Couples : Kakashi Hatake x Obito Uchiwa / Gaï Might x Rin Nohara
Genres : Romance – Humour – Amitié – Genderbend / One-shot
Rating : +12
Résumé : À l’origine, Kakashi n’était venue que par politesse. Son cœur avait trop souffert à travers les années pour supporter plus. Mais peut-être que, demain…
Bonne lecture !
Ç’avait été une belle cérémonie.
Assise à sa place nominative, Kakashi jouait avec l’une des décorations de la table, observant les autres invités.
Pour l’occasion, et par amour pour ses deux meilleurs amis unissant leurs vies aujourd’hui, elle avait fait l’effort de s’apprêter, troquant ses uniformes couvrants et confortables pour l’une des rares robes qu’elle possédait.
Si elle avait reçu quelques compliments au sujet de son apparence, elle avait surtout essuyé des coups d’œil qu’elle n’avait pas été sûre d’interpréter correctement, mais qui la laissaient inconfortable, drapant les fines bretelles sur ses épaules du châle vaporeux complétant sa tenue.
Elle devrait peut-être y aller ? Rin et Gaï avaient déjà coupé le gâteau et inauguré la piste de danse, elle les avait aussi félicité pour leur amour et la fête, elle avait fait honneur au repas et provoqué aucun scandale.
Autant rester sur cette belle lancée, non ?
— Vous danser, mademoiselle ?
Sous ses doigts, l’origami était devenu un tas de papier coloré, ce qu’elle regretta instantanément. Mais ce n’était pas comme si elle pouvait inverser le temps et lui rendre sa gloire, non ?
— Mademoiselle ?
La sensation soudaine de doigts sur la peau nue de son épaule la fit se tendre et se tourner brusquement, provoquant un mouvement de recul de la part de l’intrus.
Intruse.
— Pardon, je ne voulais pas vous effrayer, commença-t-elle à bafouiller, avant d’écarquiller l’œil. Kakashi ?
— On se connaît ?
Toujours assise, il était complexe d’en être sûr, mais cette femme et elle devaient être pratiquement de la même taille. Des cheveux noirs, une peau cuivrée, des cicatrices courant sur le côté droit de son visage, un œil noir et l’autre paupière close…
Définitivement inconnue au bataillon.
Kakashi porta son verre de vin aux lèvres, tentant toujours d’identifier son interlocutrice.
Et peut-être apprécier la vue, autant lier l’utile à l’agréable.
— « On se connaît » ? répéta-t-elle d’un ton incrédule.
Mais elle parut se reprendre, alors qu’elle affichait soudainement un sourire taquin, se penchant sur elle.
— Je te le dirai, si tu danses avec moi.
Et elle lui tendit une main dont la couleur était plus pâle que le reste de la peau visible.
Peut-être du vitiligo.
Kakashi devrait refuser. Clairement, sa mémoire n’avait pas jugé cette femme suffisamment importante pour l’immortaliser auprès de toutes les personnes auxquelles elle tenait.
Que ce soit danser ou simplement lui parler serait une perte de temps sans nom.
Elle caressait justement l’idée de partir, pourquoi s’attarder ?
Mais elle n’avait jamais été capable de laisser sa curiosité insatisfaite, tout mystère ayant l’attrait d’un défi à relever – c’est ce qui avait fait d’elle et Gaï de grandes amies – alors elle se saisit de cette main, se levant de sa chaise.
Si on exceptait les talons, elles avaient effectivement l’air d’être de la même taille, se fit-elle la réflexion.
Mais, pour le moment, Kakashi était la plus grande des deux, bien que d’une poignée de centimètres.
Cette proximité soudaine parut troubler l’inconnue, au vu de sa bouche entrouverte et l’œil écarquillé.
Elle était plutôt mignonne, sous cet angle. Ça lui donnait envie de la taquiner sans fin.
— La piste est par là, indiqua-t-elle d’un pouce par-dessus son épaule.
Ça parut l’arracher de ses pensées, alors qu’elle rougissait, faisant la moue pendant que leurs mains se joignaient.
— Allons-y, décréta-t-elle d’une voix ferme.
