Sicktember 2023

Sicktember 2023 – « Viens-tu juste d’éternuer ? » 24/30

Zelda n’avait pas peur du vide.

Non.

Elle et Link avaient passé leur enfance à escalader tout ce qui était possible, des arbres aux tours du château, avec plus ou moins de réussite.

Bien sûr, quand cela arrivait, elle lui empruntait des vêtements bien plus adaptés que son actuelle robe de cérémonie et les escarpins associés, mais ça ne changeait rien à la situation.

Shadow allait et venait sans qu’elle sache exactement quand il était exactement là, sauf lorsqu’il prenait la parole, tentant de l’énerver ou peut-être de la faire pleurer ?

Dans l’ensemble, elle était essentiellement seule.

Vaati passait aussi, mais c’était purement anecdotique.

Sa  » cage  » était étrange, plus proche d’un belvédère traversé par des vents violents. Au début, elle avait pensé que c’était pour l’effrayer, mais elle avait fini par comprendre qu’ils étaient contrôlés par les mouvements d’humeur du mage.

Elle n’était protégé ni du vent, donc, ni de la pluie, ni du soleil. La météo passait de part en part de la structure aérée.

Alors, ce qui devait arriver, arriva.

Les premières fois, elle était parvenue à se faire discrète, louant sa solitude pour ça. Mais, évidemment, ça ne pouvait pas durer éternellement.

Heureusement, au moins, ce fut Shadow qui en fut témoin. Ça pouvait paraître bizarre dit comme ça, mais il y avait fort à parier que Vaati ou Ganon aurait profité de la situation ou autre. Ce n’est pas que l’ombre du héros lui fut amical ou autre, mais au vu de sa réaction, elle sentait qu’il y avait quelque chose. Une faille.

En effet, si à chaque fois qu’il venait, il la narguait, tentait de la pousser à bout ou se vantait de ses possibles exploits, il était clair qu’il avait été déstabilisé alors qu’elle ne put réprimer son éternuement plus longtemps.

Il s’était alors figé dans son discours grandiloquent, écarquillant les yeux comme un chiot apeuré. Il avait tenté de se reprendre mais la curiosité brillant dans ses yeux si semblables à ceux de son ami d’enfance était là. Il lui était facile de savoir où chercher, car elle connaissait Link par cœur et qu’il présentait beaucoup trop de ressemblances pour le nier.

Shadow s’était écarté, un bras levé devant son visage comme pour se protéger des possibles miasmes que la jeune princesse aurait expulsé.

— Qu’est-ce que c’était que ça ? Un sort ?! Tu as tenté de m’attaquer ?

Zelda s’était préparée à répliquer vertement mais sa confusion lui coupa l’herbe sous le pied et elle se contenta de le fixer, les yeux ronds, alors qu’il continuait sur sa lancée, s’agitant en lui hurlant de lui répondre.

— Tu ne sais pas ce que c’est ? finit-elle par demander.

— Ce n’est pas ton rôle de m’interroger ! Tu es une prisonnière, tu dois répondre quand on te pose une question, et c’est tout !

Mais elle voyait à travers l’esbrouffe, sa voix partait dans les aigus et il frappait le sol du pied, comme lorsqu’une situation échappait à son ami et qu’il tentait de garder le contrôle dessus.

C’était étrange à voir. Sa voix, son apparence, certaines de ses manières… Elles n’avaient rien à voir avec Link, mais ce serait se mentir que de prétendre qu’ils n’avaient rien à voir, tous les deux. Comme un frère jumeau.

Ses réflexions furent interrompues par un nouvel éternuement, ainsi qu’un frisson.

Les vents étaient violents quand ils se levaient et balayaient l’espace qui lui était alloué, lui interdisant tout refuge. Elle ne possédait aucun lainage ni de vêtement autre que ceux qu’elle portait, aucune protection contre la météo. Si Shadow ne lui apportait pas de quoi se sustenter, il va sans dire que ce serait pire encore.

Qu’elle tombe malade n’avait ainsi rien de surprenant.

Et pourtant, son ennemi semblait désemparé. Elle se serait subitement changé en Like-Like qu’il n’aurait pas mieux réagi !

— J’ai pris froid, articula-t-elle. Rien de grave, mais ça peut empirer, de ce que m’a raconté ma nourrice.

Elle s’enlaça, tentant de frotter ses épaules nues de ses mains gantées, mais l’effet était amoindri par une nouvelle bourrasque.

— Comment une créature de la lumière comme toi peut prendre froid ? Est-ce que ça veut dire que si as trop froid, tu peux t’éteindre ?

Légèrement plus rassuré, Shadow s’était rapproché. Certes, ce n’était que d’un pas, mais c’était énorme ! Il l’observait toujours comme une bête curieuse, mais au moins était-il toujours là. Peut-être parviendrait-elle à le convaincre de lui apporter une couverture ou n’importe quoi lui permettant de se réchauffer ?

— Non, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, sourit-elle. Je ne sais pas trop comment ça marche, je n’ai que treize ans.

Les sourcils froncés, il l’observait, suivant ses gestes du regard.

Link avait la même expression face à une énigme.

— Qu’est-ce que tu dois faire, dans ce cas ?

