Une fois rentrés, le plan d’attaque avait été simple à mettre en place : grands habitués de la chaîne où les nukenin avaient été invités, ils avaient une idée de comment entrer sans se faire remarquer et comment procéder dans la plus grande discrétion.
Il était l’heure de passer leurs tenues de combat !
Ne pouvant évidemment pas risquer d’être reconnu sans soigner leur apparence, ils suivirent leur routine classique pré émission, avec soins du visage, maquillage appliqué, vernis soigné, coiffure parfaite… Avec bien sûr quelques touches personnalisées, comme le « kill aka », ponctués de nuages rouges, décorant les ongles du chanteur ou les nombreux colifichets imitant des armes couvrant leurs habits. Habits qui, justement…
— Du cuir, sérieusement ?
— Quoi ? C’est bien le cuir ! Il est noir, discret, personne ne nous verra !
— Naru, avec tous tes accessoires fluo, tu brilles pratiquement dans le noir.
N’en démordant pas, il resta campé sur ses positions, les bras croisés et le menton levé.
— Laisse tomber Sakura, soupira Sasuke. Têtu comme il est, ça ne sert à rien de parlementer. Enfilons ce foutu cuir, dégommons ces crétins et rentrons. Ça nous prendra moins de temps que de chercher à le raisonner.
— Je vais avoir besoin de tellement de talc, pleurnicha la jeune fille en direction de sa propre tenue.
— Ça se payera, murmura sombrement le danseur en passant devant leur ami.
Celui-ci se contenta d’afficher une expression satisfaite. Ils n’avaient pu porter cet ensemble que pour l’occasion d’un clip et plus jamais ensuite. C’était criminel, au vu de combien ils étaient sexy dedans !
Éliminer des raclures du monde souterrain, oui, mais en restant classe, s’il vous plaît !
— On sait que ce pantalon te fait un cul d’enfer, mais c’est pas une raison pour nous punir, reprit Sakura. D’ailleurs, ce n’était pas à cause du risque de provoquer une émeute sexuelle que Kakashi t’a interdit de le remettre, depuis ?
— T’as aucune preuve de ce que tu avances.
— Ah si. Elle est juste devant moi, la preuve.
Il décida de l’ignorer, alors qu’elle se tortillait dans le vêtement si moulant qu’il était au-delà de la seconde peau.
— Bon, on peut y aller ? pesta Sasuke, à son retour.
Le trio était en effet une version dark de leur image publique, d’une manière plus sensuelle qu’à l’ordinaire. Il n’y avait bien que Naruto à ne pas voir le danger que ça pouvait provoquer, si leur incursion tournait mal. Ou bien, il le savait parfaitement.
— Dis-moi, c’est pour leur chanteur que tu as tenu à être aussi sexy ? se moqua la parolière.
Elle était actuellement saucissonnée dans un ensemble aussi inconfortable que séduisant, elle devait se venger.
— Mais vous allez me lâcher avec ça, oui ? C’est juste un con, en plus d’être un nukenin. Je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves.
— Moi ? Je ne lui trouve rien ! se récria-t-elle aussitôt. Ni personne du groupe, d’ailleurs !
Mais ses amis ne furent pas dupes et la fixèrent d’un air désabusé.
— Oui, bon, c’est juste un crush, couina-t-elle en plongeant le visage dans ses mains. Ça ne prête à aucune conséquence !
Ouais, je parie que c’est ce que ma mère pensait aussi, grinça-t-il intérieurement.
— Bon, on y va ?
Tentant de prendre une expression dégagée, elle ouvrit la voie, sans un regard en arrière.

— Play! Play! Play! Play! Play! Play! Play! Play! Play games with us! chantonna le générique.
— Spicy Challenge ! annonça le présentateur. Bienvenue à nouveau à « Qui peut boire le plus de sauce piquante ? »
Sur le plateau, il y avait d’un côté l’animateur chargé de représenter la chaîne de télévision, et de l’autre l’Akatsuki au grand complet.
