Dans le cadre de séances de dédicaces, Sasuke, Sakura et Naruto avaient chacun une routine de préparation.
Sakura s’étirait longuement, massant ses zygomatiques en geignant intérieurement par avance de la douleur qu’elle ressentirait à la fin de l’événement.
Sasuke assouplissait les articulations de ses doigts. En tant que visage du groupe et de par sa réputation de « ténébreux inaccessible à l’âme torturée », il avait beaucoup de contenus à signer.
Naruto, lui, s’éclaircissait la gorge et réalisait des exercices de techniques vocales. Il n’en avait plus fait autant depuis qu’il n’était plus un trainee, mais il avait l’impression que c’était nécessaire pour une journée aussi dense que celle-ci !
Avec un pincement au cœur, il se rendit compte que ç’aurait dû être le deuxième événement avec leurs fans, pour la promo de Golden, mais que le premier avait été gaspillé par sa faute.
Par la faute de ces marques.
Heureusement, Kakashi était là pour leur éclaircir l’humeur, souriant toujours de manière bouffonne derrière son masque et son cache-œil, distribuant les posters dédiés aux dédicaces, chaque pile attribuée à un membre.
— Bon, les morveux, je sais que tout tourne autour d’Akatsuki, Akatsuki, Akatsuki, mais on va transformer ça en SH/NOBI, SH/NOBI, SH/NOBI ! Youpi ! singea-t-il absurdement.
Naruto ne fut pas le seul à rire de ses grimaces exagérées, se sentant un peu plus léger suite à ça. Il avait définitivement un entourage du tonnerre. Quel dommage qu’il ne puisse pas être totalement lui-même autour d’eux…
Semblant remarquer l’allure soudainement sombre du plus jeune, Kakashi vint le prendre à part, profitant que les deux autres discutaient joyeusement de l’événement à venir.
— Tu es sûr que c’est bon pour toi ? On peut encore annuler, ou tu peux même t’excuser, tu sais.
— Mais, les fans…?
— Eh bien, bien sûr, il y aura un impact sur votre notoriété, expliqua le manager en se redressant, l’air pensif. Mais j’ai entendu un passage de votre future chanson et elle déchire, permets-moi de te le dire. Après l’avoir écouté, ils oublieront tous leurs griefs !
Le compliment n’obtint qu’un pauvre sourire, mais Naruto apprécia quand même l’attention, tapotant sur la main mitainée, comme si c’était Kakashi qui avait besoin d’être réconforté. Après, c’était peut-être vrai, l’adulte se prenait les premières vagues en pleine face, par son rôle dans l’entreprise, tel un bouclier, mais personne ne prenait vraiment le temps de s’inquiéter pour lui.
Suite à cette conclusion, Naruto se fit la promesse d’inviter Kakashi à leur prochaine sortie restaurant. Il avait bien droit à une de leurs soirées relâches avec budget illimité !
Et si, au passage, ils pouvaient enfin apercevoir ce qu’il cachait derrière ce masque…
Tous les deux satisfaits – mais pas pour les mêmes raisons – Kakashi s’éloigna et le chanteur installa son coin de table comme il le préférait. Ses fans avaient tendance à être expansifs, malgré les règles établies, il valait mieux retirer tout obstacle pour limiter les dégâts.
Leur manager se plaça au milieu, claquant dans les mains pour attirer leur attention à tous les trois.
— Bien ! Vos fans ont passé toute la nuit sur le trottoir pour assister à la session d’aujourd’hui ! Alors, vous allez leur vendre du rêve comme ils n’en ont jamais vu, compris ?
— OUI ! crièrent-ils en chœur.
L’excitation et l’enthousiasme commençaient à bouillir en eux, alors qu’ils se tournaient les uns vers les autres, pour tapoter l’extrémité de leurs stylos ensemble, pour le rituel :
— Pour les fans, pour le Honmoon, soufflèrent-ils d’une seule voix.
— Ouvrez les portes ! ordonna Kakashi en parallèle. Bienvenue à tous ! Personne ne pousse personne, tout le monde fait la queue, merci !
Aussitôt, une masse compacte déboula entre les files, précédée par cinq sac de couchages verticaux.
L’événement n’ayant pas encore débuté, le trio possédait suffisamment de sang froid pour agir comme si de rien n’était, plaquant leurs sourires commerciaux et débouchant leurs stylos, tirant un poster de leur pile.
— À quels noms ? lança Naruto, confiant.
— À « nos plus grands fans ».
Lorsque les sacs de couchages tombèrent en tas au sol, révélant l’Akatsuki au grand complet, dans leur tenue de Soda Pop (sérieusement, ils n’avaient pas d’autres habits ?), SH/NOBI eut le même réflexe : serrer tellement fort leurs mains que les stylos furent réduits en miettes.
