
Le sol et l’air vibraient sous l’excitation de la masse colorée s’agglutinant dans le stade. Les penlights étaient illuminés de toute part, soulignant les mouvements de foule, alors que les fans chantaient en chœur le nom du groupe tant attendu.

« Le monde vous connaît en tant que pop stars, mais vous êtes bien plus que ça. Vous êtes des Oinin. »
« Les nukenin ont toujours hanté notre monde, volant nos âmes et redonnant de la force à leur roi, Jūbi . Jusqu’à ce que des héroïnes se lèvent pour nous défendre. Nées avec des voix capables de repousser les ténèbres. Chantant des chansons de courage et d’espoir. Mais les kunoichi sont plus que de simples guerrières. Notre musique enflamme les âmes et rassemble les gens. Grâce à ce lien, les premières des nôtres ont créé un bouclier pour protéger notre monde : le Honmoon. À chaque génération, un nouveau trio est choisi pour accomplir notre devoir ultime : une barrière si solide qu’elle est impénétrable, éloignant à jamais les nukenin et Jūbi de notre monde. Le Honmoon d’or. »
Portant à ses lèvres un cruchon de saké, une femme adulte se retourna pour faire face au trio actuel, ses yeux passant sur chaque membre avec attention. Il y avait tellement d’espoirs pesant sur les fragiles épaules de ces jeunes !
— Et nous voici. C’est à vous maintenant de réaliser cette tâche. La victoire est à votre portée, car ce seront vos voix, votre chant, qui créeront le Honmoon d’or.
— Oui, Dame Tsunade, répondirent-ils d’une même voix.
Le trio échangea des regards, la tension leur serrant la gorge.

L’événement était d’une telle ampleur que la télévision n’avait pas l’intention de rater l’occasion. De multiples caméras s’y trouvaient, interrogeant les nombreux fans afin de prendre la température du concert à venir, curieuses d’en apprendre plus sur eux, en général, et le groupe en particulier, demandant qui ils préféraient.
— En avant SH/NOBI ! cria-t-on dans la foule.
— Nous adorons SH/NOBI ! s’exclamèrent les fans interrogés.
Le premier trio présentait des goodies sur lesquels s’étalait le visage du membre qu’il admirait le plus, mais plus encore, il imitait son expression froide et impassible, du mieux qu’il le pouvait.
— Sasuke est notre préféré, commença l’un des trois. Il est le visage du groupe et le danseur secondaire. Personne ne peut bouger comme lui.
— Apparemment, il serait le mouton noir de sa famille, poursuivit son amie. Il aurait grandi dans une famille assez conservatrice qui n’aurait pas vu d’un bon œil ses désirs d’indépendances.
— Je ne sais pas pourquoi, répondit le troisième. Peut-être parce qu’il est si cool ? Vous l’avez vu porter cette tenue démentielle au Met Gala ? Personne d’autre ne serait capable d’avoir l’air aussi cool et sexy à la fois !
— Définitivement, il est notre modèle, conclut le premier.
— Il est le meilleur, renchérit l’unique fille. Nous l’adorons.
La caméra passa à un autre trio, abordant cette fois les goodies du seul membre féminin du groupe, sa coiffure caractéristique ayant été imitée par ses fans.
— Nous sommes là pour Sakura ! s’exclama le trio en chœur.
— Elle est la rappeuse et la parolière, expliqua l’une d’entre elles.
— Elle aurait grandi à l’étranger mais elle préfère éviter d’en parler, continua son amie. Nous savons juste qu’elle ne vient pas du Pays du Feu.
— Malgré les apparences, elle n’est pas la suekko, ce serait même elle la plus vieille ! Mais comme ils sont nés tous les trois la même année, ce n’est pas grave, et elle aime bien prendre le rôle.
— De toute façon, quand elle se met à rapper, on l’oublie bien vite !
Ceux à portée de voix hochèrent la tête, bien d’accord sur ce fait, avant que la parole soit reprise par une autre des filles :
— Quand elle rappe, elle y va fort.
— Elle peut être vraiment effrayante ! assura la précédente. Mais dans le genre « Tu ferais mieux de faire super attention ».
Elle agita le doigt en direction de la caméra, les sourcils froncés, pour appuyer ses propos. Sakura était clairement un sujet qui la passionnait et qu’elle traitait avec sérieux.
