Fan-fictions

Sicktember 2025 – « C’est le milieu de la nuit, pourquoi es-tu réveillée ? » 1/30

Le vent frais de la nuit avait écarté les rideaux fins de la fenêtre, permettant aux rayons de la lune de caresser l’intérieur de la chambre, jusqu’au profil apaisé de la princesse d’Hyrule.

Quand Zelda dormait, elle revêtait une expression paisible, comme une jeune enfant dont le plus gros souci devait être une tache de sauce sur sa robe préférée.

Ses longs cils blonds reposaient sur ses pommettes rosées, s’agitant selon les rêves dansant dans son crâne, sous la longue chevelure dorée qu’elle avait oublié une fois de plus de natter. Elle s’étalait sur le matelas, librement, telle une multitude de minuscules tentacules occupant le terrain.

La couverture avait été tirée jusque sous son menton, cachant dessous le reste de son corps, mais Hilda n’en avait pas besoin pour se l’imaginer.

Tout, chez cette jeune hylienne, prouvait d’une vie en bonne santé, avec de la nourriture sur la table à chaque repas remplissant les courbes sainement, des heures d’activité au soleil, et une peau lisse pratiquement sans imperfection, d’un crème délicatement bronzé.

Ce n’était pas par jalousie que Hilda l’observait.

Elle était actuellement recroquevillée le plus loin possible dans leur lit commun, s’enlaçant de ses propres bras, maigre réconfort face à la terreur qui l’empêchait de trouver le sommeil. Ses yeux rouge alizarine étaient tellement cernés qu’ils en avaient perdu tout éclat, mais personne n’en parlait.

Ce n’était pas par désintérêt mais par maladresse. Comment aborder le sujet sans la braquer ?

Il n’y avait bien que la vieille Impa pour ne pas s’encombrer de ce genre de décorum. Mais elle aussi pouvait voir à quel point la souveraine de Lorule était bien fragile qu’une bulle de savon, menaçant d’éclater à tout instant.

Et Hilda en avait conscience. Elle sentait le poids de tous ses regards, elle constatait les petites attentions un peu partout, pour lui rendre le quotidien plus doux. Elle les voyait, elle les savait. Mais qu’est-ce qu’était un pansement sur une jambe de bois ?

Alors, elle prenait sur elle. Elle accumulait les heures sans sommeil, chipotait les repas et se traînait péniblement d’une pièce à une autre. Elle dépérissait de jour en jour.

Dans un souffle plus fort que les autres, Zelda se tourna sur le côté, lui faisant face malgré son sommeil.

Elle continuait de la scruter, portant une main à ses lèvres, rongeant l’ongle de son pouce.

Comment faisait-elle ? Comment, malgré toutes les tentatives de meurtres et d’enlèvements à son égard, la blonde princesse d’Hyrule parvenait-elle à trouver le repos et à arborer cette expression innocente ?

Le sang se mit à perler sous sa canine, teintant de fer sa langue, l’arrachant de ses poussées jalouses.

Elle avait froid mais elle était incapable de se rapprocher de sa compagne pour profiter de la chaleur corporelle qu’elle dégageait.

Zelda était une bénédiction vivante, l’incarnation de la déesse de cette terre, très clairement, et elle…

Elle ne méritait pas de partager son lit, sa vie, son futur…

Frigorifiée, elle quitta les draps, frictionnant ses bras couvert de chair de poule, étalant un peu de sang sur sa propre peau clair sans y faire attention.

S’éloignant du lit, elle commença à faire les cents pas, ses pas étouffés par les épais tapis couvrant le sol, se tenant toujours les bras.

Elle ne devait surtout pas dormir. C’était impossible, c’était interdit. Si jamais elle fermait les yeux, ne serait-ce qu’une seconde…

Toute à son agitation intérieure, elle ne prêtait plus attention à ce qui l’entourait, commençant à marmonner en boucle sur ce qu’elle ne devait surtout pas faire.


Quittant graduellement les bribes du sommeil, Zelda cilla lentement, s’habituant à la pénombre de sa chambre.

Ce n’était pas la première fois que sa nuit était interrompue, ce ne sera certainement pas la dernière, elle savait comment faire. Après les vérifications d’usages, sa conclusion était qu’elle se trouvait dans son lit, dans sa chambre, et que personne n’était actuellement sur le point de l’assassiner, la mutiler ou l’enlever.

Rayer les mentions inutiles.

Constatant qu’elle était donc parfaitement en sécurité, elle ouvrit les yeux, curieuse. Pourquoi était-elle réveillée, cette fois ?

La chambre était exactement comme elle l’était lorsqu’elle s’était endormie. Hormis la lune qui avait remplacé le soleil et le feu dans la cheminée qui rougeoyait maintenant.

Et sa petite amie, roulée en boule dans un coin du lit, dont les propos sans queue ni tête pourrait tout aussi bien être une chanson de chez elle qu’une tentative d’invoquer Ganon, à son tour.

Fatiguée malgré elle, Zelda se hissa sur les fesses et se rapprocha d’elle, l’observant attentivement.

Malgré ses mouvements, Hilda ne paraissait pas l’avoir remarqué, ses yeux rouges ne semblant pas la voir, comme si elle regardait à travers elle.

— Hilly ? Tu m’entends ? Tu es avec moi ? chuchota-t-elle.

Elle attrapa doucement la main dont elle attaquait le pouce, tentant de le lui retirer tant que ce n’était pas trop grave. L’argent émettait une faible lueur sur la peau pâle, rappel de sa bénédiction divine.

Usant de la sienne, Zelda guérit la légère plaie, se nimbant brièvement d’une nitescence dorée pendant le processus, ce qui parut tirer son amie de sa transe.

