Couple : Kakashi Hatake x Obito Uchiwa

Genres : Tranche de vie – Angoisse Sombre / One-shot

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Résumé : Aujourd’hui était le grand jour. Enfin, le premier d’une longue liste. Le grand jour où la vie d’Obito allait basculer.

Pour le mieux.

Bonne lecture !


— Arrête de bouger ! Claqua-t-elle la langue.

— Mais, ça tire !

— N’essaye même pas de pleurnicher, ou je devrai refaire tout le maquillage !

Boudant, la jeune femme tenta de faire la moue et croiser les bras, mais ses cousines ne s’en laissèrent pas conter et reprirent leur lourde tâche : la rendre présentable.

Il fallait dire que ce n’était pas n’importe quelle journée, aujourd’hui ! Le clan bruissait de nervosité – bien qu’une personne extérieure aurait été incapable de s’en rendre compte – et vérifiait chaque détail d’un regard d’aigle.

Et Obito faisait partie de ces détails.

Raison pour laquelle elle avait été sortie de son futon à l’aube et que ses cousines s’escrimaient sur elle, veillant à lisser la moindre imperfection.

Elle avait parfaitement conscience des cicatrices récoltées au long de sa carrière de kunoïchi, de ses cheveux plein d’épis et de la teinte mâte de sa peau, si loin de celle d’albâtre des membres du clan. Pas comme si quelqu’un, ici, avait encore le moindre doute sur sa possible parenté, depuis qu’elle avait éveillé leur dōjutsu, et encore moins depuis qu’elle l’avait élevé au niveau supérieur.

Naori arriva sur ces entrefaites, aussi excitée que les autres jeunes femmes s’égayant autour d’Obito.

— Je l’ai ! S’exclama-t-elle.

Mais l’hôte des lieux ne put savoir de quoi elle parlait car Hikari la fusillait du regard, par l’intermédiaire du miroir, la défiant de ne bouger que d’un cil.

Et avec les peignes et brosses qu’elle tenait dans les mains, elle pouvait être aussi mortelle qu’avec ses armes préférées, ce dont elles avaient parfaitement consciences, l’une comme l’autre.

Fatiguée de sa courte nuit – elle aussi était nerveuse – engourdie d’être assise sans bouger depuis des heures, et frustrée de ne pas être renseignée sur quelque chose d’aussi simple que pourquoi ses cousines étaient chez elle ?, elle pleurnicha de nouveau :

— Ça tire.

— On va avoir besoin de plus d’extensions, marmonna sa coiffeuse.

Elle fit signe à Izanami pour qu’elle lui en apporte.

— Quelle idée d’avoir les cheveux aussi courts, soupira-t-elle. On devrait peut-être plutôt choisir une perruque ?

— Mes cheveux sont très bien comme ils le sont ! S’énerva Obito.

Elle avait décidé de ne plus les laisser pousser suite à un énième accident lors de ses entraînements au Katon. De toute façon, les mèches étaient trop souvent carbonisées pour pouvoir dépasser ses oreilles, ce qui l’encouragea dans sa décision.

C’était il y a des années, mais elle n’avait jamais vu l’intérêt de les porter longs, contrairement aux membres du clan.

Autant dire que ce n’était pas la première fois qu’elle essuyait ce genre de remarques.

— Trop tard pour la perruque, nia une cousine. Fais comme tu peux, on s’en contentera.

Ça ne parut pas lui plaire car elle bougonna alors qu’elle disciplinait un épi, mais elle était loin d’être la seule, alors que la cible de ses attentions afficha une grimace hideuse.

— Je vous demande pardon ?!

Mais elle fut tout autant ignorée que lors de ses interventions précédentes, l’essaim ne discutant qu’entre elles, lui donnant pratiquement l’impression de faire partie des meubles.

Izanami se précipita avec les accessoires requis plus tôt, ce qui sembla apaiser quelque peu l’humeur d’Hikari et, à deux, elles entreprirent de dompter les mèches folles.

Obito ne pouvait qu’observer leurs actions, depuis son reflet, mais il fut couvert avant la fin, lui arrachant un cri de surprise mêlé de frustration.

— Hé !

— Ça porte malheur, répliqua Izumi doctement.

— N’importe quoi, grogna-t-elle.

Mais elle garda les yeux baissés et ne chercha pas à argumenter.

De toute façon, elle avait déjà perdu, et ce depuis un moment.

— Fini ! S’exclamèrent ses cousines, dans son dos.