Le trio suivant présentait cette fois le profil solaire du dernier membre des SH/NOBI, souriant aussi largement que lui.
— Nous adorons Naruto !
— C’est le roi de la pop !
— Totalement ! surenchérit son ami. Il est le fils de Kushina, la chanteuse des Swirl Sisters, mais elle est morte alors qu’il était enfant. Hiruzen, l’ancien manager de Sannin, l’aurait élevé un premier temps, mais c’est Tsunade qui a créé SH/NOBI autour de lui !
— La voix de Naruto est juste incroyable. C’est comme si…
— Elle nous fait pleurer à chaudes larmes ! les interrompit un nouveau trio, cette fois constitué d’hommes adultes et à la carrure plutôt musclée, tenant des mouchoirs et leurs penlights.
Une inconnue prit la parole ensuite :
— Ils prendront une pause après ce concert, ils en ont totalement besoin après une tournée aussi folle ! Mais, ils vont nous manquer si fort !
Sur la scène dégagée, les lumières changèrent subitement, attirant l’attention de tous ceux présents. C’était le signal du début du concert, bien qu’il n’y avait encore rien. L’heure approchait, de toute façon : c’était imminent.

Dans les coulisses, de son habituel air flegmatique, Kakashi passait en revue les derniers éléments.
Il ne s’en faisait pas beaucoup. Les trois idiots dont il était le manager connaissaient la routine, en plus d’être des Idols rôdés à l’exercice. C’était le concert final d’une longue tournée, donc il n’était pas à l’abri d’un relâchement ou de l’usure d’un accessoire, bien sûr, d’où les vérifications d’usage, mais il était très loin de stresser.
Pas que quiconque pourrait se vanter de l’avoir vu stresser, de sa vie.
Pas que quiconque pourrait se vanter de l’avoir vu.
En effet, sans être un inconnu, le manager des SH/NOBI était bien connu du secteur du divertissement par son visage à moitié masqué pour des raisons qu’il avait toujours refusé de dévoiler. Bien sûr, il était évident qu’il était lui-même issu de l’industrie de par quelques indices qu’il avait (volontairement ou non) semé ici et là, et les paris étaient sur un ancien Idol, mais il était un as pour détourner l’attention et changer de sujet, lorsqu’on allait lui poser la question.
— Bon, tout le monde a l’air vivant ! s’exclama-t-il de son humour particulier. Mais plus encore, restez attentifs ! Très bien. Tout s’avère prêt ! Il ne manque rien, on dirait bien !
Si la demi expression qu’on pouvait apercevoir de lui paraissait indiquer qu’il était de bonne et légère humeur, le froncement de sourcils, lui, tendait tout le monde. Non, clairement, tout n’allait pas bien.
D’ailleurs, lorsqu’il leva le bras pour s’emparer de ce qu’il semblait être son sempiternel bouquin barré d’un « – 18 », rangé dans sa poche intérieure, la surprise fut plutôt de l’en voir sortir son smartphone, et plus encore de le consulter, ses sourcils plongeant plus loin encore.

Loin, très loin dans les airs, un avion customisé aux couleurs du groupe SH/NOBI s’éloignait distinctement du stade, dans l’ignorance dudit groupe qui en était justement les passagers.
Installés autour de tables couvertes de différents mets, le trio se tenait par les épaules, penché en avant, l’air sérieux.
— Okay, c’est notre plus grand concert, commença Naruto.
— Notre plus grand nombre de chansons, poursuivit Sakura.
— Notre plus grand nombre de chorégraphies, grinça Sasuke.
— Ce qui signifie…
— NIQUE LE RÉGIME ! braillèrent-ils en chœur.
Ils s’étaient redressés, le poing levé et le visage déformé d’une grimace d’immense satisfaction.
En effet, les mets présents étaient tristement connus pour leur apport élevé de glucides, parfait pour les démonstrations d’endurance. Comme… le concert final d’une tournée célèbre, attendu depuis plus d’une année, dont les billets avaient été vendu en moins d’une semaine, et qui devait durer au minimum trois heures, sans compter les évidents rappels et les interactions avec le public.
Ce fut donc sans attendre une seconde que les trois jeunes adultes engloutirent tout ce qui leur passait sous la main, ne se souciant que de ne pas salir leurs costumes de scène, et non des manières à table.
