Maintenant seul dans sa chambre, Naruto souffla de soulagement.
Il était ravi de s’être trouvé un but, que SH/NOBI ait une nouvelle chance pour rattraper le tir, mais si sa voix n’était pas en état dans deux semaines, tout cela n’aura servi à rien. Et même avant la date fatidique, vu qu’il faudra s’entraîner.
— À nous deux, bande de tonics, chantonna-t-il. Voyons à quel point Kabuto est un charlatan~
Fouillant dans le carton, il sortit une des gourdes rescapées du vol de cette saloperie d’Itachi – il fallait qu’il pense à en toucher deux mots à Sasuke, d’ailleurs – et la retourna, à la recherche d’une éventuelle liste d’ingrédients ou de précautions à prendre. Uniquement pour remarquer que l’étiquette sur laquelle se trouvait ce fameux Dr. Kabuto se décollait légèrement d’un coin. Curieux, il la saisit entre deux doigts et tira doucement dessus… pour révéler une simple gourde de jus de raisin !
Ah.
— Hinataaaa, geint-il dans le vide.
Enfin, ça ne pouvait pas faire de mal, à défaut d’être miraculeux.
Il la porta à ses lèvres, sirotant son contenu, son regard vagabondant sur les meubles de sa chambre. Jusqu’à s’arrêter sur l’autre intrus (en plus du carton de faux tonics, donc).
Le bout de tissu qui avait servi à camoufler les marques à ses amis.
Sa seule vision le fit porter sa main libre à l’endroit exact, par réflexe, l’air dur.
Pourquoi Itachi avait-il fait ça ? Qu’est-ce que lui apportait ? N’aurait-il pas été plus simple de l’exposer en tant que bâtard, à peine humain ?
Sous la direction que prenait ses pensées, ses ongles entrèrent dans sa peau, à travers le vêtement, le ramenant à la réalité.
Sirotant toujours son jus de raisin, il tendit le bras devant lui, écartant les doigts, pour admirer sa manucure. « Kill ».
Il s’était souvent demandé si la mission des Oinin était si convenable que ça. À une époque où les famines et la pauvreté mettaient à mal la population, il pouvait comprendre la nécessité de renvoyer Jūbi et ses sbires de l’autre côté du Honmoon, mais maintenant ? Avec la surpopulation actuelle ?
La douce mélodie d’un oiseau retentit, attirant son attention vers le balcon. Sur la balustrade de celui-ci, un oiseau était posé.
C’était bien la première fois qu’il voyait ça… Ils étaient très haut, bien que ce n’était pas un critère qui effrayerait ces animaux, ça restait extrêmement rare. Mais plus encore…
— Je rêve ou ce pigeon a les yeux rouges ?
Ouvrant la porte-fenêtre, il se figea lorsque ledit pigeon se tourna vers lui, ouvrit ses ailes, le bec et… klaxonna ?
Déconcerté, il resta un instant le pied levé, avant de se rendre compte que le piaf avec un problème d’identité avait rangé ses ailes et marchait le long de la balustrade, en direction de là où il entassait sa collection de plantes.
Pardon, tous ses bébés feuillus.
Intrigué, il le suivit, restant sur le qui-vive. Il sortait à peine d’un affrontement avec des nukenin et cet oiseau venait de lui klaxonner dessus. À tout moment, il allait se faire enlever par des extraterrestres !
Mais il s’arrêta et l’observa, sans rien faire. Juste ses deux yeux rouges, avec cet étrange petit dessin noir là où devraient être les pupilles…
Ses instincts le firent se retourner brusquement, alors que des yeux brillèrent dans le noir, au milieu de sa petite jungle apprivoisée. Pas le temps d’appeler des renforts, son Shuriken Fūma jaillit d’entre ses mains, prêt à se défendre.
Naruto fixa ces yeux.
Les yeux le fixèrent.
Naruto fixa ces yeux.
Les yeux le fixèrent.
Naruto fixa ces yeux.
Il… renversa un pot de fleur ?
Ayant légèrement quitté les ombres, Naruto put se rendre compte que la menace était un toutou. Certes, il était immense, mais ça restait un chien. Et Sakura sait à quel point son amour pour les chiens égalait celui qu’il avait pour les crapauds.
