Couple : Horus x Seth

Genres : Tranche de vie / One-shot

Rating : +16

Résumé : Invité à une grande réunion familiale, Horus pensait résoudre le grand mystère sous lequel ployait sa mère.

À la place, c’est lui qui se ploya, sous un autre genre de mystère.

Bonne lecture !


Horus essayait de trouver son chemin à travers les invités, pour le buffet.

Il avait rencontré Anubis par hasard et en même temps, pas du tout.

Curieux de sa famille et de ses racines, il s’était inscrit sur de nombreux sites de généalogie et les années lui avaient offert le résultat inattendu et inespéré de le connecter avec ce qui semblait être son cousin, Anubis.

Ils avaient essentiellement échangés par internet, avant d’oser enfin sauter le pas et de se rencontrer en vrai.

Mais, d’un naturel taiseux, ledit cousin avait préféré l’inviter à une grande réunion familiale comme il semblerait que ça soit la norme, de son côté.

Horus en avait presque vibré d’excitation, cachant son état de nerf du mieux possible à sa mère à laquelle il n’avait rien raconté.

Elle était tout son monde, la seule famille qu’il connaissait, le plus grand soutien qu’il comptait.

Mais il en voulait plus. Et il ne voulait pas la blesser par son avidité.

Et c’était ainsi qu’il se prenait un bain de foule, entouré de visages inconnus mais dont certains présentaient des ressemblances avec son reflet.

Anubis et lui étaient liés par leurs mères, Isis et Nephtys étant sœurs. De ce qu’ils avaient pu trouver et se souvenaient, elles étaient très proches l’une de l’autre, et ils avaient même commencé leurs premières années ensemble.

Puis, pour une raison inconnue, plus rien.

Et c’était aussi pour avoir des indices sur ce changement qu’il était là.

Mais, pour le moment, il avait égaré la seule personne qu’il connaissait et se sentait finalement trop intimidé pour s’adresser à qui que ce soit.

Mortifié par sa propre couardise, il avait donc estimé que faire honneur au buffet devrait débloquer la situation.

Et, au pire, il se remplira l’estomac.

Hélas, il n’avait pas été le seul à en avoir eu l’idée, réduisant les choix.

Une assiette à la main, il se servait chichement, la lippe boudeuse, avant que sa cible ne soit celle d’une autre personne.

Ils se reculèrent à la seconde où leurs peaux se touchèrent, les têtes se relevant pour permettre à leurs yeux de se croiser.

Enfin, autant que sa capuche le permettait à Horus.

— Allez-y, l’invita-t-il d’un mouvement de bras.

Le gâteau avait été dévoré, ne laissant plus qu’une dernière part et des miettes. Il avait l’air délicieux, mais sa mère avait élevé un garçon poli, parfaitement capable de ravaler sa gourmandise au profit de celle d’un inconnu.

À défaut de ravaler et de régner sur son avidité…

Sa gorge parut s’étrécir sous la culpabilité, mais il la chassa d’un raclement de gorge qu’il étouffa dans son poing.

— Que racontes-tu ? Nous pouvons parfaitement la couper en deux, déclara l’inconnu.

Celui-ci n’avait pas attendu de réponse et s’était emparé du couteau dans sa main, divisant rapidement la dernière tranche avant de les servir.

Horus, lui s’était figé, osant à peine respirer alors que le couvert lui était retiré, le contact tiède sur sa peau le secouant, observant les gestes élégants dans leur simplicité.

Il accepta la demi-part, remerciant d’un hochement de tête, ainsi que la cuillère tendue.

Il n’avait jamais été si heureux de sa large capuche qu’en sentant ses joues chauffer lentement, alors qu’ils entamaient silencieusement leurs desserts. En plus de cacher sa rougeur, elle lui permettait aussi de le regarder par en-dessous.

De contempler le chignon artistiquement décoiffé reposant contre la nuque autrement dégagée, la peau claire, les membres élancés et dotés d’une musculature sèche, la grande taille et les yeux d’une étonnante couleur rouge.

