Couple : Kakashi Hatake x Obito Uchiwa
Genres : Tranche de vie – Sombre / One-shot
Rating : +16
Résumé : Kakashi aimait bien prendre des pauses avec Tobi, il était drôle. Cependant, ce n’est pas avec lui qu’il rit, mais bien de lui.
Bonne lecture !

— C’est pour moi.
Kakashi sourit à l’éternel masque orange que portait Tobi.
— Je sais qu’Akatsuki paye bien ses informateurs – Sage sait combien Kakuzu râle à ce sujet – mais ça devrait être à moi de payer l’addition, non ?
Le masque se tourna vers lui alors que l’habituel ton léger de son porteur s’éleva, avec ses accents enfantins :
— Vous êtes toujours si gentils avec Tobi ! – sauf Hidan, mais il est méchant avec tout le monde – c’est normal que Tobi rende la pareille !
Amusé, Kakashi ne répondit rien et porta simplement le thé à ses lèvres, savourant l’arôme léger des fleurs, après avoir baissé son masque.
En face de lui, Tobi babillait innocemment sur un peu n’importe quoi – il était de notoriété publique qu’il valait mieux ne pas tout écouter au risque de sentir votre cerveau quitter votre boîte crânienne – tout en soulevant son masque pour y glisser une boulette de dango ou une gorgée de thé.
Ce n’était pas dans les habitudes du véritable chef du groupe terroriste, de traîner avec de la piétaille, mais il y avait quelque chose d’amusant, quelque chose de naïf, dans cet homme qui l’attirait inexorablement. Ce n’était donc pas le premier thé qu’ils partageaient et, s’il avait son mot à dire, ce ne sera pas non plus le dernier.
Il lui adressa le sourire le plus détendu de son répertoire, qu’il n’avait pas dû utiliser depuis des années.
Sans doute, plus depuis sa désertion de Konoha, à la réflexion.
— Comment va mon père ? L’interrogea-t-il.
— Le Croc Blanc est plus vigoureux que jamais !
Tobi avait aussi l’avantage de lui transmettre des informations précieuses de l’intérieur des murs du village, ce qui était rare parmi ses pairs. Ce n’était rien de très confidentiel ou de risqué, simplement des nouvelles de ses proches (anciens proches) qu’il ne pouvait pas joindre lui-même sans se compromettre.
Si, encore, ils acceptaient de lui adresser la parole avant de lui percer le cœur, c’est selon.
À la réflexion, Kakashi s’était assuré l’amitié de l’informateur parce que ce qu’il lui demandait était aussi confidentiel que compromettant.
Bien sûr, en avançant à visage découvert – enfin, presque – et en arborant son identité, il n’était pas aussi anonyme que pouvaient l’être d’autres. Il était simple de connaître son passé et les relations qu’il avait laissé derrière lui.
Mais celles-ci n’avaient pas à savoir qu’il avait toujours le cœur tendre à leur encontre et se souciait véritablement de leur confort, même toutes ces années plus tard et les mains noircies de sang.
Alors, Tobi ne posa aucune question quand il égrena les noms de ceux qui lui étaient chers, se contentant de lui raconter quelques anecdotes survenues depuis la dernière fois, tout en mâchonnant la pâte de riz gluant, donnant parfois son avis de sa voix un peu trop aiguë sur ce qu’il venait de lui dire. Un autre lui aurait sans doute dit de la fermer ou fait perdre cette mauvaise habitude, mais pas le nukenin. Ça lui donnait l’impression d’être dans une vraie discussion et non dans une transaction.
Comme s’il était en compagnie d’un vieil ami lui transmettant simplement des nouvelles de sa famille restée au pays.
Bon, par contre, sa voix était vraiment énervante pour son ouïe affûtée, mais il avait appris à faire avec. Il remerciait d’ailleurs le matériau de son masque pour en atténuer une partie.
Ça n’avait pas été simple, les premiers temps, mais l’unique raison pour laquelle il ne lui avait pas arraché le larynx était pour son image. Kakashi ne s’était jamais caché diriger l’Akatsuki – conjointement avec Konan et Nagato – et veillait précieusement à ne jamais sortir des limites qu’il s’était fixé.