L’observant tenter de redresser le pot pour échouer, puis recommencer le convainquit de ranger son arme, mais pas avant d’avoir échangé un regard avec l’oiseau. Celui-ci paraissait d’ailleurs consterné, après avoir lâché un « Je sais » sur une voix qui lui semblait familière.
Décidant que les animaux ne pouvaient pas être une menace, il s’approcha du chien, se saisit de son azalée, et la remit en place, avant de reculer.
Le chien remua la queue, puis s’avança. Et bouscula de nouveau la pauvre plante.
Elle allait finir en dépression, à ce train…
L’oiseau poussa un soupir bruyant en rejetant théâtralement la tête en arrière, pendant que Naruto eut envie de rire, à la scène.
Quand le chien tenta de la redresser, encore, le chanteur eut pitié et l’en empêcha.
— Te fatigue pas, Azalée va faire une petite sieste puis je profiterai d’avoir des pouces opposables pour la remettre à sa place plus tard, d’accord ?
Il s’était agenouillé pour se trouver au niveau du regard particulier, presque phosphorescent, du molosse, pour se rendre compte que ce n’était peut-être pas l’idée du siècle, à la réflexion.
— Qu’est-ce que vous faîtes sur mon balcon, tous les deux ?
Deux animaux pareils, en même temps ? Fallait pas le prendre pour un jambon, non plus. Ils avaient forcément une raison.
Pour toute réponse, le chien se redressa de toute sa hauteur avant de se figer et d’ouvrir brusquement la gueule, un rouleau sur la langue. Rouleau qui… roula, au sol, dans une flaque de bave.
Chouette.
Ayant eu un aperçu de ses crocs et de la taille de ceux-ci, Naruto décida qu’il était plus sage d’ouvrir le rouleau maintenant. Et de se frotter les mains à l’acide, ensuite.
— « Tu me rejoins ? » lut-il à voix haute.
Mais ce fut la signature, qui attira son attention.
— Uchiwa Itachi ? haleta-t-il.
Cette histoire puait à tellement de niveaux…
— Mais comment ça, le rejoindre ? Il se prend pour qui, d’abord ?
Il commença à s’exciter tout seul, s’autorisant des jurons que ni ses amis ni le grand public ne lui permettraient, en temps normal.
Ce n’était pas le pigeon ou le clébard qui iraient le vendre aux médias, de toute façon !
— Pour tout ce que j’en dis, reprit-il, prenant les animaux en témoins, il peut cordialement aller se faire mettre ! Vous pourrez le lui dire !
Et ce fut comme si c’était ce qu’ils attendaient, car l’oiseau s’envola, le frôlant de ses plumes, pour se percher sur le sommet du crâne du chien, pendant que le sol s’illumina, s’irisant du bleu paisible du Honmoon, et qu’ils passaient à travers. Le chien jeta un dernier regard en direction du pot de fleur nostalgique de verticalité et l’oiseau lâcha un dernier klaxon. Puis, il n’y eut plus rien.
Mû par une intuition qu’il s’ignorait, Naruto se pencha à son balcon, scrutant les rues vides, pour apercevoir les deux animaux sortir de l’asphalte, lui rendre son regard, et s’avancer dans la jungle urbaine.
— Je vais tellement me faire arracher la tête, quand Sakura l’apprendra, observa-t-il sur un ton plat. Enfin… Très bien Itachi, j’ai hâte de te voir…
Et sur un sourire sardonique, il serra le poing sur son message, broyant le rouleau au passage.

L’espèce de cerbère à une tête le guida à travers des rues de plus en abandonnées et traditionnelles. S’il s’en donnait le temps, Naruto sentirait même un peu de nostalgie à cette vue : papy Hiruzen, son tuteur, avait un domaine à l’ancienne, une grande demeure en bois avec une décoration digne d’une reconstitution historique.
Il avait grandi, habillé de hakama et de kimono, portant des geta, se rendant aux temples, et tout ce qui allait avec.
Bien sûr, il avait été élevé dans la connaissance de la nature de ses deux parents – de sa mère et de son géniteur, pardon – et au combat des Oinin, s’entraînant encore et encore.
