Sicktember 2023 - alternatif

Sicktember 2023 – alternatif – « Le seul endroit où nous irons sera la pharmacie » 1/5

— Mais je te dis que tout va bien ! C’est inutile !

Peu importe à quel point il sanglotait, Eartha était inflexible : si Leon ne mettait pas ses chaussures dans la seconde, elle se contenterait de le traîner à la pharmacie en chaussettes. Elle ne se laisserait pas attendrir par ses yeux remplis de fausses larmes.

Franchement, comment avait-il pu croire que ça fonctionnerait, avec elle ? Non seulement ils se connaissaient depuis l’école primaire, mais en plus, il savait parfaitement qu’elle était issue d’une fratrie nombreuse. Les yeux de chiens battus étaient le premier artifice qu’ils mettaient au point !

Abandonnant finalement le combat, le militaire fit le dos rond et alla se chausser, non sans ronchonner tout bas. Il devait faire attention, la demoiselle avait l’oreille fine !

C’était donc avec sa plus mauvaise tête qu’il lui emboîta le pas, alors qu’elle les emmenait à la pharmacie de son habituel pas énergique.

Elle ne lui tenait même pas la main ! Elle devait vraiment lui en vouloir… Pourtant, il avait été comme d’habitude, non ? Ce n’était qu’un petit bobo sans importance, après tout, nul besoin d’en faire tout un cirque !

— J’parie qu’il va te rire au nez et que tu vas te sentir très idiote, marmonna-t-il en croisant les bras.

Mais peine perdue, il en fallait plus pour faire changer d’avis son épouse. Au lieu de prendre la mouche, elle tourna à peine la tête vers lui pour lui répondre, l’expression glaciale :

— Si Laudhannüm se permet de rire de moi déjà, j’espère bien que tu le remettras à sa place, si je ne l’ai pas déjà fait, ensuite, s’il se permet d’être si peu professionnel dans une situation pareille, tu peux être sûr que plus personne ne passera sa porte dès le lendemain, après que je l’ai étrillé auprès de toutes les commères de la Cité.

Et, sachant que sa mère avait les oreilles de chaque épouse et mère de notable, sans oublier sa belle-sœur qui s’était fait un beau réseau depuis la cordonnerie familiale, c’était clairement une promesse, et non une simple menace.

Avec retard, Leon se demanda comment il avait pu oublier qui il avait épousé. Mais, à peine eut-il formulé cette réflexion que la douleur revint noyer le reste de ses pensées, lui tirant une grimace d’inconfort.

S’en rendant compte, Eartha leva les yeux au ciel et soupira, ralentissant le pas de manière à se retrouver à côté de lui.

— Tu as mal.

N’étant pas une question, il ne répondit pas, censurant son envie de se gratter l’oreille. Ça ne ferait qu’empirer la situation. Alors, à la place, il s’empara de sa main, la serrant par à coup.

— Chéri, ce n’est pas pour t’embêter que je veux que tu sois examiné. C’est juste que c’est la chose à faire. Quand on se sent mal, on va consulter. Que ce soit le médecin ou le pharmacien, ça te regarde.

— Alors, rentrons, et je prendrais rendez-vous avec Laxharaull !

Le regard plat que lui adressa sa femme lui fit perdre de sa superbe.

— C’est exactement ce que je t’ai dit de faire. Il y a une semaine.

— Mais ça allait très bien !

Décidant que c’était un dialogue de sourds, elle se tut et le chemin se fit en silence.