Qui que fut cet homme, il devait être mannequin.

— Je crois que je ne t’ai jamais vu.

Sa voix était soyeuse, l’hypnotisant avant que le sens ne le frappe.

Une gaine de velours cachant une arme aiguisée.

— C’est la première fois que je viens, répondit-il. Anubis m’a invité.

Ça parut être à la fois ce qu’il fallait dire et en même temps pas, étant donné le soupir et le sourire qu’il obtint.

— Merci d’être là pour lui. Anubis n’a… pas beaucoup d’amis.

Ne sachant pas quoi répondre à ça, Horus se contenta de hausser les épaules, le laissant l’interpréter comme bon lui semble.

— Je pense que je l’ai perdu, ajouta-t-il.

— Sa mère l’a demandé à l’intérieur, je crois que ça a duré plus longtemps que prévu.

Surpris de l’information, il leva légèrement la tête, le bec de sa capuche glissant le long de l’arrête de son nez, observant le profil de son voisin qui enfournait une dernière cuillère.

— Oh, merci, je l’ignorais.

Ayant fini sa propre part, il reposa assiette et couvert sur la table puis lui tourna le dos, observant tous ces gens s’égayant sur la grande pelouse, s’interpellant bruyamment, riant à gorge déployée, les enfants courant partout, la musique écrasée par toute cette vie.

Sa famille.

Peut-être.

Et il ne connaissait personne. Il ne reconnaissait personne.

Le souvenir de sa mère, d’elle assise dans le salon, presque recroquevillée, une ombre pâle et maladive, à mille lieues de la femme solaire des vieilles photos, lui revint soudainement en mémoire, effaçant ce qu’il avait sous les yeux. Il entendait sa voix, faible et basse, au lieu de tout ce bruit.

Et le retour de la culpabilité.

La culpabilité et l’appréhension qu’il avait ressenti depuis que son cousin avait lancé l’idée.

Il savait pertinemment que certaines questions devaient rester sans réponse, c’était la vie.

Il avait fait la paix avec certaines, comme savoir où se trouvait son père, mais d’autres continuaient de le tarauder, de le harceler, et faire la connaissance de la famille de sa mère, la famille de sa tante, lui paraissait vital.

— Un problème ? Tu as l’air anxieux. Tu veux t’asseoir ?

Sans attendre de réponse, l’inconnu l’avait attrapé par le coude et guidé à une des rares chaises vides, l’y asseyant de force, et se penchant légèrement alors qu’il continuait de lui parler.

— Tu as besoin de quelque chose ? Un verre d’eau ? Ou que j’appelle quelqu’un ?

Chassé de ses pensées oppressantes, Horus le regardait en retour, toujours sous couvert de son rempart de tissu.

— N… non, tout va bien. Juste… un peu. Je ne suis pas habitué à autant de monde.

Se redressant de toute sa hauteur, son interlocuteur tourna la tête, paraissant évaluer la foule d’un regard critique.

— Ça fait bien des années depuis la dernière fois qu’autant de personnes n’ait répondu positivement aux invitations. Peut-être pas depuis le premier anniversaire d’Anubis, si ma mémoire est bonne.

Le premier et dernier qu’ils avaient partagé, de ce qu’ils avaient établi.

Grâce aux albums photos de Nephtys, les deux cousins avaient pu découvrir les clichés d’eux en couches déambulant entre leurs parents respectifs de leurs pas chancelants, serrant leurs peluches contre leurs petites poitrines.

Repensant au petit faucon qui, depuis, avait traversé bien des misères, lui rendit le sourire, ce que sembla remarquer son vis-à-vis.

— Tu y étais ?

— Oui. En quelque sorte ? Je marchais à peine.

Il obtint un hochement de tête qui fit tressauter les mèches rousses échappées de sa coiffure.