Lorsqu’ils découvrirent qu’en bon héritier de la grande Kushina, il avait la capacité de générer de l’énergie spirituelle par son chant, capable donc d’alimenter et de renforcer le Honmoon, les entraînements s’étaient intensifiés et son destin avait été scellé : il fera partie de la génération prochaine à combattre les nukenin en stimulant les foules.
Et ses marques furent scellées.
Lorsque le chien disparut de nouveau dans les vagues bleues du Honmoon, Naruto quitta ses souvenirs, soudain plus alerte.
Invoquant son arme fétiche, il observa les environs, attentif.
C’était l’occasion pour éliminer un de ces abrutis de l’Akatsuki !
Levant les yeux, il aperçut une silhouette : quelqu’un se tenait sur un toit !
N’en croyant pas sa chance, il bondit silencieusement sur les bâtiments pour se donner de l’élan et arriver à la hauteur de la personne lui tournant le dos.
Là… juste là… Il ne se doutait de rien, ne s’était pas retourné, n’avait donné aucun signe qu’il l’avait repéré…
Un sifflement dans l’air fut l’unique avertissement avant que l’arme démesurée ne traverse…
— Un mannequin ?!
— Whoa, je ne m’attendais pas à une fête de bienvenue, mais… quand même…
Sursautant, Naruto se retourna aussi sec, tendant l’arme devant lui, les pales repliées, le souffle court.
— Tu n’es pas Itachi, remarqua-t-il.
— Non, en effet.
Les nuages avaient quitté la lune, permettant l’éclairage de cette partie de la ville dépourvue de réverbères, dévoilant des cheveux oranges et des yeux bleus. À mille lieues du profil sombre de son adversaire jusqu’à présent.
Loin d’en être décontenancé, le roux ouvrit les bras, souriant largement. Aussi largement que pouvait le faire Naruto dans ses grands jours.
— On ne s’est pas présenté, mais je suis Yahiko ! Qu’as-tu pensé de notre chorégraphie de Soda Pop ? J’ai vraiment envie d’avoir l’avis d’un pro !
Son attitude décontractée déconcertait Naruto qui ne savait plus trop comment agir. Il rangea même son Shuriken Fūma pour le fixer, les sourcils froncés.
— Pourquoi je devrais te le donner ? On n’est pas ami.
— Oh, pour le beau jeu ! Comme l’a fait remarquer ton petit ami lors de l’émission, vous êtes des cadors dans le secteur du divertissement ! Nous ne sommes que de pauvres débutants.
— Mon pet… Sasuke n’est pas mon petit ami ! glapit-il.
— Ah non ? demanda-t-il, penchant la tête sur le côté. Zut, je dois de l’argent à Kisame…
Ses doigts lui démangeaient à l’idée de faire jaillir à nouveau les pales tranchantes de son arme. Pourquoi il s’embêtait à lui faire la conversation, au fait ? Il avait l’intention d’éliminer Itachi, peu importait que ce soit un autre de ces débiles, le but était le même !
— C’est toi qui m’as envoyé le message ?
— Oui. J’ai demandé à Itachi de le signer. Ton obsession pour lui n’a échappé à aucun de nous.
— Mais… je n’ai d’obsession pour personne ! rugit le chanteur.
Une vague rouge jaillit de lui, suite à ce mouvement d’humeur.
— Oh. Alors, notre petite belette n’avait pas tort… pensa Yahiko à voix haute.
— Q… Qui ? Quoi ?
— Itachi. Il nous a raconté. Pour tes marques. Un Oinin avec des marques ? Une vraie célébrité ! ricana-t-il.
— J’t’emmerde, cracha le moqué.
— Mais je ne suis pas là pour ça.
Pendant leur échange, ils avaient avancé sur les toits en bois, chacun gardant l’autre bien en vue. Ils ne se faisaient pas confiance malgré l’attitude décontractée du nukenin. Et à sa dernière phrase, Naruto manqua de dégringoler de son perchoir. Il rétablit son assiette en crachant un juron.
— T’es un Uzumaki, pas vrai ? Pour le bien de notre plan, Itachi nous a forcé à engloutir un nombre d’informations démentielles. Deidara a adoré les magazines people d’ailleurs, il est devenu super flippant suite à ça.
