Year of the OTP - 2023

Year of the OTP – 2023 – Costumes de couple 52/69

Ç’avait été une bonne idée. Pendant environ une demi-heure. Ce qui correspondait au temps passé à enfiler le costume et ses accessoires, combiné à celui du chemin jusqu’à ce petit pavillon.

Mais, depuis qu’il en avait passé le pas de la porte, il se sentait de plus en plus ridicule au fur et à mesure que les invités les remarquaient, lui et sa tenue.

Maintenant, il en était réduit à se planquer dans le coin le plus sombre et éloigné de l’espace dédié au rassemblement et à prier pour que la prochaine personne à les rejoindre ait un costume suffisamment original – positivement ou négativement, il prenait – pour concentrer toute l’attention sur lui.

Ce n’était pas très charitable d’espérer l’inconfort qu’il expérimentait, à quelqu’un d’autre, mais actuellement il n’avait plus que cette solution.

Avec celle de se mettre en sous-vêtements, mais disons qu’il garderait cette option pour plus tard, si jamais il ne lui restait plus que ça.

Espérons très fort de ne pas avoir à arriver à cette extrémité…

Link était si occupé à tenter de passer inaperçu qu’il finit par bousculer un des invités. Heureusement, aucun d’eux ne tenait de consommations ou d’accessoires fragiles et ils furent bon pour un bleu symbolique.

— Je suis vraiment désolé, je ne faisais pas attention, c’est définitivement pas ma soirée, finit-il par marmonner pour lui-même.

Il avait l’intention de reprendre sa tentative de fusionner avec les murs mais en fut empêché par son involontaire victime qui l’avait attrapé par le poignet et semblait détailler son costume.

Pour la millième fois, Link se maudit pour son choix stupide et serra les dents, s’apprêtant à entendre une énième moquerie.

Dans son village, sa tentative de représenter le premier héros avait été applaudi avec force. Ça plaisait autant aux plus âgés qu’aux plus jeunes, il avait donc naïvement cru qu’il obtiendrait, si ce n’est le même accueil, au moins un agréable.

Mais non, ça comme le reste, avait été déformé, altéré, tronqué.

— Attendez… Dites-moi, où l’avez-vous trouvé ? Ne me dis pas que tu l’as fait TOI-MÊME !*

Le passage du vouvoiement au tutoiement le surprit, lui offrant quelques secondes de traitement avant de se raccorder à la situation et de tenter de se dégager. Ce n’était pas des manières !

— Si, c’est moi qui l’ai fait. Ça vous dérange ? grogna-t-il.

Mais il fut promptement ignoré et dut rattraper son bonnet vert démesuré que les derniers mouvements avaient manqué de jeter à terre.

— Ces détails… Cette précision…

Les marmonnements étaient hachés, tout juste audibles. Mais le peu que ses oreilles avaient pu saisir l’apaisa. Temporairement.

Prenant son mal en patience, il se détendit légèrement, attendant de retrouver son poignet.

Lorsque ce fut le cas, il ne put s’empêcher de le masser, comme pour s’assurer qu’il était bien toujours là, au bout de son bras. Et pourtant, il portait un gantelet épais, couvert de plaques articulées, il fallait y aller pour parvenir à ce résultat !

— Oh pardon, je crains de m’être laissé emporter… Je ne voulais pas…

Son envahissant inconnu agita à son tour les bras, un rougissement lui mangeant le visage, alors qu’il reculait sans faire attention, percutant rapidement quelqu’un d’autre.

Sans même y penser à deux fois, Link alla de l’avant pour l’attraper par l’épaule et calmer de deux mots l’invité malmené qui préféra s’éloigner en râlant que de s’échauffer.

Il était encore trop tôt et l’alcool n’avait pas encore été suffisamment consommé pour que ça parte en affrontement d’égos.

— Mille mercis ! Et encore toutes mes excuses, je suis généralement plus précautionneux, mais je n’avais encore jamais pu contempler une représentation aussi fidèle…

Avant même d’avoir fini sa phrase, il avait profité de leur nouvelle proximité pour passer en revue les broderies décorant les manches.

