Couple : Kakashi Hatake x Obito Uchiwa
Genres : Tranche de vie – Romance – Fluffy / One-shot
Rating : +8
Résumé : Toutes les bonnes choses avaient une fin. Certaines venaient plus rapidement que d’autres. Mais, pour le moment, Obito et Kakashi allaient se contenter de profiter.
Bonne lecture !

Que la terre était basse, pensa Kakashi.
Il s’avachit pesamment sur le sol, un soupir lui échappant.
Lorsqu’on lui avait proposé d’être diplômé plus tôt, presque une vie auparavant, qu’on avait loué son intelligence et sa perspicacité, aucun de ces adultes bien-pensants n’avaient pensé à lui partager une information essentielle : les prodiges vieillissaient mal.
Ses articulations lui arrachaient des petits cris de douleur, gonflées les jours de pluie.
Les anciennes blessures, les cicatrices mal guéries, tiraient, froissant étrangement sa peau.
Les carences, le mauvais sommeil, les années de paranoïa, avaient cisaillé ses nerfs, son cerveau et sa santé.
Les shinobi vieillissaient mal.
Les prodiges shinobi vieillissaient encore pire.
Enfin, si on leur en laissait le temps, bien sûr.
S’étendant sur le dos, il contempla pensivement le ciel, plissant les yeux à cause du soleil.
— Tu vas avoir des rides.
— J’ai déjà des rides, je te ferais remarquer.
— Ah bon ? Pour moi, tu as toujours le visage de tes trente-quatre ans.
Le ton léger de la plaisanterie ne l’attaquait plus comme de l’acide. Il avait fait la paix depuis des années avec le fait qu’il ne pouvait pas tout contrôler.
Et surtout pas son mari et ses actions impulsives.
Alors, à la place, il tendit le bras pour lui saisir la main et le guider pour s’asseoir à ses côtés.
Bull, libéré de son rôle de chien-guide, alla s’installer au soleil, ravi de l’opportunité.
Obito sourit alors qu’il s’abandonnait dans l’étreinte de son époux, s’allongeant au-dessus de lui.
Glissant les doigts sur son vêtement, il suivit ses repères jusqu’au visage de Kakashi qu’il caressa avec tendresse.
— Oh, en effet, tu m’as l’air aussi froissé que ce bon vieux Bull ! Je t’avais bien dit de ne pas rester aussi longtemps dans le bain.
Aussi amusé qu’exaspéré par ses bêtises, le concerné l’attrapa plutôt pour l’embrasser. Et tirer sur une mèche errante avant de la lisser.
— N’insulte pas mes chiens.
— Ce n’était pas eux que je visais, fredonna-t-il.
Ils se disputèrent gentiment avant de s’installer confortablement, enlacés.
Obito écoutait distraitement le rythme cardiaque de son compagnon, sous lui, bercé par sa régularité.
Lui aussi accusait le passage du temps bien qu’il n’en était plus un témoin complet.
Ses os étaient devenus fragiles, l’usage flamboyant du Katon à laquelle il s’était habitué pendant ses vertes années avait anesthésié une partie de ses nerfs responsables du toucher, ce qui aurait pu n’être pas grand-chose, mais depuis qu’il avait sacrifié sa vue pour un dernier Kamui…
L’association des deux avait été leur signal d’arrêt, remplissant chacun les dossiers pour être retirés du service actif sans en concerter l’autre.
Évidemment, ils allèrent le déposer au même moment, ce qui avait dû bien faire rire Iruka, qui tenait le bureau ce jour-là.
Leur dispute ce jour-là avait été mémorable, aussi bien par son intensité que par les sentiments mis – enfin – à nu à travers l’exercice.
Mais leur réconciliation d’après, une fois rentrés, avait été plus glorieuse encore.
Ni l’un ni l’autre n’avait oublié la confession de l’autre à son égard et ils passèrent la soirée enlacées, à explorer ces sentiments, à sangloter et à se bécoter.
Ils s’étaient finalement endormis sur le canapé un peu avant l’aube, et s’étaient réveillés endoloris et raides, le corps recouvert par une couverture gentiment tendue par Urushi.