Certes, il avait rayé son hitai-ate, brûlé le tatouage de l’ANBU et tourné le dos à son village, mais ce n’était pas pour autant qu’il comptait répondre aux appels des sirènes et s’abandonner à ses pires instincts.
En vérité, hormis les trois modifications citées précédemment, il n’avait rien changé à sa routine ou à ses manières.
Juste, il ne répondait de ses actes à personne et n’avait plus à se cacher, s’il ne le souhaitait pas.
Évidemment, les scènes de crime qu’il laissait derrière lui étaient plus que reconnaissables et de nombreux actes commis sous couvert de son masque d’ANBU furent ainsi dévoilés, ce qui ne fut pas bien accueilli par la politique internationale.
Tout le monde avait conscience que ç’avait été une décision volontaire, à chaque fois.
Après tout, il avait eu les moyens de cacher ses traces, à l’époque, alors qu’est-ce qui aurait changé, actuellement ?
Sa loyauté et son aveuglement envers Konoha.
Son chemin avait croisé celui de son père, après sa défection, sans trop savoir si ç’avait été volontaire ou non.
Il s’était attendu à ce qu’il s’insurge. À ce qu’il le renie. Qu’il lui exige des explications ou l’exécute séance tenante.
Mais rien de tout ça.
Sakumo lui avait simplement donné son habituel sourire doux, celui qu’il ne réservait qu’à son fils ou sa femme, et lui avait rappelé de penser à bien manger ses trois repas par jour.
Puis, il avait repris sa route, alors que la grande cape noire aux motifs de nuages rouges claquait autour de Kakashi, sous les bourrasques, alors qu’il se tenait là, abasourdi.
Peut-être était-ce pour ça, pour lui, qu’il refusait de s’abandonner à la facilité et à ses bas-instincts. Nukenin, oui, terroriste, oui, mais avec une ligne de conduite, s’il vous plaît !
C’était sans doute pour ça qu’il frayait si peu avec le reste du groupe, à l’exception de sa tasse de thé hebdomadaire avec Konan et Nagato. Parfois, il s’arrêtait pour parler avec Kisame, qui était plutôt amusant, mais il était bien la seule exception.
Le pire étant Kakuzu qui ne se cachait pas de vouloir toucher sa prime, le forçant à se tenir sur ses gardes, jusqu’à l’épuisement.
Ç’avait donc été des années plutôt solitaires, dans l’ensemble.
Puis, Tobi était entré dans le paysage.
Les informateurs se contentaient de transmettre ce qu’ils savaient puis de se faire payer, et fin.
Mais pas Tobi.
Il avait été une explosion de joie enfantine, hurlant plus qu’il ne parlait, crachant des phrases à cent à l’heure et impossible à tuer.
Même Hidan n’y était pas parvenu.
Mais, si la plupart des membres avait abandonné et s’était contenté de trouver des solutions pour l’éviter au mieux, l’ignorer au pire, jugeant qu’il était à peine moins qu’un inconvénient mineur, un genre de moustique particulièrement virulent mais sans danger, Kakashi n’était pas d’accord.
En effet, Tobi ne retirait jamais son masque – littéral ou figuratif – trébuchait sur ses propres pieds et ne prenait rien au sérieux, proclamant tous les membres d’Akatsuki comme ses « meilleurs amis ☆〜(ゝ。∂) », n’émettait pas la moindre fausse note dans son rôle extravagant.
Mais Kakashi avait fait ses premières armes avec un genin agissant de la même manière. Une tête vide au rire sonore, toujours en retard, d’une maladresse confinant au suicidaire, qui explosait en sanglots bruyants pour une égratignure.
Une tête vide qui avait évolué en un shinobi plus que décent, une force sur laquelle Konoha pouvait compter.
Si Kakashi devait réaliser une comparaison, Tobi était un peu comme son Chidori.
Assourdissant. Aveuglant.
Et terriblement létal.
Enfin, si le nukenin était capable de finaliser son jutsu, il le serait, en tout cas.