Au signal, toutes les jeunes femmes présentes se précipitèrent, alors que la kunoïchi était forcée à se tourner vers son public qui exprima rapidement leur ravissement.

— Vous en pensez quoi ? Lança effrontément Izanami.

À son attitude, on aurait pu croire qu’elle s’était chargée de tout le processus dans son ensemble, mais personne n’était dupe.

— Que je voudrais bien voir, tiens, râla Obito.

Mais aucune de ses cousines ne fit mine de l’avoir entendue et la pressa plutôt à se lever, ce qu’elle fit avec hésitation, de par ses jambes engourdies mais aussi le poids suspect sur sa tête.

— Qu’est-ce que vous… commença-t-elle, d’un ton furieux.

Mais elle fut rapidement interrompue alors qu’on la traînait auprès de Naori, lui permettant – enfin – de découvrir ce qu’elle avait apporté et qui avait provoqué tant d’agitations.

Il s’agissait d’un splendide et luxueux tomesode et ses accessoires.

Elle le reconnut comme le furisode qu’elle portait depuis qu’elle était en âge d’assister aux diverses cérémonies. De ce bleu foncé typique du clan, la soie brodée d’une multitude de fleurs colorées et de papillons. Et de l’inévitable kamon en son dos.

Elle le tenait de sa mère qui le lui avait confectionné, puis sa grand-mère avait pris la suite après son décès, et ce ne serait pas mentir que d’estimer que ce kimono était sans doute la pièce la plus chère à son cœur.

— Les manches, balbutia-t-elle enfin. Pourquoi… les manches ?

— Ah non ! Pas de larmes ! Claqua férocement Karuo.

— C’est la tradition, renifla une cousine. Tu n’es plus une petite fille, tu n’as donc plus à porter de furisode.

— T’inquiète, on te les a mise de côté ! Promit Naori. Tu es censé les utiliser pour confectionner un vêtement à ton premier enfant !

Contre son gré, Obito piqua un fard à cette mention et porta discrètement une main à son ventre.

Un enfant… C’est vrai…

Mais elle n’eut pas le temps de s’appesantir davantage dessus car elle fut exhortée à quitter sa tenue actuelle au profit de son regretté furisode.

Elle passa donc de tête à coiffer et maquiller, à poupée à vêtir.

Sacrée promotion !

Et là encore, elle fut ignorée, chaque fille dévolue à ses tâches sans qu’elle ne puisse en discuter davantage, manipulée dans tous les sens et sans toujours de précautions.

Et toujours tenue dans l’ignorance de son apparence.

Elle devait endurer tout ça et ne même pas en connaître le résultat, tout ça pour une superstition débile ?

Mais achevez-la. Vite.

Elle ne pouvait même pas arranger un peu tout ça, au nom du confort, car elle se faisait aussitôt houspiller et taper sur les doigts.

— Mais, c’est juste Kashi, se plaignit-elle enfin.

L’armée de regards noirs qui se dirigea vers elle la fit tressaillir et légèrement reculer sous leur intensité.

Que n’avait-elle pas encore dit ?

« Juste Kashi » venait justement d’arriver, habillé formellement et accompagné de son père.

Il ne savait pas trop ce qui l’énervait le plus : la bonne humeur de ce dernier ou l’inconfort de ses vêtements rigides.

Mais il comprenait l’importance des deux.

Bien sûr, il était important de s’habiller en fonction de la situation, les Uchiwa pourraient voir comme un manque de respect, l’absence de soin à son apparence.

Et, évidemment, son père ayant grandi au sein d’une famille élargie, en plus de son amour pour lui, ne pouvait qu’être rayonnant de la situation actuelle.

Les gardes à l’entrée du complexe les saluèrent avant de les faire patienter, le temps que deux policiers en uniforme ne viennent les escorter jusqu’à la maison du chef de clan.

Évidemment, ils étaient en représentation et, tous les quatre prirent le chemin le plus long, permettant à tout le clan de les épier plus ou moins discrètement durant leur avancée.

Leur ouïe Hatake permit au père et au fils d’attraper les commérages, qu’ils soient liés au iro-montsuki-bakama frappé des cinq kamon claniques du plus jeune ou de la cible de son choix…

Sakumo appuya une main sur l’épaule de son héritier, suite aux persiflages.

Obito n’avait jamais été très appréciée au sein de son clan. En réaction, elle s’était fait le plaisir de cultiver une apparence et un comportement juste à la limite.