Link avait bien cru qu’il allait perdre la vue lorsqu’il s’y était attaquée. Ute l’avait sermonné lorsqu’elle s’en était rendue compte. C’était un détail pas forcément nécessaire et l’ensemble rendait déjà très bien, nul besoin de s’esquinter la santé pour quelque chose que les gens ne remarqueraient pas forcément !

Alors, rencontrer une personne totalement inconnue qui les scrutait avec une attention concentrée…

Link sentit quelque chose remuer en lui et, contre tout bon jugement, il décida que ce drôle d’hurluberlu était quelqu’un de bien. Quelqu’un qu’il gagnerait à connaître.

Et, lorsqu’il se concentra suffisamment pour enfin observer son costume à lui, il se figea avant d’entrer dans la même frénésie, l’attrapant par les épaules des deux mains pour le forcer à lui faire face, sa tête montant et descendant alors qu’il prenait pleinement conscience de l’identité représentée.

— Orville ?

— Un connaisseur ! Les autres m’ont demandé pourquoi je n’étais pas costumé…

— Ces gens sont des crétins sans culture, cracha Link entre ses dents.

Dans une fiction, sans doute un grand silence aurait permis à cette attaque d’être perçue par tous les crétins en question, mais ce ne fut pas le cas et « Orville » se contenta de glousser, cachant sa bouche derrière sa main.

C’était plutôt mignon, à la réflexion.

— Et donc, toi, tu es… Link ?

— En chair et en os !

Mais sa tentative d’humour échoua, son vis-à-vis clairement perdu.

— Euh, oui, je suis déguisé en Link, le premier héros. Et, je m’appelle Link, conclut-il piteusement.

— Ah.

Un petit silence gêné s’installa entre eux, alors que ceux autour d’eux les ignoraient joyeusement, sifflant en rythme sur la musique.

— Je suis Jehd, se présenta « Orville ».

Enhardi par le fait qu’il soit resté et qu’il ne se soit pas encore moqué de lui, Link se concentra pour trouver un sujet de conversation.

Il se trouva bien bête quand il conclut que le plus évident était celui qui les avait fait se parler : Orville et Link.

— Pourquoi avoir choisi Orville ? se lança-t-il.

— Oh, j’aime beaucoup le personnage décrit dans les textes saints. Il est celui qui a pris soin de l’Épée Sainte durant l’emprisonnement du Héros, et après sa mort. Leur temps ensemble était réduit, mais il a été un soutien sans faille. Il n’existe pas une lettre, pas une trace démontrant que sa foi en lui n’ait pu faillir un jour.

Link ne s’était pas attendu à obtenir une réponse aussi exaltée, et il ne put s’empêcher de se sentir légèrement intimidé. Le regard bleu s’était illuminé dès ses premiers mots. Il était comme… habité.

En temps normal, il se serait peut-être senti en danger, aurait trouvé une parade pour s’éloigner, quitter sa proximité…

Mais pas cette fois. Cette fois, Link se gratta le bout du nez et se dit qu’il était plutôt mignon, la douce chaleur de son rougissement l’envahissant.

Il mentirait s’il prétendait le contraire, mais Link comprenait parfaitement l’admiration que ce Jehd nourrissait pour Orville.

La plupart des textes mentionnait à peine les compagnons du Héros de la déesse, et leurs noms encore moins. L’une des rares exceptions se trouvant être Orville, celui qui avait accompagné les autres hyliens lorsque le Héros enchaîné avait été libéré, lui tendant sa fidèle épée sur laquelle il avait veillé durant les années de sa peine. Celui qui avait marché à ses côtés lors de la bataille contre le roi démon. Celui qui, après que leur peuple ait été soulevé dans les airs, abandonnant le Héros agonisant, s’était assuré que personne n’oublie son nom ni ce qu’il avait accompli, veillant à nouveau sur l’Épée jusqu’à sa mort.

