En revenant au penthouse, Naruto avait fait les cent pas pendant de longues minutes, se rongeant l’ongle du pouce sans prêter attention au vernis noir qui le recouvrait.
Il se trouvait une nouvelle fois à devoir réaliser un choix. Un qui ne lui plaisait absolument pas, peu importe lequel il prenait.
Quand il estima s’être suffisamment torturé ainsi et que, non, définitivement pas, aucune alternative n’était la bonne, il s’arrêta dans ses tranchées. Il prit une profonde inspiration, carra les épaules et… alla enfiler son pyjama.
Ce fut donc avec son plus beau kigurumi de renard et son bonnet de nuit morse qu’il alla frapper à la porte de la chambre de Sasuke, un coussin dans ses bras.
Lorsque son ami lui ouvrit, il ne lui laissa pas le temps de lui demander la raison de sa venue si tardive qu’il s’engouffra dans la pièce, le repoussant au passage.
— Mais vas-y, fais donc comme chez toi, marmonna l’occupant des lieux, mal embouché.
Lorsqu’il se retourna, une fois la porte fermée, et qu’il aperçut Naruto assis sur le lit, recroquevillé autour du coussin qu’il avait apporté, il changea d’humeur.
— Tu as fait un un cauchemar ?
De leur époque en tant que recrue, il n’avait pas été rare que son ami vienne toquer à sa chambre après un mauvais rêve. La fréquence s’était ralentie avec les années, mais les habitudes restaient.
— Non. Pas encore eu le temps de dormir. On a besoin de parler.
— Je dois appeler mon avocat ou Sakura ?
Le rejoignant sur son lit, il le poussa d’un coup d’oreiller, puis s’assit à côté, remontant la couette sur eux. Il bailla longuement pour se réveiller correctement, puis tourna la tête vers lui, attentif.
— Tu sais, le combat dans le bâtiment des bains ?
— Comment l’oublier ? se renfrogna-t-il. T’as idée du temps que ça nous a pris pour nous déshabiller ? C’est déjà pas génial le cuir moulant, en temps normal, mais avec la sueur, le sang, la saleté…
Estimant que la liste allait être longue, son ami agita la main, le coupant dans ses récriminations.
— Je me suis séparé de vous, quand je me suis rendu compte qu’Itachi avait du retard sur le reste du groupe. Et… on a parlé. Enfin, pas vraiment, on s’est invectivé, et tout le tremblement ! Mais, il a dit un truc… troublant.
— Du genre ?
Naruto n’était pas du style à tourner autour du pot, ce qui inquiéta le danseur.
— J’ai parlé de toi, puis il a dit « Je parie que c’est un Uchiwa ». Et il a ajouté « Lui aussi ».
Le nom de famille de Sasuke était un secret bien gardé. Combien de formulaires, contrats, papiers en tout genre, avaient-ils dû tous signer pour que jamais ô grand jamais ce nom ne leur échappe et n’entache la réputation de ce clan puissant ?!
Évidemment, en tant qu’héritier direct, il partageait les traits héréditaires distinctifs, nombre de personnes avaient dû relier les points, mais rien d’officiel n’était parvenu jusqu’aux journaux, et c’était tout ce qui était demandé.
Dans la poche de son kigurumi, Naruto avait glissé le rouleau, aussi, portant le tampon au nom de leur ennemi, mais il avait décidé de ne le sortir qu’en dernier recours.
— Pourquoi lui as-tu parlé de moi ? voulut d’abord savoir Sasuke.
Aïe, la question qu’il redoutait. C’était évident qu’il allait la poser, mais tout de même, il avait espéré l’esquiver.
— Il a… Te mets pas en colère, okay ? Pendant notre combat, il fait la même tête que tu fais, parfois. Et, t’as regardé sur Internet ?
Se redressant sur ses genoux et abandonnant son coussin, il extirpa son téléphone, pianotant le temps de trouver ce qu’il cherchait, pour diriger l’écran vers son ami.
Des théories farfelues, les célébrant ou les maudissant, ils en avaient eu leur lot et pensaient plus d’une fois en avoir fait le tour, que plus rien ne pourrait les surprendre.
Mais au vu de l’expression troublée qu’affichait Sasuke, Naruto sut qu’ils avaient eu tort. Encore.
Le smartphone n’affichait rien d’indécent, juste les collages et les suppositions en toutes sortes de fans qui avaient, eux aussi, noté la ressemblance entre les deux bruns, listant les traits communs, les expressions…
— Tu sais qu’ils ne sont pas dignes de confiance ?
Mais sa voix n’avait rien d’aussi assuré qu’à l’ordinaire. Et son ami était capable de voir au travers de son masque depuis trop d’années pour se laisser avoir.
— Qui l’est, de nos jours ? soupira le chanteur.
Ils gardèrent le silence. Naruto avait pratiquement l’impression d’entendre les rouages dans la boîte crânienne de Sasuke, alors qu’ils avançaient tout doucement, assimilant les dernières informations, relevant ce qui était pertinent, tirer ses propres conclusions…
— Itachi est un prénom interdit, dans notre clan. Personne n’a le droit de le donner aux nouveau-nés. Il est banni, pour ainsi dire.