Elle leur tapait sur les nerfs, mais ne violait aucune loi ni règle. Du passif-agressif dont elle était devenue la reine, jusqu’aux plus petits détails.

L’éveil de son Sharingan avait attiré l’attention, mais son passage au Mangekyō avait provoqué des émules.

La pression sur ses épaules avait changé et le cauchemar avait commencé.

D’indésirable, elle était devenue convoitable.

Seul son jeune âge l’avait sauvé d’un mariage immédiat, mais ça n’avait tempéré ni l’attention inopportune, ni les contrats où son avis n’était pas requis, ni les plans de certains cousins ambitieux.

Plusieurs fois, elle était allée demander refuge auprès de ses coéquipiers, pour une nuit, un jour, une heure, craignant pour sa vie au pire.

Il n’en avait pas fallu plus pour éveiller le loup.

On disait les Uchiwa obsessifs en amour ? Les Hatake, eux, étaient possessifs. Et ce n’était que grâce à son père qu’il n’alla pas commettre un massacre de ce clan.

À la place, Kakashi s’était plongé dans tous les parchemins concernant leurs clans respectifs afin de créer le plan parfait.

Et, quand il en fut satisfait, il surgit lors d’un conseil interne et réclama la propriété de sa coéquipière, comme il en avait le droit.

Après tout, il avait été la cause des deux éveils de son dōjutsu et elle avait été prête à lui en céder la propriété, alors qu’ils croyaient la mission critique.

Face à ses arguments, face à leurs propres lois, les aînés n’avaient pu que plier et accepter.

Ensuite, Kakashi alla demander son amie en mariage en lui expliquant les tenants et aboutissants.

Elle avait beaucoup pleuré.

Rin – chez qui elle s’était réfugiée – avait hurlé plus fort qu’elle et l’avait menacé des pires représailles avant qu’il ne parvienne – enfin – à se confesser maladroitement.

Mais, ce n’était pas une cage dorée qu’il lui proposait. C’était la liberté, une union factice dans laquelle elle pourra vivre comme elle l’entendait, sans la moindre pression.

Comme une vraie Hatake de sang.

Elle n’avait même pas à l’aimer.

Il voulait juste la voir sourire de nouveau, comme la gamine effrontée et sans tact qu’elle était autrefois.

Fugaku les accueillit devant chez lui, aussi rigide et impassible qu’à l’ordinaire, tandis que Mikoto leur souriait avec douceur.

Il lui avait confié ses véritables raisons afin qu’elle l’aide à convaincre son mari de l’intérieur.

Ça avait payé.

Après les salutations d’usage, ils entrèrent et le processus de la cérémonie de fiançailles put ainsi commencer.

C’était d’un ennui mortel.

Heureusement, c’était à Sakumo, en sa qualité de chef de clan et père, de se charger des paroles rituelles et de l’établissement du contact nuptial.

Mais ce sera son tour le jour, où ses enfants…

Il sursauta presque lorsqu’il se rendit compte de la direction prise par ses pensées mais ne parvint pas à camoufler son rougissement alors qu’il pencha la tête, fixant ses mains appuyées sur ses genoux, tentant de reprendre le contrôle sur lui-même avant que son père ne flaire – littéralement – la raison de son agitation.

Heureusement, l’attention de tous fut happée par la meilleure des distractions.

Sakumo pinça la cuisse de son fils à travers le taffetas épais afin qu’il puisse admirer à son tour l’objet de l’attention de tous.

Et quelle vision…

Obito avait été amenée ici, escortée par sa grand-mère qui la guida au milieu des membres du clan jusqu’au zabuton auprès de Kakashi, où elle s’assit en seiza avec une élégance rare.

Ce fut à ce moment qu’il s’arracha de sa contemplation rêveuse et observa d’un œil attentif les autres Uchiwa qui paraissaient aussi transfigurés que lui par l’apparence soignée de leur cousine.

Malgré lui, un grondement possessif roula dans sa poitrine et quitta sa gorge, alors qu’il les fusillait du regard.

Son père ne chercha pas à l’apaiser ou l’arrêter, partageant son avis depuis le début.

Obito avait été une gamine attachante qu’il avait eu le plaisir de connaître par l’entremise de son fils.

Il avait invité ses coéquipières à de nombreuses reprises – et leur senseï – que ce soit au restaurant ou à la maison, pour y manger ou rester dormir, ramenant des rires et de la vie dans la bâtisse familiale.