Si le premier portait un attirail de bébé dans des nuances de blanc (biberon, fausse chaise haute, etc.), celui du groupe était de différentes couleurs, avec leurs noms noté dessus, par-dessus les habits dont ils avaient coordonné la couleur, un lilas très doux. Mais ce qui intéressait le plus le public, que ce soit celui sur place ou celui regardant à travers la caméra, c’était les faux biberons remplis de sauce piquante que tous les six devaient ingurgiter.
Si l’animateur arrivait à gérer, n’étant pas à son coup d’essai, les résultats étaient… variés, du côté des nukenin sous couverture.
En réalité, chacun arborait des mines diverses mais exprimant toutes la douleur qu’ils ressentaient en cet instant. Tous, sauf le petit roux qui semblait vivre le meilleur moment de sa vie, se permettant même de sourire et de danser sur sa chaise.
À leur insu, SH/NOBI était parvenu à se faufiler dans le studio sans le moindre souci – ce qui était plutôt dérangeant, au vu des menaces pouvant peser dans ce secteur – et les épia depuis les coulisses, ne cherchant même pas à camoufler leurs sourires de satisfaction face à la souffrance qu’ils démontraient.
— Très bien ! Une fois qu’ils auront quitté le plateau, nous leur bondirons dessus pour les attaquer, et on montrera à ces connards comment on…
— Fait, fait, fait, complétèrent Naruto et Sakura, agitant leurs armes en rythme.
Se détournant, ils se plièrent en deux pour ne pas se faire remarquer, et entreprirent de grimper de manière à surplomber la scène.
— Ah, Itachi est tombé en cendres ! déclara le présentateur.
Celui-ci avait reposé sa bouteille, penché au-dessus de la tablette comme s’il allait vomir, quelques mèches de ses longs cheveux noirs collèrent à la sueur qui le recouvrait.
— Kisame est à terre !
Le gars costaud ne devait pas avoir une grande tolérance aux épices, alors qu’il s’évanouissait pratiquement sur place, les yeux révulsés et la bouche ouverte sur une langue gonflée, sa chemise se relevant sur quelques abdos alors qu’il glissait pratiquement de sa chaise.
— Deidara s’arrête là !
De son œil visible, une larme unique coula, seule réaction visible de la part du blond.
— Et on dirait bien que Yahiko n’a plus le feu sacré !
Le plus grand des deux roux s’écroula à son tour sur la tablette, après qu’un cœur ait apparu à côté de lui, prenant feu aussitôt.
— Il ne nous reste plus que mon superbe co-animateur et Sasori ! Qui des deux sera notre finaliste ?
Le « superbe » co-animateur n’en menait pas large, sueur et larmes commençant à couler sur son visage, alors qu’il rougissait de plus en plus, contrairement au dernier membre de l’Akatsuki qui affichait une quiétude toute enfantine, à son image.
— Non, c’est trop, c’est trop ! s’exclama soudainement l’employé, le visage barbouillé de sauce.
Il s’écroula sur la tablette, son biberon tombant au sol, sans que Sasori ne s’arrête pour autant, bien déterminé à engloutir ce qui restait de sa portion.
— Il renonce ! Sasori est notre gagnant !
Les quatre membres rescapés s’étaient levés pour féliciter leur collègue, mais pas avant qu’il ne balance sa réplique :
— Goo goo ga ga.
— Qu’il est dur d’avoir à se quitter, quand on est en si bonne compagnie ! pleurnicha faussement le présentateur.
— Si dur, si dur, ânonna l’animateur.
— Allez, lancez le générique, grommela Naruto.
Ils avaient participé à cette émission, des années plus tôt. Sasuke avait été une épave pendant des jours, d’ailleurs, pendant que l’animateur l’avait détesté, lui, pour avoir demandé à augmenter le degré d’épice, l’ayant trouvé presque fade.
Hélas, ce fut à ce moment qu’Itachi les repéra sur la corniche. Et qu’un nouveau plan prit forme, dans son esprit.
