Sicktember 2022

Sicktember 2022 – Nuit(s) blanche(s) 27/30

— C’est la merde, c’est la merde, c’est la merde…

— Mais non, mais non, mais non.

Depuis pratiquement… une heure ? Deux ? Dix ? Lavio s’agitait dans tous les sens, à peine apaisé par Link qui n’était pas très serein non plus.

Demain, ils célébraient leur union et tout devait être parfait. Et ce n’était pas eux qui disaient ça, mais Zelda, avec un rien de menace dans ses yeux.

Pour l’occasion, le Sanctuaire avait eut droit à un petit coup de frais et rien que pour ça, le prêtre aurait pu leur baiser les pieds. Le bâtiment était loin d’être en ruine, mais le confort était assez spartiate et le soleil peinait à y darder ses rayons. Pressés par le temps, ils avaient dû se résoudre à des travaux superficiels mais la reine avait promis d’allouer un budget pour après la cérémonie.

Une fois tous les deux remis de leurs bronchites, le couple avait dû enchaîner les préparatifs, dont les essayages des tenues qui avaient pris des jours, essentiellement par la faute du prince qui semblait juste incapable de se tenir tranquille et qui avait dû, en plus, batailler ferme pour ne pas avoir à porter le costume traditionnel mais une version modifiée afin de ne pas avoir à s’encombrer d’un pantalon.

Lavio avait déjà eu des doutes à l’époque où il s’était occupé de lui suite à des blessures ou une maladie, mais il avait pu avoir la confirmation : son fiancé se baladait avec juste son sous-vêtement sous son gambison.

À l’heure actuelle, il ignorait toujours comment réagir à cette information. Devait-il se sentir émoustillé ou affligé ? Le jury délibérait encore.

N’ayant personne à inviter, Lavio avait laissé aux jumeaux le loisir d’établir la liste des invités, qui se conclut par convier toutes les personnes disponibles en Hyrule. Malgré le déroulé de sa première quête, Link restait le sauveur du royaume, en plus d’en être le prince, il était donc impensable que les festivités soient tenues en comité restreint, à leur grand désarroi.

Ni l’un ni l’autre ne raffolait de la foule, et Link était resté de mauvaise humeur un long moment à cette nouvelle, arguant que c’était avec son fiancé qu’il se mariait, pas avec le peuple, merci bien. Mais ils n’avaient eu d’autres choix que de laisser faire, cette décision leur étant retirée des mains par l’autorité royale.

Une fois les habits fabriqués et attendant le grand jour dans les appartements princiers, ils eurent d’autres occupations.

Que ce soit le thème, la décoration, les buffets ou les gâteaux, ils furent très peu consultés, les domestiques, chaperonnés par Impa, se contentant de reproduire le modèle type des épousailles royales.

Ils furent mis à contribution pour la rédaction des invitations – enfin, Lavio, vu la calligraphie hasardeuse du vétéran, qui serait d’ailleurs bien capable de profiter de la situation pour adresser des insultes à certains nobles mal embouchés – et pour les multiples ébauches du plan de table, en attendant de réceptionner toutes les réponses – même si, techniquement, un refus qui serait jugé non recevable pourrait être interprété comme une trahison envers la couronne et mener à des fins… salissantes.

Zelda avait eu un sursaut un jour, leur fonçant dessus comme une chauve-souris, attrapant son frère par le col pour le secouer.

— Les alliances ! On a oublié les alliances !

Quand elle l’avait relâché, il était tombé au sol et il n’eut pas le temps de lui répondre qu’elle avait déjà disparu dans un autre couloir.

Ils s’étaient entre-regardés, se mordant la lèvre.

— On a vraiment oublié de se pencher dessus ?

— Pas au courant. Je dirais donc oui. Que fait-on ?

— On fuit ce château de fou et je vais supplier mon maître d’apprentissage.

Il l’avait attrapé par le bras et mené chez le forgeron, derrière leur fermette. Même quand il avait le destin de sa patrie, il n’avait pas l’air aussi abattu, c’était inquiétant.

Ils furent très bien accueilli. Étant pratiquement voisins, ils avaient eu plus d’une fois l’occasion de se rencontrer et d’échanger, plus encore grâce à Guly qui aimait bien Link, le considérant sans doute comme son grand frère ou son meilleur ami, vu le temps qu’il passait fourré chez eux.

Sa mère accapara toute l’attention de Lavio, l’interrogeant sur les préparatifs du mariage et leur couple, gloussant comme une jeune fille et racontant des anecdotes de sa propre union, pendant que son mari bourru semblait partit dans une âpre négociation avec son ancien apprenti. Ils les entendaient gronder et débattre mais étaient bien incapables de saisir le sujet de leur conversation. Et, au fond, ils s’en moquaient bien, préférant se plaindre de la hausse du prix du pain.

Ils en étaient à échanger des recettes quand Link se laissa tomber à leurs côtés, les faisant sursauter sous la surprise, et s’empara du bras gauche de son fiancé, montrant sa main et, plus précisément, l’anneau qui l’ornait. Il échangeait toujours avec le patron, ne leur adressant pas un regard, mais le mal était fait et l’unique femme taquina son interlocuteur sur le bijou, lui tirant quelques rougissements.

Résultat, ils sortirent de la forge avec un léger mal de tête mais aussi le sentiment du devoir accompli.