— Tu sais pour quelle raison ?
Il repoussa la main tenant le portable, le retirant de son champ de vision.
— On n’en parle pas. Mais l’accès aux archives familiales n’est pas gardé. C’est peut-être même devenu une tradition, à la longue. Chaque nouvelle génération Uchiwa apprend qu’un ex-membre se retrouve banni de la grande famille que nous sommes et décide de réaliser ses recherches, en s’infiltrant avec plus ou moins de succès dans la bibliothèque.
L’image d’une version miniature et plus ronde de son ami prenant un air concentré, semblable à celui du petit-fils d’Hiruzen, flotta dans son esprit, alors qu’il l’imaginait marcher sur la pointe des pieds en essayant d’être discret, le fit sourire, amusé.
— Et donc ? le relança-t-il.
— Je ne me souviens plus trop des détails. En plus, j’ai été découvert avant la fin, bouda-t-il légèrement. Tout ce dont je me souviens, c’est que le dernier Uchiwa Itachi à avoir existé dans l’enceinte du clan, l’aurait décimé. En une nuit. Le seul survivant aurait été son frère cadet. Puis, il aurait disparu de la surface de la terre.
— Comment il s’appelait ?
Sasuke allait répondre avant de s’arrêter, rougissant soudainement, puis fronça les sourcils, esquissant une moue.
— Sasuke. Tu t’en doutes, mais je descends de ce petit frère. Et j’ai été nommé d’après lui.
— Trop cool ! lui assura-t-il.
Lui-même savait seulement que sa mère voulait le nommer Naruto mais ignorait tout de la raison derrière. Papy Hiruzen lui avait parlé de sa passion pour les ramen – qu’ils partageaient – puis oncle Jiraya avait évoqué le héros d’un livre qu’il avait écrit, mais aucune des deux raisons ne l’avaient vraiment convaincu.
— Mais si tu dis vrai, et qu’il est réellement un Uchiwa et, qu’il est réellement cet Itachi… réfléchit-il à voix haute.
Il avait penché la tête en avant et relevé les jambes, se tenant le menton d’une main et l’autre appuyée sur ses genoux.
— Comment est-il devenu un nukenin ?
Un instant, Naruto songea à lui répéter ce que lui avait expliqué Yahiko. Que Jūbi flairait les esprits faibles et tourmentés, alimentant leur état dégradé pour les pousser à agir d’une manière qu’ils ne feraient sûrement pas, autrement. Puis, qu’il n’avait plus qu’à les faucher, comme un champ de blés mûrs.
Mais ce n’était pas quelque chose que les Oinin étaient sensés savoir. Alors, il se tut, reprenant son coussin pour l’enlacer, le regard dans le vague.
— Pourquoi a-t-il massacré tant des nôtres ? souffla son voisin, toujours plongé dans ses pensées.
— Tu n’auras qu’à le lui demander, répondit-t-il, impulsivement.
Sous l’attention soudaine et vive, il comprit qu’il avait besoin de développer.
— C’est évident que nous allons encore les croiser, dans l’avenir. À travers les combats, tu n’auras qu’à faire comme moi : l’isoler et le questionner.
— C’est un nukenin. Ils ne font que mentir.
— Et si nos suppositions sont les bonnes, il est un Uchiwa. Enfin, il l’était. Et puis, que veux-tu qu’il t’arrive, s’il ment ? Ça remonte à combien de générations, son pétage de plomb ?
— Quatre siècles, à peu près.
Malgré lui, Naruto lâcha un gloussement, à cette information. Donc, sur à peu près la même période, l’ancêtre de Sasuke – enfin, le frère aîné de celui-ci – et le sien empruntaient deux destinées à l’opposée : le premier passait toute sa famille au fil de l’épée, le second œuvrait pour une paix mondiale et idyllique.
Il avait presque envie d’interroger Sakura sur son arbre généalogique, au point où ils en étaient. D’ailleurs, en parlant d’elle…
— On lui dit ?
— Hn. À qui ça ?
— Sakura. On le lui raconte ? Itachi. Les Uchiwa. Tout ça, quoi.
— Pour quoi faire ? On n’a aucune preuve et, une fois que le Honmoon sera scellé et l’Akatsuki démantelé, cela n’aura pas plus d’importance que ça n’en a qu’actuellement.
Ils se turent encore quelques minutes, leurs esprits vagabondant.
— Dis.
— Mmh ? Quoi encore ?
Lentement, Sasuke commençait à s’endormir, malgré la position inconfortable et leur conversation.
— Ça ne m’avait jamais marqué auparavant, mais en fait, les nukenin… ils étaient humains, avant.
— Pas tous.
— Ouais, okay, y’a des exceptions, mais dans l’ensemble ? C’est des morts, de différentes manières, qui ont trébuché sur leur chemin de vie, et qui n’ont eu personne pour les aider à se relever.
— Où tu veux en venir ? Usuratonkachi, il est deux heures du mat’ et on va passer les deux pires semaines de notre vie, dès que le soleil sera levé. Va au but.
— Est-ce qu’on est vraiment de bonnes personnes ?
