La nouvelle se propagea à travers Konoha comme une traînée de poudre. Que dis-je, Konoha ? Tout le Pays du Feu ! Et peut-être même au-delà des frontières, qui sait…

C’est ainsi que tout un chacun s’agglutina auprès du premier écran venu. Qui un téléphone, qui un autre une tablette, un écran publicitaire, les télévisions en vitrine…

Pour qui ? Pour quoi ?

Un clip à couper le souffle.

[Golden]

Sur tous les écrans disponibles, Naruto, dans une tenue bien plus relaxée qu’à l’ordinaire et dans des tons bien loin de son habituel orange, était allongé sur un lit deux place, un bras relevé, les yeux fermés. Dormait-il ?

Le plan suivant montrait Sasuke tournant le dos au public, une casquette enfoncée jusqu’aux oreilles, observant la capitale depuis ce qui semblait un lieu bien dangereux.

Et, enfin, Sakura, à l’instar de Sasuke, avait le visage tourné dans la direction opposée à la caméra, se tenant debout dans un couloir typique d’enseignements secondaires, au vu des casiers contre lesquels elle s’appuyait.

La musique était encore douce, tout le monde retenait son souffle, impatient et inquiet de la première note, du premier mot.
De l’histoire qui leur sera livrée.

Rapidement, l’image du trio se tenant dans une voiture, par une journée extrêmement ensoleillée, se fit apercevoir mais, déjà, le décompte s’était achevé.


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Les paupières de Naruto se levèrent subitement, son regard si bleu, trop bleu, se plongeant dans celui de ceux de l’autre côté de la caméra. Jusque dans leurs âmes.

Puis, il réapparut, debout au milieu d’une forêt menaçante, tenant autour de lui les ourlets d’un long manteau qu’il portait, mais sans détourner le regard, toujours droit devant lui.

— [J’étais un fantôme. J’étais seul.]

Il se tenait sur une énorme racine, sous-entendant l’âge vénérable des arbres l’entourant, avant de se mettre à courir, observant autour de lui, clairement effrayé.

— [어두워진, 앞길 속에.]

Heureusement, le salut se trouvait devant lui, alors qu’il s’agrippait aux pierres d’un sanctuaire.

L’instant d’après, il était recroquevillé sur ce qui semblait être le trône du chrysanthème, le manteau de tout à l’heure le couvrant de nouveau. Il semblait tout petit au milieu du faste immense des lieux.

— [Une fois sur le trône, je ne savais pas comment croire que…]

Mais il se reprit bien vite, ses yeux étincelant de cette lueur de malice arrogante bien connue maintenant, avant qu’il ne se relève, rejetant le manteau en arrière et dévoilant ainsi sa doublure dorée, mais aussi sa tenue de scène.

— [j’étais le roi que j’étais censé être.]

Place à Sakura qui serrait contre sa poitrine un vieux vinyle, dont la pochette représentait les trois membres de l’ancien groupe Sannin, souriant joyeusement, pendant que derrière elle, le décor laissait successivement place à l’architecture typique du Pays du Feu puis de celui des Fleurs, avant que deux mains inconnues ne s’agrippent à elle, chacune la tirant dans une direction différente alors que le vinyle tombait au sol.

— [J’ai mené deux vies. J’ai essayé de jouer sur les deux tableaux, mais je n’ai pas réussi à trouver ma place.]

Avant qu’elle ne s’arrache de leurs poignes, surgissant dans son propre costume, glissant sur un skate-board droit vers la caméra, souriante.

La transition de la planche mit en scène Sasuke dans ce qui semblait être une imitation de photo de famille, avec trois adultes debout au fond, l’air sévère, l’homme au centre tenant la femme et l’autre homme par les épaules, pendant que le danseur était assis devant, sous la lumière, sur une chaise.

— [On m’appelait l’enfant à problèmes parce que j’étais trop sauvage], chanta-t-il à son tour.

De sa position respectueuse, il rua, envoyant une main dans le visage de la « mère », un pied dans celui du « père », et la « cellule » l’emprisonnant disparut, explosée, avant que le « frère » n’en prenne pour son grade.

— [Mais maintenant, c’est comme ça que je gagne ma vie ! 끝없이 sur scène !]

Son expression arrogante, alors qu’il réapparaissait sur le dos d’un avion entièrement doré, portant la tenue assortie aux deux autres membres, n’avait jamais été aussi bien jouée.

Ils le rejoignirent, d’ailleurs, le trio marquant leur pose typique sur l’appareil, alors que l’image dézoomait, montrant l’avion survolant la planète, sous une lumière dorée de plus en plus intense.

