Couple : Kakashi Hatake x Obito Uchiwa

Genres : Tranche de vie – Humour / One-shot

Rating : +8

Résumé : Il pouvait y avoir pire qu’un village plein de shinobi. Il pouvait y avoir un village plein de shinobi… qui s’ennuient.

Bonne lecture !


Asuma fumait tranquillement devant le bureau des missions lorsqu’il fut rejoint par Genma qui s’adossa au mur, à ses côtés.

Ils se saluèrent rapidement, les yeux rivés sur le même spectacle devant eux, hypnotisés.

Autour d’eux, le village poursuivait sa journée, mais pour eux, le temps suspendait son vol.

Iruka les rejoignit à la fin de son quart, complètement épuisé, mais parut requinqué face à la vision.

— Ça fait combien de temps ? Souffla-t-il.

— Une bonne heure, le renseigna Asuma. Ils en seraient presque mignons, hein ?

Les deux shinobi ricanèrent à l’épithète, qui devait se trouver à mille lieues d’un Obito vociférant auprès de ses genin pas en reste, sous la contemplation discrète d’un Kakashi sur les toits.

— On se rejoint à quelle heure, demain ? S’enquit le fumeur.

— Vingt heures. J’apporterai la caisse.

— Ces paris vont me mettre à sec, mais je finirai tellement riche à la fin ! Se permit de rêver Iruka.

— Comme si, renifla le jōnin. J’ai hâte de tous vous plumer.

Ne participant pas, étant celui chargé de garder une trace desdits paris, Genma se contenta de ricaner, les dents serrés sur son senbon.

— Je me suis jamais autant marré à tenir l’historique des mises que depuis qu’on a commencé ça. J’ai limite envie qu’ils continuent.

Cet avis n’était clairement pas partagé, au vu des grimaces de ses amis qui pensaient à tout ce qu’ils avaient déjà avancé, au fur et à mesure que leurs esprits s’échauffaient.

— Bon, je rentre avant de m’écrouler, bailla Iruka. À demain !

Ils le saluèrent, toujours concentrés sur leur distraction.

Obito Uchiwa était un désordre sanglotant, au bout de la table, trop enfoncé dans son ivresse pour prêter attention au reste de la tablée, alors que celle-ci échangeait des sourires entendus, impatient, pendant que Genma descellait de son rouleau son livre de compte.

En tant que bookmarker officieux, le tokujō était respecté de ses pairs pour sa fiabilité, son impartialité et ses comptes minutieux. Quand il s’agissait de paris un peu stupides, comme ceux qui les concernaient actuellement, ils s’étaient donc naturellement tournés vers lui.

Ça, et c’était une pure commère, il aurait fini par le savoir.

Les shinobi trépignaient pratiquement pendant que leur camarade vérifiait les notes précédentes avant, enfin, de tracer un long trait pour séparer les anciennes mises des nouvelles.

— Très bien. Passons à l’échauffement, messieurs, déclara-t-il.

Il rappela rapidement chaque intitulé et les positions de chacun.

C’était long et ça ne faisait qu’empirer, mais ils prirent leur mal en patience, vérifiant périodiquement que l’ivrogne était toujours dans son petit monde et que l’autre protagoniste n’était pas quelque part, en embuscade.

Pas que Kakashi soit suffisamment sociable pour traîner au bar, un vendredi soir, sans raison.

Et comme tous ses amis étaient ici…

— J’arrive pas à croire que le Yondaime et son épouse participent, murmure Tokara.

— Les senseï et leur équipe de genin, répondit platement Asuma. Regarde mon père et les Sanin. Ils ont plus l’air d’être ses enfants que mon frère et moi.

L’ambiance aurait pu s’alourdir s’ils ignoraient à quel point leur ami était détendu à ce sujet.

Il y avait plus important que les pères démissionnaires, présentement.

— Puisque c’est bon pour tout le monde, passons à la suite, les recentra le bookmarker. Ebisu, la date que tu as fixé est dépassée.

Cette fois, des grognements et autres plaintes s’élevèrent, de la part de ceux qui avaient été trop optimistes sur les futurs tourtereaux, persuadés que leur attirance mutuelle serait plus forte que leur rivalité, ou peu importe la raison pour laquelle ils continuaient de se tourner autour, comme un chien après sa queue.

— Je vote pour qu’on les enferme dans la même pièce et qu’on perde la clé, grommela Raidō.