Il s’avança, à la surprise de tous, pour s’emparer du micro et s’adresser au public et à l’équipe.
— Pourquoi se quitter maintenant ? Des invités spéciaux viennent tout juste d’arriver, il suffit de les inviter sur le plateau !
La surprise était à son comble, mâtinée d’effroi du côté des employés qui géraient toujours mal ce genre d’imprévus.
— Mais qu’est-ce qu’il fout ? marmonna Sakura.
— S’il vous plaît, faîtes du bruit pour SH/NOBI !
Le trio se figea lorsque la poursuite se détourna sur eux, tels des lapins en plein phares. Ils eurent tout juste le temps de ranger leurs armes et d’afficher le sourire le moins crispé qu’ils s’en sentaient capables, alors qu’un fan se leva du public pour arracher son T-shirt, en révélant un autre dessous, arborant leur logo.
— J’ADORE SH/NOBI ! brailla-t-il, les bras levés.
— Merci à tous pour l’accueil, prit la parole Sasuke. Nous étions venus saluer tout le monde, et surtout féliciter nos kōhai pour leur début et…
— Et bien sûr, Play games with us! l’interrompit Itachi.
— Okay, celui-là, je me le réserve, grinça Sasuke en direction de ses amis.
Ils hochèrent la tête sans rien dire.
— Apportez les toboggans !
Avant que quiconque ne puisse réagir, les quatre autres membres de l’Akatsuki s’étaient précipités dans les coulisses pour s’emparer de l’accessoire. L’un d’entre eux avait même pris la peine de gribouiller « SHINOBI » sur le panneau « BIENVENUE ».
— GLISSEZ, GLISSEZ, GLISSEZ ! criait la foule.
— Okay, le cuir c’était une connerie, admit Naruto.
— On les bute, puis je te fais la peau, usuratonkachi.
— Moi d’abord.
Ils cessèrent leurs murmures, se redressant.
— Oh non, ce n’est pas nécessaire ! reprit Sakura à voix haute. Nous ne voudrions pas accaparer l’émission de nos chers kōhai plus longtemps !
— Dans les boules ! Dans les boules !
— Euh, c’est une proposition de cibles ou je me trompe ? murmura Naruto.
Déjà fatigué d’avance, Sasuke le poussa d’une bourrade dans le dos, qu’il ouvre la marche pour ce qui allait être une séquence trop souvent repartagée sur les réseaux sociaux.
Avec un peu la même expression que lorsqu’ils avaient dû enfiler cette tenue, le trio s’assit sur le plastique coloré et tenta de glisser. Hélas, comme dit plus tôt, le cuir n’était vraiment pas prévu pour ça, changeant l’intermède amusant en un trop long moment de gène, dont le bruit perça les tympans de tous.
Tout le monde couvrit ses oreilles, grimaçant.
— Qu’est-ce que c’est ?
La torture ne s’arrêta qu’une fois le trio tombé dans les boules en plastiques, se trouvant en bas des trois toboggans, sous les sourires moqueurs et satisfaits de leurs cinq ennemis, qui ne tentèrent même pas de le cacher, tournant le dos à tous les autres.
— Et SH/NOBI est dans les boules !
Ils se permirent de les fixer avec leur plus belle aura meurtrière ; Sasuke tendu comme un arc, se noyant dans le plastique jusqu’aux sourcils, les poings serrés, Sakura avait atterri assise, pendant que Naruto avait fini sur le ventre, le visage dans lesdites boules, avant de changer tous les trois pour une expression plus avenante, quittant la petite piscine de balles.
— Et voilà, on s’est bien amusé ! prétendit la jeune fille.
Dépassant le présentateur, ils s’alignèrent face à l’Akatsuki.
Les membres de celui-ci arboraient un air doux et paisible, jouant leur rôle à fond, pendant qu’Itachi reprenait la parole :
— C’est un véritable honneur de partager le plateau avec vous.
Ils s’inclinèrent avec synchronisation.