Parfois, elle se demandait si ce n’était pas avec l’enclume de son beau-père qu’elle s’était mariée…


Ils avaient été guidé dans une petite pièce à part pour un peu plus d’intimité, afin que l’auscultation se fasse loin des oreilles indiscrètes. Et en parlant d’oreilles…

— Franchement, je vais finir par croire que l’opiniâtreté des Smith est héréditaire, soupira le pharmacien. Alors, Leon, comment dire ça de manière simple…

Le souci avec les villes de taille réduite, c’est que, vous avez beau grandir, ceux qui vous ont connu en couche et la morve aux nez, ne vous voyez plus qu’à travers ce prisme. Et vu le nombre de fois que sa mère avait dû les traîner, lui et sa jumelle, pour retirer une écharde ou traiter une piqûre de guêpe, Laudhannüm était pratiquement un ami de la famille, à ce stade…

— Je ne suis pas idiot, merci, marmonna-t-il.

Le seul point positif, dans cette situation, c’est qu’Eartha était traitée de la même manière et le savait. Ils étaient comme deux enfants pas sages ayant dévalisé le garde-manger dans le dos de leurs parents et souffrant de maux d’estomac.

— Idiot, non, le problème n’est clairement pas un manque d’intelligence, bien que j’ai parfois des doutes, mais j’hésite entre du masochisme et un déni stratosphérique. Depuis combien de temps est-il dans cette situation ?

— Ce matin ! se défendit-il.

Mais c’était à son épouse que le pharmacien s’adressait, et ce fut elle qui lui répondit :

— Environ une semaine. Ou, en tout cas, l’écoulement a commencé à être visible à ce moment-là. C’est quand j’ai dû changer les taies d’oreiller que je m’en suis rendue compte.

— Pas avant ?

— Il est revenu de mission, en début de semaine dernière. Difficile de savoir.

— Et ses co-équipiers ?

— Personne ne les appelle ! claque Leon.

Non mais, ça allait se calmer, les humiliations publiques ? Oui, bon, c’était de sa faute, mais ce n’était pas une raison pour le dire…

Mais le regard de Laudhannüm le convainquit de se faire oublier tout de suite, et il se rassit, la tête basse.

— Du coup, quelle est la marche à suivre ? relança la jeune hylienne.

Songeur, le pharmacien inclina la tête du militaire auscultant une fois de plus son oreille.

— En premier lieu, je vais devoir désinfecter et nettoyer tout ça. Pour le traitement, de simples gouttes auriculaires. Comme ça fait un moment et, surtout, qu’on ignore depuis quand c’est comme ça, on va prendre celles aux corticoïdes. Évidemment, il doit garder les oreilles au sec tout le long du traitement, douche inclus. Revenez me voir si ça empire ou quand ça ira mieux, que je vérifie. Et on continue jusqu’à ce que je dise d’arrêter, compris ?

Cette partie était encore pour lui.

En effet, Leon avait pris l’habitude d’arrêter ses traitements dès qu’il se jugeait guéri ou en meilleure forme, contre tout bon sens, ce qui avait tendance à le renvoyer aussi sec au lit, dans un état pire encore que précédemment.

Il eut un pincement au cœur en croisant l’expression concentrée de son épouse. Elle n’avait pas signé pour être garde-malade, quand il lui avait demandé sa main, et pourtant il était incapable de mieux se comporter. Si, un jour, ils avaient des enfants, elle aura les bras plus que plein…

Ce n’était pas la première fois qu’il se faisait la promesse de changer, de s’améliorer, alors qu’ils rentraient chez eux, un sachet contenant les fameuses gouttes en main, plongés dans le même silence que tantôt.

— Je suis désolé, commença-t-il.

— Mmh ? À quel sujet ?

Par où commencer ?

— Je suis désolé de me comporter comme un gamin, poursuivit-il.

La prise sur sa main se renforça, alors qu’elle l’encourageait. Il ne s’en tirerait pas à si bon compte, on dirait bien… Non seulement, elle attendra qu’il ait fini réellement avant de lui répondre, mais en plus, elle ne le guidera pas.

Il avait vraiment foiré.

— Je suis désolé de ne pas t’avoir écouté et de ne pas avoir consulté quand tu m’as dit de le faire.

Bon, ça n’avait pas l’air suffisant, mais au moins il était dans la bonne direction.