(Il la tenait encore dans sa gueule, assoupie avec eux sur le canapé.)
Trente-quatre ans était un âge particulier pour être mis à la retraite. Ils avaient encore de longues années devant eux mais ils ne savaient qu’être des shinobi.
D’autres avant et après eux auront le temps de se poser la question, eux durent la repousser les premiers mois, concentrés à modifier la maison afin qu’Obito puisse s’y déplacer sans risquer de perdre ce qui lui restait de membres.
L’initiative fut d’autant plus saluée lorsque Gaï se retrouva en fauteuil roulant, leur ami déclarant avec son emphase ordinaire que c’était le meilleur endroit de Konoha !
Lorsque Kakashi fut assez satisfait du résultat, il se pencha sur le problème suivant, qui était la mobilité générale de son mari à l’extérieur.
La canne avait été très mal vécue par sa fierté Uchiwa et la plupart des habitants ne semblait toujours pas comprendre le comportement à adopter.
Ils avaient bien tenté d’exacerber son contrôle de chakra au point de pouvoir l’utiliser afin de se déplacer, un peu comme avec un sonar, mais Obito n’avait jamais été très brillant dans ce secteur et les expériences furent un échec.
Amèrement – et pas pour la première fois – Kakashi avait regretté que leurs rôles ne soient pas inversés.
Certes, ses réserves étaient plus réduites mais sa manipulation était efficace et presque chirurgicale.
Il aurait dû prendre ce coup… Il lui était destiné…
Ce fut à peu près à ce moment-là que Bull surgit, se proposant pour guider le compagnon de son chef de meute où il le voulait et aussi longtemps qu’il le souhaitait.
Au début dubitatif, le couple avait dû rapidement se raviser et reconnaître l’efficacité du partenariat.
Si les habitants pouvaient prétendre ne pas voir la canne ou ne pas comprendre qu’ils devaient libérer le passage, ils pouvaient difficilement tenir le même discours face à l’énorme bulldog qui n’hésitait pas à gronder si les humains prenant trop de temps pour réagir.
Bien sûr, il ne leur ferait rien : il n’était pas un simple chien, mais un ninken avec une longue vie derrière lui et parfaitement capable de différencier les situations nécessitant les mises à mort et celles où il fallait juste menacer.
Simplement, il était protecteur envers son contractant. Et comme il s’agissait du compagnon de celui-ci, cette protection s’étendait à lui.
Facile, non ?
Et, ainsi, sa liberté de mouvement à peu près retrouvée, l’humeur d’Obito s’allégea et, par ricochets, celle de Kakashi aussi.
Ce n’était pas l’idéal non plus, mais ils avaient grandi à travers une guerre, ils avaient risqué leurs vies à plus d’une reprise et avaient dû se battre pour leur relation.
Ils avaient vu pire, ils s’étaient accrochés, ils avaient survécu.
Et ils recommenceront.
— Akino a encore dévasté mon potager, soupira Obito.
— Beaucoup de dégâts ?
— Nous allons devoir encore aller au marché, dévia-t-il.
Se sentant fautif, Kakashi l’embrassa sur le front, ses doigts glissant dans les mèches blanches.
— Désolé, je n’aurais jamais pensé qu’il prendrait autant goût à creuser des galeries, quand je le lui ai enseigné.
Les paupières tombantes, il grommela indistinctement sur lui.
— Ce n’est pas de ta faute, grogna-t-il enfin. C’est celle d’Akino de se prendre pour une taupe surdimensionnée.
Se détournant de son mari, il esquissa un arc du bras, englobant du geste le vaste jardin, les terrains de chasse du clan.
— Comme s’il manquait de choix et d’espace !
Il se retourna, faisant à nouveau face à Kakashi, enfonçant cette fois son index dans son torse, répétitivement.
— Par contre, c’est de ta faute s’il continue de cibler mon potager au lieu de creuser ses galeries n’importe où ailleurs ! Tu es trop gentil avec eux !
Difficile de prétendre le contraire, et plus encore avec lui, alors Kakashi se contenta de faire la moue.
