Itachi était appuyé contre le mur, pensif.
Était-ce à cause de la proximité de la date ? Jūbi semblait empirer sa torture sur eux. Ses oreilles vibraient encore des pleurs de son frère et il devait régulièrement prendre de profondes inspirations pour repousser la nausée que l’omniprésence de l’odeur du sang lui inspirait.
— Arrête de te faire du mouron, tu vas finir chauve à ce rythme.
Très loin de s’en faire – en apparence – Yahiko était très occupé à gratouiller Chibi qui avait roulé sur le dos, la langue pendante et la queue remuant la poussière sous son agitation.
Préférant ne pas lui répondre (et quoi ?), il croisa les bras et continua d’observer les environs, impatient.
— Tiens, t’es là, cette fois ?
— Salut Naru ! Cache ton plaisir, surtout !
Le sourire enjoué de Yahiko ne flancha pas un instant malgré l’évidente mauvaise humeur du chanteur.
— Ouais ouais.
Il tomba à genoux et enfouit son visage dans la fourrure brune du chien quelques instants, ignorant l’échange de regards interloqués des deux autres.
Quand il se redressa et se releva, il paraissait plus détendu, mais le sourire était toujours absent.
— Merci à tous les deux d’avoir répondu présent.
Pressentant qu’il était inutile de le presser, qu’ils finiraient par l’apprendre au bout d’un moment, les nukenin se contentèrent de hocher la tête, patient.
Mais Naruto était sans le moindre plan.
En retournant au penthouse en rasant les murs, comme après le fiasco du direct de Golden, il s’était enfermé dans sa chambre, avait rapidement écrit une note semblable à la précédente, et avait profité de la présence de Chibi pour la lui confier.
À la base, il avait uniquement pensé à Itachi, mais maintenant que Yahiko était là… C’était peut-être pas plus mal ?
Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois d’affilé, pensant être capable d’expliquer la situation, pour se rendre compte qu’il n’en avait pas la moindre idée.
Alors, à la place, il se décida pour quelque chose qui n’avait rien à voir.
Se tournant vers Yahiko, il montra du doigt le corbeau qui lui avait klaxonné à plusieurs reprises au visage, actuellement très occupé à lisser ses plumes.
— Pourquoi le piaf a les yeux rouges ?
— Pourquoi tu me demandes ça ? répondit-il, étonné.
— Bah, c’est le tien aussi, non ?
— C’est mon cousin, déclara Itachi.
Surpris, autant par sa prise de parole que ses propos, Naruto leva la tête vers lui, les yeux écarquillés.
— Pardon ?
Itachi tendit le bras devant lui. Aussitôt, le corbeau cessa sa toilette et s’envola pour se poser sur le poignet, fixant le chanteur d’un air suffisant.
— Uzumaki Naruto, permets-moi de te présenter Uchiwa Shisui. Ou, ce qu’il en reste.
Lorsque l’oiseau ouvrit le bec, Naruto s’attendait à n’importe quoi. Le klaxon, surtout.
— Bonsoir.
Mais clairement pas à ça.

Lorsqu’il revint à lui, Naruto fixa le ciel sans comprendre. Puis, ça lui revint.
— L’oiseau… a parlé.
— Ah, le bel au bois dormant est de retour ! annonça Yahiko. Ça va ? Tu nous as fait une sacrée frayeur, dis donc !
Comprenant qu’il était adossé contre le ventre de Chibi, l’Oinin se redressa lentement, se frottant le visage, puis observa les deux nukenin.
— L’oiseau a parlé.
— Bien sûr que je parle. Tu aurais préféré que je jongle ?
— T’as passé l’intégralité de tes visites chez moi à klaxonner ! l’accusa-t-il.
Sautant sur ses pieds, il appuya ses poings fermés contre ses hanches, les sourcils froncés.
— Tu as vraiment fait ça, Shisui ?
Le corbeau prit un air innocent – s’il était possible pour un oiseau de l’exprimer – et ouvrit le bec, avant de se faire interrompre par Yahiko :
— Attends, comment ça, « l’intégralité de tes visites » ? Itachi ! Est-ce que tu harcèles mon petit-fils ?
