Year of the OTP - 2023

Year of the OTP 2023 – UA Vampire/loup-garou/zombie vs Vampires 45/69

— Oh, tu l’as raté, trop dommage…

— Quoi donc ?

Revenant de son jogging quotidien, Link retirait ses baskets en prenant appui sur le mur. La voix de son mari semblait provenir de leur cuisine.

— Le petit chien, tu sais ? Celui dont je te parle tout le temps.

Ah ça, c’est sûr, pour lui en parler tout le temps, Jehd était intarissable sur le sujet. Pas que ça le gênait ! Link adorait les animaux, et les chiens en particulier. Juste que là… ça frisait l’obsession.

Secouant la tête, attendri, il l’y rejoignit, se penchant pour boire au robinet de l’évier.

— Tu as bien couru ? lui demanda-t-il.

Calé dans un coin de la pièce, Jehd faisait semblant de siroter son infusion, comme s’il avait besoin de cacher le fait qu’il lorgnait avec satisfaction le fessier musclé de son époux.

Celui-ci se redressa une fois sa soif étanchée, tirant son T-shirt trempée de sueur et d’eau par-dessus sa tête, l’utilisant pour frotter ses cheveux humides, s’appuyant contre le meuble derrière lui.

— Oui, j’ai fait une sacrée boucle aujourd’hui ! Par contre, j’ai vu qu’une rue avait été fermée.

— Ils en ont parlé à la radio. Encore une guerre de territoire. Les victimes sont élevées.

Un silence maladroit remplie l’espace entre eux et Link le prit comme le signal de filer sous la douche.

Quand il sortit de la salle d’eau, habillé de propre, Jehd était dans le salon, cette fois, passant en revue leur bibliothèque commune. Enfin, c’était surtout la sienne, Link n’en possédant qu’une colonne en tout et pour tout.

— Tu cherches quelque chose ?

— Le musée va accueillir une exposition temporaire, je souhaiterais me remémorer des anecdotes pour les visites.

Guide dans le musée d’art de la capitale, Jehd prenait à cœur son rôle. Et son implication se ressentait : il recevait de nombreux éloges et était bien vu par la direction car sa présence ou non dans les groupes pouvait rendre la visite plus attractive.

Il avait suivi un cursus complet sur l’histoire du royaume, puis de tous ceux autour, faisant de lui sans doute l’historien le plus cultivé et au rayonnement le plus large. Et à la place d’aller sur les chantiers ou d’enseigner, il avait préféré devenir guide touristique.

C’était d’ailleurs ainsi qu’ils s’étaient rencontrés.

Pour l’occasion de Halloween, il avait revêtu une tenue complète à la mode victorienne, ce qui l’avait rendu mille fois plus intéressant à détailler qu’un tableau ou une armure. Lorsque son amie Zelda lui avait demandé si ça lui avait plu, il dut boire une gorgée d’eau avant de lui répondre, tellement il avait passé la visite à baver sur le physique du guide.

Il était revenu un peu plus tard et lui avait proposé de l’accompagner à une soirée non loin, organisée par des amis d’amis.

Ç’avait été étrange, mais pas inconfortable, et la tenue victorienne avait reçu plus d’un compliment, ce qui leur avait permis d’être un peu plus à l’aise avant de parvenir à tenir une conversation nourrie et, après, à bloquer d’autres dates pour des sorties tous les deux.

Le courant était bien passé et, lorsque Jehd lui avait finalement déclaré faire partie de la population vampirique, Link se contenta de hausser les sourcils, puis les épaules.

— Ça ne te dispensera pas pour autant de faire la vaisselle, le prévint-il.

Il s’était reçu un coussin en plein visage, en réaction.

En apparence, rien n’avait vraiment changé, et ils étaient un couple comme il y’en avait des milliers d’autres.

Jehd n’avait pas à mordre son petit ami à l’époque, et encore moins maintenant qu’il était son mari, les poches de sang étant en libre-service comme pouvaient l’être le lait ou les légumes. Il n’avait d’ailleurs jamais mordu qui que ce soit depuis que ses canines lui avaient poussées.

