— Dites-moi, où l’avez-vous trouvé ? Ne me dites pas que vous l’avez fait VOUS-MÊME !
Le premier contact avec Jehd avait été pour le moins… original.
Heureusement, il s’était vite repris et avait présenté ses excuses. Ensuite, ils avaient pu discuter à bâtons rompus sur le héros du Temps.
Link en avait été très heureux. Déjà, parce que ce n’était pas un sujet qui passionnait les habitants de Toal. Le village avait été créé par des réfugiés de la Guerre d’Unification et personne ne voulait évoquer le passé, peu importe la période. Ensuite, il n’avait pas à ralentir ou à choisir des signes simples !
Certes, Jehd manquait d’entraînement et son signe était un peu guindé, digne de la gentilé de la Citadelle, comparé au sien, plus rustre et plus direct, mais il était l’interlocuteur le plus intéressant avec lequel il avait eu le plaisir d’échanger. Et pas uniquement pour les raisons citées précédemment !
De par ses études universitaires, Jehd était calé sur l’histoire du royaume, bien qu’il y avait toujours des zones d’ombres, sans savoir si c’était dues aux nombreux morts et dégâts provoqués par les guerres ou d’une décision par les têtes couronnées. Il avait toujours une anecdote plus ou moins obscure à ajouter, ce qui passionnait toujours Link.
Son sujet préféré était bien sûr les Célestiens et leur lieu de vie, mais il avait eu sa période « Héros du Courage » et là aussi, il était incollable.
À l’écouter, les archives qu’il avait pu collecter à son sujet étaient parcellaires et trop souvent marquées du sceau de la couronne, preuve s’il en était, que les informations avaient été filtrées, et risqueraient de continuer de l’être. C’était logique, au fond. Le héros national servait le pays comme à sa propagande. Il était important de le glorifier et le sanctifier, de lui arracher toute existence hylienne et de l’élever au-dessus du commun des mortels.
Et c’est ainsi qu’ils en arrivèrent à parler du héros actuel, celui en-devenir.
Lui-même, autrement dit.
Mais Jehd avait l’air parfaitement ignorant de ce fait, tout comme la plupart de la population. C’était paradoxal, d’ailleurs. Ses faits d’armes commençaient à alimenter de nombreuses rumeurs mais personne n’était capable de le reconnaître.
C’était peut-être à cause de ça qu’il devint cinglant et amer, en réponse aux louanges de son ami.
Celui-ci parut déstabilisé, au début, mais il était de trop bonne composition pour reprocher quoi que ce soit à Link et tenta plutôt de le tempérer.
Tout le monde aimait les héros ! Link devait être envieux, jaloux, ou juste de mauvaise humeur. Ça lui passera certainement.
Link en était réduit à taper dans des cailloux, dehors, les mains enfouies dans les poches.
Il avait été satisfait de pouvoir passer la nuit à la capitale, la cuisine de Telma étant bien meilleure que la sienne, mais cette satisfaction avait augmenté lorsque Jehd était survenu moins d’une heure après son arrivée, avec plus d’informations sur cet étrange bâton qu’il avait ramassé tantôt.
À la base, la conversation avait été comme de nombreuses autres auparavant : un mélange de sujets légers et d’autres plus sérieux, en rapport avec l’époque troublée dans laquelle il se trouvait, les nouvelles de Link sur ce qui passait à l’extérieur de la capitale, et celles de Jehd sur ce qui se trouvait à l’intérieur.
Mais, hélas, à force de l’interroger sur le recul des forces de l’ombre, Jehd remit inévitablement sur la table ses questions sur le héros. Et, hélas pour eux, ce soir Link était épuisé. La semaine avait été longue, il avait eu de nombreux combats, Midona avait été encore plus insupportable qu’à son ordinaire et ils avaient eu pas mal de distance à parcourir.
Bref, il n’avait pas la force de supporter les suppositions débiles de son ami et sa version romantisée de ce qu’à quoi pouvait ressembler un quotidien passé à sauver le royaume d’Hyrule, et il avait manqué de perdre la tête et de renverser la table. Peut-être même de provoquer une bagarre, juste pour renverser la vapeur avant d’aller trop loin.