— [Je ne me cache plus désormais. Je brille comme si j’étais né pour ça ! Nous rêvons avec force. Nous avons parcouru un long chemin. Maintenant, j’y crois !], reprit Naruto.

De leurs positions initiales, Naruto se redressa du lit, comme hypnotisé par la porte soudainement ouverte, la même lumière dorée se déversant par l’ouverture, avant qu’il ne s’en approche, pieds nus ; Sasuke tourna lentement la tête vers cette même lumière, délaissant sa vue de Konoha ; Sakura marchait au centre du couloir scolaire, elle aussi charmée par cette lueur.

— [Nous montons, montons, montons. C’est notre moment ! Ensemble, nous rayonnons ! Ça va être génial !], entonnèrent-ils en chœur.

Des aperçus de leurs accessoires furent montrés, avant le fameux plan en voiture, Sasuke au volant, Sakura dans le siège passager et Naruto assit à l’arrière, sur le coffre, les bras grands ouverts pendant que le vent décoiffait ses épis blonds. Tous les trois arboraient le même sourire détendu, paisible, ravi.

Un peu partout, les fans chantèrent en chœur avec eux, au fur et à mesure que leur visionnage en boucle les imprégnait des paroles, des commentaires positifs pleuvant en masse.

Pendant ce temps, le groupe se faisait interviewer pour le bien de la promo.

— Vous me voyez marquer le rythme ? Parlez-nous de cette nouvelle chanson, démarra la professionnelle.

— « Golden », commença Sasuke, c’est notre histoire. À tous les trois.

En tant que visage du groupe, il était bien souvent celui qui prenait le premier la parole, laissant les explications fumeuses à Naruto avec grand plaisir.

— C’est une chanson qui parle de nous, surenchérit Sakura. De qui nous sommes, de notre avenir !

— Et la première performance se fera en live, ce soir ! hurla subitement Naruto.

Il manqua de peu de monter sur le canapé, haranguant les foules de fan amassées autour du cordon de sécurité, mais aussi d’éclater les tympans de ses collègues qui le fusillèrent du regard. Mais la vision des vagues calmes – bien que toujours bleues – du Honmoon le fit bien vite se faire pardonner.

— [Maintenant, je brille comme si j’étais né pour ça.]

— C’est le début d’un nouveau chapitre pour nous. Pour le monde entier. Et nous sommes impatients de vous montrer ce qui vous attend, reprit-il, plus calmement.

Dans le World Cable News, la nervosité était à son paroxysme alors que les employés couraient dans tous les sens à l’intérieur, et les fans vibraient d’excitation et d’impatience à l’extérieur.

Au milieu de ce chaos, Kakashi donnait des ordres sur l’installation de la scène, et le trio se préparait dans les loges prévues à cet effet.

Néanmoins, si Sakura avait rejoint Sasuke dans la sienne pour lui montrer une énième vidéo d’animaux adorables, Naruto était seul dans la sienne, barricadé à double tour et la paranoïa au max, les yeux rivés sur la serrure.

— [J’ai attendu si longtemps pour abattre ces murs. Pour me réveiller et me sentir moi-même. Mettre toutes ces marques derrière moi et enfin vivre comme le garçon qu’ils voient tous.]

Il n’avait pas le choix, il devait retirer son peignoir, affronter le reflet dans son miroir et, enfin, enfiler sa veste. Pourquoi était-ce si compliqué ? Pourquoi en faisait-il donc toute une montagne ?

Mais, lorsque le tissu éponge glissa le long de ses bras, la réponse était évidente.

« — Oh, vous avez tous des marques. Quel dommage, vous allez tous mourir. » avait statué Sakura, plus tôt dans la journée. Ou était-ce la semaine ?

L’épuisement ne faisait que s’accumuler, augmentant le risque d’erreur. Mais avec la décision unilatérale de Sasuke de sortir le single maintenant et son impossibilité à pouvoir leur expliquer la raison fondamentale pour laquelle il devait prendre cette satanée pause…

Peut-être avait-il raison, finalement ?

Se rapprochant de la glace, et avec une attention morbide, Naruto fixa la pointe des idéogrammes tordus qui commençaient à pointer sous le col de son crop top. Certains serpentaient déjà au niveau de sa nuque.

Heureusement, il lui suffisait de bien fermer le col de son haut, puis d’enfiler sa veste, et tout était camouflé.

Pour le moment.

— [Je ne me cache plus. Je brille comme si j’étais né pour ça ! Parce que nous sommes des Oinin, nos voix sont fortes, et je sais que j’y crois !]