— C’est l’Akatsuki ! piaillèrent des fans parmi la foule.
Kakashi s’approcha, l’air servile, se frottant les mains.
— C’est un grand honneur ! Une table, tout de suite ! ordonna-t-il de nouveau.
Lorsqu’elle fut déposée à côté de la leur, Naruto ne put s’empêcher de la regarder, se demandant bien quel membre allait être son voisin direct. Et, surtout, comment tout ça allait tourner…
— Double dédicace ! s’exclama-t-on.
Aussitôt, environ la moitié des fans présents se décala face à cette nouvelle table, ce qu’aperçut Sasuke. Il sauta aussitôt sur ses pieds :
— L’Akatsuki va siéger avec nous, déclara-t-il.
Comme dans un cauchemar, Naruto contempla le meuble s’approcher de lui, promesse de beaucoup d’ennuis. Il se leva au ralenti, ramassa ses affaires et alla s’assoir plus loin, comme imposé par le danseur.
Certes, ils avaient tous les trois remarqué que, dans le cas contraire, ils n’auraient accès qu’à la moitié des fans, et que c’était une bonne décision, mais à quel prix ?
Celui de sa santé mentale, définitivement…
— Quelle merveilleuse idée ! acclama Kakashi.
Il en aurait eu les larmes aux yeux.
La foule se rassembla de nouveau, plus survoltée que jamais.
— Même table !
Sasuke offrit un sourire d’excuse à ses amis, avant de leur envoyer un rapide SMS qu’ils consultèrent discrètement :
⨽ On ne peut pas se permettre la moindre perte, à ce niveau. C’est eux ou nous.⨼
Absolument pas dérangé par cette évolution, le quintet se glissa dans les espaces disponibles
— Comme on se retrouve, lança langoureusement Yahiko.
— Toi, ta gueule. Un seul murmure sur la vie sexuelle de mon ancêtre et je te fais bouffer tes piercings, siffla Naruto entre ses dents.
— Ouh, le petit chaton a des griffes, on dirait bien !
C’était sa chance : il était actuellement encadré par Itachi et Yahiko… Heureusement ou malheureusement, en plus de Yahiko, Kisame le séparait de Sakura. Quoi qui sera murmuré par ces deux âmes damnées ne devrait pas être entendu par ses amis.
Pitié.
Il dut avaler ses lèvres en apercevant un Sasuke plus rouge que jamais, alors que Deidara prenait place à sa droite et Sasori à sa gauche. Allait-il être seulement capable de respirer, durant les heures à venir ?
Après réflexion, ils se trouvaient tous les trois à côté d’un membre d’Akatsuki qui les troublait, pour diverses raisons.
Encore finement joué, Sasuke. Entre la sortie précoce de Golden et maintenant ça, il allait finir par l’étriper…
Régnant sur ses nerfs et changeant de stylo, Naruto prit quelques longues respirations. Puis un nouveau sourire lumineux.
Les signatures commencèrent, les fans passant devant chaque Idol.
À côté d’une Sakura dont le teint ne pâlissait plus, Kisame s’amusait à décalquer ses abdos à travers sa chemise, sur les papiers apportés par le trio de vieilles femmes qui frétillaient pratiquement sur place, ayant l’impression de rajeunir sous les effets de Soda Pop.
— Je ne pensais pas que tu étais du genre à partager, chuchota Itachi à son voisin.
— J’adore partager, répliqua-t-il vivement.
— C’est une invitation ?
Sous la table, Naruto profita de porter ses plus belles chaussures à semelles épaisses pour l’abattre sur le pied de Yahiko. Celui-ci dut se mordre la langue pour ne pas se vendre auprès de la jeune fille en pamoison devant ses nombreux piercings.
De son côté, Itachi fronçait les sourcils, face à l’échange. Il commençait à regretter d’avoir accepté de signer le mot pour permettre à ces deux-là de se rencontrer. Surtout que Naruto n’avait pas répondu aux suivants, le forçant à changer ses plans.
— Tu as donc partagé ton secret avec tes amis ? reprit-il, tentant de récupérer son attention.
À ces mots, les yeux bleus le fusillèrent alors que les dents se dévoilèrent en un grondement silencieux.

Sasuke était troublé par son voisin, ne sachant plus trop où poser les yeux. Il tenta bien de se concentrer sur ses propres fans, mais il y avait toujours un mouvement de mèche dans le coin de son champ de vision, sa voix lorsqu’il répondait ou saluait, son parfum… Était-ce de la vanille ?