— J’suis pas ton petit-fils…
Mais Naruto ne mit que très peu d’énergie dans cette correction, ressentant une douce chaleur à cette reconnaissance.
— Je ne harcèle personne, répondit l’accusé.
— Il a envoyé pleeeein de courriers à ce gamin, le vendit sans vergogne Shisui. Mais le gamin les a tous refusé !
Il s’amusait clairement de la situation, même si son cousin le fusillait du regard, pour éviter celui de l’autre nukenin.
— J’exige des explications ! cria pratiquement ce dernier, prenant le ciel en témoin.
— Plus tard.
— Je ne vois pas pourquoi, tous les concernés sont ici.
Ce fut ce moment que choisit Naruto – ou que ses derniers remparts tombèrent – pour enlacer par derrière Yahiko, plongeant son visage entre ses omoplates. Les deux nukenin se figèrent, et plus encore lorsque le premier sanglot retentit.
Il lui fallut quelques gesticulation, mais le chanteur secondaire parvint à se retourner, accueillant dans ses bras le descendant de son amant, le berçant tendrement et lui frottant le dos.
Personne ne parla, attendant d’en apprendre plus, d’en comprendre plus.
Lorsqu’il s’apaisa, acceptant un mouchoir, il dut faire face aux mines inquiètes. Même le piaf en avait une !
— Désolé, la journée… non, les semaines ont été longues. Je crois que j’ai craqué.
— Et je suis très honoré que tu m’ais fait confiance, lui assura Yahiko en lui caressant les cheveux. Tu peux m’appeler papy !
— On va peut-être pas exagérer non plus…
— Papy, t’es plus jeune que lui, arrête avec ça.
— Jamais ! Je revendique ma filiation avec cet enfant !
— Un enfant qui est plus vieux que toi.
— Détail, balaya-t-il d’une main.
Bien que bref, l’échange amena un petit sourire sur le visage de l’Oinin qui se frotta les yeux.
— Et, du coup, c’est quoi le rapport, entre le fait que le corbeau soit ton cousin, et celui qu’il ait les yeux rouges ?
Pour toute réponse, Itachi lâcha prise sur sa métamorphose, juste assez pour revêtir sa peau terne, les idéogrammes la recouvrant de son encre noire, mais surtout les yeux rouges, avec trois tomoe noirs autour de la pupille.
À côté de lui, Yahiko revêtit les mêmes yeux violet clair aux cercles concentriques qu’il avait brièvement aperçu lors de la rencontre des fans.
— Ah. D’accord.
— Ce sont nos yeux de morts, si on peut dire. C’est la marque de notre rang élevé. Tu n’en avais jamais vu, auparavant ?
— Généralement, on combat des nukenin de bas-rangs, de ce que disent nos archives. Et même si ce n’était pas le cas, ce n’était pas comme si on prenait le temps de faire la causette avec eux.
— Pas comme avec nous, tu veux dire ?
Le sourire moqueur de Yahiko donnait une furieuse envie de lui rabattre le caquet. Et, pourtant, il lui permettait aussi de se détendre, en plus de ne pas avoir retiré son bras de ses épaules.
Alors, il se contenta de lui écraser le pied. Certes, il ne portait pas le même genre de chaussures létales que lors des dédicaces, mais ce n’était pas le plus important. Il suffisait d’appliquer la force nécessaire.
— Enfoiré, cracha la cible en le lâchant.
Il sautilla plus loin, dorlotant son pied blessé.
— Je suis désolé, je vais devoir recentrer notre conversation, reprit Itachi. Comme tu le sais, les Idol Awards sont imminents, et nous devons répéter.
— Justement, c’est à leur sujet ! Est-ce que tu as réfléchi à ma proposition ?
— Une proposition ? Quelle proposition ?
Toute douleur oubliée, Yahiko revint vers eux, l’air suspicieux, se plaçant un peu devant Naruto, comme pour le protéger de son camarade, les bras croisés.