Son allure était un peu trop rapide pour ses escarpins, mais Kakashi n’était rien si ce n’était adaptable, ne se laissant ni distancer ni trébucher.
Parmi les couples dansants, elles s’arrêtèrent, se faisant face correctement. Elles étaient clairement toutes deux inconfortables, mais la jeune femme avait appris depuis longtemps à n’en rien laisser paraître, affichant plutôt un petit sourire amusé face aux agitations de celle qui l’avait invité.
— Déjà des regrets ? Mais je ne t’ai même pas encore marché sur les pieds.
Sa pique parut la remettre sur les rails et elles se mirent à tournoyer avec les autres, après avoir brièvement lutté toutes les deux pour mener l’autre, avant que Kakashi n’abandonne en soupirant.
— Je peux te poser une question ? Demanda timidement sa partenaire.
— L’esquiver me paraît compromis, ironisa-t-elle.
Les volants lilas de sa robe frôlaient sa peau en une caresse douce, dévoilant de vieilles cicatrices à qui pourrait regarder. Mais qui regarderait ?
— De… depuis quand t’es une femme ?
Surprise, autant par la question que son incongruité et sa maladresse, elle la fixa de son œil unique, sans mot dire.
Son interlocutrice s’empourpra et baissa le visage, resserrant sa prise sur elle. Sûrement la nervosité.
— Je… je voulais dire… Oh merde, c’est horrible.
Elle la lâcha subitement, se prenant la tête dans les mains, clairement mortifiée par ses propos précédents.
N’ayant aucune raison de l’aider, Kakashi lui fit la seule faveur d’attendre le fin mot de l’histoire, les bras croisés.
— J’ai toujours cru que tu étais un garçon, quand nous étions enfants, balbultia-t-elle enfin. Je n’aurais jamais cru…
Se redressant, l’inconnue ne fit aucun effort pour cacher son œil l’examinant des pieds à la tête.
Bien qu’extérieurement, elle ne broncha pas, la jeune femme se surprit à apprécier son regard sur elle. Il n’éveillait pas en elle les habituels frissons de dégoûts qui lui donnaient inévitablement envie d’écraser son poing dans le visage de ceux qui les provoquaient.
Mais pas elle.
— « Quand nous étions enfants » ? Répéta-t-elle. Tu as l’intention de me donner ton nom, à un moment ?
— Tut tut, j’avais dit seulement contre une danse !
— C’est toi qui t’es arrêtée. J’ai rempli ma part de marché.
— Toujours aussi psycho-rigide Bakashi.
Elle ne prêta pas attention au léger rire, figée par ce vieux surnom qu’elle n’avait pas entendu depuis des années.
Le souffle coupé, elle plaqua les mains contre les joues rebondies de l’autre femme, manipulant son visage sous la lumière chiche, l’œil plissé.
Mais les larmes qui l’embuaient n’aidaient pas, alors elle l’attrapa à son tour par le poignet pour le tirer après elle, ignorant l’attention qu’elles attiraient suite à leur étrange comportement, ses talons claquant contre le sol comme l’auraient fait ses bottes en temps normal, la vibration remontant à travers ses longues jambes, ses bijoux s’agitant et son chignon manquant de s’effondrer à tout instant.
— Les toilettes ? Je ne t’aurais jamais cru aussi entreprenante ! Gloussa le fantôme derrière elle.
Mais elle était capable de remarquer l’anxiété sous la plaisanterie et, de toute façon, elles étaient déjà à l’intérieur et Kakashi la libéra pour saisir de nouveau son visage pour le manœuvrer sous les lumières plus crues et l’œil plus sec.
— O… Obito ? Souffla-t-elle enfin.
— Surprise ? Articula-t-elle comme elle put.
Bordel, elle avait une sacrée force dans les mains ! Il lui tardait de découvrir s’il en était de même avec ses cuisses…
Mais Obito dut repousser ses pensées intrusives lorsqu’une chevelure argentée emplie son (étroit) champ de vision, alors que son amie lui enlaçait le cou, le visage penché contre son épaule, de discrets sanglots captés par son oreille détruite.
Merde. C’était pas prévu, ça !