De l’autre côté, Sasori avait drapé son bras par-dessus le dossier de sa chaise, l’air de s’ennuyer profondément. La file devant lui était assez réduite et il eut rapidement fait le tour des demandes de dédicaces et de poignées de mains. Il jetait des coups d’œil un peu partout, mais l’Oinin qui l’intéressait le plus, entre les deux tomates qui ne parvenaient pas à se reprendre, était clairement celui à sa droite qui semblait s’être entiché de Deidara.
Celui-ci s’était plaint des rumeurs sur son genre mais avait refusé de changer d’apparence ou de coupe de cheveux, arguant que ce n’était pas lui le problème, merci bien !
Alors, Sasori décida que ce serait bien plus drôle d’assister au spectacle à venir…

Sakura, de son côté, commençait à sentir l’énervement monter, incapable de se décrocher de la vision des abdominaux à côté d’elle. Ce n’était même pas son centre d’intérêt, les gars musclés ! Et pourtant, par sa simple apparence, elle se retrouvait incapable de se contrôler, elle qui était si fière de son sang froid !
Enfin, au moins sa présence avait l’air de décourager les spécimens les plus répugnants qu’elle pouvait croiser lors de ce genre d’événement. C’était déjà ça.

— Tu veux peut-être que je le fasse pour toi ?
— Merci d’être venu ! déclara Naruto avec enthousiasme au fan.
Il se tourna vers Itachi, l’air purement innocent.
— Signer pour moi ? Ça devrait aller, grand-père.
Plus amusé qu’offensé, le nukenin posa son menton dans sa paume ouverte, le coude sur la table.
— Grand-père ? répéta-t-il. Je crois que tu t’es trompé de côté, pour ça.
Feignant la maladresse, Naruto lui envoya le stylo dans l’œil et prétendit s’en inquiéter devant les fans, profitant de vérifier faussement son œil pour le menacer :
— J’ignore ce que tu sais de moi, et j’en ai rien à foutre. Mais continue de m’énerver et, témoins ou pas témoins, je te renvoie auprès de Jūbi.
Sur ces mots, il se retourna pour assurer qu’il allait très bien.
Et, après ça, il fit quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis des années. Du Honmoon, il invoqua un éventail, aussi iridescent que tout qui pouvait en être retiré, et commença à l’agiter, doucement.
Les nukenin n’en furent pas dupes. Qui ne connaissait pas l’éventail de Tsunade ? Les deux avaient réalisé bien des dégâts parmi leurs rangs.
Les fans, eux, voyaient seulement leur Idol s’éventer gracieusement, ce qui provoqua des étoiles dans leurs yeux, et de vieux souvenirs.
À leurs débuts surtout, et un peu moins souvent depuis, Naruto avait beaucoup joué de son apparence, se moquant bien des genres. Il avait participé à beaucoup de shootings en portant des tenues destinées à Sakura, ou directement choisies pour lui. La collection où il portait des kimonos fleuris et une perruque longue avait eu beaucoup de succès et était encore demandée, actuellement.
L’âge avait fini d’ôter les derniers traits androgynes, mais son aura, elle, n’avait pas changé d’un pouce.
La nostalgie battait son plein.
Mais, de l’autre côté de la table, Itachi et Yahiko s’étaient crispés et redressés, se reconcentrant sur les fans devant eux.
Et, justement, une belle femme aux cheveux d’un bleu guède se présenta devant le roux, rosissant doucement.
— Bonjour, dit-elle. Je suis désolée, je n’étais pas au courant que vous seriez présent, je n’ai pas pensé à apporter de photos…
— Non non, balaya-t-il. Vous êtes toute pardonnée, ce n’était pas prévu pour nous non plus ! Nous venions seulement rendre leur salutation à SH/NOBI. Mais il doit bien y avoir du papier quelque part, non ?
Soudainement agité, il observa les environs, à la recherche de n’importe quoi.
Pris de pitié, Naruto attrapa un de ses propres posters et le retourna, présentant la face blanche du papier glacé.
— Désolé, vous allez devoir supporter mon profil chez vous, déclara-t-il à la jeune femme, en souriant.
— Ce ne sera pas un problème pour moi, je suis fan de SH/NOBI depuis Dainanahan, assura-t-elle.
— Oh, une fan de longue date, alors ! Quand vous aurez fini avec Yahiko, faîtes moi signe !
Il termina sa phrase avec un clin d’œil et les laissa tranquille, repoussant une jambe envahissante d’un coup de talon.
Toujours troublé, le chanteur secondaire déboucha son marqueur.
— C’est à quel nom ?
— Konan ! Vous avez besoin que je vous l’épèle ?
— Non non.
