Sicktember 2024

Sicktember 2024 – Traitement médiéval 11/30

Le monde ignorait la chance qu’il avait d’avoir du paracétamol.

Voilà à peu de chose près la pensée qui traversait l’esprit douloureux de Lavio.

Il était trois heures du matin et il était en caleçon dans la cuisine, affalé sur la table, à observer la dissolution de son comprimé dans son grand verre d’eau.

Le léger bruit s’échappant des petites bulles remontant à la surface sifflait au travers de ses oreilles comme un concert de perceuse. Ça sentait mauvais.

Mais il était encore loin du compte lorsque la lumière fut violemment allumée, lui arrachant un cri de douleur alors qu’il pressait les paumes contre ses yeux, tentant de chasser la sensation de tournevis s’y plantant.

— Oh merde, désolée !

Marine s’empressa d’éteindre, bien que le mal soit déjà fait, avant de se précipiter aux côtés du migraineux, l’invitant à retirer ses mains pour qu’elle puisse discerner quelque chose.

— Que se passe-t-il ? chuchota-t-elle.

— Maaal, grinça-t-il.

— Oh non, encore ? Mon pauvre…

Elle lui caressa les cheveux, compatissante, alors qu’il reposait le front contre la surface fraîche du meuble.

Lavio était familier des migraines. C’était un mal chronique dans sa famille, il avait alors appris à faire avec, refusant de la laisser lui bouffer la vie.

Mais il y avait des jours de crises, comme celui-là, où il n’avait qu’une envie : se faire exploser le crâne. Peu importe comment, peu importe avec quoi, juste maintenant.

— Tu n’avais pas dit qu’aucun traitement n’était efficace ? poursuivit Marine.

— C’était soit ça, soit l’arme de Link. Et comme elle est sous clé…

La tentative d’humour n’arracha qu’une grimace à la jeune femme, alors qu’elle l’observait s’emparer du verre et l’engloutir en quelques gorgées.

— Il n’avait pas fini de se dissoudre.

— Et c’est toujours aussi dégueulasse.

Le verre fut de nouveau déposé sur la table, un reste de mousse crépitant au fond, alors qu’ils se turent tous les deux, l’une pensive et l’autre suppliant pour une délivrance.

— Tu veux que je te sorte ton bonnet ?

— J’avais oublié de le mettre au froid, je dois encore attendre.

— Ah.

Elle s’était initialement tirée du lit pour une petite fringale nocturne, mais maintenant qu’elle savait la situation de Lavio, elle n’osait plus rien faire ni dire. La plupart du temps, ses symptômes restaient stables, mais il lui arrivait d’en avoir de nouveaux, ou que sa sensibilité soit plus aiguë. Pouvait-elle seulement respirer, d’ailleurs ?

Comme s’il avait entendu ses pensées, le lolien releva la tête, l’appuyant dans ses mains, avant de prendre de nouveau la parole :

— Tu sais, tu peux faire ta vie, t’occupe pas de moi, je vais gérer.

— Tu es avec moi, avec Link, avec nous, quand nous n’allons pas bien, c’est normal que je ne veuille pas te laisser seul…

— Et si c’est moi qui te le demande ?

Divisée, elle se mordit la lèvre, tentant d’apercevoir son expression malgré la semi obscurité.

— S’il te plaît… pleura-t-il pratiquement.

Le cœur déchiré, elle se leva et alla passer la porte quand elle s’interrompit pour faire volte-face et l’enlacer, dans le vain espoir d’aspirer sa douleur ou d’au moins pouvoir lui transmettre sa force. N’importe quoi qui pourrait l’aider…

À la place, il tapota doucement ses mains et elle prit l’invitation à partir, retournant à l’étage, se glissant dans le lit de son mari, transférant son étreinte sur lui, celui-ci l’enlaçant en retour, dans son sommeil.

Il y avait des combats qu’on ne devait réaliser que seul.


La raison initiale pour que chaque membre du polycule ait sa propre chambre, était qu’ils n’étaient pas en relation, à la base.

Link avait conservé sa chambre d’enfance, qui se trouvait être celle de son oncle avant lui. Ça faisait bien longtemps qu’il n’y traînait plus de peluche ou de petites voitures, y ayant grandi, mais il tenait à la garder.

La chambre d’ami actuelle, se trouvait en fait être celle de sa sœur à l’origine. Comme elle était souvent la seule à leur rendre visite, avec Hilda, la cousine de Lavio, c’était devenu assez évident.

Marine avait opté pour l’ancienne chambre de feu son beau-père, lorsqu’elle était arrivée, bien avant que le projet de mariage leur vienne en tête. La sienne, et celle de Link, se trouvait du côté avant de la maison, par où le soleil rentrait le plus, ce qui était un avantage non négligeable pour ses plantes. Elle avait peut-être perdu la mémoire de son passé, mais elle se souvenait quand même de la caresse de l’astre sur sa peau, comme si elle avait vécu dans un endroit où les jours de pluie étaient rares.