Naruto fixait le plafond, enlaçant toujours son coussin, sa question posée sur un ton très doux, comme celui d’un enfant. Comme s’il avait peur de la réponse, peu importe son contenu.
L’observant un instant sans pouvoir croiser son regard, Sasuke décida de l’imiter, allongeant les jambes devant lui et se rallongeant un peu plus confortablement dans son lit.
— Nous ne sommes même pas des personnes, répondit-il. Nous sommes des outils. Quand le Honmoon d’or sera mis en place, je parie que nous perdrons une partie de nos pouvoirs, que notre succès déclinera et qu’on nous poussera gentiment vers la sortie. Comme une lame émoussée. Quand un objet n’a plus de fonctionnalité, on le place au rebut.
Le cœur serré, Naruto pressa le visage contre la garniture de son coussin, se mordant la langue pour s’empêcher de pleurer. Il était épuisé, il était au bord de la rupture et maintenant ça.
— Tu… tu crois que Sakura pense la même chose ? hoqueta-t-il.
Sasuke haussa les épaules, l’air neutre.
— Faudra lui demander. Mais je n’en serais pas étonné. Elle a toujours été celle avec le meilleur sang-froid et la plus rationnelle. Peut-être même qu’elle s’en est rendue compte la première.
Il ferma les paupières, prêt à s’endormir pour de bon, quand Naruto se râcla la gorge. Sans prendre la peine de bouger ni d’ouvrir les yeux, il lui demanda :
— Autre chose ?
— Je peux dormir ici ? Avec toi ? J’ai… pas envie de retourner dans ma chambre.
— C’est pas ce qui était déjà prévu ? Éteins la lumière, grogna-t-il.
Et il s’endormit aussi sec, absolument pas dérangé par l’installation de son ami, même pas quand il utilisa le coussin qu’il avait pris avec lui pour viser l’interrupteur et ainsi plonger la pièce dans le noir.
Après une journée aussi chargée, il ne lui fallut pas longtemps pour s’assoupir à son tour, mais pas sans avoir attrapé la main droite de Sasuke dans la sienne, la serrant comme il serrerait une ligne de vie, sur un bateau en pleine tempête.
À leur insu, dans le couloir tout aussi sombre que l’était maintenant la chambre de Sasuke, le dernier membre du trio plongea la tête contre ses genoux ramenés contre sa poitrine, alors qu’il était adossé à la porte.
La gorge serrée, Sakura luttait à son tour contre les larmes, suite à tout ce qu’elle avait entendu, malgré elle. À la base, elle avait l’intention de toquer pour les taquiner sur leur soirée pyjama, avant de demander si elle pouvait les rejoindre, comme ça leur était déjà arrivé auparavant.
Elle s’était figée à la question profonde de Naruto, sur qui était encore digne de confiance, et se remettait en question depuis, même si le contexte s’était rapidement en place et qu’elle avait compris que ça n’avait rien à voir avec elle, et tout avec les ennemis qu’ils devaient abattre, jour après jour.
Elle aussi, elle était épuisée.
Lorsqu’elle avait auditionnée, puis avait été sélectionnée pour faire partie des stagiaires de l’agence, rejoignant tous les autres, faisant ainsi la rencontre de Naruto et Sasuke, mais aussi d’Ino, Hinata, Tenten et de bien d’autres, tout lui avait paru si merveilleux…
Puis, elle s’était retrouvée coincée avec ces deux nez-de-bœufs ! Elle était sortie de ses rêveries et avait commencé à quitter son rôle de jeune fille fragile, de fleur de cerisier belle et délicate. Pour se faire entendre, elle avait appris à hausser le ton et à user de ses poings si nécessaire.
Dainanahan, leur premier nom, avait été un concurrent sérieux, parmi les trainees. Sans même ajouter, plus tard, tout le pan Oinin, ils avaient déjà un avenir tout tracé, d’Idols à succès.
Jusqu’à ce que dame Tsunade se rende compte de l’énergie spirituelle que Sasuke et elle dégageaient, ainsi que de leur faculté à voir au-delà du voile.
Alors, ce fut l’autoroute. Ils avaient quitté l’agence, qui propulsa THRICE à leur place, et dame Tsunade, forte de son expérience de Sannin, s’était chargée de tout, pour eux, créant SH/NOBI. En contrepartie, ils avaient appris en accéléré ce que Naruto connaissait depuis sa plus tendre enfance. Les Oinin. Les nukenin. Jūbi. Le Honmoon d’or.
Ç’avait été des années fabuleuses, l’ivresse de la célébrité, les combats de plus en plus faciles alors qu’ils prenaient de l’expérience, les fans en délire, les attentions du fandom…
Mais Sasuke avait raison. Elle avait réalisé que tout cela aura une fin, tôt ou tard. Déjà, en demandant à sa tutrice comment et pourquoi Sannin ne se produisait plus, comment avait fini ce groupe dont elle avait été si fan pendant son adolescence. Face au mutisme buté, elle n’avait pas insisté et l’avait alors interrogé sur Swirl Sisters, dont avait fait partie la mère de Naruto.
Encore aujourd’hui, elle ressentait les frissons qu’elle avait eu alors, quand la vieille femme avait tourné vers elle un regard glacé et hanté.