— TROP MIGNON ! brailla une inconnue.
— Et tellement respectueux, rêvassa sa voisine.
Ne s’y attendant pas, Naruto recracha aussitôt la boule en plastique qu’il avait dans la bouche, depuis qu’il était tombé dans la piscine.
Mais qu’est-ce qu’on leur magouillait ?
— Tout l’honneur est pour nous, assura Sasuke.
Héritier du clan Uchiwa, protocole et honneur étaient une seconde peau pour lui. Il n’avait donc même pas cillé avant de montrer l’exemple.
Ils s’inclinèrent à leur tour, en chœur.
— Non, pour nous.
Akatsuki se pencha un peu plus bas.
— Non, pour nous !
SH/NOBI s’abaissa encore.
— Nous.
— Nous.
— Nous.
— Nous !
Le quintet était pratiquement plié en deux, de manière inhumaine, quand Sakura échappa une plainte pour son dos martyrisé.
Heureusement, les rideaux se fermèrent aussitôt, les séparant du public et leur permettant de fusiller du regard les cinq…
Les cinq rien du tout. Akatsuki avait détalé avant qu’ils ne s’en rendent compte. Tout juste le trio remarqua Sasori sur le dos de Kisame.
Les poursuivant, ils jaillirent à l’arrière du bâtiment, où des poubelles s’entassaient, attendant d’être ramassées, mais aucune trace de leurs cibles. La porte d’un commerce plus loin se ferma, attirant leur attention.
— LÀ !
— Cette fois, on les tient, cracha Naruto.
Ils coururent en direction du bâtiment, avant que Sakura n’en lise le fronton et ne s’excite toute seule.
— Oh ! On va enfin aller aux sources avec Naru !
— … tu trouves que c’est vraiment le moment ?
Elle ne lui répondit pas et ils entrèrent discrètement, observant partout, armes dégainées.
— Des bains pour homme ?
— C’est pas toi qui voulais m’y traîner ? renifla le chanteur. Tu crois que je t’accompagnerais du côté des femmes ?
— Il en existe des mixtes, commenta Sasuke.
Naruto eut à peine le temps de lui lancer un regard désabusé qu’ils furent interpellé par cet Itachi.
— Vous nous avez vraiment suivi jusqu’ici ?
— Ce sont des sources chaudes, tu croyais quoi ? Qu’on allait fondre ? répliqua Naruto. On n’est pas en sucre.
— C’est plus elle qu’on n’attendait pas.
Il désigna Sakura d’un mouvement de menton.
— Là où vont mes amis, je viens, répliqua-t-elle.
— Tu parles, elle arrête pas de me reluquer, se plaignit Kisame, appuyé une fois de plus sur l’épaule d’Itachi. Elle a clairement pas le même but que vous.
— Même pas vrai, d’abord, marmonna la concernée.
Mais il eut juste à s’étirer, offrant un nouvel aperçu de ses muscles, pour qu’elle se vende d’un saignement de nez.
— Et merde.
— Vous pensez que nous allons vous laisser nous voler nos fans ? recentra Sasuke.
La vapeur d’eau chaude commençait à les engourdir, il fallait couper cette conversation au plus vite.
— Il faudra nous passer sur le corps ! les menaça Naruto.
Son Shuriken Fūma tourna dans ses mains pour souligner ses propos.
— Tu parles toujours de la même chose ? chuchota Sakura.
— Mais arrête avec ça !
— Vous allez retirer vos sales pattes du Honmoon, reprit le danseur, tirant son épée.
— Nous ne sommes pas là pour nous battre, temporisa Yahiko, s’avançant à son tour.
— Eux si.
Deidara eut à peine le temps de terminer ses mots, agenouillé près d’un bassin, qu’une tête humide sortit de l’eau chaude, dégoulinante.
— Oh putain, pas eux, jura Sakura.
— Débarrassez-vous des Oinin. Et après vous pourrez vous goinfrer de tout le chakra que vous croiserez.