Mais Obito s’était détachée de Rin par une personnalité exubérante aux antipodes de son fils, ce qui lui avait rappelé le caractère de feu de son épouse et leurs premières années de genin passées à se bagarrer comme chien et chat – ou plus comme chien et loup.

Alors, la première fois qu’il avait ouvert la porte sur l’adolescente aux joues trempées de larmes et tremblant rétroactivement de peur, il avait senti l’éveil de ses instincts comme jamais auparavant.

S’il n’y avait pas eu plus urgent en premier lieu – la rassurer, la mettre au chaud, secouer le Yondaime – nul doute qu’il aurait rasé le complexe Uchiwa jusqu’à ses fondations.

Mais son rôle était de s’assurer de la sécurité et du confort des membres de sa meute, bien avant que de partir en guerre, même pour eux.

Lorsqu’il remarqua la même attitude chez son fils, il l’en empêcha, le raisonnant de la même manière qu’il l’avait fait pour lui-même.

Mais il en avait été aussi très fier.

Son petit deviendra un bon chef de clan, à son tour.

Quand il lui avait confié son projet, il avait tenu à ce que Kakashi mette son cœur à nu, pour s’assurer de ses véritables attentions, qu’il ne fasse pas pire en voulant faire mieux.

Et les voilà, maintenant, sous le toit des Uchiwa, flanqué de son fils dans son plus bel iro-montsuki-bakama, à admirer sa future bru qu’un peu de maquillage avait permis de dévoiler le diamant brut qu’elle était aux yeux de membres de son clan un peu trop confit dans leur consanguinité.

Sakumo lui adressa un sourire paisible lorsque leurs yeux se croisèrent, auquel elle répondit d’un sourire doux.

La pauvre gamine était évidemment dévorée d’angoisse, par la situation même autant que par la possibilité que tout échoue et que son avenir lui soit arraché.

Mais c’était mal connaître son enfant et lui.

Si, finalement, Fugaku refusait et annulait les fiançailles ?

Ni Kakashi ni lui ne seraient effrayés par l’idée de déserter, et encore moins de réaliser un vol de lignée sur la personne d’Obito, juste pour l’éloigner de son clan, et lui offrir la vie dont elle rêvait.

En tant que telle, la cérémonie tenait plus du décorum.

Bien sûr, les contrats de mariage étaient actuellement fixés, mais chaque clan avait fourni à l’autre une copie standard avant, il n’y avait donc aucune découverte et les deux chefs savaient déjà sur quels parties ils allaient débattre.

— Les louveteaux seront des Hatake, votre clan n’aura aucun droit dessus ! Rugit Sakumo.

L’appellation était loin de plaire à tous, mais c’était ainsi que s’exprimaient les membres Hatake.

Fugaku, lui, grimaça plus à la rebuffade.

— Obito a…

—Le Mangekyō, je suis au courant, le coupa-t-il. Mais pas Kakashi. Rien ne prouve que leurs enfants en hériteront, et même si c’est le cas, leur mère sera à même de leur enseigner.

La concernée grimaça à son tour, autant par la mention d’une éventuelle progéniture – on pouvait lui lâcher les ovaires, oui ? – que par l’argument.

Dans les rangs, un Uchiwa anonyme ricana sur le fait que cette gamine ne savait rien de son héritage, lui faisant serrer les poings.

On lui avait effectivement refusé le savoir inhérent au Sharingan, aussi bien avant son obtention qu’après. Avant, car le clan estimait qu’un déchet comme elle ne le développerait jamais, après…

En espérant parvenir à la contraindre aux projets qu’ils avaient pour elle.

Ce qu’elle n’avait pas caché à Sakumo et Kakashi, ce dernier s’empressant de réaliser de nombreuses recherches, afin de palier à son ignorance.

Et, franchement, il pouvait s’attribuer les louanges qu’elle obtenait depuis son initiative, ça ne la dérangeait pas !

Ils pensaient peut-être avoir de bons arguments, mais Sakumo s’y était attendu. Et avait les traditions avec lui.

— On n’a jamais vu le clan de l’épouse élever les héritiers d’un autre clan, renifla-t-il avec dédain. À moins que ça ne soit commun chez les Uchiwa ? Dans ce cas, j’ai hâte d’accueillir Itachi et Sasuke dans les années à venir.

La seule suggestion parut hérisser les aînés et un peu tout mâle important, à l’amusement des deux derniers Hatake qui ne se fatiguèrent pas à cacher leurs sourires moqueurs identiques.