— Ce n’est pas un secret, balaya-t-il d’un haussement d’épaules.
— C’est pour ça que je suis là. Mon meilleur ami… quand j’étais vivant bien sûr, c’était un Uzumaki. Je suis… curieux.
Il manqua à nouveau de s’étaler plusieurs mètres plus bas, sous la surprise.
— Que… comment ça ?
— Il s’appelait Nagato, expliqua Yahiko sur un ton nostalgique. C’était la personne la plus droite, la plus intègre et la plus ambitieuse que j’ai connu. Imagine un peu : il souhaitait unifier tous les pays dans un paix mondiale.
Naruto allait de surprise en surprise, et ça ne lui plaisait pas.
— En quoi ça me regarde ? grommela-t-il.
— C’est juste… je voulais savoir comment la descendance de mon meilleur ami s’en sortait. Comment les événements se sont déroulés suite à ma mort. Il y est parvenu ?
— J’sais pas, j’écoutais pas à l’école.
Mécontent, il croisa les bras. C’était une blague ? On l’avait invité pour quelque chose d’aussi trivial ?
Peu convaincu, Yahiko lui lança un regard moqueur.
— Il a donc échoué. Quel dommage.
Il leva la main dans l’espace entre eux, ses marques apparaissant subitement, irisées dans la nuit.
— Et je suis donc mort pour rien. Quelle injustice…
Sa curiosité le tuera.
— Quel rapport ?
— Tu sais comment on devient un nukenin ?
— Non. Et je m’en fous. Je ne vois pas le rapport.
— Jūbi. Il sent ta faiblesse, tes doutes. Ton désespoir… Il les renifle, les goûte. Puis, dès que tu as le malheur de t’intéresser à lui, il y enfonce ses crocs, te lamine et ne lâche plus, jusqu’à ce que tu abandonnes et acceptes son marché. Tu connais Ame ?
— Qui ne connaît pas ?
S’il continuait de se disperser, il allait perdre patience ! Le Honmoon vibrait au bout de ses doigts, prêt à s’ouvrir pour lui.
— C’est là d’où nous venions, Nagato et moi. Nous sommes nés dans une période maudite. La guerre. Elle nous a tout volé. Tout, sauf nos rêves. Alors, lorsque Nagato a parlé de ce projet de paix, je peux te dire qu’on était nombreux à s’accrocher à cette chimère. J’y ai perdu ma famille, comme tous les autres, il ne me restait plus rien. J’aurais tout fait pour lui, pour ce rêve. Alors, je l’ai fait.
Hypnotisé, Naruto gardait les yeux rivés sur les marques. Elles clignotaient presque sous l’irisation, disparaissant sous les vêtements sobres.
— Nagato devait garder les mains propres. Il aurait été inenvisageable qu’il les salisse dans quoi que ce soit, ou pour quoi que ce soit. Il devait rester pur, intact. Alors, pour son bien, pour le bien de tout le monde… J’ai regardé Jūbi et j’ai accepté ses conditions. J’ai plongé les mains dans le sang et la merde, tout ça pour paver d’or le chemin de mon ami.
Il semblait plongé si profondément dans ses souvenirs que Naruto se rendit compte avec retard qu’il aurait pu l’abattre sans rencontrer la moindre résistance. Mais il avait raté le coche.
— Mais je ne suis pas là pour parler de moi. Mais de toi.
— J’ai rien à te dire, se rembrunit aussitôt le chanteur. J’devrais même pas être là.
— En effet. Et pourtant, tu es là.
Le sourire entendu qu’il afficha augmenta ses envies de meurtre.
— Crache le morceau avant que je ne t’installe la climatisation, le menaça-t-il.
Le Honmoon vibra plus fort.
— Mes intentions sont tout ce qu’il y a de plus pacifiques. Je t’ai dit la vérité : je veux avoir des nouvelles de mon ami. Savoir ce qu’il est devenu. Ce qu’il a fait. S’il a été heureux…
Si mon sacrifice en valait le coup.
Empathique malgré lui, Naruto soupira bruyamment avant de dénicher son portable de sa poche, commençant à pianoter sur l’écran.
— Nagato, tu disais ?
— Oui oui.