Alors, pour ces deux raisons, Kakashi gardait un œil sur Tobi, n’achetant pas sa comédie d’informateur inoffensif. Cependant, ça ne voulait pas dire qu’il devait mal se comporter à son contact.
Et ce fut ainsi qu’il se laissa tenter par la première invitation au salon de thé. Puis la deuxième. La troisième.
Et ainsi de suite.
Bien sûr, comme dit précédemment, le nukenin était ravi d’obtenir ainsi des nouvelles de son ancien entourage, mais il l’était tout autant de simplement bavarder avec son partenaire impromptu, tels deux civils en pause.
Aussi, il avait pu glaner quelques informations, quelques détails.
Comme le fait que, malgré son jeu à l’aise et sans gène, Tobi conservait en réalité une froideur et une distance qui finirent par disparaître au fur et à mesure des invitations. Qu’il était très doué pour se rattraper quand sa langue fourchait.
Et à quel point il était si satisfaisant de glisser juste en-dessous de son rôle, à la frontière entre ses identités, et de l’observer tenter de rattraper la situation en l’empirant.
Ah, et Kakashi se découvrit une tendance sadique suite à ces moments, mais il pouvait gérer ce genre de révélations.
Présentement, il n’y avait (encore) rien de tout ça, juste deux hommes savourant une pause bien méritée, et les douceurs les accompagnant.
— Kashi-kun est si gentil avec Tobi ! S’exclama la voix guillerette. Et il a beaucoup d’amis ! Pourquoi avoir déserté dans ce cas ?
Ah, cette question…
Il l’avait beaucoup entendu, la fuyant et la redoutant. Et, surtout, n’y répondait pas.
Personne ne savait. Personne ne devait savoir.
Évidemment, certains villages ennemis avaient pensé à un subterfuge, à une mission sous couverture, jusqu’à ce que ses meurtres mettent en péril les relations internationales.
Le consensus général était un TSPT qui l’aurait submergé.
Après tout, Konoha avait plus de dix années de paix à son actif, Kakashi n’avait plus perdu personne depuis feue sa mère, et le Yondaime l’avait même sélectionné pour être le parrain de son fils !
Et pourtant, il se trouvait là, à Ame, à partager une table avec un informateur jovial et masqué.
— Maa, quelle importance ? Dévia-t-il. Si je ne l’avais pas fait, je n’aurais jamais pu faire ta connaissance, Tobi-kun.
Aussitôt, le susnommé parut resplendir de joie, sautillant sur sa chaise et se tortillant, tout en déclarant son amour passionnel envers le nukenin, qu’il ne fallait pas dire ça, les gens allaient se méprendre, etc.
Tout le monde y croirait, sans y réfléchir à deux fois.
Mais, là encore, pas lui.
Car lui voyait le léger tremblement dans ses gestes. Il entendait la discrète dissonance dans sa voix…
Et puis, franchement, le village l’avait diplômé à cinq ans après une scolarité éclair, sans parler de ses promotions fulgurantes ni de son poste de capitaine lors de ses années ANBU.
Le pensait-il si stupide, si simple à berner ?
Il savoura une nouvelle gorgée, patientant, et prit la parole une fois son interlocuteur calmé.
— Je suis très sérieux, Tobi-kun. Si je n’avais pas rayé mon hitai-ate, je n’aurais jamais eu besoin d’informateur. Et je n’aurais ainsi jamais pu faire ta connaissance. C’est une réalité un peu triste, tu ne trouves pas ?
C’était là.
La toute petite seconde durant laquelle son vis-à-vis s’était figé, ne sachant pas comment réagir pendant que lui minaudait.
Cette toute petite seconde que Tobi tenta de déguiser sous sa réaction extravagante, de la noyer de sons et de saturer ses sens pour l’étourdir suffisamment pour le convaincre que cette seconde n’était jamais arrivée.
Il le laissa l’enlacer, sans lui rendre l’accolade pour autant, souriant sous son propre masque.
Il avait peut-être à faire à un expert des missions sous couverture, mais ils avaient tous leur faille. Leur faiblesse.