À l’origine, elle était venue au mariage un peu par dépit. Ses sentiments pour Rin n’avaient peut-être pas survécu aux années les séparant, mais il restait son premier amour en dépit de tout et elle cultivait une sorte de ressentiment envers Gaï pour être parvenue là où elle avait échoué.
Alors, quand elle avait remarqué par hasard cette fée en robe lilas et aux cheveux argentés, elle s’était dit « pourquoi pas ? » et elle s’était approchée pour l’inviter à danser.
Bien sûr, elle avait remarqué les cicatrices pâles que ciblaient les murmures des tables voisines, la paupière gauche close comme la sienne ou l’expression maussade. Mais elle s’était plutôt concentrée sur les cils blancs bordant ses yeux, le gris profond de son iris ou encore les muscles étoffant la silhouette longiligne.
Qu’elle la dépasse pratiquement avait manqué lui couper le souffle.
Mais toute cette apparence séduisante n’était rien, comparé à découvrir que cette splendide nymphe n’était nul autre que la version adulte du petit con de son enfance, celui qui avait été la cause de tant de remontrances de la part des adultes…
Mais, elles étaient trop vieilles, maintenant, pour souffler sur ce genre de braises, non ?
Et elle avait de plus en plus envie de la faire tournoyer sur la piste de danse…
Alors, une petite partie mesquine décida de profiter de la situation, curieuse de voir si le petit garçon était toujours là, celui qui relevait tous les défis sur son chemin et ne lâchait jamais prise, tant qu’il n’avait pas le dernier mot.
Et, putain, oui.
Et, évidemment, comme lors de leur enfance partagée, il avait fallu qu’elle ouvre sa grande bouche et gâche tout. Comme toujours et à jamais.
Et, une fois de plus, Kakashi ne réagit pas comme elle aurait dû le faire.
Et les voilà, enlacées maladroitement, dans les toilettes de la location du mariage de leurs amis.
Obito n’avait aucune idée de ce qu’elle devait dire ou faire, mais ce ne sera certainement pas entre une rangée de lavabos et de cabines !
Alors, elle inspira profondément, se saisit des poignets fins de la jeune femme pour la repousser tout doucement, attirant son attention.
— Si on allait ailleurs ? Je crois qu’on a un tas de trucs à se dire et, euh… ici c’est…
C’était propre, c’était déjà ça, mais il y avait sûrement mieux pas loin, non ?
— T’as raison, renifla son interlocutrice. Allons-y.
Mais Obito l’arrêta avant, ce qui la surprit.
Embarrassée, la jeune femme se gratta la nuque, détournant le regard.
— Ton mascara a coulé, expliqua-t-elle timidement. Tu aurais peut-être envie de vérifier ton reflet avant ?
Obito avait toujours été maladroite.
C’était comme un don chez elle. S’il y avait une phrase à ne pas dire, un geste à ne pas faire, un endroit où ne pas aller, vous pouviez compter sur elle pour saisir toutes ces occasions à pleines mains.
C’était un peu attendrissant avec le recul, surtout couplé avec son comportement enthousiaste et solaire.
Il lui était arrivé de camoufler un sourire amusé derrière les masques médicaux que Kakashi portait, enfant, bien qu’elle s’en était toujours cachée.
Elle se souvenait de cette fois où son fond de pantalon avait craqué à la couture, peu avant un spectacle, et Kakashi l’avait patiemment recousu pendant que la fillette avait silencieusement pleuré à gros bouillon, mortifiée et craignant les sermons des adultes.
Mais, aussi bâclés que furent les points, le vêtement tint bon et elle put monter sur scène à temps, sautillant avec les autres élèves, un grand sourire remplaçant son chagrin.
Alors, maintenant que son identité avait été donnée, Kakashi ne s’en vexa pas et s’approcha du large miroir pour rattraper les dégâts du mieux qu’elle pouvait.
Ah, zut, elle avait laissé sa pochette sur sa chaise…
X
L’air était beaucoup trop froid sur leurs peaux réchauffées par l’ambiance festive, et Kakashi se frotta les bras, regrettant son châle. Mais il n’aurait fait aucune différence, le tissu translucide ayant un usage principalement esthétique.
— Prend ma veste, suggéra sa voisine.