— C’est vrai que ça tenait plus de la crèche que d’une réunion familiale. C’est peut-être pour ça qu’il y a autant de monde. La nouvelle génération a poussé l’ancienne à venir.

Horus haussa à nouveau les épaules.

Aux dernières nouvelles, il n’était pas devin, il ne fallait pas lui en demander trop.

— Mais, du coup, si tes parents avaient déjà été invité, il y a vingt-trois ans, tu es de la famille.

Pour la première fois, depuis qu’il n’avait plus huit ans, Horus se sentit trahi par un gâteau. S’il n’avait pas été attiré par son glaçage et avait plutôt poursuivi son chemin pour un autre dessert, peut-être aurait-il aussi évité l’interrogatoire ?

Après, il ne comprenait pas non plus pourquoi il ne répondait pas directement et se contentait d’écouter les divagations de son voisin.

Il était là pour savoir, non ? Alors, pourquoi s’isoler et garder la bouche close ?

Parce que la vérité avait des conséquences. Et, autant il aimerait comprendre pourquoi son cousin avait droit à des réunions familiales annuelles aussi démentielles, autant il ne voulait pas subir une humiliation publique.

— On peut dire ça ? balbutia-t-il.

De devant lui, son actuel cauchemar s’était emparé d’une autre chaise libre qu’il avait tiré à ses côtés, étirant ses longues jambes, celles de son pantacourt se relevant juste assez pour un éclat de peau et un bracelet de cheville.

Horus dut faire de gros efforts pour s’en arracher et manqua de sursauter quand, revenant au visage de son interlocuteur, il le découvrit le fixant pesamment, comme s’il avait exactement compris quel tournant avaient prises les pensées du jeune adulte.

Il dut prendre énormément sur lui pour ne pas éclater en excuses et explications bidons d’une voix de crécelle, mais en échange, il se redressa subitement, les mains sur les genoux et les yeux rivés sur ces derniers.

— Je ne sais pas, avoua-t-il finalement. Ça n’a jamais… été très clair.

Il s’attendait à plus de questions, plus d’examens de la part de cet œil rouge comme s’il pouvait lire dans ses pensées.

Mais rien de tout ça.

— Très bien.

Et, comme ça, le mannequin se leva, toujours élégamment, et s’en alla, non sans un dernier mouvement de tête.

— Pense à t’hydrater et à rester à l’ombre. C’est une chaude journée.

Et lui, à secouer vigoureusement la tête, tel ces petits animaux sur les plages arrières des voitures.

Lorsqu’il s’en rendit compte, il s’arrêta et s’empara vivement de sa capuche pour s’en couvrir définitivement le visage, celui-ci s’empourprant entièrement.

Horus n’avait pas la moindre idée de qui pouvait bien être cet homme, et plus encore s’il se trouvait dans son arbre généalogique, et à quel embranchement, mais il regrettait subitement bien moins sa venue.

À défaut de soulever le voile sur ces mystères, peut-être pourrait-il soulever quelque chose d’autre ?

Oh non, mauvaises pensées, c’était une réunion familiale, il ne devait surtout pas continuer dans cette direction…

Mais le nombre d’amis, de voisins, de par-alliances, qui avaient été traîné ici alluma, malgré lui, une lueur d’espoir en lui.

Après tout, il n’avait pas forcément de liens de sang avec tout le monde, n’est-ce pas ?

Il ne devrait pas s’accrocher à cette réflexion, ce n’était pas le bon genre de feu à entretenir…

— Tout va bien ?

Heureusement, Anubis semblait être revenu et l’avoir repéré, l’arrachant de la spirale inquiétante dans laquelle il commençait à s’engouffrer.

Sautant sur ses pieds, il hocha tout aussi vigoureusement la tête que tantôt, essayant d’avoir l’air dégagé.

— J’ai remarqué que tu ne retirais jamais ta capuche, poursuivit-il. T’es sûr que ça va ?