À la place, il s’était précipité à l’extérieur sans répondre à qui que ce soit et, maintenant, il se retrouvait à taper des cailloux, les dents serrées et les épaules crispées.
La taverne de Telma n’avait qu’une sortie – enfin, pour les clients – et il était inévitable que Jehd finisse par passer la porte, un moment à un autre. Que ce soit pour rentrer rapidement chez lui en prétendant ne pas l’avoir vu ou pour le confronter pour sa stupide impulsivité.
D’ailleurs, pourquoi il restait là ? Épona était à l’écurie, avec ses affaires, il ne lui serait pas difficile de les récupérer et de se dénicher un autre endroit pour camper, quitte à repasser demain pour payer sa consommation à Telma. Elle lui fera sans doute la leçon et tentera peut-être même de comprendre la raison de son mouvement d’humeur, mais ce n’était rien avec la sempiternelle recherche de la vérité de l’érudit.
Il se figea subitement, à la réalisation.
C’était un peu comme s’il attendait que Jehd vienne pour le sermonner, avant de passer l’éponge et de revenir où ils en étaient. Et ce n’était pas… sain ?
Pensif, il se redressa, se frottant le bout du nez alors qu’il réfléchissait, un plan bancal se formant dans son esprit fatigué.
Jehd était rentré, le cerveau en ébullition.
En quittant la taverne, il n’avait pas recroisé son ami et était finalement retourné à son logement sans la moindre réponse à son coup d’éclat. Ça devait être quelque chose qu’il avait dit, qu’il avait fait ? Personne ne s’était approché d’eux ni ne leur avait adressé la parole depuis que Telma les avait servi, et trop de temps s’était écoulé après ça, elle n’avait donc rien à y voir.
Trouver le sommeil avait été compliqué ensuite, il s’était beaucoup tourné et retourné dans son lit, rejouant encore et encore la petite scénette, sans comprendre ce qui avait déclenché le mouvement de colère de son ami.
Avait-il finalement raison ?
Se redressant dans son lit, clignant de ses yeux myopes, Jehd fronçait les sourcils à cette hypothèse.
Le mystérieux héros élu des déesses était le dernier sujet qu’ils avaient abordés – enfin, qu’il avait abordé tout seul, pour être franc – est-ce que c’était de sa faute ? La jalousie qu’il soupçonnait en son encontre était donc fondée ?
Mais Link n’avait rien à lui envier, enfin ! Et puis, ce héros était un sombre inconnu, une chimère derrière laquelle soupirer sans que ça n’ait la moindre incidence sur lui. Il n’oserait même pas le saluer s’il avait la chance de le croiser dans la rue ! Que ferait-il dans la rue, d’ailleurs ?
Retombant sur son matelas alors que ses sombres pensées s’éclaircissaient pour ses rêveries folâtres, Jehd parvint à s’endormir, plus détendu.
Le réveil, lui, fut moins idyllique.
Sans être paresseux, Jehd appréciait traîner au lit plusieurs heures après le lever du soleil, contrebalançant les heures avancées de la nuit où il traînait. Ça lui coûtait cher en huile de lampe, mais c’était clairement le moment où son cerveau était le plus actif !
Alors, lorsque des coups bruyants retentirent contre la porte de son logement, il ouvrit les yeux avec mauvaise humeur. Et, quand il se rendit compte de l’heure matinale, des pulsions meurtrières l’envahirent pendant qu’il se traînait péniblement jusqu’à l’entrée, enfilant sa robe de chambre en marmonnant sur les gens irrespectueux.
Il ouvrit la porte plus violemment qu’à l’ordinaire, prêt à cracher tout son répertoire d’injures à la face de l’opportun. Peu importe que ce soit le laitier ou le propriétaire, il allait apprendre de nouveaux mots !
Les dents serrés, il se redressa, ouvrant déjà la bouche, avant de reconnaître qui lui faisait face. Link.
La découverte le figea sur place, les mains crispées sur les ourlets pelucheux de son vêtement, la bouche légèrement entrouverte, pendant que son cerveau redémarrait.
— Link ? balbutia-t-il. Que fais-tu ici, si tôt ?
L’air sombre, son ami le fixait sans mot dire. Enfin, sans signe visible ?