Il ne leur en fallut pas plus pour se précipiter sur le trio.
— Ne laisse surtout pas cette expérience ternir ton image des sources chaudes, Naru ! s’exclama Sakura. Généralement, c’est plutôt calme et relaxant !
Celui-ci leva les yeux en l’air, exaspéré. Mais il s’en moquait bien, des sources chaudes, lui !
Sérieusement, à chaque fois qu’on mentionnait ces foutues sources, il avait l’impression d’être à l’époque du lycée, à prétendre être hétéro.
Il avait passé trop de temps dans trop de placards, maintenant qu’il y pensait…
— Amusez-vous bien ! ricana Sasori.
Sa sortie aurait pu être aussi parfaite que les autres, s’il n’avait pas manqué de glisser sur une flaque, et de s’écrouler au sol. Heureusement pour lui, Itachi le rattrapa avant, usant de l’élan pour le balancer auprès du reste du groupe.
Cet acte le sépara d’eux, permettant à Naruto de le rattraper puis de l’isoler, après avoir couru sur les murs et de tomber du plafond, juste devant lui, menaçant, le forçant à piler, alors qu’il louchait sur l’arme.
— Regarde où tu marches, déclara-t-il, l’air sombre.

Séparés de leur ami, Sasuke et Sakura se retrouvèrent submergés par les nukenin aquatiques. Des Chūnin, de leur observation. C’était rare d’en croiser, surtout un tel nombre, mais c’était dans leur corde. D’ordinaire.
— Qu’est-ce qu’il se passe, avec le Honmoon ? Il ne nous protège plus !
Du plafond, Sakura observa de nombreuses failles rouges s’ouvrirent sous les mains griffues de leurs ennemis, en ajoutant toujours plus au nombre.
— Ils sont trop nombreux… Nous devons tenir… haleta Sasuke. Pourquoi l’autre tête de balai n’est jamais là quand on en a besoin ?

— Tout doux, évite le visage, il m’est nécessaire pour voler plus de vos fans.
Le sourire qu’il affichait lui faisait bouillir le sang, de la même manière que savait le faire…
— … Pourquoi tu ressembles à Sasuke ? siffla Naruto, surpris.
Profitant de son étonnement, Itachi bondit en avant, les griffes dehors.
Ils échangèrent des coups sans parvenir à prendre le dessus, jusqu’à ce que, acculé contre un mur, le nukenin soit forcé de se saisir du Shuriken de ses mains, pour l’empêcher de le tuer, tous les muscles tendus.
— Pas mal, pour un gamin, se força-t-il à dire.
— J’ai failli te dire la même chose.
La chaleur humide en plus des efforts, le tout dans cette tenue de cuir… Naruto avait l’impression d’être des ramen dans leur bouillon.
Il contracta tous ses muscles, pesant plus de poids pour trancher cette tête de…
— Pourquoi tu ressembles à Sasuke ? répéta-t-il.
— Tu parles de ton copain ? Je parie que c’est un Uchiwa. Lui aussi…
Ses yeux dérivèrent, avant de s’arrêter sur un accroc de la tenue, dévoilant la peau nue d’un biceps.
Malgré lui, Naruto l’imita et le choc permit à Itachi de le repousser.
Il se redressa, dos au mur, griffes toujours sorties, l’air concentré, pendant que l’Oinin avait plaqué sa main libre pour cacher inutilement son secret dévoilé, l’air livide.
— Un Oinin en partie nukenin ? Intéressant…
Naruto sentait poindre le début d’une crise d’angoisse, empiré par les vapeurs d’eau.
Ce fut le moment où un Chūnin traversa le mur, entre eux, permettant au chanteur d’apercevoir ses amis de l’autre côté, assaillis par un grand nombre de leurs ennemis. Ils lui tournaient encore le dos.
Le soulagement de les voir fut rapidement remplacé par l’effroi alors qu’il se rappelait que les idéogrammes étaient visibles pour quiconque présents ici.