— Tu vois le mal partout…
— Pour le moment, je vois un mâle bien devant moi. Partout, on verra plus tard.
— Dîtes, vous êtes fatigants.
Se mettant à la même hauteur que son voisin, Naruto se frottait le front.
— L’autre fois, quand tu étais en rencard, j’ai fait une demande à Itachi. Qu’Akatsuki laisse SH/NOBI gagner, aux Idol Awards. Ça s’est bien passé, d’ailleurs, avec ta fan ?
— Konan et moi avons passé la soirée à parler, c’était génial. Mais ne crois pas que je vais te laisser noyer le poisson.
Il se tourna vers Itachi, les bras écartés dans les airs.
— C’est contraire au plan ! Quand Jūbi va le savoir – parce qu’il sait tout – les tourments que nous avons subi jusqu’ici seront une goutte d’eau, comparé à ce qu’il nous fera subir !
— Écoute-le, il avait de bons arguments.
Se tournant vers l’Oinin, Yahiko croisa les bras, patientant.
Mais Naruto était fatigué. Fatigué des combats incessants des derniers jours, fatigué du stress inhérent à son statut d’Idol, fatigué d’avoir à penser à douze mille plans quand, tout ce qu’il voulait, c’était de se rouler en boule et de dormir un petit siècle ou deux.
— Naruto a fait cette demande, reprit Itachi, parce qu’ainsi, SH/NOBI pourra sceller, une bonne fois pour toutes, le Honmoon. Et si nous sommes de ce côté à ce moment-là, nous serons hors de portée de Jūbi. Il ne pourra plus rien nous faire.
— C’est le plus gros si de l’histoire de l’Humanité ! siffla-t-il. Et si ça ne fonctionne pas ?
— Ça fonctionnera ! intervint Naruto d’une voix sûre, attirant leur attention. Avant que vous ne fassiez votre apparition, nous avons pu apercevoir les premiers reflets dorés du Honmoon. C’est même pour ça que Sasuke a publié en avance Golden.
— Mais, les circonstances ont changé, Naru.
Et pour souligner ses dires, Yahiko indiqua la faille rouge la plus proche d’une main.
— Même si vous gagnez, à la loyale ou non, qu’est-ce qui te prouve que ce ne sera pas un Honmoon classique ? Juste assez pour nous sceller une simple année, remettre à zéro son état, qu’il redevienne bleu…
— Mais, si on n’essaye pas…
Sa voix craqua malgré lui, et la toux revint, le pliant en deux.
Affolés, Itachi et Yahiko se précipitèrent sur lui, sans trop savoir quoi faire. Dans leur agitation, ils le mirent torse nu, comme si ça allait l’aider à mieux respirer. C’était suffisamment incongru en tout cas pour fonctionner.
— Mais, qu’est-ce que vous avez foutu ? demanda-t-il d’une voix douloureuse.
— On a… paniqué ? suggéra le chanteur secondaire.
— Si j’avais su qu’une bonne toux permettait d’être déshabillé…
Sa tentative de rire le renvoya dans une autre quinte, mais plus légère car pour une autre raison.
Mais les nukenin ne partagèrent pas son hilarité, mais plutôt un air sombre. Lorsqu’il s’en rendit compte, il les interrogea du regard.
— Tes marques. Elles sont très étendues.
— Je me faisais la même réflexion… Tu en avais déjà vu autant, auparavant, Itachi ?
— Non, répondit-il en secouant la tête. Pas chez un vivant, en tout cas. Jūbi nous appelle à lui bien avant.
— C’est peut-être lié à mon statut de bâtard, renifla Naruto. Vous pouvez me rendre mes fringues ? Il fait un peu froid.
Il se rhabilla dans le silence puis se frotta la nuque, embarrassé.
— Je comprends que mon plan paraisse insensé. Il y a bien trop d’inconnus. Mais vous pouvez aussi comprendre que je ne peux pas me contenter d’attendre, les bras croisés, de voir mon monde disparaître…
Yahiko croisa les bras, portant une main à son front, un sourire triste aux lèvres.
