Genres : Famille – Hurt/Confort / One-shot
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Résumé : En tant qu’ancienne membre des Sunlight Sisters, Pumgyeok ne pouvait pas laisser sa fille Mira gâcher son potentiel, comme elle l’avait fait. Et tant pis si elle n’avait pas besoin d’elle pour briller.
Bonne lecture !
Eunha n’avait pas de belles jambes à montrer sous de minuscules jupes ou de longue tresse comme Mi-Yeong. Elle n’avait pas non plus la voix puissante de Celine ni de belles couleurs sur sa tenue.
Non, elle avait juste deux pompons débiles et les costumes les plus sages qu’on voulait bien lui donner.
Rien chez elle ne l’avait destiné à se trémousser sur scène, et encore moins à combattre des démons tout en pérennisant la barrière séparant leurs mondes.
Elle aurait dû s’en douter lorsque Mi-Yeong l’avait traîné au casting en refusant de lui expliquer quoi que ce soit, et plus encore en y découvrant Celine qui était aussi surprise qu’elle.
Des décennies plus tard, elle se demandait encore comment elle avait deviné que toutes les trois avaient la capacité de contempler le Honmoon, et le monde comme il l’était vraiment…
Celine ne lui avait jamais plu. Elle ne provenait pas de leur monde, à toutes les deux. Elle n’allait même pas dans le lycée privé où se rendaient Mi-Yeong et elle ! Là aussi, elle ignorait comment toutes les deux avaient pu se rencontrer.
Lorsque la vraie raison se cachant derrière le casting leur fut communiquée, il était trop tard pour faire marche arrière. Il n’y avait aucun refus possible.
Sa famille ne le lui aurait jamais permis d’entacher leur réputation et encore moins de jeter son avenir prometteur à la poubelle comme ça. Et il lui était impossible de partager le don qui était le sien depuis sa naissance.
Alors, à la place, elle s’adressa à sa mère, et seulement elle. Et elle lui raconta qu’elle devait protéger et veiller sur son amie Mi-Yeong.
La famille Ryu lui accorderait sa bénédiction sans le moindre doute ! La petite dernière avait toujours était la préférée du patriarche, ce qui lui avait permis ce comportement un peu puéril, rêveur et naïf, qui faisait froncer les sourcils à plus d’un chaebol à son encontre.
Mais tout aussi fantasque soit-elle, elle restait l’héritière d’un des plus gros groupes coréens et son mariage avec son frère aîné était décidé depuis de longues années.
Eunha savait que c’était le meilleur argument qu’elle pouvait avoir. Veiller sur sa future belle-sœur.
Mais ça ne suffit pas, évidemment. Sa famille n’était pas arrivée là où elle était sans imposer ses conditions dans des marchés.
À la famille et aux amis, on raconta qu’elle avait quitté la Corée pour les États-Unis. Elle dut se trouver un pseudonyme et l’avocat écrivit plusieurs contrats pour forcer l’agence et ses employés, le nouveau trio, mais aussi elle-même, à ne plus utiliser qu’Eunha.
Se faire ainsi arracher son identité avait été si étrange, un peu comme devenir subitement orpheline.
Elle savait que c’était pour son bien, mais ça la sonna plusieurs jours d’affilé.
Dans la même veine, il avait été exigé qu’elle soit toujours vêtue avec décence. Aucun secret ne pouvait être caché éternellement, il était hors de question qu’un habit inconvenant l’empêche de se marier.
Et, enfin, qu’elle soit le moins possible mise en avant.
Il y avait eu d’autres conditions, la famille était dure en affaire, mais c’était les principales.
Au début, même en étant seulement trois, il n’avait pas été compliqué de rester en retrait.
Celine avait une voix hypnotisante, elle attirait l’attention de tous ceux à portée d’oreilles, rien qu’en réalisant des vocalises.
Mi-Yeong, elle, avait un physique qu’elle avait toujours su mettre en valeur, et il ne lui avait pas fallu longtemps pour que sa personnalité solaire conquiert les employés, puis les fans.
Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Eunha s’épuisait à apprendre des chansons où sa voix se faisait éclipser par la chanteuse principale, et des chorégraphies qui mettaient en avant Mi-Yeong.
Heureusement qu’elle pouvait se défouler sur les démons, même si son efficacité dans le domaine en avait choqué plus d’un.
Mais ce n’était pas comme si elle allait s’en excuser ?
Vivre dans l’ombre des autres, ç’avait été sa destinée. Laisser son frère obtenir les louanges, faire la fierté de sa mère en étant silencieuse et disciplinée, permettre à son père de faire miroiter la parfaite épouse et mère qu’elle deviendra dans le futur.
Mais, pour une fois où elle pouvait – presque – vivre par elle-même et peut-être même découvrir qui elle était réellement…
Sa frustration avait été telle que les combats et les entraînements n’étaient plus suffisants. Elle avait l’impression d’étouffer, d’être bloquée dans un moule trop étroit et difforme.
Et elle commença à créer ses propres pas de danse.
Non pour concurrencer ceux de leur coach ou pour se prouver quoi que ce soit.
Mais parce que, lorsqu’elle était là, seule dans la salle d’entraînement, vêtue d’une tenue qui ferait hurler sa mère d’horreur, à bout de souffle et couverte de sueur…
Elle se trouvait belle.
La vue n’était plus bouchée par les courbes de sa meilleure amie, il n’y avait pas les notes de leur leader. Juste elle, et un plaisir qu’elle ignorait pouvoir ressentir.
Évidemment, ça n’avait pas pu rester secret bien longtemps – pas qu’elle l’avait cherché – et Mi-Yeong avait harcelé leur manager jusqu’à ce qu’elle ne cède et qu’Eunha devienne leur chorégraphe et danseuse principale.
C’est dans ces moments-là qu’elle se rendait compte du pouvoir de persuasion de la jeune héritière. On ne transgressait pas un contrat établi par sa famille aussi facilement !
Sortir des danses conventionnelles parut redonner un gain d’intérêt à leur groupe et il ne leur fallut pas longtemps pour être l’un des groupes les plus populaires, obtenant un engouement auquel aucune d’elles n’auraient pu rêver.
Le Honmoon se renforçait à chacune de leur représentation, et le constater emplit Eunha d’arrogance.
Mais la vie d’Idol est éphémère et, malgré leurs pouvoirs, elles étaient incapables d’arrêter le temps.
La fin de leur carrière se profilait et la tension qui en résultait les éloignait.
Elles savaient que c’était une situation à échéance lorsqu’elles avaient signé mais, grisées par leur nouvelle vie et leurs combats, aucune d’elles trois n’y avait réfléchi.
Eunha savait ce qui l’attendrait : elle pourrait redevenir Lee Pumgyeok, retrouver sa famille et ses proches. Bref, reprendre le cours de son ancienne vie et suivre les plans prévus.
Mi-Yeong, elle, épousera son frère aîné, alliant la famille Ryu avec la famille Lee.
Elles avanceront dans la vie qui était la leur depuis leur naissance et oublieront bien vite cette parenthèse de quelques années.
Quand à Celine, elle s’en moquait bien.
De souvenir, elle était issue d’une lignée de mudang, elle n’aura qu’à ouvrir son cabinet ou peu lui importait.
Mais, évidemment, ce ne fut pas ce qui se passa.
Le Honmoon d’or était imminent. C’était leur dernière tournée avant la fin et tout devait être impeccable. Mais Mi-Yeong commença à agir bizarrement. À faire le mur quand elle avait un moment de libre. À se pomponner alors qu’il n’y avait aucune présentation de prévue. Elle était encore plus distraite qu’à l’ordinaire.
Celine décida de s’en charger, lui permettant de ne pas s’épuiser dessus. Les sentiments n’étaient pas son fort. Mais en échange, Eunha se trouva comme mise à l’écart, ignorant ce qui se passait, alors qu’une intimité particulière se nouait entre elles.