Comment osaient-ils clamer Obito comme une des leurs alors qu’ils ne l’ont jamais traité comme tel ?

Que son Kekkai Genkai soit traité comme une marchandise, encore, c’était plutôt commun, hélas, mais ça ne rendait pas cette cérémonie moins déshumanisante.

Ils se moquaient bien de la jeune kunoïchi, tout ce qui les intéressait, c’était ses yeux ! Et, à la limite, son utérus.

Kakashi avait dû suivre le même chemin de pensée car un nouveau grondement menaçant lui échappa.

Mais Sakumo n’eut pas le temps de réagir, sa future bru le prit de vitesse, lui saisissant la main sans regarder, et entrelaçant leurs doigts.

Que cette initiative l’ait apaisé ou que ce soit l’embarras qui l’ait coupé dans sa diatribe, peu importait.

Il aura tout loisir de s’en prendre aux Uchiwa une fois le mariage conclus. En attendant, ce serait le champ de bataille de son père.

Obito fixait résolument le fond de la salle, depuis qu’elle s’était assise.

Elle était tellement occupée à scruter le mur que ses yeux lui brûlaient de ne pas suffisamment ciller. Mais ça lui permettait de ne pas (trop) écouter les persiflages de ceux qu’elle croyait être sa famille.

Malgré ce qu’elle avait elle-même rapporté à Kakashi et son père, elle avait encore de l’espoir, elle voulait encore croire en leurs bons sentiments en son égard, mais les rares fois où sa concentration faiblissait était un nouveau coup de poignard au cœur.

Lorsqu’elle s’était saisie de la main de son futur fiancé, c’était autant pour réfréner ses pulsions homicides que pour elle.

De cette main sèche et abîmée, elle puisa du réconfort et de la force, assez pour ne pas éclater en sanglots ou invoquer Kamui et massacrer tous ces bien-pensants.

À la place, elle se concentra sur le mur, sa respiration ou la peau chaude dans la sienne. Et, si ça ne suffisait pas, elle se remémorait le plan qu’ils avaient établis. La vie qu’ils lui avaient promise.

Sa coiffure lui pesait. Son maquillage la grattait. Son tomesode l’étouffait.

Elle voulait juste que tout ça soit fini. Acté. Signé. Validé.

Et alors, comme prévu selon les traditions, elle passera l’année à venir au sein du clan Hatake, puis le mariage aura lieu.

Une secousse l’arracha de sa spirale du désespoir, la reconnectant avec la réalité.

Elle ne rougit pas sous l’attention furieuse de Fugaku – il l’était toujours de toute façon – et se tourna plutôt vers Sakumo qui lui offrit un autre de ses sourires doux.

— Le clan et la famille Hatake sont ravis de t’accueillir, Obito-chan, déclara-t-il.

Le cœur battant à tout rompre, elle interrogea Kakashi du regard mais il affichait la même expression que son père – ce qui fit bégayer son cœur cette fois – alors elle fixa Fugaku qui soupira.

— Les contrats ont été signé, répéta-t-il. Et je te conseille d’être plus attentive, à l’avenir, si tu veux que cette alliance persiste dans le futur.

Elle broncha à peine à la pique, contrairement aux deux loups qui montrèrent les crocs.

— Pourquoi faire ? Lança-t-elle à la place. Mon fiancé est un génie, il fera le travail pour deux.

Le concerné leva les yeux au ciel à cette moquerie, ignorant le fard que le compliment avait provoqué en lui.

— Ne t’attends surtout pas à pouvoir te reposer sur moi, la cancre.

Dramatiquement, elle croisa les bras et leva le nez, exagérant sa moue boudeuse.

Une nouvelle anxiété dévora les jeunes adultes alors qu’ils se levèrent, se tenant la main, et saluant l’assemblée.

L’expression extatique de Sakumo rattrapait les visages sombres des Uchiwa, alors ils décidèrent de se concentrer sur lui, pour apaiser l’angoisse croissante, et plus encore lorsqu’il leur ouvrit les bras et qu’il s’y précipitèrent, faisant fi du protocole et des exclamations offusquées de leur public.

Obito avait l’impression qu’un poids énorme lui était retiré des épaules, de la poitrine, et les larmes lui montèrent aux yeux alors qu’elle enfouissait son visage dans la soie luxueuse.