Sakura ignorait quels étaient les secrets enterrés sous ce silence, et clairement elle préférait rester dans l’ignorance. Mais elle avait aussi le pressentiment que le temps des cachotteries était révolu.
Lorsqu’elle eut trop froid et que ses larmes avaient été totalement refoulées, elle se leva pour se réfugier dans sa chambre, se cachant sous la couverture, comme si ce rempart dérisoire suffirait pour empêcher le soleil de la réveiller, pour une journée qu’elle ne voulait pas.

Lorsque son téléphone avait sonné, Tsunade avait arqué un sourcil. Son numéro était si peu souvent composé qu’elle hésitait depuis des années à résilier la ligne une bonne fois pour toute. Puis, le sourire de Naruto lui revenait en mémoire et elle repoussait la décision à l’année suivante, où le schéma se répétait.
Reposant son cruchon de saké, elle s’approcha du portable, sur ses gardes.
Une fois rassurée sur son interlocuteur, elle décrocha et n’attendit pas de politesse, demandant directement la raison de l’appel.
Ça tombait bien, ce n’était pas son genre non plus.
— Il y a un problème avec le Honmoon.
— Viens me voir au sanctuaire, ordonna-t-elle.
Depuis combien d’années n’en était-elle plus sortie ? Elle l’ignorait. Le temps n’avait plus aucune prise sur elle et ses courses étaient assurées par une famille loyale à la cause.
La vie dehors… Elle avait été brisée trop de fois pour donner une seconde chance à qui ou quoi que ce soit. Elle préférait encore rester dans l’enceinte sécurisée du sanctuaire, à se confire comme dans du vinaigre, mais hors de portée du moindre coup qu’on pourrait lui porter. Elle se désintéressait du sort du monde, comme le monde s’était désintéressé du sien.
Quelle importance, de toute façon ? Elle était d’une époque si ancienne qu’il n’y avait bien que des brocanteurs pour se souvenir de Sannin et de leur popularité. Des chansons qu’ils avaient pu répandre, du temps qu’ils avaient consacré à tenter de redonner le sourire aux gens. Et tout ça pour quoi ?
C’était petit de sa part, mais lorsque Kushina avait relevé le défi, elle l’avait envié, jalousé, amère. Les temps étaient plus doux, plus simples, comparé à ce que ses amis et elle avaient expérimenté.
Qui se souvenait de la Deuxième Grande Guerre ? Qui se rappelle de ce que ça signifiait, de sortir de la misère qu’elle laissait toujours derrière elle, quand elle cessait ?
Oui, les voix étaient encore faibles, le chakra peu nombreux, le Honmoon fragilisé, mais ils avaient tenu bon.
Sannin avait été le premier groupe mixte d’Oinin, jusque-là uniquement constitué de femmes, de kunoichi d’exception, et beaucoup avait attribué leurs erreurs et leurs échecs à cette simple différence, sans prendre en compte le contexte, la politique, l’histoire.
Avec ses amis, ils avaient redéfini leurs missions, comment les réaliser, mais aussi comment le jouer.
Mais Kushina avait eu droit à des tournées hors du pays, à des scènes internationales.
Consciente de la direction que prenaient ses pensées, elle secoua la tête et reprit une gorgée de son saké. Elle ne se retourna pas, lorsque son invité arriva jusqu’à elle.
— Tu voulais me parler, gamin ?
— Dame Tsunade.
Kakashi posa un genou à terre, présentant ses respects à son aînée. Celle-ci marmonna, de son habituelle voix alcoolisée, avant de reprendre ses soins des plantes millénaires, peu soucieuse de son invité.
Ce dernier n’en prit pas ombrage, habitué à ses manières brusques et au masque qu’elle portait depuis que son cœur avait été définitivement brisé, au-delà de l’irréparable.
— La situation est grave, déclara-t-il.
— Je m’en doute bien. Ce n’est pas comme si le monde avait l’habitude de venir me rendre visite pour d’autres raisons.
Elle actionna son sécateur un peu trop fortement, manquant de se blesser au passage.
— Qu’arrive-t-il au Honmoon ?
Se plongeant dans la contemplation de l’herbe sous lui, le manager réfléchit à la manière de le lui expliquer la situation actuelle.
— Il… Le Honmoon… il est constellé de failles. Il s’affaiblit chaque jour qui passe.
Ne s’y attendant pas, Tsunade resserra sa prise et se coupa vraiment, cette fois. Mais elle n’y prêta pas attention et Kakashi ne commenta pas. L’odeur du sang lui piqua le nez, l’informant de ce qui venait d’arriver. Il n’avait nul besoin de lever la tête.
— Qu’est-ce que les gamins font ? rugit-elle. Comment osent-ils laisser passer ça ?
— Ils font ce qu’ils peuvent. Mais ils ne sont que trois, objecta-t-il.
— Nous aussi ! Nous aussi nous étions trois ! Vous étiez trois ! Quelle est donc cette génération qui se permet de chouiner ?
— Ils ne se sont jamais plaints. Et je ne fais qu’établir une vérité. Ils sont trop peu nombreux. Le monde a changé. Comme il l’a fait à votre époque, ma Dame.