— Pourquoi dois-tu tant lui ressembler ? souffla-t-il. Si j’avais encore un doute sur ta parenté, tu viens de tous les retirer.
— C’est un oui ?
Il trépignait sur place, embarrassé.
— C’est un « peut-être ». J’ai donné ma vie à ton ancêtre, excuse-moi d’avoir des doutes pour celle d’après.
— C’est déjà énorme, assura Naruto, souriant joyeusement.
Sur une impulsion, il l’enlaça. Quand il lui rendit son étreinte, il la raffermit.
— Ah, les plans fous Uzumaki… On pense en avoir assez, mais on en redemande toujours !
Ils se tournèrent vers Itachi qui paraissait ennuyé.
— Tu as eu plus de temps pour y réfléchir. Quelle est ta réponse ?
À son tour, le nukenin soupira, se frottant le visage d’une main.
— J’avais espéré que la présence de Yahiko tempérerait ce plan dément, avoua-t-il. Mais on dirait bien que je me suis trompé.
Si le concerné lui adressa une œillade noire, appréciant peu d’être traité comme une baby-sitter, son voisin tourna vers lui un regard débordant d’espoir, dans l’attente de sa réponse.
— Naruto, reprit-il. J’aimerais croire en ton projet insensé. Je te le jure. Mais je ne suis pas sûr d’être la meilleure personne qui soit pour t’aider.
— Oh oh, très mauvaise idée, se moqua le chanteur secondaire.
Il n’eut pas le temps de l’interroger sur cette remarque que Naruto se rapprocha de lui, l’air soudainement plus malheureux qu’il n’avait encore pu le voir.
— Je ne vois personne d’autre, souffla-t-il. Sans vouloir te vexer Yahiko.
— Vous occupez pas de moi.
— Et puis, reprit-il. Tu l’as déjà fait. On se connait depuis peu, et je sais que ça peut paraître dingue, mais… tu as fait pour moi plus que beaucoup de gens a déjà pu faire. Et j’ai envie de te rendre la pareille.
Il se rapprocha, se saisissant d’une de ses mains, sans jamais détourner le regard. Itachi fut au premier rang pour apercevoir le retour de cette flamme qui l’avait tant hypnotisé, l’autre soir.
— J’ai passé toute ma vie à garder ce secret. À penser que je devais expier le péché de mes parents, comme si c’était le mien. Chaque jour qui passait, la honte semblait gonfler en moi, et toutes mes tentatives pour la repousser, la cacher, la couvrir de paillettes… Rien n’a fonctionné. Mais je pouvais encore passer outre, jusque-là. Jusqu’à ce qu’elle s’empara de la seule chose qui a de la valeur, chez moi. Ma voix.
Elle parut se briser à la fin, comme un exemple.
— Mais depuis que je t’ai rencontré… vous ai rencontré, que j’ai pu vous parler… J’ai l’impression que les choses s’améliorent. Que je peux de nouveau me regarder dans la glace.
Lorsque le silence accueillit sa déclaration, Naruto se figea. Il regrettait de s’être autant exposé, plus encore devant ses ennemis, mais ç’avait été plus fort que lui. Comme il venait de l’expliquer, il se sentait bêtement à l’aise avec eux, plus qu’avec n’importe qui d’autre.
Ce qu’il ignorait, c’est que Yahiko dans son dos semblait prêt à commettre un meurtre et qu’Itachi n’en était pas loin, la rage bouillonnant à l’intérieur de lui.
Mais ils avaient aussi conscience tous les deux que la priorité, c’était de réconforter Naruto.
C’est ainsi qu’ils l’enlacèrent tous les deux, d’une manière non cordonnée et absolument pas prévu.
— Dégage papy, grogna Itachi. J’étais là le premier.
— Mais va t’faire, j’étais clairement là avant ! Et c’est pas à toi que j’ai donné l’autorisation de m’appeler comme ça !