Lavio, lui, s’était approprié la chambre de l’autre côté du couloir, donnant sur le terrain, où vivaient les grands-parents de Link, jusqu’à leurs décès respectifs. Qu’ils aient poussé leurs derniers soupirs dans ladite pièce ne parut pas le refroidir. Quelque chose en rapport avec son pays natal…

Lui non plus ne s’était pas installé juste après leur mise en couple, avec Link. À l’origine, il cherchait simplement une location dans ses moyens, le temps de ses études. Il n’était pas tout de suite tombé sur cette adresse, non, il avait enchaîné les propriétaires malhonnêtes et les colocations sordides, avant de s’en plaindre enfin à sa cousine qui l’avait alors répété à sa petite amie, qui en avait touché deux mots à son frère.

Bien qu’il y ait d’autres chambres à travers la maison – la famille de Link avait été très nombreuse, à une époque – ce fut celle-là qui lui avait été proposé et pour laquelle il avait eu un coup de cœur. Le soleil ne rentrait pas directement, sans qu’il n’y fasse trop sombre, et le paysage était encore vibrant de nature, malgré les nombreuses constructions.

Mais, surtout, le summum, c’est qu’en fermant les volets, il pouvait se trouver dans le noir total. Il n’avait pas toujours besoin de son casque anti-bruit, aussi, car les environs étaient plutôt calmes. Et, en tant que migraineux chronique, ç’avait été une bénédiction.

Oui, à la réflexion, Lavio était tombé amoureux de la fermette, bien avant de Link ou de Marine.

Ils le taquinaient encore maintenant à ce sujet, même s’il le leur rendait bien, loin de l’embarras ressenti les premiers temps. Qu’y avait-il de mal à préférer sécuriser son confort à succomber aux élans de son cœur ?

Marine avait sûrement prévenu Link lorsqu’elle était retournée au lit car celui-ci ne vint pas lui rendre visite alors que l’heure de son lever était dépassé depuis longtemps.

Il y avait bien eu un léger effleurement contre le panneau de la porte, l’invitant à l’ouvrir pour découvrir un plateau sur lequel reposait une version bien médiocre de son thé à la menthe, avec son bonnet tout frais sorti du congélateur. L’intention était appréciée, même si le thé était vraiment immonde. Sûrement Link, mis au courant par Marine. Le pauvre pourrait faire tourner du lait rien qu’en le regardant. Alors, faire bouillir correctement de l’eau…

Amusé de la pensée, Lavio s’installa confortablement contre son tas de couverture et sirota le jus tiédi pendant que le froid faisait son office.


Marine avait sa serre et toutes les plantes de la maison, Link entretenait son potager et son verger, Lavio cultivait un jardin de simples. Encore un don généreux désintéressé de la part du propriétaire.

Il avait un peu tâtonné au début, ses connaissances en la matière ne dépassant pas la plante en pot (et encore, il avait découvert que celle qu’il avait arrosé des années durant était en fait en plastique) mais il avait pu compter sur ses amis pour l’aiguiller et rattraper ses bêtises au besoin.

C’était encore un petit carré de terre aux pousses timides, dont le résultat n’était visible par sa production que depuis deux années.

Link avait un peu triché, en ajoutant quelques plants au milieu des légumes du potager, dans son dos. Lorsqu’il l’avait découvert, il aurait sans doute pu l’étrangler, si le bouquet de basilic providentiel n’avait pas été si essentiel.

Il s’était contenté de lui décocher un coup de pied dans les tibias, pour la peine.

Lavio aimait bien s’installer dehors, à côté de son petit jardin médicinal, un livre dans les mains et entouré de son petit duo de lapins qu’il devait quand même surveiller du coin de l’œil, des fois qu’ils aillent se perdre dans le potager et y grignoter exactement ce qu’ils ne devaient pas grignoter.

Ils étaient forts à ce petit jeu, les sagouins.

Le soleil n’était pas trop fort et un petit vent frais remuait les feuillages des arbres.

Aujourd’hui était une journée assez simple, assez sobre, où il n’avait pas l’impression que son cerveau était en train de se tordre sur lui-même tout en se cognant contre sa boîte crânienne. C’était plutôt agréable.

Les petites boules de poil s’étaient allongés non loin de lui pour dormir, alors qu’il poursuivait sa lecture, levant de temps en temps la main pour la passer dans leurs doux pelages.

Une humidité étrange coula hors de sa narine, glissant entre ses lèvres, sans qu’il n’y prête attention.

La saison des allergies était rarement glamour, hélas.

Mais, lorsque ça toucha sa langue, il était trop tard, le sang avait déjà touché le livre, le décorant de petites taches rouges. Sauf que ce n’était pas juste une épixtasis, évidemment. C’était le début d’une nouvelle crise.