Ses voisins se tournèrent vers lui, à divers degrés de scepticisme et d’incrédulité.

— Tu proposes cette solution pour M. Kamui, juste ici ?

Le concerné pleurnicha plus fort, comme s’il avait compris qu’on parlait de lui.

— Avec Kakashi ?

La stupidité le frappa enfin et il croisa les bras, boudeur.

— Ce n’est pas parce que ça a fonctionné avec Hayate et Yūgao que c’est une solution universelle ! Pouffa Izumo.

Le concerné ouvrit la bouche pour répliquer mais décida finalement de la clore. Lui et sa petite amie avaient été les sujets des paris avant, il était mal placé pour prendre la parole.

— Sans compter, les rappela à l’ordre Genma, que ce serait forcer le destin. Et c’est ce qui vous a tous fait perdre la dernière fois.

Les concernés grimacèrent au mauvais souvenir.

L’actuel garde du Hokage était strict et ne s’était laissé ni intimider ni persuader, empochant les mises de tous ceux ayant participé à l’enfermement des deux shinobi.

Un bon moyen de leur apprendre la leçon. Et de s’enrichir sans effort par la même occasion.

De nouveaux paris furent ajoutés aux précédents, les ryō convergeant vers Genma qui les retranscrivait fidèlement puis les faisait disparaître dans le rouleau d’invocation dédié à cette tâche.

Une fois fini, il fit tout disparaître, Asuma fit signe pour une nouvelle tournée et Gaï remplaça la bière d’Obito pour de l’eau, l’efforçant à s’en imbiber le temps qu’ils restèrent ensemble, avant de le raccompagner, serviable comme toujours.

En chemin, il croisa son vieil ami et rival qu’il salua d’un énergique geste de bras mais sans un mot, par respect pour l’heure tardive.

Ils n’échangèrent pas un mot, mais le jōnin ne fut pas surpris qu’il lui emboîte le pas, ombre silencieuse veillant sur son coéquipier assommé par sa consommation d’alcool.

Et si Kakashi resta dans l’appartement du soûlard quand lui partit, ce n’était pas lui qui allait y redire quelque chose, non ?

Du groupe de parieurs, Gaï ne s’estimait pas mieux loti que les autres, de par sa relation avec l’ANBU – oui, il le savait – et prenait tout ça pour une activité amusante, enthousiaste à l’idée du rapprochement de ces deux âmes vibrantes de la Force de la jeunesse.

Bien sûr qu’il trépignait d’envie de le bousculer un peu, mais pas tant pour le frisson de remporter les gains que pour la joie toute virile de voir son meilleur rival et son coéquipier batifoler dans les verts pâturages de l’amour !

Tout comme la danse entre Yūgao et Hayate, le petit groupe d’amis s’était rendu compte que les deux idiots étaient intéressés l’un par l’autre, tout en s’interdisant de l’avouer au concerné.

Ils avaient fait ce qu’ils avaient pu, leur parlant, les encourageant, créant des occasions pour eux de traîner ensemble ou de se déclarer.

Une fois la certitude qu’ils se trouvaient avec deux nouvelles têtes de pioches, Genma ressortit son livre de compte et les paris fusèrent.

Ils étaient incapables de voir ce qui crevait les yeux ? Tant pis pour eux, eux avaient bien l’intention de se faire de l’argent sur le dos et, avec un peu de chance, il restera au moins encore l’un d’entre eux quand ils parviendront à se bouger les miches !

Bien sûr, ils étaient incapables de rester totalement contemplatifs et il n’était pas rare qu’ils tâtent le terrain, demandant à l’un ou l’autre son avis sur son ex-coéquipier, glanant une quelconque avancée ou prise de conscience.

Autant dire qu’ils étaient pratiquement plus frustrés que le duo de crétins en constatant qu’il n’y avait aucun progrès, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Ils s’étaient promis de s’offrir la plus grande murge de l’Histoire de Konoha avec les gains, une fois l’affaire entre les deux shinobi conclue. Ils embarquèrent même Sakumo et le Yondaime pour l’occasion, tiens !

Iruka soupira un peu fort, attirant l’attention d’Izumo à ses côtés, qui lui jeta un regard en coin.

— Un problème ?

Le bureau des missions était pratiquement vide, les encourageant à discuter pour passer le temps.

— Rien, marmonna-t-il un instant.