— Oui oui, j’ai juste pensé que… on pourrait me reconnaître, si je la retirais ? Ma mère m’a toujours dit que je ressemblais à mon père, alors…

Anubis fronça les sourcils, perdu.

— Mais, ce n’est pas pour ça, que tu es là ?

Se rendant compte de la logique exposée, Horus ne trouva rien à redire et resta bouche bée. Puis, il se mit tête nue, les pommettes rosissant légèrement.

— Désolé.

Son cousin lui sourit et il le lui rendit.

— Je trouve que tu ressembles surtout à tante Isis, commenta-t-il.

— Merci.

Embarrassé, il se frotta la nuque, esquivant son regard.

C’était plus simple de jouer le gars assuré en ayant que le bas du visage de visible, mais maintenant qu’il n’avait plus son bouclier, il se sentait exposé. Vulnérable.

Soit Anubis lisait dans les esprits, soit il était devenu soudainement très facile à comprendre, toujours est-il qu’il lui tendit la main pour le guider à travers la masse :

— Viens, je vais te présenter à ma mère !

Rencontrer Nepthys avait été comme rencontrer sa mère. Enfin, comme elle avait dû être, avant sa naissance.

Elle avait prétendu l’avoir reconnu immédiatement, mais Horus avait un doute. Enfin pour dire vrai, elle semblait ne pas l’avoir reconnu lui.

Mais c’était passé, une fois que son fils lui avait expliqué la situation, elle avait paru redoubler d’excitation et l’avait noyé de questions sur sa vie, voulant tout savoir sur ce neveu perdu de vue.

Il s’était plié au jeu, amusé et un peu attendri par cet enthousiasme, et avait finalement passé plus d’une heure avec eux, à juste rattraper près de vingt ans de leurs vies.

Ils durent s’interrompre parce qu’une urgence avait nécessité la présence de l’hôtesse, mais elle lui avait fait promettre de ne pas quitter les lieux sans l’en avertir, ce qu’il put jurer sans problème.

Anubis l’avait accompagnée, le laissant seul, mais ce n’était pas aussi pesant que plus tôt dans la journée. Il les regardait partir, le sourire aux lèvres, et décida de retourner au buffet, histoire d’enquêter sur le réassort.

C’était bientôt le dîner, donc les plats étaient plus consistants, lui mettant rapidement l’eau à la bouche. Et comme la plupart des convives était soit rentré plus tôt, soit n’avait pas encore faim, il avait bien l’intention de se venger des assiettes vides de tantôt !

S’emparant de nouveau d’une assiette, il commença à se servir, fredonnant gaiement.

Il n’avait pas remis sa capuche et ne s’en souciait plus, jusqu’à ce qu’on vienne l’accoster, certains des membres les plus âgés ayant été capable de reconnaître son ascendance et l’interrogeant à ce sujet.

Rapidement, il se retrouva avec un petit groupe demandant des nouvelles de sa mère et le complimentant pour sa croissance (il fallait dire que, de leurs points de vue, il était passé d’un petit bébé d’un an à un adulte d’un mètre quatre-vingt-quinze), se renseignant sur sa vie…

Puis, il aperçut un éclat rouge.

Tournant à peine la tête, il suivit du regard la couleur et reconnut le mannequin de tout à l’heure. Lui aussi semblait être venu enquêter sur le menu, bien qu’il fronçait le nez face aux pièces de viande.

Horus parvint à donner le change, tandis qu’il continuait d’observer l’inconnu remplir son assiette, pendant que lui resserrait ses phalanges sur la sienne, sans être sûr de quelle faim l’y poussait.

Lorsqu’il put enfin quitter sa compagnie sans paraître trop malpoli, il rassembla tout son courage pour l’aborder.

Il sentait que, s’il partait de la fête sans avoir tenté sa chance, il s’en voudrait éternellement. Et puis, ça n’engageait à rien, pas vrai ? Il n’allait pas le demander en mariage, mais un prénom ce serait déjà pas mal.