Discrètement, le roux se rapprocha, espionnant par-dessus son épaule, curieux de ce qu’il faisait.
Malgré ses missions dans le monde des humains, il n’avait pas trop suivi l’évolution de la technologie. Tout le monde semblait avoir ce petit truc lumineux, à quoi ça pouvait bien servir ?
— Ah bah, il est mort.
— Évidemment, c’était il y a quatre cent ans, râla Yahiko en roulant les yeux. J’espère bien qu’il est mort, le pauvre ! C’est son projet qui devait être immortel, pas lui.
Naruto agita la main, comme pour chasser une mouche, lui indiquant de la fermer, il réfléchissait, merci.
— Sa page Wikipédia est chargée, j’ai besoin de silence.
Docile, il obéit, croisant les bras dans son dos et se balançant sur ses pieds, observant la voûte céleste.
Des étoiles… ça fait si longtemps qu’il n’avait pas eu le temps de les voir… C’était une belle soirée, embrumée de mélancolie. Il ne manquait que la pluie, pour le noyer encore plus profondément dans la vie qui avait été la sienne avant. Mais il pouvait faire confiance à Jūbi pour ne jamais la perdre de vue.
— Tu ne l’as jamais entendu ? l’interrompit-il.
— Hein ? Nagato ? Bah non. Si elle n’avait pas été une star à son époque, je ne connaîtrais même pas le son de la voix de ma propre mère. Je suis le dernier Uzumaki en vie, à cette heure.
— L’histoire se répète, commenta son voisin. Tu as un lourd héritage à prospérer.
— J’suis gay, l’héritage est foutu, marmonna-t-il.
— Ah. Ce n’est pas ce qui a arrêté Nagato, vu que tu es là.
La réalisation prit son temps pour être traitée par ses neurones occupés par la recherche d’informations. Quand ce fut fait, il sursauta, manqua de glisser pour la troisième fois, et dut son salut aux réflexes affutés du nukenin.
— Ça va ? lui demanda-t-il.
— C’est quoi ton but ? Me faire mourir d’une manière stupide ? Arrête avec tes actualités chocs !
— Mes… actualités chocs ? Comment ça ?
Il le relâcha après l’avoir redressé, époussetant le pull orange.
— Mon ancêtre était gay ?
— Ouais. Ça ou un truc dans le genre. C’est pas comme si on avait la tête à se poser pour réfléchir à ce genre de trucs. Tu sais, la guerre, la famine, la misère… On vivait au jour le jour. Alors, ce genre d’étiquettes… Vous perdez un temps fou sur des détails, maintenant…
— Merci papy, ça fait plaisir de le savoir. Mais si vous n’aviez pas le temps de parler de ce genre de « truc », mima-t-il de sa main libre. Comment t’es au courant ?
Yahiko se contenta de le regarder, sans expression particulière. Elle évolua au fur et à mesure que son interlocuteur commençait à comprendre, pour un sourire taquin.
— VOUS DEUX ?!
— Yup. Sacrée époque. Besoin de détails ?
— NON.
Et pour faire bonne mesure, il lui plaqua l’écran de son smartphone contre son visage, percutant un de ses piercings au passage.
— TIENS ! LIS ! ET, SURTOUT, FERME TA GUEULE ! VEUX RIEN SAVOIR !
Lui abandonnant son bien, il s’isola sur un autre toit, se frictionnant les oreilles, comme s’il pouvait effacer ce qu’il venait d’apprendre ainsi.
Resté seul, Yahiko l’observa faire, souriant, avant de se tourner sur l’étrange appareil.
La langue avait évolué, depuis qu’il avait appris à lire, mais il lui était simple de comprendre l’idée globale que véhiculaient les phrases.
Avec une soif qui l’étonna, il but chaque information sur son vieil amant. Bien que les tournures étaient froides, cliniques et impersonnelles, il eut l’impression de vivre les événements traités, imaginant sans trop d’effort comment son plus vieil ami les avait traversé.
Arrivé au point final, il ne fut surpris qu’à moitié des larmes qui coulaient sans frein sur son visage.