Mais, au lieu de lui donner la moindre réponse, peu importe par quel moyen, il continua de le toiser l’espace de quelques trop longues secondes, avant d’enfin se mouvoir. Il le saisit brusquement par le poignet, le tirant en hauteur, puis fit volte-face sans lâcher prise, entraînant avec lui l’érudit.
— Hé, Link, attends ! Que se passe-t-il ? Link, je dois fermer ma porte !
Sidéré, il essaya tant bien que mal de s’échapper de sa prise, d’attraper la rampe vétuste, d’obtenir une réaction de son ami sans réveiller l’immeuble entier…
Puis, il se retrouva dans la rue, en pyjama, ébourriffé et égaré. Et Link ne desserra pas sa poigne sur lui, marchant du même pas régulier.
Autour d’eux, la ville se réveillait, les commerçants ouvrant leurs échoppes les observèrent avec des yeux ronds, peu habitués à cette vision.
Ce ne fut qu’aux abords des portes de la Capitale que son ami se redressa, la posture plus lâche, avant de complètement s’arrêter auprès d’Épona, justement attachée là.
Jehd n’y connaissait rien, mais la jument paraissait être chargée, comme à son accoutumée, prouvant qu’ils allaient repartir. Était-ce une manière maladroite de la part de son ami de lui dire au-revoir après l’éclat de la veille ?
Toujours est-il qu’il le lâcha mais continua de lui tourner le dos, semblant vérifier les sangles de la selle et du reste du harnachement qui lui était inconnu.
Enfin libre de ses mouvements, Jehd resta figé quelques secondes avant de se reprendre, secouant les pans de sa robe de chambre avant de refermer solidement la ceinture autour, de tenter de coiffer ses habituels épis en se peignant les cheveux des mains et d’enfin redresser ses lunettes.
Il observa les alentours, à la recherche du moindre indice expliquant son arrivée quelque peu cavalière – un comble, n’étant pas celui montant à cheval ! – mais dut se résoudre à son hypothèse précédente.
Bien qu’il aurait préféré une heure plus commune et, surtout, de ne pas se faire traîner à travers la moitié de la ville, l’érudit sourit, touché par l’attention. Malgré leur éventuel désaccord, Link avait pensé à venir le voir avant de partir pour les déesses savent où, les déesses savent combien de temps !
Son ami lui fit justement face alors qu’il arborait encore cette expression stupide, ce qui le fit sursauter et s’empourprer, embarrassé.
— Tu t’en vas ? lui demanda-t-il, gauchement.
Il se contenta d’un hochement de tête, l’air toujours aussi fermé.
— Alors, bon voyage ? Fais attention à toi, d’accord ?
Il faisait froid, à cette heure. Égoïstement, il espérait que Link parte vite afin de pouvoir retourner chez lui tout aussi vite.
Cette pensée lui fit honte mais il n’y pensa plus lorsqu’il grimpa en selle, faisant se retourner Épona de manière à faire face à la route.
— C’est là que je te dis au revoir, alors, reprit-il.
Il s’attendait un peu à n’importe quoi. Un dernier sourire, un simple mouvement de tête, de main, un regard. Mais certainement pas à se faire attraper par le col pelucheux puis balancer au travers de la selle, avant qu’Épona ne parte au petit trot.
La situation n’avait tellement aucun sens…
Complètement bringuebalé sans le moindre confort, Jehd accueillit la pause avec soulagement.
Lorsqu’il parvint à poser le pied au sol, il se rendit compte qu’il avait perdu ses pantoufles. Ensuite, qu’il était courbaturé, qu’il possédait des muscles à des endroits dont il ignorait l’existence (les muscles et les endroits concernés) et qu’il était râpé un peu partout.
Un miaulement d’inconfort jaillit de ses lèvres sèches, alors qu’il se redressait avec difficulté, tentant de faire craquer ses vertèbres.
Link revint de la rivière et lui tendit sa gourde.
Il s’en empara et la but avidement, voulant chasser cette affreuse sensation de bouche terreuse. Et c’était mieux pour réclamer des comptes à son ravisseur !
— QU’EST-CE QUI T’AS PRIS ?! Non, attends, je reformule : QU’EST-CE QUI TE PRENDS ? Hier, tu agis bizarrement, et là, maintenant, tu m’arraches de chez moi, sans prévenir !