D’une minute à l’autre, cette petite parenthèse champêtre allait virer au cauchemar, à l’anti-chambre de l’enfer.

Déjà, la réalité commençait-elle à devenir floue, devant ses yeux.

Mais, si en temps normal il aurait pu se contenter de courir (?) jusqu’à sa chambre et s’y enfermer pour les heures de plaisir qui l’attendaient, ce n’était pas possible actuellement.

Il était impératif que Fluffle et Pompon soient enfermés dans leur enclos, par exemple. Qu’il puisse s’emparer de quoi soulager les symptômes à venir. Sauf qu’il était actuellement seul à la maison et avait laissé son téléphone à charger, dans sa chambre.

Il allait tellement devoir serrer les dents qu’il lui faudra prendre rendez-vous chez le dentiste, quand ça ira mieux…

Heureusement pour lui, les vertiges à proprement dit ne démarrèrent qu’une fois les lapins mis en sécurité et il ne trébucha presque pas, alors qu’il rentrait, malgré cette sensation d’avancer sur des sables mouvants, bien que gravir les escaliers fut une expérience qu’il espéra ne pas avoir à revivre de sitôt.

Il trébuchait alors que les larmes coulaient le long de ses joues, sa photophobie mise à mal alors qu’il forçait sur sa vue, autant pour ne pas se laisser emporter par cette sensation de sol se dérobant sous ses pieds que par le soleil ayant envahi la maison par toutes ses ouvertures.

Là, sa chambre. Là, son havre de paix.

Mais il n’avait pas fini, le repos n’était pas encore pour lui.

Il devait encore calfeutrer entièrement la pièce et penser à prévenir ses partenaires, tout en leur interdisant de couper court à leurs activités pour le rejoindre. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient servir à quoi que ce soit, autre que fixer la porte close en s’arrachant les cheveux.

Marine lui envoya un gif mignon pour le consoler mais Link fut plus difficile à convaincre. Lorsque la notification d’appel s’afficha, Lavio se demanda un instant si ce n’était pas lui, finalement, son affection chronique. La migraine, à côté, c’était rien, finalement.

— Je peux être là dans dix minutes, déclara l’hylien, après qu’il eut décroché.

— Super, tu pourras tenir compagnie aux meubles, gargouilla-t-il piteusement.

— Tu as besoin que je t’apporte quelque chose ?

Mais au lieu de lui répondre, submergé par ce qui se trouvait être la première vague de douleur, Lavio raccrocha, serrant son téléphone dans son poing alors qu’il s’efforçait de respirer selon un rythme précis.

Ça ne calmait pas nécessairement la douleur, mais il avait l’impression que ça lui permettait de la juguler légèrement. Et, accessoirement, ça lui épargnait l’envie de se mettre à insulter son compagnon pour se défouler.

Quand celui-ci vint, presque timidement, toquer à la porte, Lavio était parvenu à garder son état stable, paupières closes, respiration égale et immobilité totale. Sauf que, ne s’y attendant pas et son esprit ayant dérivé vers d’autres strates, il ne parvint pas à censurer sa surprise, brisant ainsi son installation.

Un glapissement de douleur franchit ses lèvres avant même qu’il ne l’enregistre, agissant telle une invitation pour Link qui ouvrit aussitôt la porte, entrant au même titre que la lumière.

Dans une autre situation, sans doute Lavio le taquinerait sur son entrée, lui auréolé de lumière, pénétrant dans sa grotte sombre… Mais cette situation ne parviendrait jamais, vu qu’il fallait pour cela qu’il soit en pleine crise, et donc l’esprit et le corps bien assez occupés pour ne pas pouvoir se fendre d’une plaisanterie.

Maigre consolation, il chuchota, alors qu’il parvenait au lit, semblant vouloir voir à travers la pénombre pendant que lui-même se mordait la langue, ébloui par la luminosité soudaine.

— Je t’ai entendu crier, je peux faire quelque chose ?

— Aller te faire voir, principalement, parvint-il à articuler. Dégage.

Cher Link. Il était le premier à les repousser dès qu’il reniflait un peu fort mais avait du mal à comprendre quand ils avaient besoin d’espace pendant leurs maladies respectives.

— Mais…

— Chéri, si tu ne t’en vas pas maintenant, je te balance à Marine. Ferme la porte en partant.

Douché, l’ancien militaire sortit sur la pointe des pieds et alla rabattre le battant, mais pas sans lui jeter un dernier regard, revêtant sans doute l’air d’un chiot triste.

— Si tu veux tellement te rendre utile, commenta Lavio à voix haute dans la pièce vide, apporte la perceuse, j’ai besoin d’une trépanation d’urgence…

Heureusement, le concerné n’était plus à portée d’oreille. Nul doute que sa réaction aurait été plus bruyante, autrement.

Laisser un commentaire