Leur suffisance.
— Il y a quelqu’un dont tu ne m’as pas donné de nouvelle, bouda-t-il faussement.
— Comment ? Tobi est un professionnel ! Il ne fera jamais ça ! Kashi-kun doit se tromper !
Semblant se rendre compte de ce qu’il venait de pérorer, il se recroquevilla aussitôt sur lui-même plaquant les mains sur là où se trouvaient ses joues, sous le matériau.
— Mais Kashi-kun ne se trompe jamais… souffla-t-il comme une vérité absolue. Comment est-ce possible, alors ?
Peu dérangé par ses divagations, le concerné redressa la vaisselle mise à mal par sa dernière prise de parole.
— Tu sembles volontairement ignorer le sujet d’Uchiwa Obito. Ça me rend très triste, tu sais, c’était mon meilleur ami.
Plus meilleur ennemi, durant les premières années. Quand aux suivantes… qui sait…
— Vraiment ?
Et, invariablement, tu couines comme une porte rouillée, quand je le mentionne.
— Vraiment.
Aussitôt, Tobi éclata d’un rire nerveux, agitant ses mains gantées tout en bégayant des excuses.
Tous les deux savaient que les informateurs n’avaient pas une longue carrière. Certains parvenaient à se reconvertir, mais la plupart finissait plutôt entre quatre planches.
(Quand il restait de quoi enterrer.)
Et, parmi ceux travaillant pour Akatsuki, Tobi était celui détenant le record de longévité.
Pas tant pour son efficacité ou la pertinence de ses propos, ni son prix.
Simplement parce que tout le monde savait qu’il était un genre de divertissement pour leur chef, et qu’il se trouvait donc sous sa protection.
Et il était impossible qu’il n’en ait pas conscience.
Donc, présentement, s’ils donnaient l’impression d’un simple duo à l’esthétique peu commune (après, l’esthétique parmi les shinobi…), personne ne pouvait se douter que Tobi dansait dans la main de Kakashi et qu’il était de son ressort, et du sien seulement, de décider quand l’écraser, définitivement.
Pas qu’il ne le ferait, bien sûr, mais où serait le sport de l’en informer ? Il fallait arrêter d’oublier les instincts prédateurs inhérents à son clan…
Après tout, avoir de la viande fraîche dans son assiette était une chose, mais ça n’atteindra jamais la satisfaction de la traquer soi-même…
Décidant qu’il s’était suffisamment amusé à ses dépens, il lui fit signe qu’il pouvait arrêter ses excuses et ses prétextes, l’invitant donc à le renseigner sur les dernières actualités du shinobi.
Alors que Tobi s’exécutait, le nukenin s’accouda paresseusement à la table, appuyant le menton dans sa paume et les yeux mi-clos.
Sentait-il son regard sur lui ? C’était probable. Mais ça ne l’empêcha pas pour poursuivre, alors qu’il l’épiait.
Tobi était un bon informateur. Un trop bon.
Peut-être que les autres membres avaient l’excuse de leur jeune âge, de ne pas avoir été impliqué dans les strates du commandement, de ne pas avoir été formé à la régulière, pour ne pas avoir relevé ces petits détails.
— Je suis ravi de savoir qu’il poursuit toujours ses rêves, conclut le déserteur.
— Tu ne trouves pas ça… ridicule ?
— Si. Mais c’est Obito. Parmi tous ces braillards arrogants, il est bien le seul que je trouve digne du chapeau.
La tasse était vide, la théière froide et il ne restait plus que des pics à brochettes nus. D’un instant à l’autre, ils allaient se lever et partir chacun dans une direction différente, jusqu’à la prochaine fois.
Et Kakashi se trouvait donc face à un dilemme. Suivre le même modèle qu’à l’ordinaire, ou innover ?
— Kashi-kun a une opinion bizarre sur le morveux Uchiwa.
— Tu trouves ? Maa, lui et moi nous connaissions depuis notre scolarité à l’Académie. C’était déjà un idiot à grande bouche et le temps n’a pas corrigé ça. Un chef parfait pour cimenter les futures années de paix.