— Je sais. Je suis vieille et recluse, pas idiote, claqua-t-elle.
Le sécateur tomba au sol, mais pas son saké.
— Suis-moi.
Se relevant, il obéit, entrant à sa suite dans le bâtiment isolé.
C’est là que la femme âgée vivait, depuis le dernier mort qu’elle eut à enterrer. Avec les années, elle l’avait personnalisé, mais ça restait froid et strict. La décoration d’intérieure n’avait jamais vraiment été sa tasse de thé, et elle était trop endeuillée pour s’y plonger sérieusement.
Ils s’assirent sur les rares chaises s’y trouvant.
— Raconte-moi tout. Depuis le début.
— Pas même une tasse de thé ?
Sans un mot, elle invoqua son éventail, depuis le Honmoon. Elle ne le prit pas en main, elle ne l’ouvrit même pas. Non, il resta à la place où il avait été sorti, sous la paume de sa main, alors qu’elle pianotait de ses ongles sales sur le plateau de la table.
Message compris.
Soupirant, Kakashi se redressa et baissa son sempiternel masque, avant de se râcler la gorge pour réaliser un rapport succinct des derniers événements.
Lorsqu’il finit, Tsunade se leva brusquement et s’absenta dans la petite cuisine attenante, pour en revenir un verre d’eau, qu’elle claqua sur la table. Elle avait clairement besoin d’un peu de temps pour traiter tout ça, temps pendant lequel il pouvait s’humecter la gorge.
— Naruto. Est-ce qu’il… Comment vont ses marques ?
— Pas un mot à ce sujet, et toujours invisible.
Elle se renfonça dans un silence pensif, triturant son éventail.
— La situation me dépasse, avoua-t-elle dans un soupir. Je n’ai jamais croisé ce genre de situation dans les archives, et encore moins durant ma carrière ou celles me suivant.
Elle se pencha, les coudes appuyés sur le meuble, appuyant les mains contre ses tempes.
— C’est un désastre… Le monde va s’écrouler… Le Honmoon va se briser, d’un instant à l’autre…
Décidant qu’il était plus sage de la laisser tempêter sans intervenir, Kakashi s’installa plus confortablement dans sa chaise droite, sirotant son verre.
— C’est la fin du monde qu’on connaît… Tous ces siècles de combat, de lutte, de chant, pour disparaître en un claquement de doigts… Je n’ai jamais été aussi ravie que Hiruzen soit décédé. Au moins, a-t-il la chance d’échapper à ce piteux spectacle…
De son visage, ses mains glissèrent le long de son front pour se réunir, en signe de prière désespérée, ses doigts s’entre-mêlant.
— D’abord Obito, maintenant Naruto… Combien de bâtards encore les chiens de Jūbi vont-ils nous pondre ? cracha-t-elle.
Kakashi resserra sa prise sur son verre, manquant de le briser sous l’émotion furieuse qui montait en lui. Mais il avait passé les deux dernières décennies à faire son deuil, à ravaler ses sentiments, il pouvait bien encore le faire le temps que durera cette entrevue, non ?
— Techniquement, ce sont de vraies humaines, qui les ont « pondues », ne put-il s’empêcher.
Le regard noir qui le fusilla le fit regretter directement sa prise de parole. Mais il avait eu besoin de le dire. Il ne pouvait laisser personne salir la mémoire d’Obito. Personne, sauf lui-même.
— C’est une catastrophe, répéta-t-elle. On a besoin d’un plan, d’une nouvelle stratégie.

Si la tour SH/NOBI était aussi haute, ce n’était pas uniquement pour des questions d’égo, c’était aussi parce qu’elle possédait de nombreuses pièces en rapport avec le groupe. Que ce soit le penthouse, à son sommet, la garde-robe démesurée, ou la salle d’enregistrement, où se trouvait actuellement le groupe.
Pour l’occasion, celui-ci avait personnalisé l’un des murs, y collant toutes les photos que la presse était parvenue à réaliser de l’Akatsuki, les personnalisant d’insultes et autres dessins dégradant leurs plastiques parfaites.
C’était petit, mais l’inspiration n’était pas sur commande, il fallait bien occuper les moments de vide artistique !
Ils en traversaient un nouveau, d’ailleurs.
— [Vous ne nous battrez jamais. Votre plan ne marchera jamais. Nous allons…] chantaient en chœur Sakura et Naruto. [Nous allons… Nous allons…]
— Nous allons dans le mur, geint Sakura.
Se laissant tomber sur son clavier, un son discordant s’en échappa, alors qu’elle continuait sa complainte.
À peine mieux, Naruto se laissa tomber en arrière sur l’énorme pouf sur lequel il était assis.
— Je récapitule : on doit écrire la disstrack la plus percutante de l’histoire, afin de rafler la victoire aux Idol Awards, sinon l’Akatsuki et ses crétins pourraient bien briser définitivement le Honmoon et ce sera la fin du monde.
— Absolument pas contraignant, ricana Sasuke.
Il pinçait les cordes de sa guitare, pensif.