Il feuilleta les rapports rendus pour s’occuper les mains, avant de les repousser un peu trop, mais son voisin préféra attendre qu’il craque, plutôt que de commenter.

— Je ne comprends pas, déclara-t-il tout à trac.

— Tu m’en diras tant.

Lui jouait avec le tampon, peu inquiété à l’idée de l’abîmer au passage.

Ce vieux truc en avait vu d’autre et il en verrait sûrement d’autres après lui.

Mais il s’en arracha, alors que son collègue fit un mouvement de bras en direction d’Obito et Kakashi dont la proximité était plus dû à des années à travailler ensemble qu’à l’intimité attendue par leurs comptes en banque.

— Ils s’aiment mais sont persuadés que ce n’est pas partagé. De quoi ont-ils si peur ? Ils affrontent la mort presque toutes les semaines, ne me dis pas qu’une petite confession de rien du tout est plus effrayante qu’une mission de rang S ?

— Ça doit l’être moins que lire les pattes de mouches d’Obito, en tout cas, marmonna son ami en plissant les yeux sur le rapport rendu précédemment.

Ne partageant pas la blague, Iruka le fixa de l’un de ses célèbres regards mornes.

— C’est quoi le problème ? Soupira Izumo. Le vrai, cette fois.

Soudain plus timide, il s’affala sur lui-même, et joua avec ses doigts, rosissant.

— Je veux me trouver quelqu’un, être en couple et tout. Mais… j’ai personne et je n’intéresse personne.

Il finit par s’accouder à la table, appuyant son visage contre ses paumes, voulant éviter le regard de son ami.

— Et tu as ces deux-là, qui s’aiment l’un l’autre mais qui préfèrent perdre un temps précieux à se voiler la face !

— T’es jaloux.

L’observation plate et évidente d’Izumo le fit sursauter, autant parce qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il prenne la parole et encore moins pour dire ça.

— N… non, balbutia-t-il.

Mais il abandonna quand il lui fit face.

— Bon, okay, je suis peut-être un peu jaloux. Un tout petit peu, reconnut-il du bout des lèvres.

Satisfait, le chūnin replaça le formulaire devant lui, souriant.

— Parfait. On va te trouver quelqu’un, fais-nous confiance.

Mortifié, le jeune enseignant regretta instantanément sa confession. Connaissant ses amis, soit ils allaient lui trouver la perle rare, soit le piéger dans une situation humiliante, juste pour le plaisir de le voir perdre contenance.

— Et on verra bien si tu t’en sortiras mieux que nos deux idiots.

Obito venait de s’appuyer contre son ami, le menton dans l’épaule, afin d’espionner ce qu’il lisait – Icha-Icha, sans surprise – le corps pratiquement collé à l’autre, tout en lui parlant, au vu du mouvement de ses lèvres.

Kakashi n’eut aucune réaction visible, tournant simplement la page, sans chercher à s’éloigner ou à le déplacer.

La même étincelle de jalousie traversa les deux shinobi.

Gaï revenait de sa journée avec ses élèves lorsqu’il reconnut le dos de son rival au stand d’Ichiraku.

Il avait l’intention de le rejoindre, comme toujours, ne sachant pas encore s’il allait lui vanter la force de la jeunesse chez ses protégés, le défier comme à l’ordinaire, ou juste manger un ramen en bonne compagnie.

Mais Kakashi n’était pas seul.

Il s’en rendit heureusement compte juste avant de le saluer bruyamment, se figeant sous la surprise, avant de se réfugier dans le coin le plus discret, faisant signer à Teuchi et Ayame de faire comme s’il n’était pas là, et ouvrant grand ses oreilles.

Mais, une fois de plus, une fois désespérée de plus, Obito et Kakashi traînaient ensemble par la force de l’habitude, et non pour des raisons sentimentales.

Que c’était rageant et frustrant, et terriblement encourageant pour leurs jeunes âmes !

Ne pouvant troubler leur dîner, il quitta l’échoppe et alla plutôt chuchoter sa découverte à Asuma qui soupira en secouant la tête, de désespoir.

Parmi les rangs ANBU aussi, l’argent changeait de mains.

Bien sûr, personne n’était sensé savoir qui se cachait sous les masques, mais le jeune âge de Kakashi à son arrivée et les caractéristiques du Mangekyō d’Obito – qui avait quitté leur rang il y a quelques années – vendaient leur identité plus encore que s’ils s’étaient avancés visages nus.