Rapidement, il signa, s’assurant d’être bien soigneux, avant d’ajouter la phrase personnalisée. Soudainement inspiré, il jeta un regard par en-dessous à la fan, et décida d’ajouter le dessin d’une fleur, semblable à celle piquée à son chignon.
Il fit glisser le poster vers elle, intimidé.
— C’est bien, comme ça ?
— C’est parfait !
Son sourire sincère parut éclairer son visage et elle le releva, émue.
— Vous n’étiez pas obligé…
— Ça m’a fait plaisir, la coupa-t-il.
Mécaniquement, il tendit la main et elle l’imita, la serrant avec un plaisir qui paraissait irradier d’elle.
— Excusez-moi, est-ce que vous croyez à la réincarnation ? balança-t-il tout à trac.
Surprise, elle eut un mouvement de recul mais ne lâcha pas prise, les yeux écarquillés, tandis qu’il se levait, comme en transe.
— Les vies antérieures ? proposa-t-il.
Mais clairement, elle ne voyait pas où il voulait en venir. Alors, déçu, il libéra sa main fine, appréciant tout de même le contact de sa peau contre la sienne.
— Toutes mes excuses, c’est juste… J’ai eu l’impression de vous connaître… d’avant.
Son sourire avait un peu flanché, mais il revint en force.
— Alors, j’espère que c’était une bonne expérience.
Elle se tourna vers Naruto, espérant qu’il tiendrait sa parole. Il l’aperçut et lui sourit d’une manière aussi solaire qu’à l’ordinaire, retournant le poster avant de le décorer de sa signature.
— À une prochaine ! salua-t-elle.
— Oui, à une prochaine… Nagato, souffla-t-il.
L’ayant entendu, son voisin leva la tête et un sourcil, interloqué mais ne l’interrogea pas. Il se contenta de lui adresser un coup de coude quand il remarqua que ses yeux avaient changé, passant d’un bleu proche du sien, à un violet clair ornés de cercles concentriques.
— Vous chuchotez ? les interpella un nouvelle fan.
Ses yeux étaient à peine visibles derrière l’épais verre de ses lunettes, mais Naruto et Yahiko se concentrèrent plutôt sur l’étrange T-shirt qu’elle portait.
Yahiko avec des ailes (?), portant sur son dos Naruto, sous un arc-en-ciel, avec la mention « Yahuto ».
Okaaaay…
Mécaniquement, ils affichèrent le même sourire gêné, signant le même poster sans trop regarder et le lui tendant.
— Votre secret est en sécurité avec moi, promit-elle, un doigt pressé contre ses lèvres.
Tellement en sécurité qu’il n’existe pas.
Lorsqu’elle partit, ils s’entre-gardèrent, décidant télépathiquement de ne pas commenter ce qui venait de se passer, puis retournèrent à leurs fans respectifs.

Un fan arborant un plâtre l’avait difficilement déposé sur la table et avait demandé à Sakura de le lui signer, pour lui. Elle allait obéir avec grand plaisir, mais ce fut le moment où Kisame et Sasori, toujours désœuvré, décidèrent de la taquiner, proposant d’ajouter leurs signatures. Et comme le jeune homme l’avait accepté, la question était de savoir qui commençait.
— Les femmes d’abord !
— C’est le XXIe siècle, mets-toi à la page, chérie, ricana Kisame, s’emparant du plâtre.
— C’est à moi qu’il l’a demandé en premier !
Elle le tira vers elle, mais Sasori fit de même, se contentant de sourire de manière agaçante.
De l’autre côté de la jambe, en équilibre sur ses béquilles, le pauvre fan ne savait plus où se mettre, regrettant sa décision.

— Tu me lâches ou je t’arrache la tête ? menaça Deidara en direction du gars à l’air étrange qui lui tenait toujours la main.
Décidant qu’il était de son devoir, en tant que senpai, de voler à son secours, Sasuke se leva et appuya doucement sur la main moite de l’homme.
— Vous n’êtes pas sans savoir que les poignées de mains sont réglementées, monsieur. Je vous invite à reculer, votre entretien est terminé.
— Ta gueule la tapette, occupe-toi de ton cul, cracha l’inconnu.
Faisant ostensiblement signe à la sécurité – même s’il était parfaitement capable de s’en charger de lui-même, mais le protocole était le protocole – il ne perdit pas son sourire, pas plus qu’il ne modifia sa posture, parfaitement à l’aise.
— Félicitations, vous êtes officiellement banni de tout événement de SH/NOBI. Et ceux d’Akatsuki, j’en suis sûr.
Il expliqua rapidement la situation aux deux agents qui invitèrent l’homme à les suivre, ce qu’il fit, penaud et rageur à la fois.