Grognon, Naruto attrapa des fléchettes au sol et les jeta au hasard en direction du mur personnalisé, atteignant le poster de Sasori qui avait été orné d’une moustache fournie et de croix sur les yeux.
Ça lui allait bien au teint.
— Ouais ! s’enflamme Sakura en sautant sur ses pieds. On doit s’approcher d’eux, et les insulter en face ! En face de leurs visages stupides, répugnants, dégoûtants, pas beaux…
Elle s’interrompit alors que ses yeux prenaient la forme de cœur et qu’elle trépignait sur place, enjouée subitement.
— Parfaitement musclés, symétriques, une peau de pêche…
Échangeant un regard entre eux, les garçons se levèrent et entreprirent de retirer leur décoration improvisée.
— C’était une mauvaise idée, grommela Naruto.
— Je pensais aussi que ça allait nous motiver, mais on dirait que ça ne peut que nous distraire.
— Sérieusement, Kisame ? rebondit le chanteur, en direction de son amie.
— Quoi ? T’as Itachi, Sasuke a Deidara. J’ai le choix entre le grand musclé ou le petit diablotin ! Je prends celui qui présente le mieux !
Les deux concernés crachèrent en chœur, faisant tomber le papier déchiré qu’ils tenaient.
— Hein ? Quoi ?
— J’ai personne !
Ils eurent beau s’insurger et s’en défendre, elle n’en démordit pas.
— Il en manque un, finit par commenter Sasuke.
Si Naruto n’avait pas l’intention de lâcher l’affaire si tôt et continuait de débattre avec la rappeuse, lui avait fini par abandonner.
— Comment ça ?
Levant la main bien en vue, il leva un doigt à chaque nom ou surnom.
— Itachi, Deidara, « grand musclé » et « petit diablotin ». Ça fait quatre. Ils sont cinq.
— Yahiko.
Sakura et Sasuke tournèrent la tête dans la direction du chanteur, à sa réponse. S’en rendant compte, il piqua un fard monumental, avant de s’emporter :
— Mais on s’en fout ! Le problème de base, c’est qu’aucun de nous trois n’est attiré par aucun d’eux cinq ! C’est des nukenin, nous sommes des Oinin, on va les ridiculiser puis les buter, point à la ligne !
Peu habitués à cette démonstration de colère de sa part, Sasuke et Sakura échangèrent un regard à son insu, inquiets. Que lui arrivait-il ?
Pour sa part, Naruto ne se reconnaissait pas non plus. Il avait l’impression d’être à cran ces derniers jours, que le temps passait trop vite. Ils ne seront jamais prêts assez vites, ils allaient se ridiculiser et les nukenin allaient déferler sur Konoha après avoir brisé le Honmoon et puis…
Une fois de plus, ce fut le visage de Sakura qui l’ancra avec la réalité, alors qu’elle le suppliait de respirer plus lentement.
Lorsque la crise fut considérée comme passée, ils retournèrent s’asseoir comme plus tôt, silencieux.
— C’est la merde, lâcha Sakura.
Surpris par sa prise de parole, les garçons relevèrent subitement la tête dans sa direction.
— Sois pas si négative, tenta maladroitement Naruto.
Elle le fusilla du regard et il se recroquevilla, penaud.
— On a moins de deux semaines pour mettre KO ces têtes de con, et on tourne en rond.
Sasuke cessa de jouer à cette phrase.
— Mmh, « mettre KO ». Ça pourrait être un bon début.
Ragaillardie par cette remarque, elle feuilleta l’un de ses cahiers avant de se lancer :
— [Si mignon, si agréable à regarder, mais hideux à l’intérieur.] Vous en pensez quoi ?
— J’aime beaucoup ! valida énergiquement Naruto. [Toute ta vie à répandre des mensonges, mais tu ne peux pas te cacher.]
Pris dans cet élan d’inspiration, Sasuke continua de chercher les notes qui conviendraient à ces deux lignes.
— [Bébé, bien essayé], ajouta-t-il.
Ils s’applaudirent bruyamment, les deux plus dynamiques sautillant presque sur place.
— [Je vais changer cette amb-]
Mais la note de Naruto sombra dans une quinte de toux qui le plia pratiquement en deux, à l’inquiétude de ses amis.
— Hé, tout doux, le tempéra Sakura.
— Désolé, croassa-t-il.
— Occupe-toi de ta voix, on se charge du reste, usuratonkachi. Ton rôle, c’est d’électriser les foules, celui de Sakura c’est de rythmer le texte final, et le mien est de les hypnotiser. Alors, tu te soignes et tu te reposes, okay ?
— Oui, en plus tu commences à peine la cure du Dr. Kabuto ! poursuivit la jeune fille. Alors, suis ses conseils et tu seras sur pied un rien de temps, compris ?
Sous leurs attentions à tous les deux, il esquissa un petit sourire timide. Tant pis, il allait garder le secret sur cette arnaque.

Bien que la cérémonie en tant que telle sera dans deux semaines, il y avait des remises de prix intermédiaires avant, ce qui ralentissait la création de la chanson, mais il en fallait plus décourager Sakura qui ne se déplaçait jamais sans ses notes. Il avait fallu l’en arracher, d’ailleurs, pour qu’elle se change ou pour saluer les groupes qu’ils avaient appris à plus ou moins connaître depuis leur début.