Enfin, sauf pour le Hatake.

Et, au fond, tout le monde connaissait tout le monde, ce n’était que pour le décorum.

Là encore, le cahier et le parchemin de Genma se remplissaient, sous les propositions, des plus basiques aux plus absurdes.

Contrairement aux rumeurs, les membres de l’ANBU ne passaient pas leur temps sur des missions d’assassinats super secrètes et mystérieuses, sinon la moitié du monde shinobi serait éteint.

C’était des soldats d’élites, certes, qui passaient leur entraînement à se perfectionner, polissant à l’extrême les armes qu’ils étaient, mais en vérité, les missions ne se bousculaient pas à la porte, surtout après presque dix ans de paix.

Alors, ils s’ennuyaient.

Et, quand on s’ennuie et qu’on est une force létale, il était très important de trouver de quoi s’occuper.

Comme parier sur les mises en couple de leurs collègues.

Eux aussi avaient participé lorsque Yūgao et Hayate étaient trop occupés à contempler leurs lunes respectives pour se considérer. Alors, le plus jeune capitaine de leur organisation avec l’Uchiwa au dōjutsu le plus puissant ?

Le potentiel de chaos était si alléchant que beaucoup avait cassé leur tirelire pour l’occasion.

Aussi aiguisé et attentif que pouvait l’être Kakashi, il traversait les couloirs, perdu dans ses pensées, ne prêtant jamais attention aux chuchotements de ses collègues qui s’assuraient de ne jamais user de noms propres pour ne pas attirer son attention.

Qu’il était bon de s’amuser du capitaine, pour son bien !

Pas en reste, Yamato avait aussi mis la main à la poche, secondé par Itachi et Shisui, bien que pas pour le même « camp ».

Ils avaient beau être frères d’arme, le clan passait avant, et les cousins avaient bien l’intention de miser sur Obito réalisant le premier pas ou prenant les choses en main, peu importe en quoi consistaient lesdites choses.

L’ancien agent de la ROOT, lui, plaçait tous ses espoirs – et ses économies – dans son supérieur et modèle, persuadé qu’il sera la voix de la raison dans leur relation et perdra patience le premier.

Il avait appris de première main ô combien Inu pouvait s’énerver lorsque les gens ne comprenaient pas quelque chose de simple – à ses yeux. Alors, ses sentiments qu’il portait pratiquement en bandoulière…

Soit Obito allait finir frappé par la flèche de l’amour, soit par le tantō du capitaine.

Les deux étaient étaient aussi possibles, notez.

Toujours est-il que les trois ANBU se disputaient à voix basse – Kakashi pourrait déchiffrer leurs signes de main – sur lequel des deux hommes sera le gagnant de chaque pari.

Il y en avait même un sur le côté occupé du lit, ainsi qu’un autre sur qui emménagera chez l’autre, si Hatake adoptera un vrai chien par la même occasion, si Obito allait devenir le Cinquième Hokage et son futur petit ami le commandant ANBU…

Bref, pas beaucoup de missions ces derniers mois…

D’ordinaire, les trois ANBU auraient ardemment refusé de participer à quelque chose d’aussi trivial, mais…

L’ennui n’était pas une raison suffisante.

Yamato avait été (trop de fois) le confident du capitaine au sujet de son intérêt pour l’Uchiwa. Se faire de l’argent dessus était aussi bien pour rentabiliser tout ce temps bénévole, en plus de pouvoir avoir des informations que les autres n’ont pas.

Itachi et Shisui, de leur côté, le faisaient surtout par esprit de compétition. Le léger frisson de réaliser quelque chose d’inconvenant plaisait beaucoup à l’héritier, et son cousin était juste une commère qui aimait fourrer son nez dans les affaires des autres.

Alors, Obito, rejeté pendant des années avant de devenir un modèle suite à l’éveil de son Mangekyō Sharingan

Il n’avait pas été dur à convaincre !

Puis, il fallait aussi l’avouer, les sentiments que tous les trois nourrissaient pour leur supérieur hiérarchique les motivaient plus encore à s’intéresser à cette affaire.

Ils n’avaient aucune chance, alors ils pouvaient bien s’assurer que le capitaine finisse avec quelqu’un de bien !

