrain.
Seulement, ils étaient en plein soleil, et son fils adoptif aîné était à juste un bras de là.
— Et que font-ils dans le potager de ton père ? relança-t-il.
Certes, par ses traits reptiliens, Orochimaru aimait se prélasser au soleil, au même titre que père et fils appréciaient courir en plein air, mais il n’avait pas les écailles qui allaient de pair. Et il était hors de question qu’il se présente devant Tsunade plus rouge qu’une tomate bien mûre, merci !
— Ils jardinent.
Sage, il avait trop bien élevé cet enfant… Était-ce ce que les gens appelaient le karma ?
— Ton père ne va pas apprécier.
— Papa devrait être ravi, au contraire.
Sans sa friandise, son voisin ne chercha même plus à cacher son sourire satisfait. Il permit même à ses yeux d’afficher cette étincelle d’espièglerie qui, cette fois, provenait de Sakumo.
Lentement, une idée globale de la situation commençait à se créer dans l’esprit du scientifique, mais il ne pouvait être sûr de rien, au vu des maigres informations dont il disposait.
— Donc, tu essaies de me faire croire…
— Personne peut essayer de te faire croire quoi que ce soit, l’interrompit-il.
Amusé par le ton catégorique, il tendit le bras et lui pinça affectueusement la joue.
Il n’avait jamais été très friand des enfants, mais élever Kakashi, et ensuite Tenzō, puis frayer avec ses rares amis, lui avait fait repenser la question.
Pas qu’il ne l’avouerait à voix haute, autant pour le bien de sa réputation que parce qu’il se doutait de la réaction immédiate de son mari si jamais il l’apprenait. Tout Hokage qu’il soit, il serait capable de revenir le lendemain avec toute une brochette d’orphelins, l’œil brillant et une queue imaginaire battant comme une folle.
— Donc, reformula-t-il. Je constate que ton petit ami et ton frère ont les mains enfouies dans le potager de ton père. Tu es d’accord avec moi ?
— Obito n’est pas mon petit ami. Mais sinon, c’est bien ça.
Il n’y avait bien que lui pour ne pas se rendre compte des sentiments que le jeune Uchiwa portait en son encontre et ce, depuis qu’ils étaient enfants. Chez lui, le coup de foudre avait été un peu trop littéral : il avait été la cible involontaire de la nature Raiton de Kakashi et il semblerait que ce fut ce qui entérina l’intérêt qu’il portait à son camarade, depuis.
— Et, qu’est-ce que tu leur as dit, pour qu’ils en arrivent là ?
— Moi ?
Les efforts réalisés par Kakashi pour tenter de ravaler son sourire et garder une façade neutre suffirent pour lui transmettre ô combien il allait adorer la dernière bêtise du trio. Ça allait être simplement débile, comme ils savaient si bien le faire.
Un peu comme à l’époque de sa propre équipe, mais il n’y avait bien que la nostalgie qui lui permettait de redorer ces instants, en effaçant les blagues lourdes de Jiraya, les caprices bruyants de Tsunade et la dépression induite par les décès successifs de ses parents.
Malgré ses meilleures tentatives, le chūnin affichait toujours un peu d’amusement alors qu’il tournait vers lui son expression la plus innocente qu’il possédait.
— Et, pour quelles raisons font-ils ça ? reformula une nouvelle fois son beau-père.
— Il se pourrait…
S’appuyant plus lourdement contre le chambranle, croisant bras et jambes, Kakashi semblait savourer ce qu’il allait dire, l’encourageant à l’imiter.
Avait-il déjà dit à quel point il appréciait son beau-fils ? Tout scientifique qu’il était, il n’en appréciait pas moins un agent du chaos, tant qu’il était suffisamment intelligent pour rester subtil et ne pas se faire attraper.
Qualités que son aîné avait cultivé avec soin.
D’autres, moins raffinés, se contentaient de dire que Kakashi était un foutu troll.
— Il se pourrait, répéta-t-il, qu’Obito ait clamé – à sa manière habituelle – qu’il était le meilleur utilisateur du Mokuton. Évidemment, Tenzō a protesté. Enfin, à sa manière, tu le connais.
Autrement dit, le jeune Uchiwa avait braillé sa déclaration avec mauvaise foi et en vrillant les tympans de tout le quartier, pendant que son autre fils adoptif pesait sur lui un regard froid de mécontentement.
La personnalité… volubile de leur futur gendre avait été un choc pour leur famille de taiseux – aussi lumineux et solaire que soit Sakumo, il restait plus un homme d’action que de mots – mais ils avaient tous les cinq appris à s’adapter et les éruptions soudaines s’étaient amoindries avec le temps. Mais, elles existaient toujours.
Orochimaru eut une pensée pour son cadet qui était celui qui supportait le moins le tempérament bruyant du soupirant de son frère.
(Cependant, il était parfaitement conscient qu’il ne se laissait pas faire et parvenait toujours à trouver un moyen de lui rendre la monnaie de sa pièce. Il était aussi très fier de lui.)
— Et, bien sûr, tu n’es pas du tout intervenu.
— Pourquoi l’aurais-je fait ? Je ne suis pas concerné !
Là encore, l’expression innocente était mise en échec par l’étincelle amusée contenue dans les yeux gris.
— Peut-être, et j’ai bien dit « peut-être », leur ai-je conseillé de faire leurs preuves.
— Et quel meilleur endroit que le potager de ton père ? se moqua Orochimaru.
— Lui qui se plaint depuis des années de ses épinards d’été…
Ignorants des messes basses, les deux compétiteurs (dont un qui se demandait encore pourquoi il était là et, surtout, pourquoi il ne partait pas) manipulaient leur chakra afin de soutenir la pauvre plante que le propriétaire des lieux s’entêtait, année après année, de cultiver, dans l’indifférence familiale.
Ils étaient tellement appliqués dans leur tâche qu’aucun d’eux ne s’était encore rendu compte qu’il n’y avait eu ni objectif ni récompense – ou amende – de fixés.
Mais, avec un peu de chance, Kakashi leur laissera quelques tranches de pastèque…