Les cachant de nouveau de sa main, vainement, il recula, la tête lui tournant, mais pas à cause de l’humidité cette fois.
— Naru ! On a besoin de ton aide ! l’appela Sakura.
— Ramène ton cul tout de suite !
L’instant d’après, une étreinte se referma sur lui, le faisant tourner sur place, une odeur musquée remplissant ses narines.
Il eut tout juste le temps de lever les yeux pour croiser le profil d’Itachi que celui-ci le repoussa et prit la fuite, l’abandonnant, confus.
— Naru !
— Usuratonkachi !
Sa main libre toucha un tissu au lieu de sa peau nue, attirant de nouveau son attention, pour découvrir que l’autre crétin avait arraché un morceau de sa propre chemise pour l’entourer autour de l’accroc de son vêtement.
Mais il n’eut pas le temps de s’appesantir, les appels à l’aide de ses amis devenant plus pressants.
Sortant son Shuriken Fūma, il le lança, tel un boomerang, et il tua tous les Chūnin sur son chemin, allégeant la charge, leur permettant de rapidement prendre le dessus.
De nouveau trois, il fut plus simple de nettoyer les sources, et plus un seul nukenin ne fut en vue, lorsqu’un civil les interrompit grossièrement, les reins couvert uniquement d’une serviette de toilette.
Se pressant pour quitter les lieux, ils abandonnèrent, à leur insu, le vieil homme à un Chūnin qui s’empressa de lui aspirer son chakra, avant de repartir de l’autre côté.

Errant seul dans les rues désertes de Konoha, Itachi repensait à la révélation qu’il venait d’avoir.
— Un Oinin. En partie nukenin. Est-ce seulement possible ?
Mais il n’eut pas le temps de s’appesantir plus dessus, soudain pétrifié alors que son esprit se remplissait des murmures terribles de Jūbi, avant que ses marques ne le recouvrent. L’instant d’après, il s’écrasait contre le sol inégal du monde souterrain.
En se redressant, il se rendit compte qu’il était sur le socle de leur souverain, surplombant la foule de nukenin pressée là. En y regardant bien, certains s’étaient emparés de penlights à leur image. D’autres arboraient différents goodies, dont des T-shirts à leur effigie ou à celui du groupe.
Et, au milieu de tout ça, Deidara, Sasori, Yahiko et Kisame, dans leurs déguisements, tenaient la pose, acclamés de toute part.
— Akatsuki ! Akatsuki !
— Je vous aime, les gars ! pleurait à verse un Chūnin, couvert de diverses possessions siglées.
Dans une fumée rouge caractéristique, les quatre membres reprirent leurs véritables apparences, leurs dos courbés et leurs marques. Ils gardaient les caractéristiques nécessaires à leur plan, comme les chevelures colorées, mais ça ne ralentit pas l’enthousiasme autour d’eux.
— Ils sont comme nous, se pâma un Genin.
— Du chakra en approche ! remarqua son voisin.
Il pointa le ciel d’où de nombreuses étoiles filantes, le fameux apport de chakra, traversaient l’obscurité permanente, pour s’écraser dans la bouche grande ouverte de Jūbi.
Perdu dans sa contemplation, Itachi manqua de sursauter lorsque celui-ci prit la parole.
— [Mon petit soda], chantonna-t-il. C’est accrocheur. C’est étonnant, mais ton plan semble fonctionner.
Profitant de lui tourner le dos pour afficher un air amer, il en changea rapidement alors qu’il faisait volte face.
— Évidemment qu’il fonctionne. Ce chakra est à peine un amuse-bouche. Permettez-moi de poursuivre à mes conditions, et vous pourrez festoyer en un rien de temps.
Mais Jūbi semblait préoccupé par un autre sujet :
— Un de ces Oinin porte ma marque. Mais je n’ai aucun contrôle sur lui.
— Aucune importance. Je l’ai vu, et il en a clairement honte. Ce sera la faiblesse qui le perdra.