Sasuke les suivit des yeux, s’assurant qu’il quittait le bâtiment, avant de se rasseoir, reprenant sa dédicace.
— J’t’ai rien demandé.
— Moi non plus. Je déteste seulement ce genre de personne.
Deidara tapota la table de l’extrémité de son marqueur, grimaçant.
— J’suis pas une demoiselle en détresse. J’suis pas une demoiselle tout court !
Comprenant qu’il n’allait pas lâcher l’affaire, Sasuke termina avec sa fan avant de se tourner vers son voisin de droite.
— Je n’ai jamais prétendu le contraire.
— T’es plus rouge que les cheveux de Sasori depuis qu’on est assis là. Pas à moi. Et j’ai entendu les rumeurs.
— Des rumeurs ? En sept ans de carrière, il y en a eu un paquet. Il va falloir être plus précis.
Grognant peu élégamment, le nukenin signa agressivement, avant de tendre le poster à une femme qui en pleura presque de plaisir, avant de déguerpir.
— Je ne suis pas Ino de THRICE. Alors lâche l’affaire.
— J’avais remarqué, merci, grinça Sasuke en levant les yeux au ciel.
Il changea rapidement d’expression, accueillant cordialement la petite fille qui lui tendit un beau dessin, la complimentant avant de lui tendre un poster signé.
— Alors, fous-moi la paix, mini belette.
— Mini bel… répéta-t-il, surpris.
— T’es le descendant d’Itachi, et t’es aussi chiant que lui. On voit l’hérédité.
Préférant ne pas relever, Sasuke passa la main sur son visage, puisant dans sa patience.

— Je refuse de parler à quelqu’un servant Jūbi, siffla Naruto.
Son éventail n’avait toujours pas disparu, mais Itachi était déjà mort. Ça ne lui faisait plus peur depuis longtemps. Jūbi, en revanche…
— Comme tu le sais déjà, je suis un Uchiwa. Je ne sers que mes propres intérêts. Tu as dû l’apprendre, en côtoyant l’héritier de notre si belle lignée ?
Leur conversation était régulièrement interrompue par leur besoin de communiquer avec les fans, mais ils parvenaient à suivre.
— Tu as déjà parlé avec Yahiko. Et de ce que je sais, il t’a expliqué comment Jūbi fonctionne, comment il nous repère, comment il nous entraîne avec lui…
Il dut prendre une profonde inspiration et rabattre ses manches. Pas assez vite : Naruto eut le temps d’apercevoir l’extrémité des idéogrammes recouvrant la peau de ses bras.
— Si je l’aide, reprit-il, la gorge serrée. Il a promis d’effacer mes souvenirs. Et ainsi… Tous ces pleurs, toutes ces voix, l’odeur du sang… tout disparaîtra.
Le poing serré manqua de briser son marqueur.
— Tu sais ce qui est arrivé à mon clan.
— Oui, toi.
— Ce n’est pas complètement faux, rit-il douloureusement. Mais j’avais une bonne raison, à l’époque. Je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur, même si personne ne souhaitera le reconnaître. C’est bien plus simple de se souvenir du futur héritier d’un clan perdant l’esprit que d’admettre qu’en faisant ça, il a évité une guerre civile.
Déconcerté, Naruto le regarda en coin, repliant son éventail.
— Les vainqueurs écrivent l’histoire, chuchota-t-il.
— Les survivants, surtout. Je pensais que mon petit frère m’aimait plus que ça, mais bon… ce n’est pas comme si je pouvais remonter le temps.
Son ton amer ne collait pas avec l’expression douce de son visage. On aurait dit un ange déchu regrettant d’avoir fauté.
Non. Il ne devait pas tomber dans son piège.
Se mordant la lèvre inférieure, à défaut de pouvoir secouer la tête, il se força à trouver quelque chose à répondre :
— Pathétique.
— Pathétique ? répéta Itachi avec amusement.
Il se pencha à son oreille, évitant les piercings qui l’en couvraient :
— Tu ne peux même pas parler de tes marques à tes « amis ». Qui est pathétique ?
Ce fut à son tour de recevoir la semelle épaisse sur ses Derby, qui n’avaient pas la moindre chance.
Cette fois, Itachi fut incapable de camoufler son expression, s’écroulant pratiquement sur la table, après que son genou ait violemment percuté le dessous du plateau, par réflexe, après l’écrasement.
S’éventant à nouveau, Naruto se sentait digne d’une reine : ça faisait du bien !
— Toi et Yahiko me parlez de mes marques sur tous les tons. Mais que ce soit bien clair : je les déteste. Je les hais. Je les exècre. Tout comme les nukenin. Et Jūbi plus encore.
Derrière lui, son voisin rit sans hilarité.