Et donc, ils se réunissaient pour débattre sur ces sujets, épiant le concerné le plus discrètement possible, impatients de l’aboutissement de ces colonnes de chiffres, autant pour la récupération des gains, savoir qui avait raison depuis le début sur divers sujets, que pour admirer Kakashi convoler en juste noces avec son soupirant.

À défaut de vivre l’expérience par eux-mêmes, ils pourraient le faire par leur intermédiaire.

Par contre, il serait temps qu’ils agissent !

Ou qu’ils aient des missions…

Dans l’intimité de sa chambre – bien qu’elle se trouvait dans la caserne, avec les autres shinobi et kunoïchi – Genma vérifiait le cahier où il avait noté chaque pari, amusé par l’absurdité de certains (« Obito se confesse sous la pluie »), grimaçant sous l’immaturité d’autres (« le premier qui reviendra en boitant ») et soupirait sur bien d’autres encore…

Il y avait un peu honte de travailler dans le dos de ses amis, et plus encore de se faire l’argent dessus, mais en même temps… Il s’était contenté d’apercevoir une opportunité et de s’en saisir. Était-ce si mal ?

Si les deux zigotos s’étaient bougés les fesses plus tôt, il ne serait pas là, noircissant des pages sur des scenarii probables ou grotesques au sujet de leur (future) vie en couple !

D’ailleurs, il devait réclamer une compensation financière, une fois que tout ça serait fini, pour son esprit maltraité par les propositions les plus intrusives qu’il avait dû écouter !

Les réunions de chefs de clans n’avaient de pompeux que le nom.

Bien sûr, le protocole était respecté et les salutations étaient réalisées avec vigueur.

Mais l’ambiance se réchauffait bien vite, surtout depuis qu’une partie des dirigeants actuels était issue de la même génération et avait donc été camarades à l’Académie et bien souvent coéquipiers sur le terrain.

Il n’était pas rare que l’alcool soit servi après les affaires les plus importantes et que tout le monde se relâche un peu. Il arrivait aussi que des souvenirs honteux remonte à la surface – comme la fois où Shikaku avait embrassé Hizashi, le prenant pour une fille – et que de nouveaux se créent grâce aux commérages.

Sakumo aimait beaucoup ce genre de réunions, à son corps défendant, mais il s’était fait la promesse que, lui vivant, Kakashi n’y assistera jamais. Histoire d’avoir encore (un peu) de respect de sa part.

Il n’avait pas particulièrement honte de sa… jeunesse agitée, il estimait juste que ça ne regardait pas son fils. Surtout quand il s’agissait des actuels dirigeants de clans puissants.

— Comment va ton fils ? L’interrogea une Tsume bien éméchée. Depuis qu’il a rejoint l’ANBU, j’ai l’impression qu’il a disparu de la surface du monde.

— Il fait son petit bonhomme de chemin, lui sourit-il. Je suis fier de lui et de ses accomplissements, bien sûr, mais j’ai l’impression qu’il en oublie de vivre.

— Tout le monde ne peut pas avoir couché avec la moitié des shinobi du village, rit-elle bruyamment.

Elle lui claque violemment le dos mais il ne cilla pas, s’y attendant.

La cheffe des Inuzuka avait bien pris de feue sa cousine, mais elle ne sera jamais à la hauteur du modèle.

C’est ce qui l’avait tant attiré chez son épouse.

Il rit en chœur avec elle avec elle de ses frasques juvéniles.

— Je ne parlais pas de ça, mais Kakashi fait bien ce qu’il veut, de ce côté-là.

Le saké qu’on servait était bon mais ne valait clairement pas l’hydromel familial.

Il en but une gorgée, pensif, avant d’aborder Fugaku qui portait sur eux le même œil noir qu’à l’ordinaire.

— Que penses-tu d’une alliance entre nos deux familles ?

Aussitôt l’Uchiwa réagit tel un chat, sautant sur ses pieds, prêt à se battre et le poil hérissé.

Pas la meilleure réaction face à un clan de loups, mais Sakumo était suffisamment détendu pour ne pas l’imiter.

Ce serait contre-productif, et n’étaient-ils pas tous bien installés, là ? Shikaku était appuyé contre son dos, comme à l’époque où il n’était qu’un genin épuisé, Tsume lui braillant à l’oreille pendant qu’Inoichi se tenait de l’autre côté.

Normalement, Chōza était avec eux mais il était présentement occupé à batailler avec Asuma sur il-ne-savait-quoi.