— J’ai besoin d’au moins dix mille calories pour venir à bout de cette foutue choré, pleurnicha Naruto, la bouche pleine.
— Je suis d’accord à mille pourcent. À un milliard de pourcent…
— Sakura, ralentis, tu vas t’étouffer, la prévint Sasuke, le riz de ses onigiris décorant son menton.
— Pour nos FANS ! s’exclama-t-elle plutôt, continuant de se gaver.
Elle dut pourtant bien réduire la cadence quand, dans son empressement, elle oublia à plusieurs reprises de mâcher. Heureusement, serviable, Sasuke lui servit à boire, pendant que Naruto se préparait à pratiquer une manœuvre de Heimlich, si nécessaire.
Heureusement, le thé suffit.
Pendant qu’elle dépiautait avec application ses umeboshi, Naruto avait décidé d’envoyer paître les lois de la physique et de s’emparer d’un futomaki qui n’avait pas encore été découpé, et de se l’enfoncer dans le gosier tout rond, sous l’air à moitié effaré et à moitié blasé de ses comparses.
Parfois, c’était à se demander s’il n’avait pas reçu trop de coups à la tête…
Mais ce n’était pas le moment. En effet, car il était temps. Il était temps pour…
— RAMEN PRÉ-CONCEEEERT !!
Chacun tendit sa propre cup personnalisé en l’air, les entrechoquant comme s’ils portaient un toast.
— Pour les fans, pour le Honmoon ! renchérit Naruto, les yeux brillants.
Ses yeux brillèrent tout de suite moins vite lorsqu’il se rendit compte que ses ramen étaient toujours aussi secs que lorsqu’ils avaient été acheté, tout comme ceux de ses amis.
— Il n’y a pas d’eau dedans, observa platement Sasuke.
— Excusez-moi, mademoiselle ?
Apostrophant une des hôtesses non loin de là, Sakura lui offrit son plus beau sourire, l’arrêtant alors qu’elle arrosait de café, avec application, une pauvre plante qui n’en demandait pas tant.
— Oui, mademoiselle kun– SH/NOBI ?
— Nous aurions besoin d’eau bouillante, s’il vous plaît.
— Tout de suite. De rien. Arrivederci. En vous souhaitant bon vol.
Perplexe, la jeune femme se retourna, haussant les épaules en direction de ses amis. Elle avait l’air stressée, non ?
Mais ils n’eurent pas le temps de se demander si l’hôtesse avait le mal de l’air que le téléphone de Naruto retentit de cette agaçante sonnerie que personne n’était parvenu à lui faire changer, attirant leur attention, alors que les deux autres se collaient à lui, après qu’il leur ait fait signe.
Sur l’écran, Kakashi paraissait aussi imperturbable qu’à l’ordinaire, alors que dans son dos, le FaceTime permettait de se rendre compte de l’énergie déployée par les fans.
La différence en était presque comique.
— Hey Kashi ! le saluèrent en chœur Naruto et Sakura.
Sasuke se contenta d’un mouvement de tête, moins expansif.
— Yo, leur répondit-il. Qu’étiez-vous en train de faire ?
Ravi de pouvoir parler de son plat préféré, Naruto sortit son sourire le plus éblouissant pour lui répondre.
— On était sur le point d’entamer nos traditionnels ramen pré-concert, pardi !
— Pré-concert, pré-concert, répéta pensivement leur manager, penchant la tête sur le côté. C’est maintenant le concert !
Il pivota son téléphone, leur permettant de se rendre compte que les fans n’étaient plus dans l’attente assez calme de la représentation. Ils avaient déjà entamé l’excitation nerveuse qui augmentait lentement jusqu’à ce que la première note soit poussée, faisant retomber l’agitation.
Les faire patienter trop longtemps pouvait être très vite dangereux.
— Hé, c’est mon portable ! claqua-t-il.
Une main inconnue s’en était en effet emparée sans son accord, et bien vite le trio put-il apercevoir divers profils :
— ON VOUS ADORE ! s’écrièrent des fangirls.
— On vous adore aussi ! les imitèrent Naruto et Sakura.
Dans le fond, Sasuke esquissa un léger sourire, ce qui parut leur ravir au vu des cris qu’elles poussèrent ensuite.
Le téléphone changea de main, permettant de revoir le trio baraqué en larmes, tenant toujours les penlightset les goodies de Naruto.