— Si la haine suffisait à le démettre, crois-moi que tu ne serais jamais né, toi pas plus que tous les autres bâtards avant toi !
Bâtards. Ce mot, encore.
Naruto avait l’habitude de se le répéter, mais personne n’avait encore osé le dire à voix haute, devant lui. Et encore moins en parlant de lui.
Puis, autre chose traversa son esprit.
— D’autres ? Il y en a d’autres avant moi ? balbutia-t-il d’une voix étranglée.
— Évidemment. T’as quand même pas cru que t’étais la seule exception ? marmonna Itachi en dorlotant son genou.
Eh bien, si. On l’avait toujours traité comme tel. Il avait toujours eu le fardeau de sa naissance, de son sang-mêlé, persuadé que sa mère avait été la première humaine, la première Oinin, à fauter.
En y repensant, c’était un peu ridicule…

— Wah, elle est magnifique, chuchota Sakura.
Kisame, dont c’était la fan, jeta un regard surpris à sa voisine. Certes, il était plutôt d’accord avec son commentaire, mais il n’était pas habitué à ce comportement si… expansif.
Que cette génération était étrange…
— Ça t’arrive souvent ? lui demanda-t-il.
— De ? Frayer avec des nukenin ? Jamais, grinça-t-elle.
— Non, soupira-t-il en levant les yeux au ciel. T’extasier sur des nanas.
— Je le fais aussi sur les mecs.
Pour s’amuser, il releva légèrement sa chemise, et l’aperçu de ses muscles la fit s’étouffer et toussoter énergiquement, sous les regards inquiets de son public improvisé.
— Donc, mecs et nanas ?
— Pourquoi tu crois qu’il y a « bi » dans SH/NOBI ? renifla-t-elle.
Sasori fut le suivant à s’étouffer, ne s’attendant pas à cette réplique.
— Je croyais que votre chanteur était gay ? intervint-il.
— Oh, il l’est. Mais ça ne l’empêche pas de se permettre quelques libertés quand l’envie lui prend. En vérité, il est plus pan, mais c’est avec lui que vous devriez avoir cette conversation.
Les deux vocalistes échangèrent un coup d’œil et retournèrent à leur tâche, bouche bée. Quelle époque !
Ils étaient un peu jaloux, cela dit.

— Ça va ? demanda Sasuke.
— Mais lâche-moi la grappe, à la fin !
Deidara avait enchaîné les rencontres avec les fans bizarres qui l’avaient clairement jugé sur son physique androgyne, soit le prenant pour une fille, soit l’estimant trop fragile pour être capable de les remettre à leur place.
Les agents de sécurité ne quittaient plus leur coin de table. Kotetsu et Izumo ? Le danseur s’assurera de demander à Kakashi qu’une prime leur soit versée.
— T’es pas mieux que les autres, arrête de te prendre pour un justicier. Et y aura rien, alors te fais pas d’illusion.
D’un geste de la main, Sasuke héla un des employés, lui faisant signe de distribuer les bouteilles d’eau. Et rien à voir avec l’agitation de son voisin, bien qu’il apprécia clairement l’attention, avant de se renfrogner en comprenant de qui ça provenait.
— Je ne m’attends à rien, le coupa-t-il dans son élan.
Il obtint tout de même un « merci » grommelé.
Sasuke sourit légèrement, son marqueur glissant sur le papier glacé.

Lorsque les bouteilles leur parvinrent, elles furent réceptionnées avec soulagement.
Bien qu’ils s’amusaient à l’asticoter, ni Yahiko ni Itachi n’avaient raté les toux discrètes du chanteur entre eux. Il serrait les dents, détournait la tête dans son col, mais ils étaient juste à côté de lui, et attentifs.
Suite à une quinte particulièrement violente qu’il écrasa dans le coude de sa veste, les deux autres échangèrent un regard inquiet, mais ne pipèrent pas un mot, conscient que par son rôle au sein du groupe, ça devait être un sujet sensible.
Quand Naruto apaisa sa gorge à vif, il aperçut deux autres bouteilles fraîches tendues devant lui, chacune tenue par un voisin.
Il hésita, leur jetant un regard l’un après l’autre, puis s’en empara.
Il pouvait difficilement refuser : sa propre bouteille n’avait pas vraiment servi à étancher sa soif, uniquement à calmer la douleur irradiant de sa gorge. De ses cordes vocales. De ces foutues marques.
Il les remercia sans les regarder, l’extrémité de ses oreilles rougissant légèrement.