« Tu m’accompagnes. Pour une aventure. » signa Link.
— Je… je te demande pardon ?
Ça n’avait aucun sens, peu importe comment il le tournait.
— Mais… mais je n’ai rien demandé, balbutia-t-il. Pourquoi cette initiative ? Qu’est-ce qui t’a fait croire que…
« C’est ma décision. Il est temps que tu vois la réalité du terrain. Que tu te fasses tes vrais « héros ». »
Encore plus perdu qu’auparavant, Jehd fixa ses mains, se demandant s’il ne s’était pas trompé dans son interprétation. Peut-être que c’était juste ça, un signe qu’il avait mal compris ?
« On y retourne. Tu montes à l’arrière, à l’avant ? À moins que tu n’aies apprécié tout à l’heure ? »
Le sarcasme mordant le surprit mais il n’osa émettre aucune objection, rendant la gourde et se laissant manipuler pour monter à son tour sur le dos d’Épona.
Il comprenait de moins en moins la décision de son ami…
Et, en effet, Jehd vit la réalité du terrain.
Heureusement, Link eut la bonté de lui prêter des vêtements, maigre consolation après l’avoir pratiquement enlevé en pyjama, et il put déambuler dans une tenue plus appropriée, mais il n’empêche qu’il n’avait rien pour se préparer à cette expédition, rendant l’expérience encore plus rude que ce qu’il aurait pu prévoir.
À un moment, l’idée de se plaindre de la situation lu avait effleuré l’esprit, mais son regard avait alors capté du coin de l’œil un mouvement quasi imperceptible provenant de l’ombre de son ami, comme si celle-ci était vivante, et la menace possible lui fit oublier ce projet aussi sec, en plus d’apporter tout un tas d’hypothèses pouvant expliquer son observation.
Ça ne faisait quelques jours, mais en tant que citadin endurci, la différence était suffisante pour le secouer jusqu’à la pointe des orteils. Les nuits à même le sol. Les journées de chevauchée ou de marche à travers des reliefs irréguliers. La nourriture rare et souvent composée d’aliments séchés ou salés. L’hygiène réduite.
Et pour Link, et d’autres, c’était leur quotidien.
Il n’y avait pas que ça, bien sûr, il y avait aussi les « extras », comme les attaques sur les routes, la flore hostile, l’animosité des inconnus quand ils arrivaient dans un village…
Petit à petit, Jehd étendit sa pensée au fameux héros élu des déesses. Vivait-il ça, lui aussi ? Après tout, personne ne savait à quoi il ressemblait, et il ne devait sûrement pas se promener avec un panneau « héros » pour le désigner, encore moins avec tous les combats possibles.
C’était étrange de penser qu’il puisse vivre quelque chose d’aussi basique que ce lui-même expérimentait, mais l’érudit finit par faire le lien. Il y avait peu de chance que lui, tout comme ses prédécesseurs, se déplace en carrosse rutilant, dorme chaque soir dans une auberge et mange de la viande tous les jours. Ce train de vie collait plus avec les conditions de vie.
Lorsqu’il s’en parvint à cette conclusion, il suçota pensivement son couvert. Une fois ses pensées apaisées, il se tourna vers Link.
Ils s’étaient arrêtés pour la nuit, montant un campement sommaire comme ç’a l’a été durant les autres jours, et dînaient actuellement, dans le silence.
— Je crois… je crois que j’ai compris là où tu voulais en venir, déclara-t-il.
Surpris dans ses réflexions, Link cessa de mâcher, relevant les yeux vers lui, interrogateur.
Jehd baissa aussitôt le regard, incapable de le lui rendre, mais continua sur sa voie.
— La vie… La vraie vie, celle que tant de gens ont, comme toi, loin de contes de fées et autres rapports édulcorés…
Un claquement de doigts lui fit relever la tête, surpris d’être interrompus. Son ami avait coincé sa cuillère entre les dents, se dégageant les mains :
« Ne prends pas mon cas pour une généralité. Ce n’est pas mon mode de vie, à la base, et il est loin de refléter celui de tous les modes de vie. Chacun a ses particularités. »
— Ah…
Dans sa tête, son discours s’étiolait déjà, s’envolant dans une brise mentale. Au temps pour lui.
