Gabriel se sentait inexplicablement nerveux.
Enfin, nerveux, c’était comme dire que la lave était chaude. Un euphémisme.
Il était dans un tel état de nerfs qu’il en vibrait pratiquement à travers les dimensions, ce qui avait alerté Castiel qui s’était alors fait un devoir de l’apaiser avant qu’il ne brise malencontreusement les réalités ou n’attire une forme de vie inconnue.
— Tu stresses pour rien, commenta laconiquement l’ange.
— Et s’il disait non ? Glapit son aîné.
— Alors tu lui redemanderas plus tard. Ce n’est pas parce qu’il refuserait de t’épouser qu’il voudrait rompre.
L’archange scrutait la blague qu’il avait créé pour l’occasion, s’assurant pour la énième fois qu’elle n’avait aucun défaut.
— Mais tu vas devoir lui expliquer, le somma Castiel de sa voix la plus sévère.
Gabriel s’agita un peu plus à la menace. Oui, il allait devoir s’expliquer à Sam, mais valait-il mieux qu’il le fasse avant ou après sa demande ?
S’il l’avait pu, il se rongerait les ongles jusqu’au coude, mais ça ne servirait à rien.
À la place, il prit une profonde inspiration, carra les épaules et gonfla les plumes, se grandissant et réunissant tout le courage qu’il pouvait.
— Samuel Winchester ! Accepterais-tu de m’épouser ?
Le concerné se figea, autant de surprise que par inconfort. De tous les moments possibles, Gabriel avait choisi le « repas de réconfort » après un retour de chasse. Dean et lui étaient couverts de fluides corporels divers, à moitié nus et recousus à la diable, et pas très frais. En plus, il venait de prendre une bouchée de son sandwich et il se retrouva à mâcher pendant une éternité, trois paires d’yeux braquées sur lui.
Lorsqu’il put avaler – enfin – ce fut pour se rendre compte d’à quel point sa gorge était sèche. Mais le niveau de stress était tellement élevé dans la cuisine qu’on aurait pu le couper au couteau. Il ne pouvait pas faire durer plus longtemps l’attente.
— Là ? Maintenant ? Parvint-il à articuler.
Il avait l’air de s’être fait mâchonner par un chien de l’enfer et recraché, Gabriel lui faisait-il une blague ?
— Non ! Enfin, oui ?
Perdu, Sam se tourna vers Castiel qui semblait dépité.
— Ce que Gabriel veut dire, intervint-il, c’est qu’il ne propose pas de tenir la cérémonie à l’instant. Il attend juste ta réponse, pour le moment.
Dean dut surpasser le choc à son tour, car il ouvrit la bouche pour insulter l’archange et l’éventuel plan qu’il tramait dans leur dos. Mais aucun d’eux trois n’y fit attention.
— Gab’ reprit le chasseur après s’être désaltéré. Tu… tu n’aurais pas pu trouver un meilleur moment ?
Reposant son sandwich, il soupira bruyamment, se frottant le front d’une main. Il était toujours en caleçon, dans la cuisine, couvert de bleus et de pansements, mais aussi de sang et autres émanations corporelles. Pas vraiment la tenue ou l’état d’esprit qu’il aurait voulu pour une demande en mariage !
Il ignorait même que l’ancien Embrouilleur avait envisagé cette possibilité pour eux deux ! Est-ce que ça signifiait que tous les deux… c’était du sérieux ?
— Je… je n’y avais pas réfléchi, avoua-t-il finalement. Je m’y attendais pas, pour être franc. Tu… c’est du sérieux ? Ou tu prépares une farce ?
Cette éventualité disparut lorsque Sam reconnut la blessure dans les yeux whisky. Il s’en voulait, mais la question était légitime.
Alors, il se leva, grimaçant aux diverses douleurs résultant de l’action, pour déposer les mains sur les épaules de son compagnon, lui souriant, avant de presser leurs fronts ensemble.
— Oui, idiot, j’accepte de t’épouser. Mais la prochaine fois, attend que j’ai pris une douche, okay ?
— Pourquoi faire ? Tu es très sexy comme ça.
Gabriel lui pinça une fesse pour prouver son point de vue, de nouveau lui-même maintenant que la pression s’était évaporée.
S’en rendant compte, Castiel se détourna de Dean, un sourcil arqué.
— Je t’avais bien dit que c’était inutile de t’en faire. Ce n’est qu’une formalité, après tout, ce n’est pas comme s’il pouvait t’échapper, maintenant.
L’ambiance changea du tout au tout, Sam s’écartant de son nouveau fiancé, l’air trahi, et Dean le visant de son pistolet, l’air menaçant.
— C’était bien un piège ! Claqua-t-il.
— Mes intentions étaient pures ! Se défendit l’accusé.
— Qu’as-tu fait ?
— Sam. Tu n’es plus humain. Tu es un genre de Nephelim.
Un silence, puis :
— Je vais le plumer cet enfoiré !