Lorsque l’heure de fin arriva et que les derniers fans quittèrent le bâtiment en poussant des cris de joie, serrant contre leurs cœurs les différents supports dédicacés, un soupir de soulagement collectif fut poussé, aussi bien par le staff que par les deux groupes. Parmi ces derniers, certains allèrent jusqu’à s’affaler sur leur chaise ou la table, hésitant sur la partie la plus douloureuse de leur corps.
— J’sens plus ma main, pleurnicha Naruto en se tenant le poignet.
— Le prochain qui me dit de lui sourire, je le défonce, grogna Sakura, le visage pressé contre la nappe.
— J’crois que j’ai une crampe, grinça Deidara.
— Je peux regarder ? proposa gentiment Sasuke. Et, non, tu n’es pas une demoiselle en détresse, et non, je ne m’attends à rien.
Coupé dans sa réplique, le nukenin obéit, de mauvaise grâce.
Avec des gestes doux, le chorégraphe appuya à différents endroits de la main, observant les expressions sur le visage à moitié caché du propriétaire. Il fronça les sourcils un instant.
— Désolé, mais j’ai besoin de voir ton visage en entier. Est-ce que ça serait possible de repousser ta mèche, juste un instant ?
Saisissant ladite mèche de sa main libre, Deidara le fixa avec horreur.
— Non !
Malheureusement pour lui, Sasori s’ennuyait. Alors, il profita que Sasuke lui tourne le dos pour appuyer le menton sur son épaule pour parler :
— Deidara est faible. Il n’a pas réussi à se métamorphoser complètement.
À cette déclaration, le nukenin afficha un air trahi qui fit rire son camarade.
— Je ne suis pas faible ! cracha-t-il. Je suis du même rang que toi, pauvre con !
Il aurait bien assené son poing dans la face de cet abruti, mais il croisa malheureusement les sourcils froncés d’Itachi, l’apaisant artificiellement.
Pendant ce temps, Sasuke ne l’avait pas lâché et, lorsqu’il revint à lui, il haussa un sourcil, dans une mimique qu’il ne connaissait que trop bien.
— Je suis un Oinin, lui rappela-t-il. Ce n’est pas comme si ce serait la première fois que je verrai ça.
— Désolé d’avoir de l’égo, grommela-t-il.
Il obéit tout de même, repoussant l’épaisse mèche de cheveux, dévoilant effectivement une partie couverte des sombres marques, et de la peau sombre et terne, typique.
— Tokujō ? l’interrogea-t-il.
— Mini belette connait son sujet, on dirait…
— Arrête de m’appeler comme ça.
Maintenant qu’il était plus simple de le lire, il parvint rapidement à trouver les nœuds et à appuyer dessus, détendant ainsi la simili crampe. Bien que curieux, il ne commenta ni ne demanda à quoi correspondait l’étrange ligne barrant la paume, en vertical.
— Ouais, merci.
Il n’eut pas le temps de lui répondre qu’il fut assailli par ses amis qui lui tombèrent sur les épaules.
— Sasuuu, geignirent-ils. Aide-nouuuus…
Ils lui tendirent leurs mains endolories, de fausses larmes de crocodiles coulant sur leurs joues.
Abasourdie, l’Akatsuki observa l’étrange spectacle donné par les Oinin. Pourquoi agissaient-ils comme des enfants ?
Et puis, c’était un peu vexant de les voir aussi détendu, la garde baissée, alors qu’ils se trouvaient tous là, à porté de main.
Kakashi s’approcha d’eux, frappant dans ses mains, tel un instituteur.
— Allez, les morveux, remballez vos affaires, la journée est finie !
Il se tourna vers Itachi, connu comme le leader du groupe rival, s’inclinant en lui tendant sa carte.
— Je suis Hatake Kakashi, le manager de SH/NOBI. J’ai cru comprendre que vous n’avez pas de manager ?
— Uchiwa Itachi, se présenta-t-il, rendant la courbette et acceptant la carte. Non, en effet, nous nous débrouillons tout seul, pour l’instant. Nous avons bon espoir de trouver la perle rare au travers de nos interventions.
Dans son dos, Naruto se rapprocha, les sourcils froncés. Il observait avec attention leur interaction, prêt à lancer son arme à la seconde où Itachi deviendra hostile.
Une main pesant sur son épaule attira son attention. Croiser le regard de Yahiko ne le surprit même pas, alors qu’il la retirait d’un coup d’éventail.
— Aïe ! Tu pourrais être gentil, quand même ! se plaignit-il faussement, tenant théâtralement le membre endolori.
— Je l’ai été. J’aurais pu l’ouvrir.
Et, sur ces mots, il étala l’accessoire, recommençant à s’éventer gracieusement.
Loin de se sentir menacé, Yahiko gloussa, prenant ses aises.
— Tu lui ressembles tellement, souffla-t-il.