— Opinion bizarre ! Répéta l’informateur en gloussant.
Une fois de plus, le son était grinçant, clairement involontaire. À croire que Tobi ne partageait pas son avis, de manière plus… personnelle.
— J’aime à croire que je suis bizarre, balaya Kakashi en haussant les épaules.
— C’est sûr ! C’est pas tous les jours qu’un capitaine de l’ANBU renie son village !
Amusé par ses propos effrontés, il se pencha par-dessus la table, un sourire dangereux sous le masque, se réverbérant dans ses yeux gris et tirant sur la cicatrice barrant celui de gauche.
De son côté, Tobi se figea, retenant pratiquement son souffle alors que ses instincts s’allumaient de beaucoup trop de choses, dans une cacophonie assourdissante.
— Dis-moi, tu as l’air bien curieux à ce sujet, plus que d’habitude en tout cas. Les autres ont-ils eu aussi droit à tes questions, ou ai-je un traitement de faveur ?
Tous les deux – et n’importe qui dans les alentours – sentaient le changement d’ambiance se déroulant, passant de décontracté à menaçant.
Les sceaux placés sur les trous du masque l’empêchaient peut-être de voir les yeux se trouvant derrière, mais ce n’était pas nécessaire : il possédait d’autres moyens pour lire l’étrange personnage devant lui.
— Tobi ne faisait que la conversation ! Pépia celui-ci. Tobi s’excuse s’il a dépassé les limites !
L’anxiété contenue dans la réponse était impossible à ignorer.
Paraissant satisfait, Kakashi se recula et retourna à son comportement affable ordinaire.
— Voyons Tobi-kun, pourquoi tu réagis comme si j’allais te faire du mal ? Tu me blesses !
Théâtral, il adopta la posture d’un homme touché en plein cœur, le faisant aussitôt réagir de son habituelle nervosité, alors qu’il s’agitait sur sa chaise, bégayant des excuses et des promesses de sa confiance en Kashi-kun !
Décidant qu’il s’était suffisamment amusé – il ne fallait pas trop abuser des bonnes choses – le nukenin se leva et quitta le salon de thé, sous le remerciement nerveux de la vendeuse et le piétinement des sandales de son partenaire.
— Kashi-kun en veut à Tobi ?
Encore ce ton enfantin.
Nul besoin de se tourner, il avait sûrement imité la posture allant avec interrogation : tête penchée sur le côté, une main gantée portée à la hauteur de sa bouche couverte et l’autre prétendant tirer sur sa cape comme sur l’ourlet d’une robe.
Le décalage entre l’image qu’il voulait renvoyer et celle qu’il affichait réellement était sûrement la meilleure des armes de Tobi.
Et savoir qui se trouvait sous tout ce déguisement le rendait d’autant plus efficace aux yeux de Kakashi.
Leurs pas les avaient mené à l’écart, mais ils restaient toujours à porté de vue des passants. Juste un léger voile d’intimité.
— Voyons, je ne pourrais jamais en vouloir à Tobi-kun !
Il fit volte-face, lui adressant un sourire enjoué, destiné autant à apaiser ses craintes qu’à lui taper sur les nerfs.
Un qu’il avait appris à peaufiner avec le temps, au dam de ses proches et camarades shinobi.
— Alors, pourquoi Kashi-kun a emmené Tobi à l’écart ?
— Maa, c’est toi qui m’as suivi, je n’ai rien fait.
Il savait que l’air innocent ne lui allait pas, malgré tous ses meilleurs efforts, plus jeune… Alors, il avait décidé d’en cultiver le plus agaçant possible.
Ce n’était pas une insulte de clamer que, lorsqu’il n’était pas occupé à supprimer des vies, il aimait jouer avec les nerfs de ceux qui avaient le malheur de croiser son chemin.
(À se demander quelles victimes étaient les plus à plaindre.)
— Ah bon ? Tobi a fait ça ? Tobi a dû mal interpréter…
La voix s’étrangla alors que son propriétaire commençait à reculer, clairement moins confiant qu’en temps normal.