Elle préféra le balayer, se concentrant sur l’imminence du Honmoon d’or et à contacter sa mère pour organiser son retour.
Bien sûr, elle ne lui dit rien au sujet du comportement étrange de sa future belle-sœur. Celine lui aurait signalé quoi que ce soit de problématique, non ? Elle devait juste vouloir profiter des derniers instants de liberté avant le retour à la normale.
Mi-Yeong avait toujours du mal à se conformer aux ordres, à tenir le rôle qui lui était destiné. Pas très surprenant qu’elle réagisse ainsi.
Du moins, était-ce ce qu’Eunha pensait, jusqu’à l’annonce de sa grossesse.
Mi-Yeong était resplendissante de bonheur alors que Celine paraissait être constipée depuis des jours, lorsqu’elle l’apprit.
La trahison était telle qu’elle ne put le gérer.
Remplissant le vide qui se créait à cette annonce de toute son arrogance et de son orgueil, Eunha fit la seule chose qu’elle se sentait capable de faire : elle quitta le groupe.
Peu importait le sort des humains contre les démons, peu importait l’avenir de son ancienne amie et de son foutu enfant. Peu importait ce qu’allaient dire et faire leurs familles.
Celle qu’elle considérait comme sa propre sœur, qui allait épouser son frère, avait brisé tout ce qu’elle savait pour batifoler avec un inconnu. Et au lieu de lui en parler dès le début, elle avait poursuivie sa bêtise jusqu’à ce que Celine s’y implique. Celine qui n’avait rien dit ni fait pour l’en dissuader, et qui ne l’avait pas prévenue, elle, non plus.
Eunha l’avait su depuis le début. Peu importait qu’elles soient toutes les trois capables de voir les parois du Honmoon et les foyers de démons, ça avait toujours été elles deux puis elle-même.
Un duo avec une troisième roue.
Lorsqu’elle était retournée au manoir familial, la valise à la main et le visage couvert de coulures de maquillage, sa mère n’avait rien dit. La gouvernante qui lui avait ouvert avait sursauté et reculé d’un pas sous la surprise, mais sa mère était imperturbable.
Tout juste la salua-t-elle et l’accueillit-elle, avant de la renvoyer dans sa chambre d’enfant afin de paraître présentable.
Depuis ce jour, Pumgyeok avait scellé Eunha dans son passé. La dissolution des Sunlight Sisters avait fait couler de l’encre et elle aperçut de loin en loin des articles à ce sujet, mais elle ne voulait rien savoir… De toute façon, sa mère s’assurait de bannir toute mention de ce groupe dans leur foyer.
S’enorgueillant d’un séjour fictif aux États-Unis, elle replongea dans ce qui avait toujours été sa vie. Peu importe, là aussi, qu’elle n’avait pas de diplôme dans ses bagages, on ne l’épouserait pas pour ça, et elle était destinée à tenir la maison, après tout.
Si son frère n’épousa finalement pas Mi-Yeong, elle fit la rencontre de Kang Sang-ook.
Jeune chirurgien prometteur, issu d’une famille travaillant dans le monde médical, son père possédait une grande clinique privée aux prix élevés.
Leur union ne fut pas longue à délibérer, et ce fut le jour de son mariage qu’elle apprit la mort de Mi-Yeong, de la mère de celle-ci, invitée pour l’occasion.
Eunha en aurait été dévastée. Mais Pumgyeok se contenta de présenter ses condoléances à la mère en deuil et de lui suggérer de rentrer chez elle. Il ne faudrait pas porter malheur à son futur.
Ç’avait été une belle cérémonie.
Ses parents avaient été fiers d’elle, que ce soit pour son comportement ou son nouvel époux.
Ils avaient offert une belle maison au nouveau couple, celui-ci s’y installant au retour de leur voyage de noces.
Sang-ook n’était pas souvent là, très pris par sa carrière florissante, mais il restait un mari attentionné qui prenait de ses nouvelles et lui faisait des cadeaux.