Mais, lorsqu’il lui avait déclaré, la durée de son cursus universitaire devenait subitement bien plus cohérent avec son âge véritable. À l’origine, Link s’était dit qu’il devait être un génie et avait dû sauter des années sans ciller.

À vrai dire, il ne s’était jamais vraiment interrogé sur les incohérences que ses proches avaient relevé, les balayant d’un haussement d’épaules, se sentant peu concerné. Oui, peut-être que Jehd lui mentait ou arrangeait la réalité, mais qui était-il pour le lui reprocher ?

Assistant vétérinaire, il était un garçon simple qui ne s’embêtait jamais vraiment à retourner les situations dans tous les sens pour en arracher des bribes d’informations. Il prenait la vie comme elle lui venait et en ramassait les cadeaux qu’elle lui donnait.

Bien qu’il avait lui aussi des secrets qu’il cultivait dans l’ombre.

— On pourrait adopter des animaux, soupira-t-il depuis son emplacement.

— Ce n’est pas quelque chose de possible, le morigéna Jehd. Nous en avons déjà parlé.

De par leur statut de mort, les vampires repoussaient naturellement le monde animal. Les hyliens, humains, gorons, etc, pouvaient aussi l’être, s’ils étaient plus à l’écoute de leur instinct, mais plus les générations se renouvelaient et moins étaient-ils nombreux. Dans cette situation, il était quasi impossible d’accueillir la moindre boule de poils, plumes ou autre, crevant le cœur du guide qui collectionnait les peluches en contrepartie.

— Il doit bien y avoir une solution. Nous n’avons juste pas envisagé toutes les possibilités, tempéra Link.

Il s’avança, l’enlaçant par derrière et l’embrassant dans la nuque.

— Je t’entends constamment me parler d’animaux et je vois aussi la douleur dans tes yeux à chaque fois.

— J’empeste la mort, Link. Quel animal sain d’esprit supporterait ma compagnie ?

— Mmh, je ne sais pas. Un vautour ?

Il quitta le salon avant que son mari ne lui assène un coup avec le bibelot qu’il avait en main.

— Saloperie, siffla-t-il entre ses dents.

— J’ai entendu ça !


Quand Link avait une idée quelque part, il ne l’avait pas ailleurs.

C’était quelque chose que Jehd avait dû apprendre rapidement. Ça, et comment le tempérer pour éviter qu’il ne parte sur l’idée qui venait de jaillir dans son crâne. Il avait appris à la déceler, cette petite étincelle annonciatrice aussi bien de véritables merveilles que de gros problèmes.

L’un de ses plus gros faits d’armes était lorsqu’il l’avait demandé en mariage. Il avait passé l’année écoulée à réunir tout ce qu’il savait correspondre aux goûts de son partenaire puis décorer l’emplacement sélectionné, contacter sa famille, ses proches…

Y repenser lui donnait le tournis à chaque fois. Autant de par l’ampleur de l’événement que par le fait que Link était parvenu à ce tour de force sans éveiller le moindre soupçon de sa part. À se demander s’il n’y avait pas d’autres parties de lui qu’il ignorait, de la même manière…

Depuis qu’il avait émis l’idée de trouver l’animal qu’ils pourraient adopter sans problème, Link avait ressorti les manuels de son cursus, les feuilletant avec soin. Il avait aussi acheté d’autres ouvrages, passait des heures sur internet, avait interrogé les vétérinaires avec lesquels il travaillait…

Bref, il ne faisait pas les choses à moitié et ne laissait rien au hasard.

C’était adorable et très perturbant. Sentir son cœur mort se serrer sous l’espoir de pouvoir enfin serrer contre lui un animal vivant et non en peluche était une drôle de sensation. Pas désagréable, mais… tellement étrange…

Alors, sans trop savoir pourquoi, il allait se planter devant la fenêtre donnant sur la rue, scrutant la vue pour repérer cette ravissante boule de poils qui ne manquait jamais de lui donner le sourire.

Il était parvenu à la décrire à une amie chère qui lui avait indiqué que c’était un Pomsky, un chien issu du croisement d’un husky et d’un spitz nain.