D’abord surpris, Naruto resta figé, avant que le ridicule de la situation ne l’atteigne et qu’il ne se mette à rire, une main s’accrochant à chaque nukenin pour les remercier.
— Naru, reprit Itachi. Ne dis plus jamais que ta seule valeur, c’est ta voix. Je te l’interdis.
— Tu m’interdis de me traiter d’erreur, et maintenant ça, se moqua-t-il. Tu commences à être un peu contrôlant, pour quelqu’un qui ne s’est pas encore déclaré.
— Je dois dire que je suis d’accord avec mon petit-fils. Par contre, c’est quoi cette histoire d’erreur ?
Décidant sagement de ne pas lui répondre, ni l’un ni l’autre, Itachi se contenta de froncer le nez.
— « Pas encore » ? releva-t-il plutôt. Tu m’as l’air bien confiant au sujet de mes sentiments. Qu’est-ce qui te fait croire que tu es mon genre ?
— Je suis le genre de tout le monde, balaya Naruto avec suffisance. Puis, bon, les fans nous shippent ensemble.
Puis, fronçant les sourcils, il tapota la main de Yahiko du bout de l’index.
— Et avec toi aussi, d’ailleurs. Mais on a déjà mis les choses au clair.
— « Shippent » ? répéta le chanteur, sans comprendre.
— Oh, pitié, vous auriez pu vous mettre à la page avant de venir, quand même, soupira le jeune homme.
Quittant leurs étreintes, il sortit son téléphone, pianota rapidement et afficha la première définition correcte, pour la leur faire lire.
— Ils ont fait quoi ?!
À ses côtés, Yahiko était en plein fou rire, ne pouvant s’en empêcher.
— Mais, depuis quand tu prends compte l’avis d’inconnus ?!
— Euh, depuis ma première audition ? répondit Naruto avec sarcasme. C’est un peu la base de ma carrière, en fait, si tu n’avais pas compris.
Dans un coin de sa tête, Yahiko regretta de ne pas pouvoir montrer à Nagato son descendant. Il était clairement une version améliorée de son ancien amour, avec juste ce qu’il fallait de piquant.
— Les enfants, parvint-il à articuler. Nous nous égarons. Et, Itachi, je refuse que tu fréquentes Naruto.
— Quoi ?
Surpris aussi, Naruto arqua un sourcil dans sa direction.
— Qu’est-ce qui te prend ? T’es pas mon père.
— En es-tu sûr ? Je rigole, je rigole !
Satisfait de la réaction obtenue, l’Oinin rangea rapidement son arme.
— Je n’ai peut-être que très peu d’informations sur mon père, mais rien qu’avec un miroir et une photo de ma mère, je peux affirmer être son portrait craché. Le blond est loin d’être répandu, parmi les Uzumaki. Tu confirmes ?
— Je confirme.
Mais, surtout, les deux nukenin échangèrent un regard à cette information. Si Naruto lui ressemblait à ce point… Il n’y avait aucun doute possible sur l’identité de ce fameux père.
Un Kage, rien que ça…
Reprenant leur sérieux, les trois échangèrent des regards, incertains.
— Ce plan est risqué, reprit Naruto. Et aucun plan, encore moins un de cette ampleur, ne peut être accompli seul.
— Et tes amis ? C’est avec eux que tu es censé sceller le Honmoon, après tout.
— Ils…
« Oh, vous avez tous des marques. Quel dommage, vous allez tous mourir. »
« On ne remportera pas la victoire sans ta voix. »
— Comment pourraient-ils me faire confiance alors que je leur cache un secret pareil ?
— Et après ? Quand le Honmoon sera scellé, si le pire se passe ? Si nous mourrons, mais toi aussi ?
Ne s’attendant pas à cette possibilité, Yahiko sursauta.
— Comment ça, « toi aussi » ?
— Quelle importance ? répondit Naruto en haussant les épaules. Ça fera moins de choses à expliquer.
Mais Itachi et Yahiko ne partageaient pas son avis, au vu de l’expression sanglante qu’ils affichaient. Yahiko l’attrapa même par le col pour le secouer.