Ladite veste de costume couvrit aussitôt les épaules nues, les protégeant de la légère bise alors qu’elle capturait les revers de ses mains croisées.
— Et toi ?
Mais Obito se contenta d’un large sourire, pliant le bras et saisissant son biceps de l’autre main, elle ferma le poing.
— Je n’ai jamais froid ! Se vanta-t-elle.
— Alors, ce qu’on dit est vrai : les idiots ne tombent jamais malades…
Sa remarque n’avait été qu’un chuchotement mais il tomba dans les bonnes – ou mauvaises – oreilles, et elles se poursuivirent comme dans leur enfance, riant toutes les deux beaucoup trop pour que ça s’éternise.
Quand elles s’écroulèrent sur un banc, à bout de souffle, abdominaux, mollets et zygomatiques douloureux, elles se contentèrent d’observer le ciel étoilé, attendant d’être de nouveau capable d’articuler.
— J’arrive pas à croire que tu n’as pas trébuché une seule fois, finit par dire Obito. Combien mesurent ces talons maudits ?
— Sept centimètres. Mais je peux en faire autant sur plus haut encore, j’ai juste pensé que Rin n’apprécierait pas si je le dépassais sur les photos.
— Même sans, je parie que t’es plus grande qu’elle. J’arrive pas à croire qu’on culmine toutes les deux à plus d’un mètre quatre-vingt et qu’il soit une crevette !
Son rire était aussi bruyant qu’avant, mais il n’y avait aucune méchanceté, pendant que sa voisine, plus mesurée, se contentait d’un sourire, resserrant les pans de la veste autour d’elle.
— Gaï m’a raconté que c’était la taille idéale pour l’intégrer dans sa routine quotidienne. Pour elle, il n’aurait pas pu être plus parfait.
Elle se tut pour réfléchir à cette déclaration avant de lâcher un son écœuré.
— Attends on parle de son mètre soixante-six ou de la taille de sa… Kakashi !
— Avec Gaï, tout est possible, se contenta-t-elle de lui sourire mystérieusement.
Après tout, son amie avait bien hurlé en pleine rue, avec son enthousiasme coutumier, que la taille de ses seins étaient optimale pour l’assouplissement de ses doigts, alors bon…
— Quand nous étions enfants, tu criais sur tous les toits que tu épouserais Rin… C’est la différence de taille qui a contrecarré ton projet ?
Le sujet de cette époque était fragile, mais il allait bien falloir l’aborder… Cette question n’en était qu’une parmi d’autres.
— Non, on s’est juste perdu de vue. J’étais pas son type, on ne peut rien faire contre ça, soupira-t-elle. Et tu sais ce qu’on dit, la bonne taille, c’est quand les pieds touchent le sol !
Elle n’aurait pas dû trouver ça si drôle, mais son rire jaillit malgré elle. Elle finit par lever les siens en l’air, devant elle, taquine.
— Oh zut, me voilà hors course ! Minauda-t-elle faussement.
L’absurdité, autant que ça vienne de l’ancien enfant rigide que le mouvement, déclencha un fou rire chez Obito qui se plia en deux à son tour, des larmes d’hilarité roulant sur ses joues pleines.
— Ce n’était pas si drôle. Combien de verres as-tu bu, exactement ?
— Pourquoi, t’es de la police ? renifla-t-elle en s’essuyant les yeux.
— L’ANBU, en fait.
Le silence qui suivit n’étonna pas Kakashi. Tout le monde retenait son souffle à cette déclaration. Ensuite, les réactions variaient. Certains fixaient ses cicatrices, d’autres bafouillaient des excuses pour partir. Il y en avait qui décidaient de vider leur sac sur tout le bien qu’ils pensaient de ce groupe paramilitaire.
Mais, invariablement, ils fuyaient sa compagnie aussi sec.
Pas grave, elle avait l’habitude d’être abandonnée, isolée. Seule.
Un sifflement admiratif l’arracha de ses pensées, lui faisant tourner la tête.
— Je comprends mieux la course en talons ! Ça t’arrive souvent ?
— Non, généralement, je porte les rangeots réglementaires.
— « Réglementaires », répéta son interlocutrice. T’as pas changé du tout.