Mais c’était déjà trop tard, et Kakashi n’eut aucune difficulté à avorter sa tentative de fuite, sans jamais perdre le sourire.
Effrayant.
Et que serait-ce s’il retirait son masque…
Lorsqu’il parvint à le bloquer, il se permit de pencher légèrement la tête sur le côté, sans changer d’expression, se grandissant en se redressant totalement.
Ce n’était pas suffisant, Tobi était lui-même grand malgré ce que ses agissements pourraient faire croire, mais il était important de soigner ses mises en scène.
C’est ce que répétait à torts et à travers Deidara, et il commençait à partager son avis.
Lentement, il se pencha à son oreille, sentant ses yeux suivre le mouvement.
— Uchiwa Obito sera le Godaime. Si je dois anéantir tous les autres candidats possibles, non, tout le village, pour l’assurer, alors je le ferai.
Il se recula, juste assez pour pincer le menton couvert de tissu, sous la porcelaine, et tourna le visage vers lui, inconfortablement.
— J’ai déjà appliqué cette menace. Je ne reculerai pas non plus pour celle-là.
Un atroce souvenir revint à Tobi, la chair de poule parcourut son corps en réaction.
Le corps massacré de Danzō, épinglé comme un papillon face à l’entrée du complexe Uchiwa, entouré de bocaux où des Sharingan flottaient paresseusement, et ses sempiternels bandages absents.
L’enquête exigée par le Hokage fila la migraine à tout le département concerné face à l’immensité de la tâche et de tout ce que les agents découvraient au fur et à mesure qu’ils creusaient.
Mais sa haine envers le clan et sa soif de pouvoir fut aisées à dénicher, et il fut tout aussi rapide de comprendre le déclencheur de la mise en scène morbide.
Shimura Danzō était l’obstacle numéro un contre la nomination d’Uchiwa Obito au poste de Hokage.
Et, la personne qui s’en était chargée était contre ce contre. Et fit ainsi passer le message.
— Ka… Kashi-kun a…?
Ce n’était plus qu’un filet de voix, le ton peu sûr et hésitant entre deux profondeurs. Entre deux masques.
Entre deux personnes.
Au lieu de répondre, le nukenin se recula enfin, le lâchant, affichant l’expression d’un chat repus.
D’un loup repus.
— O… Obito ne mérite pas ça, balbutia-t-il. Et s’il ne voulait pas du chapeau ?
Kakashi haussa les épaules, l’air peu concerné.
— Alors, il n’aura qu’à refuser. C’est un grand garçon.
— Mais, si Kashi-kun fait tout ça pour lui… Comment pourrait-il refuser ? C’est beaucoup de pression, pauvre Obito…
Tobi avait baissé la tête, saisissant à deux mains sa cape, les épaules croulant sous un poids invisible.
Son interlocuteur, lui, se contenta de l’observer, sans perdre son sourire ni son air amusé.
— Mais, il ne sera pas seul, assura-t-il alors, d’un ton mystérieux.
Se rapprochant de nouveau, il glissa les mains le long du tissu noir, calant les paumes contre l’os de la mâchoire, obligeant l’informateur à ne voir que lui et bloquant tout mouvement de sa part.
— Vois-tu, petit Tobi, il y a une maxime avec laquelle j’ai grandi. Une maxime qui est celle de mon père, et qui est aussi celle d’Obito.
« Dans le monde shinobi, ceux qui ne respectent pas les règles et transgressent les lois sont considérés comme des moins que rien. »
— J’ai grandi en la répétant tellement de fois qu’elle fait partie de moi, maintenant, au même titre que mon chakra ou mon sang. C’est ce qui m’anime, bien plus que les ordres de n’importe quel Kage dans cette vie…
« Mais ceux qui ne pensent pas à leurs compagnons sont encore pires. »
— Je vais te répondre, petit Tobi. J’ai quitté Konoha et ses mensonges pour m’assurer qu’Obito ait la vie qu’il mérite. La meilleure qui soit.
Une lueur étrange animait ses yeux gris et Tobi déglutit difficilement, autant par la faute de la prise sur lui que sa gorge s’étant resserrée.