— Mais, du coup… Pourquoi ? Pourquoi me faire vivre ça ?
Malgré lui, il commençait à s’énerver. Certes, il avait vécu des moments agréables, mais l’inconfort avait primé sur le reste.
Link ôta le couvert, le reposant dans son bol vide, posé sur le sol, à l’apparence calme.
« Parce que tu avais besoin de voir ce que signifiait réellement « vivre sur les routes ». Parce que je suis fatigué de t’entendre encenser ce foutu héros alors que tu ne sais rien sur lui. »
Ils pouvaient être deux, à s’énerver, s’il le fallait. Peu importait que l’un signait et l’autre oralisait, personne ne servirait d’arbitre dans cette affaire. C’était entre eux.
— Alors c’est ça, le problème, depuis le début ? Le héros ?! Mais tu te fiches de moi ! J’en étais sûr, c’est juste de la jalousie mal placée !
« De la jalousie ? Tu te fous de moi ?! »
Ils s’étaient levés, maintenant, se faisant face comme deux chiens hargneux.
« Tu crois que je suis jaloux de t’entendre chanter des louanges sur ce crétin ? Mais tu ne comprends vraiment rien à rien ! »
— Au risque de te surprendre, pour comprendre quelqu’un, il faut communiquer.
« Je communique ! »
Dans leur ignorance, le volume sonore de leurs voix dépassa toute prudence et atteignit exactement ceux qu’il ne fallait pas atteindre.
Les Bokoblins n’étaient pas de grands ennemis, mais ils étaient de vraies saloperies, surtout quand leur nombre était élevé. Ce qui fut le cas, bien évidemment.
Link cracha un son indistinct alors qu’il sautait sur ses pieds, brandissant son épée et son bouclier avant que Jehd ne traite l’information.
Quand ce fut fait, un glapissement quitta ses lèvres et il s’emmêla dans ses pieds, ne sachant quoi faire et se rendant compte du danger qu’il courrait. Que devait-il faire ? Où devait-il aller ? Devrait-il essayer de trouver une arme ? Grimper à un arbre ?
Mais les ennemis étaient déjà sur eux et lui se trouvait à court d’option.
Sentant sa fin arriver, il clôt les yeux, serra les mâchoires et les poings, attendant que ça se passe.
Il était à des kilomètres de chez lui, dans des habits qui n’était pas à lui, puant, et il allait mourir dans un lieu désert, à des heures de la civilisation.
Sa vie craignait.
Mais rien ne vint.
Il y eut des mouvements d’air, le bruit du métal se rencontrant et une ombre couvrant ses paupières. Plus qu’il n’en fallait pour que sa curiosité surpasse sa peur de la mort et qu’il ouvre enfin les yeux, pour savoir. Pour voir.
Les Bokoblins étaient étalés dans la poussière, morts, leur sang et leurs tripes renversés autour d’eux. Mais ce qu’il voyait surtout, c’était le dos de Link, devant lui, si près de son visage qu’il était capable de discerner les particules de terre incrustés dans les fils constituant sa tenue, la chaleur exsudant de son corps, son odeur, les omoplates tirant sur le tissu de la tunique…
Puis, il se retourna, épée et bouclier toujours en mains, ahanant, les muscles gonflés, des traces de sang couvrant sa peau et ses vêtements, l’air sauvage.
L’air héroïque.
Lorsque le bouclier tomba à terre, pour signer maladroitement, Jehd sursauta, apeuré par le choc soudain de sa rencontre avec le sol. Son cœur battait à toute vitesse, mais il ignorait si c’était de la peur ou d’autre chose.
Des doigts entrèrent dans son champ de vision, claquant plusieurs fois pour attirer son attention.
« Ça va ? Tu n’es pas blessé ? »
— Link, tu… comment as-tu fait ça ?
L’épée dans sa main semblait luire, le captivant subitement.
— Ce n’est pas une lame normale, n’est-ce pas ?
Lentement, les engrenages se mirent en route, additionnant deux et deux.
— Tu es le héros… murmura-t-il, le souffle coupé.
« Oui. »