— Nos… familles ? Répéta Fugaku, clairement sur la défensive. Tu as des vues sur Itachi ?

Le temps de se remémorer de qui il parlait fut la seule raison pour laquelle il tarda à grimacer de révulsion.

Heureusement, il n’eut pas à laver son honneur, les autres s’en chargèrent à sa place, faisant rapidement tomber de son piédestal le chef de la police de Konoha.

— Je suis peut-être veuf, reprit le Croc Blanc, mais je resterai à jamais fidèle à mon épouse, Fugaku. Sans parler de piocher dans beaucoup trop jeune pour moi. Je voulais parler de Kakashi.

— Avec Itachi ? Répéta-t-il.

Il était moins suspicieux mais était clairement réprobateur. Huit ans d’écart n’était pas énorme dans leur société, mais Itachi était l’héritier du clan, au même titre que l’était Kakashi pour le sien. Dans les faits, son fils devrait alors quitter la famille pour celle de son époux et eux devraient former Sasuke en urgence…

Ignorant où allaient ses pensées, son interlocuteur fronça les sourcils.

— Encore Itachi ? Fugaku, as-tu un souci avec ton aîné ?

— Sasuke, alors ? Glapit-il d’effroi.

Les autres chefs de clan échangèrent des regards inquiets mais Sakumo se contenta de froncer plus encore les sourcils.

— Obito. Je te parle d’Obito. Pourquoi mon fils serait intéressé par les tiens, pour un mariage ?

Le cercle social restreint de son enfant était un autre de ses soucis, mais au moins savait-il vers qui se tournait ses sentiments.

(Ses parents à lui avaient lâché l’affaire assez rapidement.)

— Tout le monde sait pour ces deux imbéciles, gloussa Tsume. Sauf Fugaku, on dirait !

Il fut gentiment charrié par ses comparses mais il ne les écoutait pas, ses méninges travaillant à toute vitesse pour faire le tour des avantages et désavantages d’accepter cette union.

— Obito est un de nos meilleurs éléments, finit-il par déclarer. J’ai bien peur de devoir refuser. Il lui faut un mariage où il concevra des héritiers.

Si le chef des Uchiwa s’était attendu à une réaction violente, peut-être des injures, il fut déstabilisé par le haussement d’épaules de son vis-à-vis.

— Si c’est ta seule mention de refus, laisse-leur du temps et tu auras toute une portée à faire sauter sur tes genoux.

Il paraissait si… sûr de lui que Fugaku le crut sur parole.

Et ce fut seulement une fois chez lui qu’il se rendit compte qu’il lui manquait une information.

Ou plusieurs.

Croisant son aîné dans le couloir, il l’arrêta, soucieux.

— Dis-moi, Itachi. Que penses-tu de Kakashi et Obito ?

— Que s’ils se déclarent enfin avant le mois prochain, on sera les trois gagnants. Qu’ils prennent leur temps, mais pas trop non plus.

Encore un haussement d’épaules cryptique.

— Je devrais peut-être réfléchir à un cadeau de mariage, au vu de tout l’argent qu’ils vont me rapporter…

Et, sur ces mots, il salua son père et rejoignit sa chambre, pensif.

Fugaku comprenait de moins en moins ce qu’il se passait.

Mais, du coup, devrait-il encourager cette union ?

L’équipe sept se trouvait actuellement sur leur habituel terrain d’entraînement. Les examens chūnin étaient pour bientôt, du coup leur senseï avait augmenté les exercices et les poussait toujours plus fort, toujours plus loin.

Épuisé et profitant d’une pause bien méritée, Naruto s’affala au sol, haletant, les yeux tournés vers la cime des arbres.

Semblant apercevoir quelque chose, il plissa les yeux, curieux.

En tant que fils de Hokage, il avait grandi entouré d’ANBU, les repérer était devenu une seconde nature, bien que ce n’était rien de précis. Ces shinobi étaient surentraînés et il restait un genin, mais il avait un genre de septième sens l’alarmant de leurs présences et de leur localisation approximative.

Une fois sûr des maigres informations qu’il avait, il se redressa partiellement, portant une main à sa bouche pour amplifier sa voix :

— Hé, Obito-senseï ! Y a ton petit ami qui joue encore les pervers !

Mais le temps que le jōnin tourne un visage cramoisi, la branche était vide, vibrant encore sous le départ précipité.

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