Celui-ci modula sa voix pour donner l’impression de pleurer aussi, alors qu’il les réconfortait et les remerciait pour leur soutien.
Mais quelqu’un d’autre s’accapara le portable, et ce fut cette fois pour un fan longiligne qui se tourna pour remonter partiellement son T-shirt, découvrant leur logo tatoué sur la peau de ses flancs.
— Tout frais !
Un peu désarçonnés, Naruto et Sakura échangèrent un regard en coin, rapidement camouflés par Sasuke qui s’était rapproché, un sourire amusé aux lèvres.
— Pas mal ! complimenta-t-il.
— Rendez-moi ça ! claqua Kakashi avant de revenir à l’écran, un peu décoiffé. Bref. Pourquoi êtes-vous en retard ?
En d’autres circonstances, sans doute l’auraient-ils charrié, car qui ne connaissait pas le célèbre « Horaire Kakashi » ? Mais ce n’était pas le moment.
— En retard ? répéta Sakura.
— Cinquante mille fans vous attendent. Maa, ils ont fait de jolies pancartes, ils chantent leurs wotagei… Il serait peut-être temps de vous montrer, vous ne pensez pas ?
Ne l’écoutant plus, le trio s’était levé du sol où il s’était assis pour manger, se rapprochant des hublots pour se rendre compte de la véracité des faits : l’avion s’éloignait du stade.
Soudainement bien moins affables et profondément énervés (aussi bien envers eux-mêmes qu’envers les coupables), ils se tournèrent d’un même bloc vers l’équipage, le fusillant du regard.
— Compte sur nous, Kashi, on sera là dans trois minutes, grinça Naruto avant de raccrocher, sans détourner le regard.
Il lâcha un grognement, enfouissant son portable dans sa poche.
— Je n’ai même pas mangé mes ramen ! se plaint-il.
— Pourquoi devez-vous toujours interrompre nos repas ?! l’imita Sakura. Avez-vous seulement idée d’à quoi ressemblent les plats que nous devons manger, le reste du temps ? Pouvez-vous seulement comprendre le bonheur d’enfin consommer tout ce qui nous est interdit, pendant ce bref temps ?
Sasuke resta muet mais son regard en disait bien assez long.
Il se leva sans un bruit, laissant ses coéquipiers continuer de pleurnicher et de s’empiffrer autant que possible, s’adressant à la même hôtesse que Sakura, plus tôt.
— Excusez-moi ?
— Retournez vous asseoir, s’il vous plaît, lui demanda-t-elle avec l’aisance d’un pantin rouillé.
Sasuke se contenta de lui sourire. Mais pas comme il l’avait fait cette dernière heure, non. C’était un sourire froid, qui inspirait la terreur. Et ce n’était pas la présence de ses amis à ses côtés, gagnés par la même ambiance, qui allait réchauffer l’atmosphère.
Oh non.
— Faisons ça vite, voulez-vous ? reprit-il. Vous êtes des nukenin, non ?
— Je… je vous demande pardon ? glapit-elle.
Sakura leva les yeux au ciel à la réponse, soupirant bruyamment, avant de s’avancer à son tour, pointant chaque défaut qu’elle lista d’un doigt orné d’un long ongle vernis d’un bleu marine assorti à sa tenue.
— Sourire anormal, gestuelle robotique, arrosage des plantes avec du café, et les autres ? Oh, pitié…
Devant le cockpit, les autres en question se figèrent dans leur routine absurde. L’un des stewards répétait encore et encore la démonstration de fermer sa ceinture, sans y parvenir. Perché sur son chariot, un autre empilait un peu tout ce qui lui passait sous la main : pancake, hareng… À côté, une autre hôtesse retournait une spatule dans tous les sens, semblant plongée dans une profonde réflexion. Sans oublier le commandant qui, à travers la porte entrouverte, appuyait clairement sur des boutons au hasard, au mépris de l’électronique délicat constituant le tableau de bord de l’appareil.
Sakura n’eut aucune pitié pour eux, reniflant de mépris. Franchement, on pouvait les respecter un peu ? De vrais nukenin capables de se fondre un peu mieux dans la foule, autrement que par leur apparence ? C’était insultant, à force…
— Oh, euh, nous…
Mais Naruto ne lui laissa pas le temps de trouver une excuse, un prétexte, et s’empara plutôt de son bras, le lui tordant légèrement. Il ne fallut pas longtemps à attendre pour qu’apparaisse la preuve indiscutable de ce qu’ils racontaient.