— Je t’interdis, tu m’entends, je t’interdis de penser ça de toi ! Tu es quelqu’un de merveilleux, qui fait rêver les gens, tu as une âme magnifique et tu as le droit au bonheur !
Il aurait pu continuer, si Itachi ne l’avait pas attrapé par les bras pour l’éloigner, bien qu’il était d’accord avec son discours.
— Qu’est-ce que je t’ai déjà dit ? souffla-t-il, énervé.
— Je n’ai bravé aucun de tes interdits, renifla Naruto. Et c’est comme ça que j’ai été élevé : les Oinin doivent être prêts à se sacrifier, en faveur de la sécurité des mortels.
Pressentant la migraine, Itachi se pinça le nez.
— Tu me permets d’aller crever les abrutis qui t’ont martelé ça ? Je serai rapide.
— Tu arrives trop tard pour papy Hiruzen. Il est mort il y a des années. Quand à grand-mère Tsunade, elle a déjà un pied dans la tombe, avec son alcoolisme. Je doute que ça change quoi que ce soit…
N’aimant pas l’expression amère sur un visage qui semblait aussi lumineux que le soleil lorsqu’il souriait, les nukenin abandonnèrent aussitôt la planification de leur meurtre, à son profit.
— Je le regrette déjà, mais d’accord. Je veux bien donner une chance à ton plan, soupira Itachi.
Il fut récompensé d’un de ces fameux sourires et se sentit répondre, bien que plus timidement.
À ses côtés, Yahiko rit légèrement, donnant une légère bourrade à Naruto.
— Bravo pour le début de ton plan ! Étape 1 : faire flancher un Uchiwa, demain : le monde !
Ce n’était pas particulièrement drôle, mais Naruto gloussa malgré lui. Clairement, c’était juste lui qui craquait, personne n’était dupe.
— C’est vraiment les montagnes russes quand je suis avec vous, j’ai l’impression de passer des rires aux larmes tout le temps, c’est épuisant, finit-il par commenter, une fois calme.
— Que veux-tu, se vanta faussement Yahiko. C’est notre charme qui opère !
— Ça doit être ça, oui…
Faussement vexé, il se précipita sur Naruto, le pourchassant.
— Comment oses-tu mettre mes paroles en doute, vilain garnement ! Attends que je t’attrape !
La course-poursuite ne dura pas longtemps et Naruto se retrouva rapidement enlacé affectueusement. Il ferma les yeux, apaisé comme il n’avait jamais eu l’impression d’avoir pu l’être.
Peut-être était-ce pour ça que les premières notes le quittèrent, soudainement inspiré, comme il ne l’a pas été depuis un long moment. Depuis combien de temps comptait-il uniquement sur Sakura pour les paroles de leurs chansons ?
[Free]
— [J’ai essayé de me cacher, mais quelque chose s’est brisé. J’ai essayé de chanter. Je n’arrivais pas à trouver les notes. Les mots restaient coincés dans ma gorge. J’ai essayé de sourire. J’étouffais, mais ici, avec toi, je peux enfin respirer.]
Il quitta doucement l’étreinte, et saisit le poignet de chacun des nukenin, les incitant à le suivre, ce qu’ils firent sans rien dire, curieux.
— [Tu dis que tu n’es pas bon, mais tu es bon pour moi], chanta Naruto en fixant Itachi, puis Yahiko ensuite. [J’espérais changer. Maintenant, je sais que nous pouvons changer, mais je ne le ferai pas si vous n’êtes pas à mes côtés. Pourquoi est-ce que je me sens bien chaque fois que je vous laisse entrer dans ma vie ? Pourquoi ai-je l’impression que je peux tout vous dire ?]
Il était évident que cette partie de Konoha avait été laissé à l’abandon, ce qui leur avait permis les effusions précédentes mais aussi le volume actuel. Naruto n’était pas vraiment ce qu’on pouvait qualifier de discret, actuellement, en plus d’avoir une voix reconnaissable pour quiconque vivant au Pays du Feu, et plus particulièrement à la capitale.