Il était temps des derniers réglages, l’ultime répétition avant que les portes ne soient ouvertes et qu’une armée de fans cinglées ne débarque à la recherche de sa dose de dopamine.

— [Nous montons, montons, montons. C’est notre moment ! Tu sais qu’ensemble, nous rayonnons. Ça va être, ça va être génial ! Oh ! Montons, montons, montons avec nos voix. 영원히 깨질 수 없는]

On pouvait d’ailleurs entendre la chanson et les acclamations des adorateurs se mélanger alors que le délai se réduisait.

— La voix de Naruto est irréelle, soupira un adolescent.

— Et on va le voir en live ! renchérit son amie.

Concentré sur les répétitions, Kakashi n’avait pas sorti son petit livre orange depuis qu’il avait posé un pied sur le site, et il n’allait pas le faire maintenant. Pour le moment, à côté de la caméra principale, il imitait la chorégraphie répétée un milliard de fois, en rythme avec ses « morveux », se moquant bien de ce qu’on pourrait dire de lui.

Mais, dans le doute, il profita d’un mouvement de bras pour « maladroitement » gifler le visage de son voisin. Il ne faudrait pas qu’on le reconnaisse à sa manière de danser !

Ignorant de ce qui se déroulait dans l’obscurité délimitant la scène, SH/NOBI continuait avec un professionnalisme qui l’honorait. Jusqu’à la fausse note.

— [Je ne me cache plus. Je brille comme si j’étais né pour ça…]

Un coassement digne du meilleur crapaud sortit, au lieu de la note tant attendue.

Le choc et la surprise figea tout le monde, Sakura se précipitant auprès de son ami pendant que leur manager écarquillait son unique œil visible.

— Tout va bien ? lui demanda-t-elle.

Sa première tentative fut un échec, mais le chanteur persévéra, forçant sur sa gorge douloureuse pour dénicher une réponse acceptable.

— Oui, oui, balaya-t-il, avant de se redresser. On reprend ! Depuis le début, s’il vous plaît.

Ils retournèrent à leur position primaire, la musique rembobinée.

— [Je ne me cache plus. Je brille comme si j’étais né pour…]

Mais rien n’y fit, la note ne voulait pas sortir, et chaque regard en sa direction commençait lentement à peser de plus en plus lourd sur ses épaules, lui donnant l’impression qu’il allait s’écrouler sous tout ce poids, sa gorge se rétrécissant de l’intérieur et sa respiration s’accélérant.

Heureusement, ses amis étaient familiers de ses crises de panique et Sakura l’attrapa par le haut des bras, le forçant à se retourner pour ne plus voir les gens dans la fosse et emplissant ainsi son champ de vision, avant de l’inciter à imiter sa respiration, qu’elle força, le temps de l’exercice.

Sasuke, de son côté, fusillait du regard quiconque fixait les deux autres membres, et était allé demander – ordonner – à l’ingénieur du son de couper leurs micros le temps que Naruto aille mieux. Entendre sa respiration catastrophique comme s’il se trouvait dans ses propres poumons ne lui serait d’aucun secours.

Et ça l’occuperait suffisamment pour ne pas permettre à la culpabilité de s’installer…

Une main sur son épaule l’arracha de ses sombres pensées, pour découvrir Kakashi l’observer, l’air pensif, avant d’afficher ce sourire trop grand, presque comique, alors qu’il agitait les mains d’une façon stupide.

— Tout va bien se passer ! lança-t-il.

Il alla rejoindre Naruto et Sakura, avec la même expression, bien qu’il s’assura de ne toucher ni l’un ni l’autre et d’attendre d’être vu par le chanteur avant de prendre la parole :

— Avez-vous besoin d’eau ?

Heureusement, le plus gros de la crise était passée, et Naruto put s’écarter de son amie, forçant un sourire peu assuré sur ses lèvres tremblantes.

— Non, ça va aller, merci.

Il se retourna, faisant face à l’équipe du World Cable News lui rendant son regard, pressée, et l’angoisse revint se rouler en boule dans son estomac aussi sec. Sans s’en rendre compte, il recula d’un pas, tentant vainement de mettre de la distance entre ces gens et lui.

Au lieu de ça, il refit face à ses amis– ses collègues, tentant de remettre son masque en place.

— Vous savez quoi ? Je pense que j’ai simplement besoin d’une pause. Oui, c’est exactement ça, rien qu’une toute petite pause de cinq minutes ! Je reviens tout de suite !

Il n’attendit pas qu’on lui réponde mais les couloirs résonnèrent de la réponse outrée d’une inconnue.

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