— Bonsoir, l’interpella-t-il.

Il avait dû être remarqué car il n’obtint qu’un élégant haussement de sourcils.

— Je pense que, cette fois, tu as l’embarras du choix, déclara-t-il.

— Euh, oui, mais ce n’était pas pour ça !

Sérieusement, avait-il l’air d’un goinfre ? Certes, c’était seulement la deuxième fois qu’ils se rencontraient, et c’était encore au buffet. Mais il n’y campait pas, c’était une simple coïncidence !

— Tu passes une bonne soirée ?

— Oui, plutôt. J’avais pas mal d’appréhension, mais les gens sont gentils.

Ayant fini de se servir, l’inconnu se redressa et hocha la tête à son commentaire.

— Oui, pour la plupart. Ils ont été d’un réconfort et d’un soutien incomparables lorsque mon monde s’est écroulé. Mais bon, tout panier de fruits a sa pourriture.

Horus observa l’expression douce se raffermir, les yeux rouges arborant un éclat dur. Il n’eut pas le réflexe de reculer, comme il en avait l’habitude.

Mais ce ne fut qu’une pause, et la douceur revint en un cillement.

— J’ai quelque chose sur le visage ?

Sa question interrompit sa contemplation rêveuse. S’être fait prendre sur le fait le fit rougir d’embarras et regretter de ne plus porter sa capuche.

C’est tellement plus simple de jouer les bons garçons, de se cacher derrière une politesse distante, pour camoufler à quel point ses émotions étaient à fleur de peau et qu’il était simple de le faire réagir.

Mais voilà, il avait décidé de s’adresser à lui à visage découvert. C’était à lui d’en gérer les conséquences, et tant pis si c’était pour s’afficher pour ce qu’il était vraiment : le genre à ressentir vite et fort.

À tomber amoureux d’un inconnu autour d’une demi-part de gâteau.

— Vous avez des yeux absolument magnifiques, déclara Horus.

Il ne s’y attendait clairement pas, s’étant crispé dans l’attente d’une pique sans doute, et écarquilla lesdits yeux au compliment, abasourdi.

— Et pas juste eux. Vous l’êtes entièrement.

Il se sentait plein d’une arrogance qu’il s’ignorait jusque-là, capable d’ouvrir son cœur et de le lui offrir sur un plateau.

C’était peut-être ce comportement que sa mère craignait tant qu’il adopte. Mais peut-être était-ce l’enivrement de sa jeunesse qui lui permettait de rester droit au lieu de prendre feu sous le malaise que sa déclaration aurait créé en temps normal.

— … qui t’a laissé approcher du bar à alcool ?

— Je n’ai rien bu.

Il resta sans ciller, affichant plus d’assurance qu’il pensait posséder.

— Eh bien, merci pour les compliments.

Le mannequin reposa sa pince à salades, baissant la tête, paraissant réfléchir à ce qu’il allait dire ensuite.

— Restons-en là.

Puis, il quitta le buffet, son assiette à la main.

Mais Horus n’était pas d’accord. Alors, il lui emboîta le pas, abandonnant sa vaisselle sur la table, les yeux rivés sur le dos musclé, sur les épaules larges, sur les mèches rouges se balançant, sur le mouvement de ses hanches à chaque pas.

Ils s’arrêtèrent dans un endroit un peu reculé de la foule. Il était toujours possible d’entendre les éclats les plus élevés, mais ils se trouvaient hors de vue.

— Tu m’as suivi ? s’étrangla l’inconnu.

Pour toute réponse, le jeune adulte écarta les bras, les paumes visibles, pour en statuer l’état de fait.

En temps normal, il aurait obéi, remplissant son assiette et poursuivant sa soirée, mais il s’en était senti incapable.

Ce n’était pas qu’il n’était plus maître de son corps ou était impuissant à prendre des décisions. Juste… Il se sentait désinhibé, capable de soulever des montagnes à la seule force de ses bras.