Elle gloussa, levant le nez pour observer le ciel.
C’était le moment où elle trouvait un prétexte avant de fuir, non ? C’était dommage, Kakashi avait apprécié la revoir, après tout ce temps, mais c’était la vie. Elle avait opté pour un métier décrié par les foules, c’était comme ça.
— Vu comment t’étais tout raide et froid, à rabâcher les règles et les lois, j’aurais dû m’attendre à ce que tu fasses ce genre de boulot. C’est comme ça que tu as perdu ton œil ?
Tout le monde faisait le lien. Et, en même temps, ce n’était pas en arrosant M. Ukki que c’était arrivé…
— Une intervention qui s’est mal passé, balaya-t-elle.
— Pas facile, la vie de borgne, hein ?
Obito gloussa de nouveau, absolument pas déphasée.
— Comme si j’allais laisser ça m’arrêter.
Mais elle restait, contre toute attente. Peut-être qu’elle était juste longue à la détente ? Kakashi retint son souffle, dans l’attente.
— Et comment tu as perdu le tien ?
— Dans l’incendie. Avec une partie de ma peau et de mes nerfs, comme tu peux t’en douter. J’avais même plus de sourcil !
Son rire s’éleva encore, surprenant la jeune femme. Mais, en même temps, c’était Obito. Elle ne prenait jamais rien au sérieux, enfant, elle ne semblait pas avoir changé malgré les années.
— Du coup… tu n’es pas morte, lâcha-t-elle d’un ton neutre.
— Si si, je suis un fantôme venu me venger, c’est tout.
— Seize ans plus tard ? Toujours à l’heure, même après la mort, on dirait.
Sa voisine s’appuya contre le dossier du banc, se tournant vers elle. La lumière n’était pas assez bonne pour lire son expression faciale, ce qu’elle regrettait.
— Je ne suis pas morte, Bakashi. La maison a pris feu et s’est écroulée sur moi, j’ai été sortie de là par les pompiers, j’ai passé toute une vie à l’hôpital et me voilà.
Elle sentit une main sur son épaule, à travers le tissu de la veste prêtée mais ne dit rien.
— Mais toi… tu étais partie. Sans laisser d’adresse ou de téléphone.
Les souvenirs remontaient, lui serrant la gorge, mais elle était plus forte que ça et la repoussa.
— Papa… commença-t-elle. Mon père était décédé, je n’avais plus aucune famille vivante, le système m’a fait déménager. Je n’avais aucun moyen de communication à fournir.
Elles se turent, écrasées par le passé.
— Et donc, t’es devenu une femme, reprit Obito.
— J’ai toujours été une femme, idiote.
Malgré l’obscurité, elles s’entregardèrent, l’une blasée, l’autre choquée.
— Mais non, t’étais… t’étais un garçon, avant, non ?
— Obi, c’est horriblement transphobe, d’une part. Et, de l’autre, non. Pas que ça te regarde, mais je suis née femme. Que je ne portais pas de jupe n’était pas un indicateur.
Embarrassée, autant de ses propres propos que des siens, son interlocutrice parut se recroqueviller sur elle-même.
Elle plongea subitement le visage dans les paumes de ses mains, poussant un geignement déconcertant.
— J’arrive pas à croire que je pensais que t’étais un gars tout ce temps ! Pleurnicha-t-elle à voix haute.
— Ce sont des choses qui arrive. J’ai un bon passing, en uniforme. C’est même devenu un jeu, avec les nouvelles recrues. On parie sur le temps que ça leur prendra pour me genrer correctement.
Son attention était retournée vers la ligne d’horizon, bien qu’on ne voyait plus grand-chose à cette heure.
Il y avait la location, qui brillait tel un phare, et quelques lanternes de loin en loin pour les promeneurs.
Et elles, dans le noir, assises côte à côte sur un banc vermoulu.
— Je suis désolée pour ton père, chuchota Obito. C’était quelqu’un de génial.
— Il l’était, oui.
La veste était un rempart dérisoire aux températures fraîches, mais ses doigts devinrent des serres, froissant les revers satinés alors que le froid provenait de l’intérieur, gelant tout sur son passage.
En prenant sa vie, Sakumo avait emporté bien plus avec lui.