Il n’y avait bien eu que Mi-Yeong pour rêver d’amour, dans leur cercle.
En échange, elle lui donna un fils, un héritier, pour faire prospérer la tradition familiale. Un futur médecin, à son tour.
Lorsque son beau-père le nomma Myeong, elle se troubla mais fut incapable de savoir pourquoi. Mais elle n’avait pas le temps de se poser des questions : elle avait un fils à élever.
L’annonce de sa seconde grossesse fut une surprise pour tous, et elle en particulier.
Mais ce n’était rien, comparé au moment où les sages-femmes lui tendirent le nourrisson et qu’elle le nourrit pour la première fois, hébétée.
Une fille.
Mira.
En grandissant, elle démontra un caractère bien trempé, haussant le ton pour se faire entendre et n’hésitant pas à recourir aux poings si la situation l’exigeait (à ses yeux).
Sang-ook l’abandonna à sa charge, trop occupé par son poste de directeur du pôle chirurgie et par l’instruction de Myeong.
Pumgyeok se retrouvait donc avec une gamine dont le but dans sa courte vie était d’aller à l’encontre de tout ce qu’elle connaissait.
Alors, elle sévit. Elle punit. Elle l’enferma dans sa chambre, la priva de sortie ou d’argent de poche. Elle l’inscrivit à des cours du soir.
Mais intérieurement, elle l’enviait d’être si naturelle. D’être capable d’affirmer à haute voix ce qu’elle pensait, peu importe les conséquences.
Puis, elle les vit. Elle fut témoin de l’attention de sa fille pour les vagues bleues du Honmoon, particulièrement en 2012 où il se consolida avec une telle force qu’il en était pratiquement doré. *
Elle l’aperçut imiter maladroitement les danses qu’elles voyait à la télé puis sur son ordinateur plus tard, grognant sur son miroir trop étroit et s’écorchant de ses multiples chutes.
Évidemment, une fille de son rang ne pouvait pas suivre des cours de danse de ce genre, alors Pumgyeok se contenta d’alimenter sa boîte à pharmacie et de réorganiser le planning des domestiques pour qu’aucun ne soit à proximité de la chambre de Mira à ce moment-là.
De temps à autre, elle avait une pensée fugace pour l’enfant qu’avait eu Mi-Yeong, surtout depuis que Celine l’affichait en public.
Rumi. Elle était bien partie pour tenir de sa mère, peu importe qui était son géniteur.
Mais il était impossible de contenir Mira éternellement. Elle se sentait déjà bridée, brimée et détestée. Ça ne pouvait que mal finir.
Alors, une nouvelle fois, Pumgyeok prit une décision sans en informer personne.
Elle contacta Celine. Et Celine lui répondit.
Elles se donnèrent rendez-vous dans un café haut-de-gamme. Les premières minutes s’écoulant dans un froid glacial qui aurait enrhumé au ours polaire.
— Tu nous as abandonné, lâcha Celine.
— Vous m’aviez abandonné bien avant. Depuis le début, en fait.
Elles se fixèrent sans mot dire.
— Tu voulais me parler de ta fille ?
Le côté droit au but de son ancienne collègue lui rappela Mira. Pumgyeok eut un sourire amer à cette observation.
Elle avait beau eu la porter neuf mois et l’avoir élevé toutes ces années, sa fille tenait plus de ses anciennes collègues.
Mais peut-être aussi d’Eunha ?
Sa prise sur sa tasse se raffermit, ses jointures blanchissant suite à cette réflexion.
— Oui. Elle s’appelle Mira. Je sais ce que tu comptes faire de Rumi. Prend-la avec vous.
— Tu te moques de moi, constata la jeune femme. Toi, toi qui as fui, nous affaiblissant et nous empêchant de réaliser le Honmoon d’or, tu veux que je prenne ta fille pour Huntr/x ? Pour qui te prends-tu ?