Avec n’importe qui d’autre, ils s’en défendrait sûrement, mais avec son époux, c’était un combat perdu d’avance.
— Si tu ne lui parles pas… Plus d’aubergine pour toi !
La menace était réelle. Un frisson d’effroi lui parcourant l’échine alors qu’il se redressa à son tour, bouche bée.
— Tu n’oserais pas… couina-t-il pratiquement.
Mais Obito était un Uchiwa. Il serait parfaitement capable de tenir parole, juste par pur entêtement.
Alors, il abandonna dans un soupir, posant le front sur son épaule, l’enlaçant.
— Je m’en occuperai, marmonna-t-il.
— Parfait.
Satisfait, il les rallongea à l’identique, souriant alors que leurs mains s’entrelaçaient et que les doigts de Kakashi caressaient les siens et ses paumes.
Il le faisait avec un genre de révérence, frôlant les brûlures, suivant les crevasses, longeant chaque doigt jusqu’à l’ongle avant de passer au suivant, comme s’il les comptait, comme pour vérifier que tout était là.
Évidemment, avec cette diligence, il finit par découvrir la petite ampoule qui s’y trouvait.
Il souleva la main abîmée, la tournant dans la lumière, sans doute pour l’examiner.
— C’est bon, c’est rien, souffla Obito.
Il avait envie de dormir, entre la chaleur du soleil, l’étreinte et les caresses.
— Tu y crois ? Gloussa-t-il faiblement. Plus de vingt ans à lancer des kunaï et des shuriken, et de simples outils de jardinage me blessent. J’ai toujours été une fraude !
Son rire pâteux se mua en hoquets alors que Kakashi ne répondit pas, portant plutôt les mains blessées à ses lèvres, y pressant de délicats baisers.
— Arrête, t’es ridicule…
Ce genre de moment doux, cette intimité affectueuse, étaient ce qui lui faisait regretter le plus la perte de sa vue.
Au moins avait-il eu des aperçus du visage entier de son mari avant l’obscurité totale, chérissant l’image autant qu’il le pouvait.
Il avait conscience que la peau claire n’était plus aussi souple et douce que lors de leurs jeunes années. Ses nerfs défectueux lui permettaient encore de cartographier le corps de son amant, tel un monde familier et changeant.
Obito savait pour la musculature fondant alors que les entraînements se modifiaient, s’adaptaient. La peau se ridant, les cheveux s’affinant, les matins douloureux…
Mais il ne pouvait qu’imaginer, essayant de faire coïncider le Kakashi en kuro-montsuki-bakama le jour de leur mariage avec celui qui se tenait à ses côtés, dans son obscurité perpétuelle.
Il était aussi curieux de son propre corps, le sentant intimement, bien sûr, mais ne parvenant pas non plus à visualiser à quoi il ressemblait.
Son mari lui avait dit qu’il avait les cheveux blancs, maintenant. L’image lui faisait rire, de les imaginer déambuler tous les deux avec leurs chevelures semblables, deux touffes aussi blanches qu’une paire de pissenlits.
Il aimait parfois partager cette pensée avec son époux, divaguant sur le sujet sans que jamais il ne l’arrête.
Kakashi pouvait passer des heures à le faire, l’écoutant sans l’interrompre, le relançant parfois alors qu’il tentait de se restreindre, de lui laisser de la place.
Un jour, il l’avait interrogé à ce sujet. Il lui avait fallu beaucoup de persuasions et de promesses pour arracher la raison. Plus encore que les sujets de ses promenades verbales ou le son de sa voix, Kakashi aimait simplement observer les expressions qu’il affichait, son visage s’animant sous les mots qu’il proférait.
Cet aveu avait été mignon et très gênant.
— Arrête d’embrasser mes mains, râla Obito. Et va recadrer Akino avant que je ne décide officiellement de détruire les plants survivants d’aubergines.
Avec les paumes pressées contre ses lèvres, il n’eut aucune difficulté à sentir sa moue avant qu’il ne le relâche.
Ils se séparèrent, Kakashi allant trouver le chien dissident et Obito rampa jusqu’à Bull, s’adossant à lui pour continuer à profiter du soleil.