Lorsqu’elle se recula et remarqua la poudre de riz et le mascara sur le haori, son visage se tordit dans une horrible expression alors qu’elle commençait à comprendre ce qu’elle venait de faire et que toute l’angoisse et la nervosité de ces derniers temps terminaient enfin de l’empoisonner.

Mais elle n’eut pas le temps de s’y noyer que son (futur) beau-père prit son visage en coupe et essuya les larmes du gras du pouce sans avoir changé d’expression.

— Je, je suis désolée, balbutia-t-elle.

— Les vêtements se lavent, balaya-t-il. Et si nous y allions ?

Il chassa quelques mèches ayant miraculeusement échappé au quintal d’épingles de Hikari et redressa son col, puis passa à Kakashi qui eut droit aux mêmes attentions.

— Et voilà, vous êtes éblouissants. Prêts pour votre première sortie en tant que fiancés ?

Les concernés rougirent de concert et détournèrent le regard, mais ils s’attrapèrent par la main malgré tout, au travers des manches de leurs kimono respectifs et suivirent Sakumo au-dehors, ne prêtant pas attention aux Uchiwa les regardant passer.

Dehors, le soleil les accueillit les faisant cligner des paupières, les éblouissant, mais pas autant que le norimono qui les attendait, entouré d’une foule toujours plus grande.

— Papa ?

Malgré lui, sa voix monta dans les aiguës sous la surprise. À ses côtés, Obito ne parvenait même pas à prononcer le moindre son, bouche bée.

— Tu n’as quand même pas cru que j’allai faire marcher ma bru jusqu’à chez nous ! S’offusqua faussement l’interpellé. Ou avais-tu l’intention de l’y porter ?

Ne trouvant rien à rétorquer, Kakashi ferma la bouche de manière audible.

Le trio s’approcha du palanquin richement décoré, ignorant les spectateurs estomaqués ou verts de jalousie.

En tant que héritier du clan, Kakashi était un parti intéressant, pour quiconque ne rêvait pas de luxe et d’opulence mais plutôt d’une vie domestique et simple.

Il était évident que la question d’une progéniture serait sur la table, les Hatake étant au bord du déclin, mais rien ne démontrait le besoin d’un nombre faramineux.

Après tout, Kakashi était enfant unique et Sakumo, veuf, n’avait pas cherché à se remarier ou à adopter.

Les rumeurs sur leur fortune était toujours sujet à débat, surtout en prenant en compte leur mode de vie simple ou la petite maison dans laquelle ils logeaient.

Mais ce serait oublier qu’ils étaient deux shinobi d’élite, habilités aux missions risquées et richement rémunérées, ou l’héritage dormant du clan.

Obito n’avait pratiquement pas de dot. C’était au clan de la lui fournir et, au vu des réticences présentes, ils avaient refusé de sortir un ryō pour la transaction, espérant que Sakumo lâcherait l’affaire.

Elle n’offrait que des terres agricoles éloignées et peu rentables ainsi que l’héritage restreint de ses parents, une misère donc.

Néanmoins, ce qu’avaient raté les anciens, c’est que Hatake père et fils s’en moquaient bien. La demande en mariage n’était pas par intérêt.

Elle était par amour.

Et, alors que Sakumo aidait sa (future) bru à grimper dans le norimono, il sourit en percevant les cris de jalousie provenant de mères de famille et autres filles à marier.

Il était fier de l’homme que son fils était devenu, et plus encore qu’il ait pu tomber amoureux au lieu d’épouser une candidate intéressée par leur notoriété ou les biens matériels.

Lui avait pu vivre une belle histoire avec feue son épouse, c’était tout ce qu’il souhaitait pour leur enfant.

Il descendit du palanquin et prit place parmi les porteurs, donnant le signal.

Dans son dos, il entendit une acclamation de surprise. Obito venait sans doute de reconnaître ses camarades de corvée, qui n’étaient nul autre que ses anciens élèves et des membres de leurs famille.

Ils avaient tous répondu présent, à son plus grand bonheur !

Si la cérémonie en tant que telle était réservée aux chefs de familles, de clan et la famille proche des fiancés, Sakumo avait bien l’intention de montrer à tout Konoha la future épouse de son fils !

Et si, pour ça, les chefs des clans Akimichi, Nara, Yamanaka, Izunuka et Aburame devaient porter un norimono couvert de dorures et de voiles rouges, il n’hésiterait pas.

Feue son épouse l’avait refusée, à l’époque, et n’en avait pas besoin.