— [Tous les secrets qui m’enchaînent et tous les dommages qui pourraient me rendre dangereux. Vous avez un côté sombre. Je suppose que vous n’êtes pas les seuls. Et si nous essayions tous les trois de lutter contre ce que nous fuyons ? Nous ne pouvons pas y remédier si nous ne l’affrontons jamais.]
Leurs pas les menèrent à une cour envahie de végétations, mais surtout à des marches leur permettant de grimper sur le toit. Ils n’étaient pas aussi hauts que lors du rendez-vous au château des campanules, mais ils avaient tout de même une vue dégagée sur les bâtiments modernes, presque incongrus depuis leur perchoir.
Naruto les avait relâché avant de grimper, soudainement aussi dynamique qu’à chaque fois qu’ils l’avaient vu. Il n’avait clairement pas le vertige, se retournant vers eux sans s’arrêter de marcher, ses pieds continuant de se poser sur les tuiles sans glisser une seule fois. Mais c’était le sourire espiègle qu’il affichait qui attira leurs regards, alors qu’il croisait les bras dans le dos, l’air conspirateur.
— [Et si nous trouvions un moyen d’y échapper ? Nous pourrions être libres, libres ! Nous ne pouvons pas y remédier si nous ne l’affrontons jamais. Laissons le passé être le passé jusqu’à ce qu’il soit sans importance.]
Quand il ne donna pas l’impression de poursuivre, Yahiko et Itachi échangèrent un regard, hésitant sur qui d’eux deux devait prendre la suite. Décidant qu’il avait pris suffisamment de place entre eux, le chanteur secondaire recula d’un pas et poussa l’autre d’une bourrade dans le dos.
— [Oh, le temps passe, et je perds toute perspective. Oui, l’espoir ne fait que souffrir, alors je préfère l’oublier], répondit Itachi avant de prendre en confiance. [Tu brises toute l’obscurité en moi alors que je pensais que personne ne le pouvait. Tu réveilles toutes ces parties de moi que je croyais enfouies à jamais. Entre l’imposteur et ce monstre, je me suis perdu dans ma tête. Je n’ai pas le choix quand toutes ces voix me poussent vers une fin sans issue ! C’est tellement plus facile quand je suis avec toi. Personne ne me voit comme tu me vois.]
Il avait continué de marcher, attrapant une main que Naruto lui tendait, sans même s’en rendre compte. Les notes, la chanson, l’avaient comme hypnotisé, le forçant à mettre son cœur à nu comme le chanteur l’avait fait plus tôt. Et, tant qu’il oubliait qu’ils n’étaient pas que tous les deux, ça devrait aller.
À travers la semi obscurité, les yeux de Naruto semblaient briller par eux-mêmes, le captivant, le capturant, alors qu’ils reprirent leurs souffles ensemble. Pour chanter. Ensemble.
— [Je n’y crois pas, mais je veux continuer à y revenir. Pourquoi est-ce que je me sens bien chaque fois que je te laisse entrer ? Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que je peux tout te dire ? On ne peut pas régler le problème si on ne l’affronte pas. Et si on trouvait un moyen d’y échapper ? On pourrait être libres, libres ! On ne peut pas régler le problème si on ne l’affronte pas. Laissons le passé être le passé jusqu’à ce qu’il ne pèse plus rien !]
Leurs voix s’enlaçaient d’une manière si parfaite que rien ni personne ne pourrait battre, se rapprochant l’un de l’autre au point que leurs souffles se mêlaient.
— [Alors prends ma main, elle est ouverte !] l’invita Naruto.
Mais il la tenait déjà. À la place, Itachi leva leurs mains entrelacées, pressant ses lèvres contre le dos de celle du chanteur.
— [Libre ! Libre !] chuchota-t-il sans se déplacer.
— [Et si nous réparions ce qui est cassé ?]
— [Libre ! Libre !]
Sous leurs pieds, le Honmoon avait commencé doucement briller, comme s’il les bénissait, les baignant d’une douce lumière bleutée.