Mais Kakashi n’en avait pas fini. Ni avec lui, ni avec les explications.
Il se pencha à nouveau, utilisant un doigt pour abaisser son masque et prendre une profonde inspiration, ne cherchant pas à la camoufler.
Il lui refit face, visage à nu, l’air apaisé.
Lentement, avec un putain de sens du spectacle, il sourit, les lèvres se courbant petit à petit, dévoilant une dentition n’ayant strictement rien à voir avec celle humaine. Pas même à Kiri.
Tobi déglutit de nouveau, la peur s’infiltrant jusque dans ses os. Hatake Kakashi, la Griffe Blanche, n’était pas connu pour ses menaces. C’était toujours des promesses à plus ou moins courtes échéances.
Malgré lui, il ferma les yeux, persuadé que sa vie allait se faire avec ces crochets de boucher enfoncés dans la peau tendre de sa gorge.
Ou n’importe où d’autre lui plaisant.
Mais ce ne fut pas ce qui arriva.
Non.
Au lieu de ça, Kakashi retira doucement l’espèce de cagoule noire couvrant le crâne, le menton et la gorge, là où le masque n’allait pas, s’assurant de dissimuler complètement son identité.
— Tu connais mon père, n’est-ce pas Tobi-kun ? Fredonna le nukenin. Bien sûr que tu le connais, au vu de toutes les informations que tu me transmets… Comme si vous partagiez la même table une fois par semaine…
L’élastique du masque ne fut déplacé qu’au profit de la cagoule, ne dévoilant que des mèches noires ébouriffées et une peau mâte.
Kakashi se pencha afin de prendre une profonde inspiration, de nouveau.
— Délicieux, soupira-t-il de plaisir.
Il frotta le bout du nez contre la peau dévoilée, puis revint.
— As-tu mentionné ta mission à mon père, petit Tobi ?
Incapable de prononcer le moindre son, il secoua la tête autant qu’il le pouvait. Il n’essaya pas non plus de le corriger à la mention de mission.
Le sourire devint carnassier, en réaction.
— Quel dommage pour toi. Si tu l’avais fait… Les choses auraient pu être si différentes…
Libérant une main, il la promena sur la porcelaine, suivant la spirale du bout des doigts, comme pensivement.
— Tu as dû te sentir si puissant, penser que j’achetais tes mensonges, ton illusion…
Oui. Un peu.
— Mais je n’ai jamais été dupe, petit Tobi.
Il se saisit du bord du masque mais s’arrêta dans son geste. Faisant durer le suspense et augmenta le rythme cardiaque du cobaye malheureux.
— Vois-tu, si tu en avais parlé avec mon père…
Les espèces de crocs jaillissaient par intermittence, au rythme des mots, hypnotisant le shinobi qui les surveillait attentivement.
Il était évident que leur porteur n’avait pas appris à le cacher, à les atténuer, se reposant sur son éternel masque. Ce n’était donc pas un spectacle volontaire, juste Kakashi s’exprimant sans artifice.
— Nous autres Hatake possédons ce que vous appelez des « traits animaliers ».
La porcelaine fut légèrement écartée de la peau, mais pas totalement.
Putain de frimeur.
— Et tous les jutsu, tous les henge, tous les masques et déguisements du monde ne peuvent pas tenir la distance face à eux.
La caresse froide du nez contre sa gorge puis son oreille le prit par surprise, mais pas autant que le retrait définitif de la porcelaine de son visage, ou le murmure à son oreille :
— As-tu vraiment cru que je ne te reconnaîtrais pas, Obito ?
Un profond vertige le traversa et le susnommé se serait sans doute écroulé au sol sans la prise ferme de Kakashi. Il l’étreignit délicatement, changeant d’attitude pour quelque chose de doux, un volte-face complet.
— Serais-tu en train de tomber sous mon charme ? Plaisanta-t-il.
— C… comment ? Parvint-il à articuler.
Si le nukenin tenta un sourire séducteur, ce fut un échec de par sa dentition.