— Tiens tiens, quelles belles marques avons-nous là…
L’hôtesse tenta de s’extirper dans sa prise mais elle comprit que c’était inutile, tout comme de tenter de prétendre être innocente de ce dont on l’accusait.
Comme si on avait activé un interrupteur, tout l’équipage revêtit son véritable visage : celui contrefait des Genin, marqué par leurs pêchés et leurs natures facétieuses.
— Sortez de là, vous autres ! On est un peu pressé ! les appela Naruto.
La cabine se vida de ses deux pilotes à cette demande, leurs carrures plus larges et volumineuses que les autres.
— Oh, vous avez tous des marques. Quel dommage, vous allez tous mourir, se moqua Sakura.
L’un d’eux s’avança, l’air menaçant. Enfin, plus que les autres, qui s’assurèrent de marquer la pause.
— Les seuls à mourir ce soir, commença-t-il.
Un rot échappa à Sakura, à peine étouffé par la main pressée contre ses lèvres.
— Oups, mille excuses. Poursuivez.
— Euh, oui… balbutia-t-il. Je disais, donc, les seuls à mourir, ce soir…
Il fut à nouveau coupé par les plaintes des estomacs barbouillés des deux garçons, souffrant d’avoir mangé un peu trop vite, plus tôt. Naruto se frotta le ventre, l’air inconfortable.
— Désolé, vous disiez ?
— VOS FANS ! NOUS ALLONS DÉVORER VOS FANS ! rugit-il.
Moins que le mouvement d’humeur, ce furent les propos qui figèrent les SH/NOBI. Ils levèrent lentement le visage vers eux, ces intrus dans le monde humain, l’air plus sérieux que jamais.
— Non, décréta Sasuke.
— Non merci ! surenchérit Sakura.
— Non non non, répéta Naruto en secouant la tête. Pas nos fans.
— Quiconque touche à nos fans, siffla le chorégraphe.
— Devra en payer le prix, menaça la parolière en se craquant les phalanges.
— Ugh, chanta Naruto. [Tu es venu à un mauvais moment. Mais tu as dépassé les bornes. Tu veux te déchaîner ? D’accord, je vais te montrer ce que c’est.]
Sans se concerter, Sasuke et Sakura le dépassèrent, le Honmoon pulsant au rythme des notes le long des parois de l’avion, assurant que les nukenin n’aient aucun moyen de s’en sortir.
Sautant au cou de deux des intrus, ils n’eurent aucun mal à les mettre à terre, bien que chacun avait sa manière de faire. Sakura aimait beaucoup les coups en traître et n’avait aucune honte à s’acharner sur un ennemi à terre, par exemple. C’était une vicieuse à surveiller.
— [Tu ferais mieux de réussir, bonne chance pour atteindre notre niveau ! Parce que tu pourrais mourir, ce n’est jamais le bon moment. Essayer de déclencher une bataille ! Le sang versé ne vient pas de mes veines ! 뼈 속부터 달아서 !]
S’approchant de la kitchenette, Naruto commença à remplir la bouilloire, arrêtant l’ancien pilote dans son attaque, d’un simple index dressé. Et peut-être d’une œillade noire. La tâche réalisée, il n’eut plus qu’à appliquer quelques coups de pieds bien placés dans les membres et les visages de ses assaillants, avant d’imiter un lanceur de baseball pour envoyer la bouilloire pleine à Sasuke, qui s’en empara sans même regarder, l’utilisant alors pour assommer proprement sa cible de nombreux coups, l’incarcérant dans le fauteuil sur lequel il était assis, bien malgré lui.
— [Te battre, c’est ce que je fais, fais, fais, ouais !] chanta-t-il à son tour.
La bouilloire s’envola de nouveau, attrapée cette fois par Sakura qui, à l’instar de son ami, l’utilisa à son tour pour repousser les Genin, avant de servir les deux garçons la rejoignant. Tous les trois avaient effet ramassé sa cup de ramen un peu plus tôt, et avaient toujours l’intention de les consommer, merci bien.
— [Corps contre corps. Je suis méchante, et je ne m’en excuse même pas ! Quand tu arrives, j’arrive un peu en retard à la fête ! Nah, nah, nah, nah ! Prête à tirer, née pour ça ! Inutile de l’éviter ! Un peu agacé ? 불을 비춰 ! 다 비켜, 네 앞길을 뺏겨 !]