Il n’avait aucun doute dessus, l’expression terrorisé de ce Naruto, couplé à sa paralysie, dansait encore devant ses yeux, alors qu’il le disait.
— Je vois que tu as bien retenu ta leçon, Itachi.
Il ne put s’empêcher un rire sarcastique, à cette remarque.

Abattu, SH/NOBI observait Konoha depuis la large surface vitrée de leur penthouse.
Ou, plus exactement, sur le Honmoon troué de rouge qui recouvrait la capitale.
Eux-mêmes avaient été mis à mal, leur plastique parfaite étayée de bleus et de pansements.
— Comment avons-nous pu passer d’un Honmoon presque doré à… ça ? demanda rhétoriquement Naruto.
— Toutes ces failles… murmura Sakura en se rapprochant. Je ne l’avais jamais vu comme ça, avant…
— Jūbi devait savoir que nous étions proche de l’or, déclara Sasuke, les sourcils froncés. Proche de le sceller, une bonne fois pour toute.
— Et pour contrer ça, il nous envoie un boysband de nukenin ?
Ça n’avait aucun sens.
Naruto avait beau réfléchir à tous les précédents événements, rien n’avait de sens. Peut-être devrait-il contacter Tsunade, finalement ?
— On ne peut pas prétendre le contraire : ça fonctionne, soupira Sakura.
Non, c’était une mauvaise idée. Ils étaient parfaitement capables de gérer tout ça, sans l’embêter.
— J’en doute, renifla Sasuke. Nous pouvons faire confiance à nos fans : dans moins d’une semaine, plus personne ne se souviendra d’eux.
— Les morveux ?
L’arrivée soudaine de leur manager eut deux effets sur eux : ils se figèrent, comme si leur cœur avait cessé de battre, puis ils se précipitèrent sur leurs poudriers et miroirs de poche afin de camoufler au plus vite les déboires de leur combat précédent, avant de se retourner d’un seul mouvement, pour lui faire face.
— Salut Kashi ! le saluèrent-ils en chœur avec une expression innocente.
Celui-ci avança dans le penthouse, le regard rivé sur l’écran de son smartphone, une certaine chanson en sortant. Il semblait épuisé.
À cette constatation, Naruto sentit un pincement au cœur, se sentant coupable de son état actuel. Si tout s’était passé comme prévu… Ils seraient encore en pause, Kakashi en train de se détendre à ce fameux complexe hôtelier, au Pays des Sources Chaudes…
— Maa, c’est plus sérieux que je ne le pensais, commença-t-il, avant de lever la tête, les apercevant. Akatsuki est devenu complètement viral après cette émission de variété. Ils ont déjà leur propre fandom.
Tournant vers eux son portable, il fit défiler le contenu vertical mettant en scène divers inconnus, présentant ou non du merch au nom de groupe, reproduisant le mouvement d’épaules de la chorégraphie « Soda Pop ».
Malgré lui, Kakashi commença à les imiter, suivi de Sakura, un peu trop enthousiaste.
— Sakura ! la rappela à l’ordre Sasuke.
— Kashi !
— Contrôlez vos épaules !
Un peu piteux, le manager verrouilla son smartphone, coupant ainsi la musique.
— Ce n’est pas comme si je faisais exprès, bouda la jeune fille.
— T’es quand même passée de THRICE à… ça. Excuse-nous d’être de mauvaise humeur, persiffla le chanteur.
— Pour sa défense, c’est quand même accrocheur, et le mouvement est simple à copier. Parfait pour un lancement de carrière. Vous, c’est d’un autre niveau, vous ne jouez pas dans la même cour, soupira Kakashi. C’est un très bon plan marketing, mais ça ne suffit pas à assurer sur le long terme.
Glissant l’appareil dans une poche, il porta les mains à son visage, se frottant les yeux.
— Désolé, j’ai l’impression d’avoir passé ces derniers jours le nez collé à mon écran, je crois que ça commence à me monter à la tête. J’ai besoin de passer à autre chose… de prendre du recul…
À son tour, il s’approcha de la surface vitrée, y appuyant une main alors qu’il s’abimait dans le contemplation de Konoha.