— Ôte-moi d’un doute, tu as passé trois heures à décider de nos alliances ? demanda Lavio en se déchaussant.

— Ouais. Il peut être vraiment borné, le convaincre est ce qui m’a pris le plus de temps.

— Et pas à un moment, tu ne t’es dit que j’avait peut-être mon mot à dire ? Ou que j’aurais voulu choisir la tienne ?

Très comiquement, Link pâlit, rougit puis pâlit de nouveau en se rendant compte où son besoin de tout contrôler l’avait mené. Il se tourna vers son locataire, ignorant ce qu’il pourrait bien lui dire pour se racheter. Mais contre toute attente, il n’était pas fâché, et l’embrassa plutôt sur le front, avant de lui tordre le bout du nez, en représailles.

— J’irai les voir demain, mais te connaissant, tu as fait les meilleurs choix possibles. Tu t’y connais mieux en bagues que le joaillier du château, après tout !

Le compliment déguisé lui permit de se reprendre et il fut grincheux le reste de la soirée.


— J’ai l’horrible impression qu’il manque quelque chose, marmonna Zelda.

Elle était parvenue à convaincre son frère et le fiancé de celui-ci à passer la nuit au château afin qu’ils puissent vérifier un à un les différents préparatifs effectués ou prévus, et surtout remonter les éventuelles modifications à amener.

— Tu vas finir chauve, à force de t’arracher les cheveux dessus.

Confortablement installé sur un coussin surdimensionné, Link savourait cette accalmie. Allongé sur le dos, les jambes croisées et les bras derrière la tête, les cheveux repoussés en arrière et les yeux fermés, il s’abandonnait aux mains expertes d’une femme de chambre qui lui appliquait un masque, amusée par les facéties du héros.

Lavio, lui, se faisait coiffer par une autre femme de chambre, serrant étroitement un autre coussin entre ses bras, intimidé.

Il avait pris l’habitude de partager l’intimité des jumeaux. Link était différent si sa sœur était dans un environ proche, après tout. Mais avec la présence de ces deux domestiques, chargées de leur mise en beauté respective, le phénomène était amoindri. Il n’y aura rien d’extravagant pour le jour J, mais ce n’était pas mal de réaliser quelques essayages, surtout avec toute la peau cicatricielle que présentait l’aventurier.

— Tous les papiers sont prêts et remplis, énuméra la reine. Vos tenues n’attendent plus que d’être portées. La salle de bal a été dépoussiérée et son parquet ciré. Les réserves débordent de nourritures. La majorité des réponses a été réceptionné. Le Sanctuaire n’attend plus que nous. Les artistes ont déjà affuté crayons et fusains pour vous immortaliser. Les chevaux piaffent d’impatience à l’écurie et le carrosse est tellement rutilant qu’il éblouie ceux passant à côté. Les fleurs commencent à nous être livrées et ajustées. Vous m’avez dit que c’était bon pour les alliances ?

— Oui, Guly les gardera pour nous.

Link bailla à s’en décrocher la mâchoire, décroisant les bras pour permettre à la jeune hylienne de s’occuper de ses mains.

— À première vue, ça a l’air bon, commenta l’ambassadeur. Tu dois être juste angoissée, c’est normal. On ne se marie pas tous les jours.

Il ajouta un sourire rassurant à l’adresse de sa future belle-sœur qui le lui rendit, bien qu’un peu plus petit.

— C’est plutôt à vous qu’on devrait dire ça, releva la domestique qui le peignait.

— C’est la première fois que je vois des futurs mariés aussi détendue ! surenchérit sa collègue. La rumeur disait donc vrai, il n’y a que les femmes qui s’angoissent pour la tenue de leur mariage ?

— N’y faîtes pas attention, leur répondit leur souveraine. Rien n’a d’importance pour mon frère et je soupçonne Lavio de ne pas avoir encore complètement enregistré que ça le concernait. Quand on va se rapprocher de l’échéance, il ne sera pas très beau à voir, je compte sur vous pour qu’il ne soit pas le premier vampire parmi les portraits de la famille royale.

— Vous pouvez compter sur nous, votre majesté !

— Je vous souhaite bien du courage, ajouta le prince. S’il dort la semaine précédant la date, ce sera un exploit !

Il faillit se mordre la langue quand il glissa brusquement de son énorme coussin après avoir été percuté par celui de son fiancé, n’ayant pu le prédire à cause de ses yeux fermés.

— Je ne crois pas avoir menti ! se défendit-il.

— Bah va falloir apprendre, grogna Lavio en faisant la moue. Il y a des choses qui ne se disent pas, et si tu ne veux pas que je te réponde « non » et te plante devant le prêtre, t’as intérêt à faire des efforts.

Il étouffa une plainte quand son projectile lui fut rendu, et avec précision s’il vous plaît !

— Je vous préviens les garçons, si vous partez dans une bataille de polochons, je vous enferme dans la porcherie du château ! Je me suis bien fais comprendre ? les menaça très sérieusement Zelda.

Ils se ravisèrent et reprirent leurs places docilement, se remettant aux bons soins des deux femmes de chambre.

— Si je peux me permettre, vous n’avez pas mentionné la lune de miel, reprit celle s’occupant de Lavio.

Le rosissement qui naquit chez lui à cette mention disparut bien vite face au sourire purement carnassier de Zelda.

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