Se tenant dos à dos, les ramen se réhydratant lentement dans leurs mains, ils observèrent une nouvelle vague d’attaque, par les airs, mais n’eurent aucun mal à la contre-attaquer, sans en renverser une seule goutte.
C’était d’ailleurs sûrement grisés par cet acte que Sakura et Naruto ouvrirent leurs cups, prêts à les dévorer, mais Sasuke les en empêcha, les leur confisquant, avant de montrer le temps requis du doigt. Il les déposa ensuite auprès de la sienne, sur une table d’appoint.
C’était le signal pour passer à la vitesse supérieure. Allez juste savoir qui, entre le concert et le ramen, était la raison numéro une de cet escalade, dans l’esprit de chacun.
Le Honmoon luisait plus sombrement, alors que tous les trois en extirpaient son arme de prédilection.
— [Je vais t’assommer comme une berceuse ! Écoute ce son résonner dans ton esprit ! Tu ferais mieux de t’asseoir pour le spectacle ! Parce que je vais te montrer comment ça se fait, fait, fait ! Shinobi, ne rate pas comment ça se fait, fait, fait ! Hé ! Shinobi, n’abandonne pas comment ça se fait, fait, fait !]
Sakura n’eut qu’à effleurer la surface d’un meuble pour en sortir ses fidèles sembons, aussi irisés que le Honmoon. L’épée de Kusanagi et le Shuriken Fūma, eux, apparurent directement dans les mains de leurs propriétaires respectifs, tandis qu’ils continuaient d’avancer, leurs voix à l’unisson prenant de l’ampleur, résonnant dans l’espace confiné.
Il ne fut pas bien difficile de couper en morceaux les Genin, les réduisant en cette étrange poussière rose, signifiant la mort de leurs corps physique et le renvoi de leurs… esprits ? Âmes ? auprès de Jūbi, l’intérieur de l’avion se parant de diverses couleurs alors que les armes étaient abattues dans tous les sens.
Cependant, tout le monde avait oublié qu’il ne restait personne aux commandes. Et avec toute cette agitation, l’appareil rencontra des turbulences, déséquilibrant les trois chanteurs. Mais, pire que tout, leurs ramen étaient en train de prendre la voie des airs, à leur tour.
— [Courons, courons, nous courons dans toute la ville ! Le monde entier écoute notre musique ! Ça commence, ça commence, ça commence ! Shinobi montre comment ça se fait, se fait, se fait !]
Chaque cup fut rattrapé in extremis, permettant ainsi à trois survivants de s’échapper pendant que leur attention était détournée. Malheureusement, l’une partit avec le cockpit et deux autres avec l’extrémité d’une aile.
L’appareil était donc réduite à une carcasse volante, et c’était incroyable que la gravité ne l’avait pas encore rappelé à elle.
— Okay, l’avion est foutu, analysa Sasuke, à peine déphasé.
Il n’en fallut pas plus pour qu’ils engloutissent tout aussi rapidement que plutôt leurs nouilles, et tant pis si les trois minutes n’avaient pas été respectées ! *
Une fois le bouillon avalé et l’esprit plus calme, il était temps d’entrer en scène et de finir le travail !
— Allez, c’est parti, lança Naruto. [Il y a quelque chose dans le fait que tu viennes chercher la couronne qui rend si humble.]
Ils se laissèrent tous les trois tomber dans le vide, tels des parachutistes chevronnés, visant le stade plus illuminé que jamais. La direction était claire. D’ailleurs, les trois fuyards se trouvaient en plein dans le chemin, ça tombait bien !
— [갑자기 왜 그래? 먼저 건드려, 왜? 이제야 포기해, quoi ?] chanta Sakura.
— [Rien pour nous, cours, tu es fini, on arrive ! Du lever au coucher du soleil, alors viens jouer !] surenchérit Naruto.
— [Gagné dans tous les cas, une chance sur un million. On tue ! Tu le veux ? OK ! Talons, ongles, lame, mascara !]
Le coup de pied qu’elle asséna dans le dos du faux pilote était démentiel, surtout dans ces conditions. Mais ce n’était rien, comparé au moment où elle vérifia son apparence, rajustant son maquillage avant de jeter son miroir de poche à Sasuke qui avait profité de sa propre cible pour s’asseoir dessus, se recoiffant.