La main sur son épaule pesait d’une manière confortable, un léger réconfort, mais ce n’était pas suffisant pour éloigner la glacière que devenait son corps.
Ce n’était pas la première fois, mais Kakashi ne fut même plus surprise d’entendre à nouveau le gloussement de la jeune femme. Elle se réhabituait trop vite à ses manières, ce n’était pas bon.
Parce que, demain viendra, demain venait toujours.
— Il n’y a que tes nerfs à avoir été endommagé, tu es sûre ? Plaisanta-t-elle.
C’était stupide. Seuls ses subordonnés comprenaient son humour. Elle l’avait appris il y a des années de rester loin de tout ça, les blagues n’étaient pas faites pour elle. C’est la vie.
Obito retira sa main, prouvant son point de vue, alors que son cœur tombait.
C’est la vie.
— Pensée intrusive, s’excusa-t-elle. C’est juste que… tu vas te moquer de moi, mais j’ai été horrible avec toi depuis tout à l’heure, alors ce n’est qu’un prêté pour un rendu…
— Tu n’as rien à me dire si tu ne le veux pas, refusa Kakashi.
— Ce n’est pas que je le veux pas, c’est simplement très embarrassant.
Du coin de l’œil, elle la vit se gratter la joue, en miroir de ce tic qu’elle avait déjà lors de leur enfance commune, signe extérieur d’un léger embarras.
Elle avait sûrement les pommettes roses, en parallèle.
— Rin est déjà au courant, de toute façon… Il se fout régulièrement de moi à ce sujet, autant que tu sois dans la confidence aussi !
Fredonnant distraitement, sa voisine l’imita, s’adossant au banc, essayant de paraître détendu alors qu’elle ne faisait que guetter le moment où Obito cesserait tout faux-semblant et la quitterait.
Une fois de plus.
Au moins, cette fois, saura-t-elle qu’elle n’est pas morte, vivant seulement sa vie de son côté.
— La vérité, ce n’est pas tant que je n’étais pas le type de Rin mais que c’était lui qui n’était pas le mien.
Ne voyant pas trop le rapport, Kakashi fronça les sourcils mais ne dit rien, la laissant vider son sac.
— À neuf ans, on n’est pas vraiment dans le placard, si ? Je crois que la raison pour laquelle je me défoulais sur toi était pour camoufler ce que je ressentais.
— Oh, juste pour ça ?
— Et parce que t’étais une affreuse tête de pioche, reconnut-elle d’un ton exaspéré.
L’aveu précédent était trop lourd de conséquences pour que Kakashi puisse le traiter, alors elle se focalisa sur la dernière réponse, riant légèrement.
— Oui, il paraît que c’est un trait commun aux autistes. Une tendance à la rigidité et l’absence de second degré. Mais te voir démarrer au quart de tour valait toutes les punitions qu’on ramassait inévitablement.
La musique les atteignait périodiquement, habillant le silence.
— Ce que je voulais dire, reprit l’Uchiwa dans une inspiration bruyante. C’est que, si on estime que Rin est mon premier éveil aux sentiments amoureux, tu serais celui de ma véritable orientation amoureuse.
— Ah.
Peut-être que, si elle l’assommait d’une certaine manière, Obito oublierait tout de la dernière heure ? Ainsi, elle pourrait s’enfuir chez elle et ne plus réapparaître dans la société avant… six bons mois ?
Discrètement, elle se pencha, se saisissant d’un escarpin et assurant sa prise sur la semelle, la pointe du talon bobine prêt à être assené.
— Et, le fait de te revoir, après tout ce temps…
À travers le bois, elle pouvait la sentir se trémousser.
— Est-ce que tu crois aux signes ?
— Je crois surtout que tu n’as pas les idées claires, assena-t-elle froidement. Il y a des statistiques prouvant que les cérémonies nuptiales ont tendance à embrouiller les esprits, occasionnant des déclarations ou des demandes en mariage. Étrangement, on n’observe rien de tout ça à l’occasion des enterrements.
Son ricanement nerveux s’éteignit dans le vent froid.
Elles devraient rentrer…
— Essayes-tu de rationaliser mes sentiments ou de me mettre un râteau ?