— T’es lourd. Et j’suis pas intéressé.
— Oh, je crois qu’il y a méprise ! Je ne suis pas intéressé ainsi, moi non plus. Peu importe le vêtement bizarre de cette jeune fille, plus tôt, d’ailleurs.
— Qu’est-ce que tu me veux, alors ?
Il haussa les épaules, croisant les bras.
— Parler ? Ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup de nouveaux sujets, en bas.
— Mais, va t’acheter un chien et oublie-moi !
Ne saisissant pas, le chanteur secondaire pencha la tête sur le côté.
— De quoi tu parles ? J’ai déjà un chien. Tu l’as même rencontré !
Pris d’un doute, Naruto cessa tout mouvement, le fixant, légèrement horrifié.
— Le… chien ? Il est à toi ?
— Oui ! s’enthousiasma-t-il. Il s’appelle Chibi ! N’est-il pas adorable ?
— Son nom ne lui va pas vraiment.
C’est tout ce qu’il avait trouvé à répondre, les questions fusant dans tous les sens à l’intérieur de sa boîte crânienne.
— Oui, il était minuscule, quand on l’a connu… soupira-t-il avec nostalgie. Quand j’étais vivant, j’entends. Il accompagnait Nagato. Il m’a souvent répété qu’il l’avait sauvé. Il l’a aidé à se nourrir et empêché de dormir à de nombreuses reprises ! C’était son ange gardien, pendant la guerre.
— Mais… il est mort ?
— Oh oui, c’était horrible, d’ailleurs. Nagato a porté le deuil pendant des années suite à ça, j’ai bien cru le perdre, se souvint-il d’un ton sombre. À la réflexion, c’est peut-être suite à ça que j’ai accepté l’offre de Jūbi…
Le laissant à ses souvenirs, Naruto le dépassa et se faufila dans les coulisses, vite rejoint par ses amis qui s’étirèrent. Autant ils avaient apprécié l’événement, se sentant transportés par l’énergie des fans, autant ils avaient apprécié sa fin et la retombée de tout cette excitation.
— Canap’, grommela Sakura.
— Canap’, valida Naruto.
— Canap’, promit Sasuke.

Tous les trois en pyjamas confortables et écrasés sur les canapés, aucun ne réagit à l’arrivée guillerette de Kakashi.
— Yo les morveux !
— Yo Kashi, parvinrent-ils tout juste à marmonner.
— Internet devient complètement fou ! lança-t-il.
Il se synchronisa avec la télé qu’il avait allumé, montrant au trio les réseaux sociaux.
— Internet aime ça, et Internet n’a jamais tort ! chantonna-t-il.
Le contenu était principalement constitué de ships entre les deux groupes, ce qui était très loin du résultat recherché et attendu. Ce fut avec agonie qu’ils attendirent de découvrir ce qu’on leur réservait.
Et leur manager savait exactement ce qu’il faisait, à en croire son sourire malicieux.
— On commence par Sasara !
Un dessin représentant Sasuke et Deidara en tenue de mariés s’afficha. Le concerné eut tout juste la force de se claquer la main contre le front.
— Tu vois bien que je n’étais pas la seule à l’avoir remarqué, se moqua faiblement la rappeuse.
Un grommellement lui répondit.
— Mais il semblerait qu’il y a plus !
À ces mots, un collage de Kisame, Sakura et Sasori prirent place, provenant lors de la dispute du plâtre. Un « Kisakori » clignotait en-dessous.
— J’vais les tuer. Quand je sentirai de nouveau mes jambes, je les tuerai, promit Sakura dans son souffle.
— Deux pour le prix d’un, eut la force de ricaner le chanteur. Gourmande.
Elle parvint à lui gifler le mollet, seule partie de son corps qui lui était accessible sans se déplacer.
— Et, le meilleur pour la fin…
C’était clairement son tour, et Naruto n’avait aucun doute sur ce qu’ils allaient découvrir. Mais clairement pas à ce point.
Sur la télé, deux photos prises des moments où il avait écrasé les pieds de ses voisins, mais avant le mouvement final, donnant l’impression qu’il leur faisait du pied. À tous les deux.
— Je crois que je vais être malade…
— Oh oh, Naruuuu, le taquina Sakura. Tu me disais gourmande, mais tu nous caches des choses, on dirait bien !
— Je vais être vraiment malade.
Et, sur ces mots, il se leva précipitamment pour courir jusqu’aux toilettes, sous les regards surpris et inquiets de tous.
— Peut-être un virus ? proposa Sakura, l’air coupable.
— Oui. C’est possible.
L’air pensif, Kakashi éteignit l’écran et rangea son portable, observant attentivement les deux membres restants de son œil unique.