Et si cette montagne pouvait avoir une chevelure aussi flamboyante…

— Vous me plaisez.

— J’avais cru comprendre, oui. Et moi, j’aimerais manger en paix. Il va falloir que l’un de nous soit déçu.

Les bras croisés au travers de son torse, il le toisait avec de la fureur dans son regard, ce qui ne fit qu’empirer l’intérêt qu’Horus avait pour lui.

Non, par sadisme ou une autre émotion déviante.

Simplement, parce que sa colère paraissait le nimber d’une aura digne d’un roi, d’une divinité. Du genre où sa seule présence suffisait pour vous envoyer un genou à terre.

Pas que Horus en ait besoin pour s’exécuter en un clin d’œil.

Et plus, si affinité.

Pourtant, il n’en fit rien, et s’avança à la place, plus sûr qu’il ne l’a jamais été de sa vie, les yeux rivés dans les siens et l’air concentré.

Il y avait des opportunités à saisir, avant qu’elles ne disparaissent à jamais.

Les mèches incandescentes étaient aussi douces qu’elles en avaient l’air, alors qu’elles coulaient entre ses doigts.

À l’instant où Seth – plus l’inconnu, plus le mannequin, Seth ! – les avait détaché et lui avait permis d’y toucher, il ne les lâchait plus, les embrassant avec révérence, les bouclant autour de ses doigts, les portant à son nez pour apprécier la faible odeur du shampooing…

Leur propriétaire avait essayé de le faire arrêter, mais c’était plus par timidité que par refus. Une fois qu’il eut aperçu le sérieux dans les yeux bleu roi, il lui donna la permission, cachant son trouble au travers de ses caresses.

La peau sous ses doigts, sous sa langue, sous ses dents, était aussi claire qu’il avait pu l’apercevoir, mais pas aussi douce et immaculée qu’il l’avait cru, lui rappelant que c’était un homme adulte et pas un de ses partenaires de son âge. Ça l’avait rendu plus amoureux encore, et seule une traction dans ses courtes boucles noires parvint à apaiser son ardeur, prêt qu’il était à le dévorer dans son entier.

Pas en reste, Seth avait pris le contrôle de leur étreinte, qu’il lui avait abandonné sans trop rechigner, plus que ravi de pouvoir obéir à la lettre à toutes les demandes de sa nouvelle idole.

Pour le moment, Horus tremblait entre ses bras, se mordant la langue pour ne pas attirer l’attention, alors qu’il s’accrochait à la chevelure de feu, une langue tout aussi brûlante le torturant avec application.

C’était sans doute cliché, mais c’était bien la première fois qu’il vivait cette impression que son amant se trouvait partout à la fois, jouant avec ses nerfs comme un musicien de son instrument, lui arrachant des sons qu’il s’ignorait capable de produire.

Le plus dur était de ne pas s’abandonner à la torpeur, de se battre pour garder les yeux ouverts, pour ne pas en perdre une miette, de rester lucide pour tout ressentir.

Il profita de la première ouverture pour rendre la pareille, repoussant le torse nu, appréciant les muscles définis sous ses mains pendant qu’il les glissait jusqu’à ses hanches, puis ses cuisses, alors qu’il se séparait avec tristesse. Mais c’était nécessaire s’il voulait démontrer toute la vénération qu’il ressentait pour ce corps parfait, s’il souhaitait prouver sa déférence envers Seth…

La peau était douce sous ses doigts, salée sous sa langue, parfumée à son nez, tandis que Horus rendait hommage du mieux qu’il le pouvait, ne ménageant rien de ses efforts alors qu’il puisait dans ses expériences précédentes et ses recherches, voulant être à la hauteur de son compagnon de lit.

Bien sûr, il savait que la peur de la performance était le meilleur moyen pour obtenir le résultat contraire à ce qu’il cherchait, mais… il n’était qu’un simple mortel face à un dieu. Il n’avait que cette nuit pour faire ses preuves.