Personne ne sut ce qu’il en avait fait dans ses dernières heures, avant que l’Élu de la déesse ne la brandisse à son tour.

Et, ni le nom du tout premier Link, ni celui d’Orville ne furent oublié.

Généralement, les gens se méprenaient sur son intérêt pour le Premier Héros, prenant ça soit pour un émerveillement d’enfant, soit pour le signe d’un trouble évident de l’identité.

Comme si Link voulait se comparer au Premier Héros… Mais lui, il s’en moquait un peu, tout blasphème à part. La seule chose qui l’intéressait, dans ce culte, c’était le Premier Compagnon.

C’était sans doute ridicule comme aveu, à vingt-trois ans passés, mais Orville était son tout premier béguin et il avait bien du mal à s’en arracher. Pas qu’il cherchait son physique particulièrement, celui-ci étant assez banal dans la population d’Hyrule. Ce à quoi il aspirait, c’était cette foi sans faille, ce soutien au-delà de la mort, cette fidélité démesurée.

La plupart des croyants chantait sur les amours entre la déesse Hylia et son Héros. Lui considérait les choses différemment.

Dans toutes ces attentions, il ne pouvait s’empêcher de voir de l’affection. De la tendresse. De l’amour ?

Au cours des années, il avait appris à taire ses pensées, mais cette fois, il doutait. Pour une raison qu’il ignorait encore, il avait l’impression que ce Jehd serait le bon interlocuteur pour partager sa pensée sur le réel lien entre Link et Orville, sans que la soirée ne finisse sur des accusations de blasphèmes et autres exécrations…

— Dis, lança-t-il avant de changer d’avis.

S’arrêtant dans son discours enflammé, Jehd toussota, gêné d’avoir monopolisé la conversation avec son monologue.

— Es-tu aussi partisan de la théorie…

Il cherchait ses mots. Il ne voulait pas nécessairement passer par un code ou passer dix minutes à tourner autour du pot, mais il savait aussi qu’il ne s’attaquait pas à n’importe quoi. Si le Héros était mort en hylien, il avait été rapidement canonisé et estimé aussi divin que les déesses !

— La théorie de l’uranisme ? proposa-t-il doucement.

Ils se turent tous les deux, semblant retenir leur souffle, alors que leurs yeux se retrouvaient, mesurant l’ampleur de leur discussion. Peu importe qui prendrait la parole ensuite, peu importe la teneur de cette parole, c’était un tournant important. Plus particulièrement pour deux inconnus se croisant à une fête costumée.

Malgré lui, Jehd se sentit sourire doucement, alors qu’il examinait une fois de plus le physique attrayant de son interlocuteur, autant que la tenue qu’il portait.

Traitez-le de naïf, mais il voulait croire, pendant un instant, qu’il n’avait rien à craindre de sa part. Qu’il n’allait pas l’humilier publiquement ou tenter de l’assommer à coup de poings.

Pas cette fois.

Il n’eut aucune difficulté à contempler le rougissement s’étendre jusqu’aux oreilles pointues, le confortant dans ses pensées.

— Oui oui, la, la théorie…

Link butait maladroitement sur les mots, confus par ses propres émotions. Il avait saisi son propre poignet, malgré l’épaisseur de son gantelet, serrant et desserrant sa prise, comme pour régner sur son stress.

Autour d’eux, la fête battait son plein, mais aucun d’eux n’y prenait garde, comme isolés dans une petite bulle intime.

C’était sans doute cette impression qui poussa Jehd à s’avancer, réduisant la distance entre eux, et attrapant le revers de la cape rouge, l’attirant vers lui.

— Que dirais-tu de trouver un peu d’intimité et de tenter une reconstitution ?

Se méfiant de ce que sa langue embrouillée pourrait baragouiner, Link se contenta de se redresser et de presser ses lèvres contre les siennes, ses doigts s’accrochant à la pélerine marron.

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