— Depuis quand es-tu au courant ? Haleta Obito.
— J’ai eu des doutes assez rapidement, balaya-t-il d’un mouvement d’épaules. C’était simple de les étayer.
Il indiqua son nez comme explication.
— Espèce de…
La tête lui tournait toujours, sans savoir si c’était dû à de l’adrénaline ou aux révélations.
Des mois de préparations minutieuses, de formations rébarbatives… ruinées par l’odorat sur-développé d’un des clans fondateurs de Konoha.
Mais quel con.
Lointainement, il revit le sourire amusé et mystérieux de Sakumo, à chaque fois qu’il se soustrayait à leur dîner hebdomadaire, au profit de cette infiltration.
Ce vieux loup était parfaitement au courant…
— Kashi, bégaya-t-il. Reviens… Rentre à Kohona avec moi… Je parlerais au Conseil, à Minato-senseï…
Mais il s’interrompit sous la pression d’un doigt contre sa bouche, avant que celui-ci ne glisse contre les lèvres, le menton, puis le reste du visage. Une simple caresse qui en disait bien trop long sur les sentiments de l’héritier de clan à son égard.
— Je ne rentrerai pas, déclara ce dernier. Pas maintenant. J’ai encore des grandes – et des petites – choses à accomplir. Ton chemin contient encore tellement d’obstacles… Je ne puis le tolérer.
Malgré lui, l’Uchiwa se sentit rougir face à la déclaration implicite.
— Je ne veux plus être Hokage, admit-il. Rentre, s’il te plaît. Prends le chapeau à ma place si tu le souhaites, mais je n’en veux pas. Je n’en veux plus.
Il vacilla alors que Kakashi retira son autre main, avant qu’il ne la glisse autour de sa taille, le redressant et les rapprochant.
— Tu seras le Hokage, déclara-t-il sans le moindre doute. Et tu seras le plus grand de tous.
— Comment peux-tu être si sûr de toi ?
Malgré lui, la voix d’Obito s’étranglait, seul un filet s’échappait de sa bouche. Il aurait sans doute pu s’écarter, s’éloigner et ses attentions, établir une distance entre eux, mais non seulement ça ne lui vint pas à l’esprit, mais il ne s’en sentait pas la force.
Il avait aussi terriblement besoin de sa réponse.
Le départ de son ami avait été brutal et sans signe avant-coureur, et les jours le suivant furent rempli d’une tension atroce où tout le monde soupçonnait tout le monde, soit de vouloir l’imiter, soit d’être la raison de son départ.
Ce fut pour ces raisons – et d’autres – qu’il se porta volontaire pour cette mission d’infiltration, persuadé qu’avec les années, Kakashi ne pourrait pas voir à travers le masque.
Et bien, il n’avait pas eu complètement tort, si c’était son odeur corporelle qui l’avait trahi.
Il s’agrippa à lui, sans trop savoir si c’était pour ne pas s’effondrer au sol ou pour simplement le toucher, malgré ses gants.
Le souffle de Kakashi revint sur son visage et il frissonna sous l’intensité de son regard.
— Parce que tu es toi, Obito. Tu es parfaitement imparfait, de la meilleure manière qui soit.
Étreint comme il l’était, le shinobi ne pouvait que ressentir ce que lui faisait son vieil ami, ce qui paraissait plaire à celui-ci.
— Tu sauras réparer le système et amener le monde à sa perfection. Et je te préparerai le chemin, avec attention et dévotion.
La lueur se renforçait de plus en plus avec le temps, suffisamment pour qu’Obito se rende compte de ce que c’était : le signe que Kakashi avait totalement perdu la raison.
Et il douterait franchement d’être capable de la lui retrouver, tandis que les mains sur lui commençaient à se mouvoir par-dessus ses habits, en caresses révérencieuses.
— Ils ne pourront que s’incliner devant toi, une fois que j’en aurais fini. Tu seras leur sauveur, leur guide…
Un baiser fut pressé contre la commissure de ses lèvres, mais il resta plongé dans le regard brûlant et enfiévré.
— Tu seras leur maître.