— Ce n’est qu’une poignée de la population, se raisonna-t-il à voix haute. Des réseaux sociaux. Pas la fin du monde…
Dans son dos, les failles rouges brillaient dans les pupilles de SH/NOBI, ceux-ci serrant les mâchoires.
— On va se battre, pour les cœurs et les esprits, déclara subitement Naruto. On va se battre pour les fans. Pour nos fans. Et quel est le plus grand champ de bataille, entre tous ?
Requinqués, Sakura et Sasuke échangèrent un regard, exprimant leur enthousiasme à leur manière.
— Les Idols Award, répondirent-ils.
— Le Festival de la Querelle ? proposa Kakashi, en même temps.
Mais il fut ignoré.
— C’est exact. Nous devons tout donner sur scène. Nous devons être meilleurs que jamais. Afin d’arracher définitivement l’Akatsuki des esprits et des cœurs, SH/NOBI va donner son meilleur concert !
Ses yeux brillaient au fur et à mesure qu’il parlait, ignorant l’émotion qu’il transmettait aux trois autres, qui buvaient ses paroles.
— Sakura !
Elle sursauta, quittant sa transe.
— Nous allons avoir besoin d’une nouvelle chanson.
Elle ricana sinistrement, rappelant un peu trop bien sa tutrice, avant de faire jaillir d’on-ne-sait-où un de ses carnets de notes.
— J’ai justement vingt-trois cahiers couverts d’insultes !
— Une commande de papiers et de crayons en route, une ! indiqua leur manager, dans le fond.
— Sasuke, une nouvelle choré.
— On va les envoûter comme jamais, promit-il.
Il avait ce sourire. Celui qu’il arborait face à un défi absolument titanesque, qu’il allait se faire un plaisir à relever et à détruire, pendant que ses yeux noirs reflétèrent une teinte rouge, moins d’une seconde.
— Et on va embaucher plus de danseurs, ajouta Kakashi.
Naruto avait le vertige, le sang battant à ses oreilles, alors que son sourire devenait incontrôlable, une vague d’adrénaline traversant son corps.
— Nous allons sortir une toute nouvelle chanson. Une disstrack pour mettre à nu l’Akatsuki.
— Toujours cette obsession, prétendit chuchoter Sakura, à l’intention des deux autres.
Mais il la laissa faire, concentré sur leur nouvel objectif.
— Et renvoyer ces nukenin répugnants dans les profondeurs d’où ils viennent ! promit Sasuke.
Sakura et Naruto serrèrent les poings et se mirent à hurler leur enthousiasme, puis s’arrêtèrent afin de fixer le dernier qui leur rendit le regard, avant de soupirer puis de les imiter à son tour.
— On va leur botter le cul ! jura Sakura.
— Et c’est moi qui ai une obsession ? rit le chanteur.
Pour seule réponse, elle s’empara d’un coussin sur le canapé, et le lui balança en pleine face, gloussant bruyamment, avant de se faire poursuivre par son ami qui tenta de la viser, à travers le penthouse.
— Ça c’est mes morveux ! les encouragea Kakashi. Les termes sont un peu violents, le service juridique ne va pas forcément apprécier, par contre. Mais gardez cette énergie, d’accord ?
Sasuke hocha la tête, amusé, et alla rejoindre le duo de bouffons, plus tempéré.
Laissé seul, Kakashi garda son sourire jusqu’à être sûr que plus personne n’allait revenir.
D’une main fatiguée, il repoussa le bandeau couvrant son autre œil, puis il se tourna, observant à nouveau la capitale. L’iris entièrement rouge scruta les vagues autrefois paisibles du Honmoon, maintenant perturbées par les nombreuses failles sanglantes qui les traversaient.
Sa décision était prise, il avait un appel à passer.


Une réflexion sur “Jpop Oinin – Intermède 6/15”