Il semblait bêtement tout pataud mais possédait une telle joie de vivre, semblant bondir à chaque pas, jappant avec énergie… Peut-être lui enviait-il cette innocence et cette gaieté…

Lorsque les idées sombres lui revenaient en tête, il allait trouver refuge dans les bras de son mari qui ne l’interrogeait pas, se contentant de resserrer sa prise sur lui.

Bien sûr, autant le petit chien semblait une récurrence dans son quotidien, autant Link n’était pas toujours présent pour le réconforter. C’est dommage, c’était comme si la présence de son époux repoussait le chien…

L’idée le fit rire malgré lui.

Il avait déjà vu son mari à son travail et le contempler assailli par l’affection de tous les petits patients avait autant été un crève-cœur qu’une image adorable. C’était aussi pour ça qu’il ne l’arrêtait pas dans ses recherches. Son amour pour eux n’était pas un secret et il savait qu’il souffrait lui aussi de ne pouvoir en accueillir dans leur domicile.

Peut-être que le petit chien pourrait être adopté ? Il n’avait pas vu de collier, mais tout le monde n’en mettait pas à ses animaux de compagnie… Ou peut-être était-il caché parmi son pelage ?

Mais à quoi pensait-il, sérieusement ?

Jehd enfouit son visage au creux de ses mains, un gémissement de fin du monde quittant ses lèvres.

Vivement que Link revienne du travail, sa personnalité lumineuse lui manquait cruellement.


Les vampires étaient loin d’être les seuls à se mêler aux êtres-vivants. Il y avait aussi des garous de toutes sortes. Et c’était d’ailleurs leurs nombreux affrontements qui forçaient la couronne à prendre diverses décisions les concernant.

Dans le passé, ils avaient été chassé, décimé, mais il avait fallu accepter la réalité : il était impossible de lutter contre ces phénomènes. Ils n’étaient pas pour autant accepté, mais il était devenu commun de découvrir une rue ou un quartier fermé, un cortège d’ambulances emportant les blessés en une longue file indienne jusqu’à l’hôpital le plus proche afin de sauver les dommages collatéraux.

Depuis plusieurs générations, déjà, la royauté élaborait un traité devant apporter la paix entre les peuples, mais ce n’était pas encore une réalité.

Ainsi, lorsque Jehd avait déclaré être un vampire, Link s’était senti extrêmement mitigé, bien qu’il s’en sortit avec humour.

Mais il se retrouva en pleins tourments, incapable de lui faire la même fleur, terrifié à l’idée de détruire tout ce qu’ils avaient construit, uniquement parce que les espèces à laquelle ils appartenaient tous les deux étaient incapables de se voir en peinture.

Mais eux, ils y parvenaient bien, n’est-ce pas ?

Pourraient-ils supporter le poids d’être un modèle, un exemple de couple pacifique parfaitement capable de s’entendre, de s’aimer, et de rester l’un avec l’autre, peu importe le reste ?

La réponse avait été aussi évidente que lourde. Non. Car ils se sentiraient obligés de se forcer, terrifiés qu’un simple pas de travers pourrait mettre le feu aux poudres, leur amour remplacé par l’obligation, le regard de tous pesant sur eux comme des chapes de plomb.

Alors, Link garda ses doutes et ses inquiétudes pour lui et déversa tout son amour sur Jehd, le choyant comme il le méritait.

Ses besoins n’étaient pas aussi lourds que ceux d’un vampire, il lui était donc facile de les camoufler. Garou ou hylien, ça restait un mammifère à sang chaud, et il n’était plus un chiot turbulent, capable de régner sur ses instincts ou ses transformations. Bien sûr, il ne pouvait pas le faire éternellement et il lui était souverain de changer quasi quotidiennement.

— Il était juste là ! couina son mari alors qu’il rentrait.

— Qui ça ? demanda-t-il, distraitement.

— Le petit chien ! Ce n’est pas possible, tu as dû le voir, il était clairement visible !

Par contre, par la Dame Lune, pourquoi était-il issu des amours d’une Husky et d’un Spitz nain ?

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