— [J’ai essayé de me cacher, mais quelque chose s’est brisé. Je ne pouvais pas chanter, mais tu m’as donné de l’espoir], murmura Naruto.
Les idéogrammes avaient lentement recouvert leurs peaux nues, mais pour la première fois de leur existence, ils ne revêtaient pas cette symbolique négative.
— [Nous ne pouvons pas régler les problèmes si nous ne les affrontons pas. Laissons le passé être le passé jusqu’à ce qu’il ne pèse plus sur nous.]
Leurs voix n’étaient plus qu’un murmure alors que leurs visages se rapprochaient, jusqu’à ce que les notes ne s’achèvent dans la bouche de l’autre, tandis qu’ils s’embrassaient. À peine une pression de leurs lèvres mutuelles, mais l’atmosphère ajoutait quelque chose de magique au geste.
Quand ils se séparèrent, ils échangèrent un sourire timide.
La chanson les avait presque désinhibé. Son absence… rendait la réalité plus frappante que jamais.
Puis, il y eut des applaudissements. Et les sourires disparurent pour une expression conjointe d’horreur.
Yahiko. Ils l’avaient complètement oubliés.
Mortifiés, ils se tournèrent lentement vers lui, ne sachant plus où se mettre.
— Vous étiez si mignons ! roucoula-t-il. Mais je dois vous interrompre, le temps nous est compté, hélas.
Se séparant, ils allaient prendre la parole, lorsqu’ils réalisèrent quelque chose, mais pas la même.
Tandis que Naruto portait une main à sa gorge, les yeux écarquillés, Itachi frôla une de ses tempes du bout des doigts.
— Les voix… Je ne les entends plus…
Il se tourna vers son coéquipier afin d’obtenir confirmation. Mais celui-ci secoua la tête, navré.
— Ah non, tu es le seul à avoir bénéficié du baiser du véritable amour. Je botte en touche pour cette fois.
Son commentaire ne les aida pas à reprendre un teint plus habituel et encore moins de camoufler le petit sourire satisfait qu’ils arboraient depuis le baiser, mais il y avait légèrement plus urgent.
Reconnaissant, Itachi se retourna vers Naruto, transmettant autant de sentiments qu’il pouvait à travers son expression.
— Akatsuki perdra. Ne t’en fais pas. Va sceller le Honmoon et sauver le monde, okay ?
— Crétin, rit-il.
— De toute façon, même si on perd aux yeux des mortels…
— Nous, on aura gagné, compléta Naruto.
Ils allaient clairement de nouveau s’embrasser, les yeux dans les yeux, quand une toux embarrassée les interrompit cette fois.
— Même si je suis super heureux pour vous deux, on doit vraiment y aller. Dites-vous au revoir, mais faîtes vite, okay ?
Et il sauta du toit, mais pas avant d’enlacer à son tour l’Oinin, le félicitant sans préciser pour quoi exactement.
— Tu dois y aller.
— Oui, je le crains. On ne dirait pas comme ça, mais il sait se faire obéir, quand il le veut. On voit qu’il avait l’habitude d’ordonner et de se faire obéir, quand il était vivant.
Décidant qu’ils avaient suffisamment parlé, Naruto saisit le visage pâle entre ses mains pour un baiser, l’approfondissant par la même occasion.
Il régna dessus, du début à la fin, reculant lorsqu’il estima que c’était juste assez pour taquiner l’autre nukenin.
— Tu dois y aller, lui rappela-t-il.
— Et toi, tu dois sauver le monde.
— Faisons de notre mieux. On se retrouve sur scène ?
Ils descendirent à leur tour, se tenant la main, avant de se séparer, Naruto les quittant le premier, escorté par Chibi à la demande de son maître.
— Maintenant, à nous deux, monsieur l’amoureux !
Mais, il n’eut pas le temps de mettre ses menaces à exécution.
Leurs marques les recouvrirent subitement, d’un rouge flamboyant, avant qu’ils ne soient aspirés hors de cette dimension.