— Hinataaaa ! cria presque Naruto.
Si sa voix enrouée attira l’attention, ce n’était rien avec son accélération soudaine, les bras levés, en direction de la chanteuse principale de THRICE.
Celle-ci, surprise, se retourna, l’air interrogatrice, avant de sourire chaleureusement en reconnaissant le missile humain qui lui fonçait dessus.
Sans les muscles que la profession lui avaient donné, sans doute auraient-ils roulé à terre. Elle se contenta de reculer d’un pas en rendant l’étreinte, à la place, riant doucement face à l’exubérance de son ami.
— Observe une distance de deux mètres, Uzumaki, gronda-t-on.
— Oh, Neji ! Tu veux un câlin, toi aussi ?
Le concerné serra ostensiblement les dents, clairement rageur.
— Toujours ton garde du corps ? demanda-t-il à la jeune fille. Ta famille croît encore que tu vas raccrocher ton micro au profit du rôle d’héritière ?
Intimidée, Hinata baissa la tête, rosissant légèrement. La réponse vint de son cousin qui écarta ce moucheron de la précieuse héritière de leur clan, en le saisissant par l’épaule, sans chercher à ne pas abimer le costume ou à ne pas le blesser.
Si, en temps normal, il parvenait à garder son sang froid, il en était incapable aux environs de l’adversaire direct du groupe d’Hinata. Il n’avait qu’une seule envie : se défouler sur lui.
— Lâche-le, Neji, tu attires l’attention, le pria Tenten.
— Merci pour moi, marmonna Naruto, toujours aux prises du garde du corps.
— Tu savais très bien à quoi t’en tenir en l’asticotant.
Elle attrapa le jeune homme par le coude, l’invitant à l’obéir et à revenir auprès d’elles.
— Ma tenuuuue, pleurnicha faussement le chanteur.
— Ç’aurait pu être ton visage, répliqua Neji.
— Et vous auriez fini en prison ! lança joyeusement Kakashi en apparaissant derrière THRICE. Notre département juridique est bien meilleur que celui de votre agence, après tout !
Heureusement pour l’ambiance, ce fut le moment où Sakura et Ino se remarquèrent et s’approchèrent l’une de l’autre, l’air concentré.
— Alors, grand front, prête à te faire humilier en place publique ?
— Tu peux parler, Ino la truie ! On va vous exploser et tu n’auras plus que tes yeux pour pleurer !
Ignorant les filles en plein argument, Sasuke pencha respectueusement la tête en direction des deux autres membres de THRICE pour les saluer. Puis, il attrapa Kakashi par un bout de sa veste et le tira plus loin pour discuter en tête à tête, laissant Naruto libre de taquiner Neji tout en s’entretenant avec Hinata et Tenten. La première ne s’arrêta pas de rougir tout du long sous le regard mi-amusé, mi-exaspéré de la seconde, mais elle n’en dit rien.
Les sentiments de la jeune fille au profit du chanteur n’étaient inconnus que par celui-ci.
Ils s’arrêtèrent lorsque l’équipe technique leur signala de monter sur scène, après un rapide maquillage.
Saluant de la main THRICE, SH/NOBI fut placé devant les groupes installés en ligne… Aux côtés d’Akatsuki.
Malgré tout leur professionnalisme, le trio ne put s’empêcher de les fusiller du regard, le plus discrètement possible, grinçant des dents.
[Takedown]
— Les gagnants de la semaine sont : Akatsuki, avec Soda Pop ! déclara un présentateur.
— [Si mignon, si agréable à regarder, mais hideux à l’intérieur. Toute ta vie à répandre des mensonges, mais tu ne peux pas te cacher, bébé, bien essayé !]
Tout le monde applaudit, courtoisement. Après tout, même si ce n’était pas en direct, toutes les caméras étaient sur eux, tandis qu’Itachi recevait un énorme bouquet de fleurs, ce qui parut lui faire réellement plaisir, pendant que les quatre autres membres envoyaient des baisers ou des cœurs en direction du public, sous une pluie de confettis.

Il n’y avait pas que l’écriture de leur disstrack ou les remises de prix intermédiaires dans leur assiette. Il y avait aussi les intrusions de nukenin, signalés par des vagues rouges du Honmoon, leur faisant tout lâcher pour foncer jusqu’à l’endroit signalé.
— [Je vais changer cette ambiance, j’ai enfin ouvert les yeux. Il est temps de te renvoyer directement dans la nuit !]
À croire que ces rats de l’Akatsuki savait pour Takedown et qu’il leur mettait des bâtons dans les roues, exprès !
— Je pense plutôt que les nukenin se sentent pousser des ailes parce qu’ils n’ont jamais été aussi proches du but, tempéra Sasuke, après que Naruto leur ait confié son hypothèse. Regarde, ce sont de simples Genin, de la piétaille qu’on écrase sans mal. Si Jūbi ou cette brochette de débiles voulait vraiment nous mettre à mal, on aurait droit aux Chūnin de la dernière fois. Ou même plus fort.
— Parle pas de malheur, se hérissa superstitieusement Sakura en arrivant à leur hauteur.