— Tu es réveillée ? C’est déjà le matin ? l’interrogea-t-elle, perdue.

— Oui, je suis réveillée, non, le soleil devrait se lever dans quatre heures environ. As-tu dormi ?

Au lieu de lui répondre, Hilda détourna le regard avant que son amie ne glisse ses mains le long de ses mâchoires, la forçant à lui faire face.

— As-tu essayé de dormir ? s’enquerrait-elle de sa voix la plus douce.

— Non, finit-elle par avouer, le regard fuyant.

Elles se turent, pensives, pendant que les pouces de Zelda commencèrent à caresser doucement la peau de ses joues.

— Depuis… depuis combien de temps ? Je n’ai rien dit jusque-là, mais j’ai bien vu les signes…

— Je ne sais pas. J’ai perdu le compte…

Des mâchoires, ses mains coulèrent jusqu’à sa gorge, puis ses épaules, et la jeune princesse l’enlaça prudemment, pinçant les lèvres pour retenir ses larmes.

— Tu fais des cauchemars.

Ce n’était clairement pas une question, alors Hilda ne répondit pas, se contentant de lui rendre l’étreinte, enfouissant son visage contre son épaule.

— Est-ce que ce sont des cauchemars… classiques ? Que tu as déjà eu auparavant ? Ou bien… ou bien ont-ils apparus durant ces six derniers mois ?

La précision aurait pu être plus chirurgicale encore, mais ni l’une ni l’autre ne voulait évoquer à voix haute le temps exact écoulé depuis… depuis…

— Deuxième option, s’étrangla la lolienne.

Sa gorge se resserrait avant qu’elle ne craque, les sanglots éclatant d’un coup, la secouant des pieds à la tête, sa prise sur son amie se resserrant presque à la douleur.

Mais Zelda ne se plaignit pas. Zelda ne commenta pas.

Elle resta, sans faiblir, tel un bateau bravant la tempête. Telle une bouée dans une mer déchaînée. Tel un roc en pleine tourmente.

Et, lorsque les hoquets s’espacèrent puis s’apaisèrent, elle se recula doucement, s’écartant d’elle sans la brusquer afin de mieux contempler son visage.

Les larmes avaient comme brouillé ses traits, amplifiant la situation de détresse dans laquelle se trouvait la jeune souveraine, lui déchirant le cœur avec plus d’efficacité que la sécespite d’Agahnim.

— Oh ma chérie, je suis tellement désolée…

L’enlaçant de nouveau, elle commença à la bercer, les repositionnant afin de l’allonger petit à petit, alors que les premières notes quittaient ses lèvres.

C’était plus qu’une berceuse, c’était un héritage, et pour ce soir, elle devait être une bénédiction, encourager Hilda à fermer les yeux et à sombrer dans le sommeil réparateur dont elle avait besoin.

Essayant d’imiter Impa dans son enfance, puis après chaque tentative des forces du mal à s’emparer de la Triforce par son biais, la jeune hylienne se libéra une main pour commencer à lui caresser les cheveux.

Le chant n’était pas très fort, tout juste audible, et les fausses notes étaient légions, la princesse ayant plutôt l’habitude d’en être l’auditrice, sans parler de la situation actuelle. Mais sa compagne n’en paraissait pas incommodée, ou du moins ne le montrait-elle pas, alors qu’elle gardait les yeux clos, se crispant de temps à autre, sûrement sous le passage de sombres pensées.

Elles restèrent ainsi, durant de longues minutes, s’apaisant mutuellement, jusqu’à ce que Hilda parvienne enfin à dériver et s’endormir complètement, étreignant tendrement sa compagne au travers de ses rêves.

De nouveau sereine, Zelda luttait contre l’assoupissement, contemplant le profil assoupi, frôlant du bout des doigts les longs cils couleur d’encre, la peau d’ivoire, les longues mèches byzantium… Elle lui faisait penser à la collection de poupées en porcelaine d’Impa. Si délicate et grâcieuse qu’elle s’attendait à ce qu’elle se brise au moindre déséquilibre, mais elle était forte, infiniment forte.

Le courage d’une lionne, l’entêtement d’un lynel et la persévérance digne d’un héros du Courage. Elle avait tout pour être la future reine dont avait besoin son royaume, bien plus qu’elle ne le sera pour le sien.

La chanson continuait de passer ses lèvres, sans même qu’elle n’y pense, alors que ses doigts glissaient sur les traits fins, lissant les marques de fatigue et les cernes.

Les notes se modifièrent pour une chanson enjouée, qu’elle avait entendue lors d’une fête à Cocorico, bien que les paroles lui restaient un mystère, alors elle se contenta de la musique.

Ses articulations commençaient à lui faire mal, à ne pas oser bouger de crainte de la réveiller, mais tant pis. Elle pouvait bien lui rendre ce service, comparé à tout ce qu’elle lui apportait.

Ses yeux finirent par balayer sa chambre, continuant le chant et les caresses.

L’obscurité autour d’elles était le minimum qu’elle pouvait encore supporter. Moins, et elle ne trouvait pas le sommeil. Plus… et elle craignait le sommeil.

Car, ne plus voir, ne plus pouvoir discerner son environnement, ce qui l’entourait, c’était risquer que quelque chose lui arriverait. Une fois de plus.

Resserrant sa prise sur le corps alangui de sa petite amie, Zelda essaya de se raisonner, brisant le chant pour se forcer à respirer correctement, mais il était trop tard. Ses yeux s’étaient déjà arrêtés sur une tache sombre, inconnue. Son cœur s’emballait. Ses méninges s’échauffèrent.

Venait-on encore lui faire du mal ?

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