— Ce n’est pas par népotisme. Mira a du talent. Permets-lui de te le prouver, et tu pourras la voir briller comme jamais nous n’en avons été capable.
— Qu’est-ce que j’y gagne ?
Abandonnant son café, l’ancienne chanteuse s’était appuyée contre son dossier, les bras croisés.
— Le Honmoon d’or. Ça vaut le coup, non ?
Ça n’avait pas pu être fait si facilement, bien sûr. Il avait fallu ruser. Mira devait continuer d’ignorer la véritable opinion de sa mère sur elle.
Le dossier d’inscription avait été adressé à son nom, mêlé au courrier le plus banal, et personne ne commenta lorsqu’elle préféra l’ouvrir dans sa chambre, quittant le petit-déjeuner sans n’avoir rien mangé.
Pumgyeok savait ce que l’enveloppe contenait et elle cacha son sourire dans sa tasse de thé.
Celine avait toujours su prendre les bonnes décisions et saisir les opportunités à pleines mains.
Sa petite Mira allait pouvoir goûter à la même liberté qu’elle en son temps. Mais elle, elle avait l’envergure d’une reine, elle sera capable de se faire une place dans ce monde et de les faire ramper à ces pieds.
Évidemment, Mira avait dû mentir pour se présenter au casting, comme elle avec Mi-Yeong, et Pumgeyok prétendit y croire, bien qu’elle sut exactement ce qu’elle comptait faire.
Mais, lorsque, le lendemain, Celine lui envoya une vidéo du casting de Mira, elle sentit les larmes couler sur ses joues.
Jamais, ô grand jamais, n’avait-elle vu son enfant avec un tel sourire, une telle aura, une telle faim.
Elle paraissait si… vivante.
Mais il n’y avait pas que la vidéo. Celine avait ajouté un message :
« Elle a plus de potentiel que tu n’en as jamais eu. C’est un véritable diamant brut. Il me la faut. »
Maintenant restait la partie la plus complexe : faire quitter la maison, qu’elle identifiait comme une prison, à sa fille si jeune…
Mais Pumgyeok avait de la ressource. Et un mari pratiquement aveugle au potentiel de leur cadette. En faire son outil ne serait pas trop compliqué…
Lorsque Celine et elle se revirent, il y avait de nombreux formulaires à remplir.
— Heureusement que la signature des deux parents n’est pas nécessaire, soupira l’ancienne main dancer.
— Avec la situation de Rumi, ce n’était pas possible, alors j’ai fait modifier tout ça. Elle est loin d’être la seule concernée.
Hochant distraitement la tête en accord, Pumgyeok remplit consciencieusement les papiers transmettant temporairement son autorité à Celine en sa qualité de manager, le temps que les démarches d’émancipation engagées par Mira ne soit validées.
L’atmosphère entre elles n’avait pas changé. Il était plus simple de se détester mutuellement que de se pardonner.
Les documents changèrent de mains alors qu’une larme traîtresse glissa le long de sa joue, emportant son maquillage sur son passage, tout comme d’autres l’avaient ravagé, des années auparavant.
— Nous en avons donc fini, déclara Celine.
— Oui. Non !
Pumgyeok fouilla facilement son sac avant d’en sortir de vieux carnets abîmés.
Des carnets que l’ancienne leader reconnut avec un peu de retard.
— Est-ce… bien ce à quoi je pense ? Pourquoi les as-tu gardé ?
— Je l’ignore. Je me suis débarrassé du reste. Personne ne sait pour Eunha, pas même mon mari. Mais les voilà.
Les caressant une dernière fois avec affection, elle les lui tendit.
— Dis-lui que c’était ceux d’Eunha. Qu’elle en fasse ce qu’elle veut. C’est le seul héritage concret que je peux lui donner.
— Elle a le droit de savoir pour toi, objecta Celine en s’en emparant.
— Non, refusa-t-elle. Qu’elle continue de me détester. De nous détester. Qu’elle prenne son envol sans le poids de la tradition et de la famille.