— Joli chantage, déclara Bisuke.
Il renifla l’air un instant avant d’aller s’asseoir sur les genoux de l’ex shinobi qui sut trouver aussitôt la zone nécessitant l’attention particulière de ses doigts, ce qui provoqua la réaction automatique de sa patte arrière qui s’agita frénétiquement dans le vide.
Il ne leur fallut pas longtemps pour qu’Obito ait un ninken alangui sur les cuisses, pendant que Bull somnolait paisiblement, peu jaloux.
L’avantage d’avoir un invocateur accouplé, c’est que ça permettait plus de câlins et d’avoir son préféré.
Ce ne fut donc pas surprenant de retrouver Kakashi assiégé par Pakkun et Akino.
— Alors, ces aubergines ? Lança son époux.
— Je suis en cours de négociation.
— Un peu plus à gauche, frétillait le chien.
Au bruit rythmique, il était aisé de l’imaginer se tortiller sur les tatami, la queue remuant avec force.
Une main sur le garrot de Bull et le sourire aux lèvres, Obito avançait prudemment dans leur demeure.
Malgré les rampes et autres aides, il appréciait la peau chaude sous la sienne, les poils courts et la sensation des muscles roulant sous sa peau.
Il usait de ce moyen depuis tellement d’années que le chien et lui agissaient presque en symbiose, n’ayant quasiment plus besoin de communiquer pour se déplacer.
Lors des sorties, les enfants se précipitaient sur leur chemin, tout en restant à une distance respectueuse, ayant appris à ne pas se mettre au travers de la route du vieil homme et à ne pas caresser le gros chien qui l’accompagnait.
Ils les suivaient parfois et sautaient sur Bull dès qu’Obito le lâchait, signe que le ninken n’était plus en service d’assistance pour lui.
Et alors, les morveux se précipitaient en piaillant, le faisant disparaître sous leur nombre alors qu’il roulait complaisamment sur le dos.
À chaque fois que ça arrivait et qu’il poussait ce son très particulier de satisfaction, Obito souriait, amusé et attendri.
Avec leur mise à la retraite, l’escouade des Crocs Traqueurs se trouvait elle aussi au chômage forcé.
Bien sûr, Kakashi ne les invoquait pas constamment, en temps normal, mais quand il le faisait, c’était dans le cadre de missions, pister des criminels en fuite, apporter des messages importants, ce genre de choses.
Mais ils se trouvèrent recrutés pour tester la maison et les travaux d’adaptation, veillant sur le nouvel aveugle à travers sa convalescence, entre autre.
Franchement, Kakashi s’était attendu à ce que Pakkun l’attrape à tout instant pour lui signifier la cessation de leur contrat.
Et pourtant, les voilà, vingt ans plus tard, fidèles au poste, paraissant apprécier d’être passés de redoutables traqueurs à de simples chiens de compagnie, dont le plus gros pic d’adrénaline devait être le jour du bain.
Et en parlant de bain, Obito venait justement d’atténuer la pièce d’eau, quittant Bull d’une caresse, le temps de s’occuper de ses affaires.
Aussitôt, ses mains se saisirent de la canne en plastique gardée à côté de la porte, lui permettant de manœuvrer dans l’espace carrelé.
Maniaque du contrôle et du rangement, Kakashi s’assurait d’autant plus que ne rien ne traînait et que tout se trouvait à sa place depuis son retour de l’hôpital et, autant ça l’agaçait, autant savoir qu’il ne risquait rien dans un endroit aussi glissant était une bénédiction.
Il dirait bien que, depuis, il allait dans la salle de bain les yeux fermés, mais vu que ça ne changerait rien au niveau de son acuité visuelle…
Ricanant stupidement, il fit son chemin, balayant le sol de l’extrémité émoussée de sa canne, pour la sécurité.
Derrière la porte, il savait que Bull s’était confortablement installé, patientant jusqu’à son retour où il échangera le bout de plastique pour son assistant et ils iront dans la cuisine rejoindre Kakashi et le reste de la meute.
— C’est l’heure des soins, signala Obito en remuant la trousse à pharmacie.