— Je suis désolé de toujours t’inquiéter.

Le trajet lui parut bien long, alors qu’il égrenait ses excuses, les yeux rivés sur le visage de son épouse, à la recherche du moindre indice pouvant lui signifier quel devait être la suite.

Lorsqu’ils parvinrent devant chez eux, elle pilla, lui lâchant la main pour les poster toutes les deux sur ses hanches, se tournant pour lui faire face.

— J’aimerais que ça te serve de bonne leçon, mais je sais que ce serait me bercer d’illusions et que tu recommenceras, à la première occasion. Que tu joues les dur à cuire sur le terrain, ça regarde tes supérieurs, mais à la maison, je te l’interdis, compris ?

Eartha n’était pas très grande. Elle dépassait difficilement la moyenne nationale et était assez fine pour qu’il puisse la soulever d’un seul bras. Mais elle avait su développer très tôt un caractère bien trempé, en plus de ne pas s’encombrer à tourner autour du pot.

Malgré lui, il sourit en se souvenant d’elle le jour du mariage, menaçant le prêtre de lui enfouir son bouquet à un endroit peu convenable, s’il continuait de lorgner son décolleté. Elle s’était faite tirer les oreilles par sa mère, après ça, mais l’assemblée avait bien ri sur le coup, pendant que lui avait fixé à son tour le pervers de son regard le plus menaçant.

Elle était donc plus petite que lui – même, plus petite que Linkle, sa jumelle – mais elle avait une présence qui lui donnait envie de se mettre à genoux et de s’excuser aussi longtemps que nécessaire, réellement repentant.

Était-ce masochiste de penser que c’était ce qui lui plaisait chez elle ? Non pas qu’elle le fasse se sentir tout petit d’un seul coup d’œil, mais sa force intérieure qui pourrait faire ployer n’importe quelle menace armée ?

En déploiement, il était arrivé à Leon de dire qu’il suffirait d’envoyer son épouse pour résoudre le conflit, à leur place. Il n’avait pas le moindre doute sur son efficacité.

— Compris ? répéta-t-elle.

— Oui mon adjudant, acquiesça-t-il en se mettant au garde à vous.

Il n’y avait même pas réfléchi, agissant par automatisme. Lorsqu’il s’en rendit compte, le mal était fait : son épouse essayait de s’empêcher de glousser, une main cachant sa bouche.

— C’est pas drôle, tenta-t-il de se dédouaner.

Mais c’était peine perdue, et ils rentrèrent sous l’hilarité de la jeune hylienne, malgré ses meilleurs efforts.

— Je vais prendre mon traitement, marmonna son époux, se dirigeant vers la salle de bain.

Tout amusement envolé, elle l’attrapa au vol, l’incitant à s’arrêter.

— Attends, non ! Je, je vais m’en occuper !

Soudain suspicieux, il fronça les sourcils dans sa direction.

— Ma chérie, je sais encore où sont mes oreilles.

— Je n’en doute pas, mais euh…

Elle essaya de s’emparer du sachet de la pharmacie, mais il n’avait pas l’intention de le lui céder, sans comprendre avant ce qui se passait.

— Bon, j’ai acheté un truc, en même temps, laisse-moi le récupérer avant !

Elle ne lui avait jamais fait de cachoterie, même quand ils étaient au CP et qu’on se moquait de lui pour sa dyslexie. Une sueur froide le parcourut lentement.

Laudhannüm avait récemment pris un jeune apprenti qui semblait plaire à sa patientèle. Est-ce qu’il aurait mis son numéro de téléphone, un billet doux, ou quelque chose dans ce goût-là, parmi les gouttes nécessaires à son otite ?

Le sachet fut brutalement déchiré, son contenu tombant au sol avant que l’un des deux ne parvienne à le rattraper à temps.

Entre eux, éparpillés, il y avait des gouttes auriculaires. Et un test de grossesse.

— Surprise ? couina Eartha.

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