C’était pratiquement une confession et Celine détourna son attention du visage en larmes de sa vis-à-vis.
— Je peux ?
Pumgyeok se contenta d’agiter la main en réponse, péchant un mouchoir de l’autre.
Avec révérence, elle ouvrit une page au hasard et bien vite l’émotion la prit à la gorge. Elle en feuilleta d’autres et sentit une boule dans sa gorge.
Là, retranscrites religieusement, se trouvaient toutes les chorégraphies de leur carrière. Celles abandonnées, celles avant et après modifications. Les chansons affiliées.
Mais aussi des silhouettes gribouillées d’elles trois pour illustrer chaque pas.
— Je ne comprends pas pourquoi on en fait un tel drame, renifla dignement Pumgyeok. Ce ne sont que de vieux tas de poussières.
Mais, l’espace d’un instant, Celine fut capable de voir à travers son masque et de comprendre à quel point ça la déchirait de s’en séparer.
— Tu sais, je pense que, Mira et toi, vous ressemblez plus que vous ne le croyiez.
— Impossible, cette enfant s’est faite toute seule. Je lui ai donné la vie et elle s’est chargée du reste.
Elle aurait pu rire de ce commentaire, en d’autres temps, mais la séparation symbolique d’avec ses carnets l’avait plus bouleversée qu’elle ne le pensait.
— Si tu le dis…
Caressant une dernière fois les couvertures usées, Celine les glissa dans son propre sac, en compagnie des formulaires.
— Fais-la briller, souffla Pumgyeok. Qu’elle éblouisse quiconque posera les yeux dessus. Qu’il la traite comme la reine qu’elle sait être.
— Mira n’en a pas besoin, objecta son ancienne collègue. Elle resplendit d’elle-même. Huntr/x se contentera d’amplifier ce qui existe déjà, pas de créer ce qui n’existe pas. Comme pour nous, à notre époque.
Elles se turent, Pumgyeok se tamponnant les yeux régulièrement.
Leurs souvenirs restèrent en suspens entre elles, vestiges d’une époque douce-amère.
— Comment… comment est-elle morte ? Osa subitement Pumgyeok.
— Par la faute d’un démon.
Le ton cinglant lui fit comprendre que leur rendez-vous était fini. Qu’elles n’avaient plus à se revoir, à se parler. À rappeler qu’elles avaient un passé commun.
— Je vais y aller, déclara-t-elle alors.
— Bonne idée, retourne à ta vie dorée et insipide.
— Je te confie Mira.
Le regard qu’elles échangèrent était vibrant d’émotions variées.
Puis, il fut brisé et Pumgyeok quitta le café, son ancienne carrière d’Idol et sa fille.
Mais cette dernière était entre de bonnes mains, elle n’en doutait pas un instant.
Les premiers temps, elle avait dû trouver des prétextes expliquant l’absence de Mira, des qui ne mèneraient pas la visite de la police ou des services sociaux.
Pumgyeok n’avait pas l’intention de répéter les mêmes décisions que sa mère, elle n’avait pas le même but, et Eunha était différente de Mira.
Et ça fonctionna, jusqu’à ce que Huntr/x escalade les charts et que Mira devienne le visage du groupe.
Pumgyeok en eut la surprise, un jour de pluie. Réfugiée sous son parapluie, elle s’était arrêtée pour laisser passer les voitures, attendant son chauffeur, lorsqu’une publicité passa sur l’un de ces grands écrans, attirant son attention passive.
Et qu’elle y aperçut sa fille, flanquée de celles de feue son amie et une qu’elle n’avait encore jamais vue.
Elle était incapable de dire en quoi consistait cette annonce, se contentant de scruter chaque pixel représentant Mira dans toute sa gloire.
Celine avait raison. Mira avait toujours resplendi par elle-même, la présence d’Huntr/x ne faisait que l’amplifier.
Elle réussira là où elle avait échoué.
Pas le Honmoon, pas la carrière d’Idol.
Vivre par elle-même, pour elle-même.
Et briller tout au sommet.