Il n’avait que cette occasion pour l’aimer.

Le réveil fut doux, alors que le soleil s’infiltrait dans la chambre, Horus appliquant de légers baisers sur la peau découverte par la literie, sous l’expression amusée de Seth qui l’observait faire. Malgré l’intensité de la veille, il semblerait que son amant le considérait en verre.

C’était plutôt mignon à voir.

Lorsqu’il vint quémander ses lèvres, il répondit avec plaisir, ses bras glissant sur les muscles qu’il avait pu savourer au cours de leurs étreintes précédentes et marquer tout autant, les doigts pressant quelques suçons et morsures égarés.

Ils n’auraient pas forcément remis le couvert, endoloris comme ils l’étaient, mais ils avaient bien l’intention de traîner au lit encore un peu, à simplement partager de la chaleur humaine, lorsque la porte s’ouvrit brusquement, à peine précédé d’un bref heurt contre.

— Ah, cousin, je vois que tu as fait la rencontre de mon père… Des œufs pour le petit-déjeuner ?

Anubis quitta la chambre sans leur laisser le temps de répondre, l’air à peine dérangé malgré la scène sur laquelle il venait de tomber, contrairement aux deux acteurs de ladite scène qui s’empourprèrent en chœur, avant que l’information importante ne monte au cerveau.

— T’es son père ?!

— Comment ça, cousin ?!

Ils affichaient la même expression d’horreur, toute affection disparue entre eux.

Mais Seth ne laissait jamais longtemps la surprise le figer et il fronça rapidement les sourcils, ses méninges déjà au travail.

— Je ne t’avais encore jamais vu. Quelle branche ?

Horus, de son côté, avait l’impression de rétrécir sous le regard aiguisé, alors qu’il affichait un sourire un peu stupide, gêné.

— Nephtys est ma tante, couina-t-il presque. Isis, ma mère…

La réalisation le frappa clairement, alors que son visage pâlissait légèrement, les yeux écarquillés ne fixant rien de particulier.

— Tu es le fils d’Osiris.

— Euh, oui ? Pas que je le connaisse au-delà, mais…

— Tu es le fils d’Osiris.

Un peu inquiet, Horus fronça les sourcils, hésitant sur ce qu’il devrait faire. Dans le doute, il glissa lentement hors des couvertures, s’apprêtant à se rhabiller.

Mais une main se saisit de son poignet, le faisant se retourner.

— Est-ce que… Est-ce qu’Osiris t’a demandé de faire ça ?

Malgré lui, le jeune adulte ne put s’empêcher d’admirer l’expression tourmentée tournée vers lui. Pas par sadisme ou cruauté. Juste, elle paraissait magnifier ses traits.

— Je ne l’ai jamais rencontré, jamais parlé, répondit-il. Et je suis venu de ma propre initiative. Comme tout le reste, par ailleurs.

Seth relâcha sa prise et s’affaissa, tel une marionnette dont on avait coupé les fils, presque inerte, alors que le soulagement le traversait, que l’effroi reculait sous la déclaration, que la méfiance restait.

Hésitant, Horus l’observa. Mais, lorsqu’il ne fit pas mine de se redresser, il remonta sur le matelas, inquiet.

— Seth ? l’appela-t-il.

Il lui attrapa le poignet à son tour, le pressant doucement, ce qui parut attirer son attention. Il releva la tête, ses cheveux défaits s’écartant de son visage alors qu’il lui rendait son regard au travers.

Se penchant au-dessus de lui, il repoussa les mèches carmines de sa main libre, les passant derrière son oreille et, de là, glissa le long de sa mâchoire, reposant contre sa joue.

Certes, les révélations précédentes les avaient refroidi, mais en même temps… Avec ce qu’ils avaient déjà fait…

Leurs lèvres allaient s’effleurer, lorsque la porte s’ouvrit de nouveau sur Anubis qui les enjoignit à se presser s’ils voulaient manger chaud.

Laisser un commentaire