Cependant, pour Obito, il était nécessaire de clamer à qui voulait bien l’entendre (et aux autres) qu’elle se trouvait maintenant sous la protection des Hatake.

Et les anciens savaient ô combien leurs crocs étaient tranchants et leurs griffes aiguisées…

Rapidement, une foule s’amassa autour des porteurs, pour assister un spectacle, pour féliciter les nouveaux fiancés et leur souhaiter tout le bonheur du monde pour leur future vie maritale.

On les suivait à travers les rues, chantant ou hurlant les vœux, ce qui semble plaire aux deux concernés.

Il ne pouvait pas trop le regarder dans cette position, alors il se contentait de rapides coups d’œil par-dessus son épaule, sous les moqueries de ses voisins qui le traitaient amicalement de papa gâteau.

Mais qu’elle était belle sa princesse !

Son tomesode était magnifique, démontrant l’amour que sa mère et sa grand-mère lui portaient, la mettant en valeur. Les peignes et épingles dans ses cheveux lui donnaient un air royal, sa coiffure soulignait la beauté délicate de son visage, que le maquillage ne faisait que révéler.

D’embarrassée, au début, elle avait rapidement répondu aux appels et vœux, manquant de renverser le palanquin sous son excitation, ce que Kakashi parvint à empêcher en la saisissant par le col de sa tenue pour les faire se rasseoir avant de lui chuchoter quelques mots à l’oreille.

Alors, elle se contenta de sourire et de gestes plus calmes de la main, sous le regard d’aigle de son fiancé.

Lui aussi était très beau. Mais c’était son fils, Sakumo était donc partial !

Il lui avait demandé l’iro-montsuki-bakama que lui-même avait porté dans la même situation, des décennies auparavant, disant que ça lui porterait bonheur.

Vêtu du taffetas vert forêt et d’un hakame blanc cassé, les couleurs typique du clan, en plus des cinq kamon et de son himo d’un blanc pur, Kakashi avait la prestance d’un prince malgré son sempiternel masque, qu’il avait refusé d’ôter pour l’occasion.

Ils étaient un couple magnifique et lui un père comblé. Alors, si pour remettre les pendules à l’heure, pour un clan amer et avide, il fallait rappeler les alliances puissantes des Hatake, assez pour se permettre des chefs aussi puissants que Shikaku et Inoichi, pour ne citer qu’eux, portant le norimono de deux jeunes adultes, comme de simples serviteurs, il n’avait pas hésité un instant.

Quand ils parvinrent enfin à l’enceinte, c’était un véritable cortège qui les avait suivi et commençait à se disperser dans les éclats de rire, tandis qu’ils pouvaient enfin faire halte, Sakumo se précipitait pour prêter main-forte à sa belle-fille afin qu’elle descende en toute sécurité.

— Je peux hurler au favoritisme ?

La boutade n’obtint qu’un sourire amusé.

— J’ai toujours voulu avoir une fille, prétendit faussement Sakumo.

Il adressa un clin d’œil à Obito, lui arrachant un gloussement qu’elle cacha derrière son éventail, tandis que Kakashi levait les yeux ciel, son soupir ne parvenait pas à cacher son sourire.

Ce fut à ce moment que les chefs de clan les rejoignirent pour les féliciter à son tour, comme il en était d’usage.

— Bienvenue dans la famille, gamine ! L’accueillit Tsume d’une claque dans la dos qui manqua de la jeter à terre.

— Ces chiens, aucune finesse, renifla Kakashi.

— Tu veux te battre, petit cousin ? Lança l’Izunuka.

Ils l’auraient probablement fait si Sakumo n’y avait pas mis le holà.

Il était temps qu’Obito entre dans la maison en tant que futur membre de la famille.

Alors, ils partirent, non sans plusieurs invitations à fêter ça plus tard autour d’un verre.

Ou plusieurs.

La maison était petite, rustique et simple.

Actuellement, Obito en contemplait la porte avec anxiété, une boule dans la gorge, paralysée par la seule idée de ce geste pourtant si dérisoire.

Elle l’avait déjà fait une centaine de fois, auparavant, mais ce n’était pas pareil. Le geste avait une autre signification, un autre poids.

Dans son dos, elle sentait l’attention double portée sur elle, mais elle savait qu’ils la laisseront prendre le temps nécessaire, dut-il durer une semaine !

Car, à l’instant où elle passera la porte d’entrée commencera réellement cette année – courte année, longue année – durant laquelle elle apprendrait à devenir une épouse Hatake.