La mort l’avait arraché de la vie, le conservant dans l’état dans lequel il se trouvait lors de son dernier souffle. Couplé aux murmures de Jūbi, c’était comme si le temps s’était arrêté pour lui. Intellectuellement, il savait que des siècles s’étaient écoulés, mais il avait vraiment du mal à intégrer que le rêve de Nagato n’était plus qu’une ligne dans le livre d’Histoire d’un grand nombre de Pays. Il n’avait vécu que pour ça, à travers ça… Et il était mort pour ça, pour sa réalisation.
Il tendit le portable en direction du Oinin, attendant qu’il le récupère. C’était beaucoup d’émotions d’un coup, il avait besoin d’une pause et de traiter tout ça.
Naruto se rapprocha, arrachant son bien de la main de son ennemi naturel, les sourcils froncés.
— C’est vraiment tout ce que tu voulais ? Une recherche internet qui t’aurait pris cinq minutes, dans n’importe quel cyber-café du coin ?
Profitant de leur promiscuité, et bien qu’épuisé par ces dernières heures, Yahiko força un sourire. et saisit le poignet nu du chanteur.
Aussitôt, leurs marques à tous les deux s’illuminèrent, le phénomène d’irisation reprenant.
— Non, bien sûr. J’étais aussi venu pour ça. Que tu le veuilles ou non, tu fais partie des nôtres.
Il le relâcha et sauta en arrière, évitant les lames aiguisées qui tranchèrent l’espace où il se tenait.
— Je ne fais que dire à voix haute ce que tu sais déjà, Naruto. Faut vraiment être stupide pour penser que ce n’est rien, ce que tu as, ce que tu es. Tu as déjà le luxe incroyable de ne pas avoir Jūbi te chuchotant à l’oreille, en permanence. Mais si le sang de Nagato coule dans tes veines, tu es aussi pratiquement mon descendant.
— Bas les pattes, pervers !
Yahiko évita une charge meurtrière, s’amusant un peu trop de la situation. Il aura tout le temps, dans le royaume de Jūbi, pour repenser à tout ce qu’il venait d’apprendre. L’Oinin était une distraction parfaite.
— Et, en ta qualité de descendant. De mon descendant, tu as le lourd fardeau de perpétrer les mêmes erreurs que tes ancêtres : être un rêveur. Porter un rêve infiniment plus grand que toi, les espoirs de tout un tas de gens s’accrochant à cette aspiration, te confiant toutes leurs aspirations, sans même réfléchir à deux fois sur si tu es capable d’en supporter le poids. Et puis, un jour, tu t’écrouleras.
Paralysé par le discours, par sa véracité, Naruto était incapable de bouger. Il ne pouvait que respirer de plus en plus vite, de plus en plus fort, les yeux fixés sur une tuile mal agencée.
— Et quand tu t’écrouleras – car tu le feras, crois-en mon expérience – tu auras de la chance si on t’aide à te relever. Si quelqu’un s’agenouillera pour te tendre la main. Peut-être même te proposer de partager ton fardeau avec lui ! Si tu as du bol, peut-être que ce quelqu’un acceptera de se salir pour toi. Quelqu’un qui endossera tous les péchés nécessaires à la réalisation de ce projet. Quelqu’un qui se damnera, jusqu’à son âme, pour toi. Pour ça. Comme je l’ai fait pour lui.
Un silence sépulcral s’installa, alors que la crise de panique de Naruto commençait à fluctuer.
— C’est… c’est horrible.
— C’est ainsi qu’est l’humanité. Elle a besoin d’un leader pour penser, parler, agir. Rêver à sa place. Et, ensuite, elle décide quoi en faire. Et ces marques… C’est le rappel de ton fardeau.
Il éleva son bras devant lui, remontant sa manche pour mieux dévoiler les idéogrammes s’enroulant autour des muscles.
— Elles sont comme toi. Comme moi. Comme nous. Elles sont sentientes. Elles se nourrissent de honte, de désespoir, de notre misère. Comment crois-tu que Jūbi nous contrôlent ?
— Vous contrôlent ? Comment ça-
Mais Yahiko avait disparu dans un panache de fumée rouge avant qu’il n’ait fini sa question.
La frustration et la rage explosèrent en lui, telle une éruption volcanique, des vagues rouges émanant de lui, se répandant à travers le Honmoon déjà bien mis à mal.
Il était temps de rentrer.