Curieuse malgré elle, la paramilitaire se retourna vers elle, pour la découvrir penchée en avant, les coudes appuyées sur ses cuisses, mais impossible de connaître son expression.
Pas qu’elle en aurait été capable.
— Te… mettre un râteau ? J’établis juste des faits. Quoi que tu comptais me dire ne pourra être cru ce soir. Entre l’alcool et l’ambiance, il est impossible de te prendre au sérieux.
— Ce n’est que ça…
Un soupir parut lui vider les poumons, et la main revint sur son épaule, mais uniquement pour glisser le long de son bras pour finalement saisir la sienne.
— Alors, si demain, je reprends mon discours depuis le début, tu me croiras ?
Dans sa poitrine, son cœur se contracta, réagissant mal à l’espoir qui le gonflait subitement.
— Tu pourras toujours essayer, dit-elle du bout des lèvres.
Sans un mot, Obito se leva, l’incitant à l’imiter de la main sur la sienne.
Elles se firent maladroitement face, mais l’obscurité avait maintenant quelque chose de rassurant.
Si Kakashi ne pouvait pas se noyer dans l’œil velouté, scruter les cicatrices marbrant le visage rond, suivre les boucles soyeuses, s’interroger sur la différence de couleur de sa peau, alors elle devrait pouvoir se protéger avec efficacité.
— Tu veux récupérer ta veste, admit-elle en hochant la tête.
Mais Obito lui retint les mains avant qu’elle ne puisse se déplacer.
— Tu peux la garder. Tu n’auras qu’à me la rendre demain.
La chaleur de ses joues la fit bénir une fois de plus l’absence de clarté, lui permettant de déguiser ses pensées du mieux qu’elle le pouvait.
— Je t’avais promis une danse, reprit Obito.
De ses mains, l’une des siennes glissa jusqu’à une hanche couverte de dentelles.
— Tu n’es pas obligée, tu m’as déjà donné ton nom, objecta-t-elle faiblement.
— Ça, c’était ta part de marché. Je n’ai pas rempli la mienne. Tu m’autorises…
La gorge à nouveau serrée, la jeune femme hocha la tête, ses boucles d’oreilles sautillant en rythme, avant que l’assentiment ne quitte enfin ses cordes vocales.
— Bien.
La musique leur parvenait toujours mais Kakashi avait comme des acouphènes, alors qu’elle suivait le mouvement, permettant à sa partenaire impromptue conduisant avec efficacité, un peu comme plus tôt.
Sur ses épaules, la veste bougeait, glissait, prête à tomber à terre n’importe quand, mais Kakashi ne trouvait pas la force en elle pour les interrompre, le temps de poser le vêtement sur le banc.
Elle chût, caressant la peau nue avant de s’affaisser en tas au sol, les forçant à s’écarter pour éviter toute chute.
Et, soudainement, il n’y avait plus aucune distraction pour lui permettre de divaguer.
Kakashi devint très consciente de leurs mains enlacées, de la peau chaude contre la sienne, de la chair molle dans laquelle s’enfonçaient ses doigts, mais pas autant de la respiration caressant son visage alors qu’elle fouillait la nuit pour un aperçu, quel qu’il soit.
— Tu me regardes, marmonna-t-elle, baissant la tête.
— C’est possible. Ça te gène ?
Incapable de trouver une réponse qui lui convienne, elle se permit d’être audacieuse alors qu’elle posa le front sur son épaule, le tissu doux de la chemise se froissant sous l’action.
Dans cette position, son oreille était proche de sa bouche, lui permettant de suivre le rythme de sa respiration.
Quand Obito retint son souffle alors que la main sur sa hanche glissa effrontément dans son dos pour reposer sur ses reins.
Quand elle essaya de renifler discrètement son parfum.
Quand son expiration eut des accrocs alors que Kakashi rapprocha leurs corps le plus innocemment qui soit.
Mais elle ne partit pas.
Non seulement, elle resta, continuant de danser, mais elle resserra ses mains sur elle, telle une ancre.
Alors, Kakashi ferma les yeux, s’abandonnant à elle, avant de chuchoter :
— Plus fort. Ne me lâche plus jamais.