Quelques grognements lui répondirent, mais les concernés savaient que c’était un combat perdu d’avance, surtout lorsque leur contractant darda sur eux un œil sévère, alors que son compagnon déposait précautionneusement le contenu de la trousse.
— Un volontaire ? Fredonna-t-il.
Les bandages qu’arboraient Ūhei et Shiba protégeaient des affections cutanées chroniques nécessitant d’être fréquemment surveillées, Guruko et Akino avaient besoin de gouttes oculaires et Urushi avait récemment marché sur une écharde.
Bien sûr, c’était Kakashi le chargé de tout le suivi, son mari se contentant d’être joli à ses côtés, ce qui leur convenait parfaitement à tous les deux, surtout quand Pakkun daignait descendre de son perchoir improvisé et lui permettait de malaxer ses coussinets, en attendant que les concernés soient soigneusement traités.
Comme l’agitation était déconseillée suite à ces attentions, la petite troupe se déplaçait souvent dans le salon où, peu importaient les activités de base, ils finissaient invariablement à faire la sieste, les uns sur les autres.
C’était bien, quand ils étaient jeunes, mais ça devenait de plus en plus une douleur eu réveil, surtout lorsque le sommeil les avait fauché dans une position peu confortable.
Tel, Urushi roulé en boule sur son torse, réduisant son volume pulmonaire par son poids seul. Ou Shiba étant parvenu à le pousser au niveau du bassin, le forçant à le tourner légèrement et tordant ainsi la colonne vertébrale, ce qui était loin d’être apprécié, au vu de comment son squelette lui hurlait dessus.
— Kashi ? Souffla-t-il avec difficulté.
Un marmonnement lui répondit, validant son éveil.
— À l’aide…
Mais tout ce qu’il obtint fut une main dans la sienne, lui signifiant que l’ancien jōnin était à peine mieux loti, ayant sûrement été la cible des six chiens manquants.
Et comme les deux idiots au cœur tendre qu’ils étaient, aucun des deux n’essaya de réveiller l’un des ninken ou même les déplacer.
— On va tellement souffrir, pleurnicha faussement Obito.
Son mari marqua son assentiment d’une prise plus ferme sur sa main.
Franchement, aussi intelligent qu’elles pouvaient être, ces huit fripouilles savaient parfaitement jouer les idiots et profiter de leur situation, s’installant souvent sans remord sur eux ou à côté, suffisamment pour déranger leur cible humaine, sans ça ne puisse paraître évident ou ciblé.
De vrais génies du mal…
Et pourtant, malgré la douleur ressentie dans chaque partie de leurs corps, malgré Pakkun affalé sur le visage de Kakashi, malgré Urushi vidant les poumons d’Obito, malgré l’horrible promesse de la géhenne qui les attendra quand il faudra se lever après une heure de sieste sur les tatami en étant assiégé par des chiens affectueux et sans respect pour l’espace personnel, le couple sourit, chacun de son côté, leur prise se resserrant sur la main de l’autre alors qu’ils dérivaient paisiblement.
Ils avaient dépassé depuis longtemps leur expérience de vie, avait enterré famille et amis, avaient goûté des décennies de paix comme l’avaient rêvé les générations précédentes, leurs élèves avaient enseigné à leurs propres élèves.
Ils avaient créé leur petit cocon, leur petite famille de cœur.
Quand ils regardaient en arrière, ils avaient leurs « et si », bien sûr, mais ils savaient aussi qu’ils n’avaient qu’à tendre le bras pour attraper celui de l’autre, pour s’assurer, pour se rassurer, que ça en valait le coup.
Pour ce sourire tendre, pour ces yeux amoureux, pour cette présence constante, cette ombre chaleureuse.
Pour cet avenir à deux, peu importe les obstacles ou les sacrifices.
Pour ces deux épaves endolories et traînant les pieds, pour ces jours de mauvaise humeur que tout assombrit, pour ces besoins de solitudes ou ceux qu’on peine à verbaliser.
Pour ces après-midi ensoleillés à dormir par terre, submergés par huit ninken envahissant et empirant leur état général.
Ça en valait le coup.