Elle donna le coup fatal au Genin qu’elle avait traîné jusque-là.
— Bon, c’est quoi la suite ?

Ce fut en jetant un adversaire particulièrement collant que Sasuke trouva le rythme nécessaire à leur chanson, validé par Sakura à porté d’oreille.
Naruto ne l’entendit pas. Il tenait en joug un Genin qui paraissait effrayé.
— Alors… toi aussi ? Jūbi t’utilise comme une marionnette ? l’interrogea-t-il.
Malgré lui, les mots de Yahiko, puis ceux de Sasuke plus tard, l’avaient travaillé. Mais il avait besoin d’une source supplémentaire. Pas qu’il doutait, bien sûr ! Mais… juste pour être sûr ?
Sauf que le Genin pensa avoir le dessus sur la situation et s’apprêta à user de ses griffes pour lui laminer le visage. Du moins, si Sakura n’avait pas été là pour lancer ses sembons, le faisant exploser à son tour.
— Naru, tout va bien ? lui demanda-t-elle.
— Ouais ouais, répondit-il automatiquement. Merci d’avoir couvert mes arrières.
Il eut beau tenter d’éviter son regard, il sentait sur lui son attention suspicieuse.

— Les gagnants de cette semaine sont : SH/NOBI, avec Golden ! annonça le présentateur.
Ce fut plus fort qu’eux. Lorsque l’énorme bouquet fut pour eux, ils tournèrent vers leur adversaire principal un regard suffisant. Si jamais les caméras les capturaient ou que Kakashi s’en apercevait, ils perdraient gros, mais l’occasion était trop belle pour ne pas en profiter.
— [Je vais m’équiper et te mettre KO ! C’est un KO ! Oh, oh, da-da-da-da.]

En plus de leur programme chargé, Naruto se faisait en plus importuner par le molosse qui lui apportait, encore et encore un rouleau signé du tampon « Uchiwa Itachi ». Était-ce lui, était-ce encore Yahiko, était-ce un autre membre du groupe, il s’en moquait bien et refermait la porte-fenêtre à chaque fois.
Et peu importe s’il mourrait d’envie de couvrir d’amour cette boule de poils : il avait besoin d’être intransigeant.
Dans une poignée de jours, il allait être enfin débarrassé de la plus grosse croix de sa vie : ces foutues marques. Et le satané sceau sensé ralentir leur progression.
Quelle arnaque, ce truc…
— [C’est un KO, je vais te descendre, tu vas craquer et dire « Quoi ? ». C’est un KO, je vais te descendre, et ça ne s’arrêtera pas]

— Hé, et que pensez-vous de [Un nukenin sans sentiments ne mérite pas de vivre] ?
Qu’avec cette phrase, soit je suis le fruit d’un viol, soit tu racontes de la merde, répondit mentalement Naruto.
Ç’avait été une question qui l’avait longuement tourmentée, plus jeune. Pas qu’il ait obtenu une réponse convaincante depuis, juste que… il avait appris à lâcher prise. Ce n’était pas comme si sa mère ou son géniteur pouvaient lui répondre, ni que ce savoir changerait quoi que ce soit à ce qu’il était.
Il était déjà un péché, une faute à cacher, alors un peu plus, un peu moins…
— Parfait ! s’enthousiasma Sakura, frappant dans ses mains.
— [Je vais m’équiper et te mettre KO ! Oh, oh ! C’est un KO !]
Ils ajoutèrent les nouvelles paroles à leurs notes, l’air satisfait.
Sauf Naruto, qui ne parvenait pas à contrôler suffisamment son expression faciale pour camoufler l’amertume qu’il ressentait, au fur et à mesure que la chanson prenait forme.
Mais une nouvelle vague rouge l’arracha de ses sombres pensées et il fallut de nouveau se précipiter pour sauver des citoyens ignorants de la menace nukenin.
— Regardez ! les interpela Sakura.
Elle tendit le bras en direction d’un des grands panneaux publicitaires, où ils étaient affichées, dans le cadre de la promo pour Golden. Puis, l’image passa pour celle de l’Akatsuki et leur promo de Soda Pop. Mais pas sans afficher leurs marques en image subliminale.
Si ses amis montrèrent les dents, appréciant peu la surprise, Naruto recula sous l’impact.
Et si… et si l’événement lui arrivait, à lui aussi ? Que tout le monde apprenait l’existence de ses propres marques par l’intermédiaire de leur promo ? Il fallait arrêter ça, et vite !
Mais comment y parvenir sans se vendre, au passage ?

Rentré chez lui après son entretien avec Tsunade, Kakashi avait relancé les réseaux sociaux, scrollant au travers des vidéos verticales, chacune promouvant Akatsuki : fan arrachant son T-shirt ciglé « SH/NOBI » au profit d’un aux armes d’Akatsuki, reprise de la chorégraphie de Soda Pop, collages et autres fanarts…
De par sa fenêtre, il n’avait aucune difficulté à contempler l’avancée de la teinte rouge du Honmoon, peu importe l’œil qu’il utilisait.
Il fallait contrattaquer. Vite. Fort. Maintenant.