Mais, surtout, le temps à s’appeler Uchiwa se réduira à chaque nouveau jour.

— Obito, s’avança Sakumo.

Il pressa de nouveau son épaule avec sa grande main.

— Tu seras toujours une Uchiwa. Ce n’est qu’un nom.

Intimidée soudainement, elle lui offrit un sourire hésitant et enclencha enfin la poignée, puis prit une profonde inspiration et entra finalement.

Et rien n’arriva.

Aucun éclair ne la foudroya, le toit ne s’écroula pas sur elle, elle ne fut pas avalée par une montée de lave soudaine…

Juste Kakashi et Sakumo se débarrassant de leurs zōri au profit de leurs chaussons.

— Obito-chan, pour le moment je n’ai que tes chaussons habituels mais ils seront rapidement remplacés par une paire officielle, d’accord ?

La prise en charge constante et douce de son (futur) beau-père l’émouvait plus qu’elle se sentait capable d’exprimer, alors elle se contenta de hocher la tête et d’échanger ses zōri à son tour, appréciant leur confort banal.

Avec un peu d’effort, elle pourrait – presque – croire que c’était une simple journée comme les autres, où elle serait venue embêter son meilleur ami pour l’arracher de ses lectures intellectuelles.

Mais elle rouvrit les yeux et dut prendre de nouveau les mains pour réussir à avancer sans faillir.

— Ces garces ont trop serré le obi, souffla-t-elle. Aucune idée de comment j’ai fait depuis ce matin !

À petits pas, ils se dirigèrent vers le fond de la maison, dépassant les portes qu’elle connaissait bien.

L’angoisse revint malgré elle, les pires commérages lui vinrent en tête, remplis d’histoires horribles où les jeunes épousées finissaient souillées, de la pire des manières.

Certes, elle les connaissait depuis l’enfance, mais elle ignorait les sentiments de Kakashi jusqu’avant il ne les confesse !

Reniflant sûrement son inquiétude, Sakumo pressa une fois sa main dans la sienne, attirant son attention.

— Les manières changent selon les époques et les familles, donc j’ignore comment ça se passe chez les Uchiwa, commença-t-il. Mais tu es là en tant que fiancée de mon fils et je tiens à ce que tu sois traitée comme telle.

Ils s’arrêtèrent face à une porte fermée.

— Peu importe comment vos sentiments évolueront dans l’année ou dans celles suivantes, mais je tiens à ce que tu ais ton espace.

Il sortit une petite clé de son netsuke, qu’il lui tendit.

— Voici ta chambre. Tu en disposes comme tu l’entends et personne ne peut y entrer sans ta permission.

Elle se saisit de l’objet avant de s’y agripper soudainement des deux mains, les sanglots lui échappant alors qu’elle se pliait en deux, courbette brouillonne pour le remerciement qu’elle ne parvenait pas à prononcer.

— Entre, l’encouragea Kakashi. Tes affaires sont déjà là.

Et c’était vrai.

Sa chambre avait été reproduite à l’identique de celle qu’elle venait de quitter. Et ce n’était pas des doublons, c’était réellement ses meubles !

Obito s’écroula sur son futon déplié, sa main traînant sur un patch cousu des années plus tôt.

— Bien sûr, tu peux acheter autant de mobiliers nécessaires pour l’étayer, poursuivit Sakumo. Comme une nouvelle literie, une garde-robe… N’hésite surtout pas !

Rien n’était trop beau pour sa bru. Il avait bien l’intention de la gâter jusqu’à plus soif !

Elle hocha la tête, commençant à sentir des vertiges et de l’épuisement.

La journée avait été longue, elle avait peu mangé et ses émotions faisaient des montagnes russes un peu trop souvent à son goût.

Elle avait besoin d’un peu de temps pour elle, actuellement.

Semblant l’avoir deviné, les deux Hatake hochèrent la tête depuis le chambranle de la porte.

Sakumo les quitta en annonçant qu’il cuisinerait après s’être changé, les laissant seuls.

Kakashi ne l’avait pas quitté du regard, paraissant la transpercer de ses yeux gris.

Il leva lentement les mains jusqu’à son sempiternel masque… et l’abaissa, dévoilant un sourire affectueux. Pour elle. Et un grain de beauté.

— Bienvenue dans la famille, Obito, déclara-t-il.

Puis, il ferma la porte et s’éloigna, la laissant se reposer.

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