— [Vérification de l’ajustement pour mon époque napalm !] répondit-il.
Naruto, lui, avait décidé de s’amuser avec le sien, ayant emprunté plus tôt son matériel à leur maquilleuse, et s’étant donc exercé sur le Genin qu’il tenait entre ses jambes.
— [J’ai besoin de me maquiller. Rendez-moi mignon et sauvage ! Miroir, miroir sur mon téléphone, qui est le plus méchant ? Nous, bonjour ?]
Mais il ne fallait pas jouer avec la nourriture et la destination approchait. Les garçons se débarrassèrent de leurs assaillants, non sans un dernier coup de lame.
— [Je vais t’assommer comme une berceuse ! Écoute ce son résonner dans ton esprit ! Tu ferais mieux de t’asseoir pour le spectacle !] reprirent-ils en chœur.
— C’est eux ! les repéra un adolescent portant une immense écharpe.
En effet, dans le ciel du stade ouvert, trois silhouettes éclairées par les spots à balayage fusaient vers la scène, chantant à plein poumons.
Soudainement, la scène n’était plus vide. Il y avait trois nukenin à l’air déboussolés, mais surtout les silhouettes du trio d’une hauteur démesurée à travers les fumigènes de scène, dont jaillirent les vrais, armes à la main.
— [Parce que je vais te montrer !]
— [Je vais te montrer !] scanda Sasuke.
— [Je vais te montrer !] répéta Sakura.
— [Comment on fait, fait, fait !]
— [Je ne parle pas, je mords ! Plein de venin !] prévint le chorégraphe. [Je crache la vérité ! Tu sais que c’est comme ça qu’on fait, fait, fait !]
Sous le coup, l’un des Genin tomba dans la fosse, mais bien vite deux fans l’attrapèrent, le félicitant pour la qualité de son costume et entreprenant de prendre des selfies avec.
Sans s’arrêter de danser ni de chanter, Sakura envoya l’un de ses sembon pour achever le survivant, ce qui parut ravir les deux fans qui n’avaient enregistré que ce qu’elles pensaient être une performance artistique et l’attention soudaine sur elles.
— [Bon, je sais que je divague, mais quand je parle, je deviens Rambo ! Il m’a fallu du sang et des larmes pour avoir l’air naturel ! C’est comme ça qu’on fait, fait, fait !] rappa-t-elle, respectant sa partie.
Soudain, les projecteurs étaient tous sur Naruto, au centre, alors qu’il avançait sur scène pour se rapprocher de la limite de celle-ci. Sa voix sonnait claire et juste, absolument pas camouflée par les applaudissements en rythme ou les cris des fans. Il était dans son élément, il était à sa place. Les notes le quittaient sans même qu’il n’y réfléchisse alors qu’il y mettait tout son cœur.
— [Écoutez notre voix inébranlable jusqu’à ce que notre chant triomphe de la nuit. Faisons trembler la peur jusqu’à ce que l’obscurité rencontre la lumière !]
Imperceptibles aux regards des mortels, les âmes de chaque personne rassemblée dans cet espace clos s’illuminèrent subitement, plus éblouissantes encore que les penlightsou les projecteurs.
— [C’est fait, fait, fait ! Courons, courons, nous courons dans toute la ville ! Le monde entier écoute notre musique ! Ça monte, ça descend ! Shinobi montre comment ça se fait, fait, fait !]
Mais malgré leur concentration. Malgré l’ivresse qui commençait à les prendre, contaminés par l’allégresse de ceux venus les soutenir, ils restaient aux aguets, scrutant le voile invisible du Honmoon recouvrant les gradins et la fosse.
— [On te traque, traque, traque ! On t’a dans le collimateur, collimateur, collimateur ! On te montre comment faire, comment faire, comment faire ! Shinobi ne rate pas le coche, coche, coche !]
La surprise manqua de leur faire manquer qui une note, qui un pas, mais ils tinrent bon, alors que leurs yeux suivirent l’éclat doré parcourant les vagues paisibles du Honmoon. L’excitation bouillonnant subitement dans leurs ventres n’avait plus rien à voir avec l’adrénaline du combat, l’enfièvrement du public ou une digestion tourmentée.
Quelque chose d’incroyable était en train de se réaliser, juste sous leurs yeux. Et c’était grâce à eux.