En temps normal, elle aurait répondu qu’elle avait besoin d’être au chaud, mais elle se retint in-extremis, craignant qu’il la prenne au mot et ne mette feu à sa robe. Ce n’était pas vraiment le but recherché.

— J’ai besoin de vêtements chauds. De couvertures. De me protéger du vent et de la pluie, tu comprends ?

Il fronçait toujours les sourcils mais il avait tout de même l’air d’avoir saisi. En tout cas, c’est ce qu’elle espérait alors qu’il disparaissait comme à son habitude.

Oh, zut, elle n’avait pas pensé à lui demander de ne pas ébruiter son état… Mais peut-être que ne pas l’avoir fait évitera qu’il le fasse ?

Ses pensées commençaient à s’embrouiller… Déjà la fièvre ?


Shadow ne savait pas vraiment ce qu’il faisait, ni pourquoi.

Alors, il fouillait le palais des vents à la recherche de ce que la princesse lui avait demandé.

Les ordres qu’il avait reçu était de la garder en vie, donc ce ne serait pas contradictoire, non ? Mais d’un autre côté, il avait l’impression qu’il allait recevoir un retour de bâton assez violent, si on découvrait ce qu’il faisait…

Que devait-il faire ?

Vio !

Il devrait peut-être demander à Vio ? Après tout, lui aussi était une créature de la lumière, il devrait savoir ce qu’il fallait faire dans cette situation ?

Aussitôt cette pensée formulée, il se transporta auprès du reflet du héros.

Comme attendu, celui-ci était dans la bibliothèque du palais, par contre il ne parut pas surpris de son arrivée et ne sursauta même pas alors qu’il s’extirpait des ombres.

Boudeur, il l’interpella et lui résuma les propos de Zelda, sans la nommer pour autant. Il avait peut-être besoin d’aide, mais pas de se retrouver avec sa tête sur une pique, merci !

Heureusement, Vio avait la solution et il lui indiqua le nécessaire. Évidemment, il ne pouvait pas le faire pour lui ! Déjà, parce qu’il ne connaissait pas tout le palais, contrairement à lui, mais aussi parce qu’il avait un périmètre à ne pas dépasser, lui empêchant ainsi de se rendre à certaines réserves où se trouvaient lesdites couvertures ou vêtements chauds.

Une fois certains de ce qu’il devait faire, Shadow s’empressa de réunir ce qui lui avait été listé. Le plus difficile fut bien sûr les vêtements, déjà parce qu’il n’y en avait pas tant que ça, ensuite il n’en avait pas besoin lui-même donc n’en comprenait pas trop le concept même, et qu’ensuite, la carrure frêle de l’hylienne faisait que tous ceux auxquels il pouvait penser lui étaient trop petits.

Dépité, il se faufila dans les appartements de Vaati et lui chaparda quelques tenues, de celles qu’il pouvait juger les plus chaudes, puis s’empressa de retourner à la cellule improvisée.

Espérons qu’elle n’ait pas gelé à la mort pendant son absence !


Zelda s’était recroquevillée là où elle l’avait pu, tentant d’économiser sa chaleur corporelle et de présenter moins de prises au vent. Elle savait que c’était futile, mais ce n’était pas comme si elle avait d’autres choix.

Le sol pavé de pierre, la structure métallique… Tout n’était que froid autour d’elle.

Était-ce ainsi qu’elle allait finir ?

Voilà où les pensées de la princesse la menaient, avant que Shadow n’apparaisse, presque invisible derrière sa charge.

Elle sursauta lorsqu’il la fit tomber à terre en râlant sous le poids, prenant conscience de sa présence avant de tenter de se relever, serrant les dents alors qu’elle avait l’impression que ses articulations étaient grippées, tellement il lui était difficile de se mouvoir.

— Qu’est-ce que tout cela ? demanda-t-elle.

Elle voyait bien ce que c’était, mais elle se rappelait aussi son statut de prisonnière. Était-ce pour la narguer ? Allait-il installer tous ces tapis épais, ces édredons gonflés, ces couvertures chaudes à un endroit inaccessible pour elle, qu’elle aurait tout le loisir de contempler sans jamais pouvoir s’en approcher ?

— Bah, c’est pour toi, répondit Shadow sur le ton de l’évidence. Pour protéger ta lumière ! Allez, viens vite !

S’entretenir avec lui était parfois difficile. Zelda avait l’impression de parler avec un enfant, tellement il pouvait être naïf ou ignorant, mais en même temps, il présentait une connaissance de certains sujets qui la laissait loin derrière.

Elle ne devait pas être assez rapide car il invoqua un de ses tentacules d’ombres qui se serra autour de sa taille pour la soulever et la transporter jusqu’au tas de tissus.

Sans la regarder, fouillant dans ledit tas, Shadow lui balança une tunique lilas.

— Enfile ça d’abord !

En temps normal, elle lui aurait demandé de se retourner ou de ne pas lui donner d’ordre, mais le tissu était si doux et paraissait bien plus chaud que les soies composant sa robe. Elle l’enfila par-dessus et se sentit déjà un peu mieux alors que ses bras étaient enfin correctement protégés.

Mais ça ne s’arrêta pas là et elle fut rapidement rhabillée et put s’installer dans un cocon chaud et doux, constitué de couvertures et d’édredons.

Les frissons étaient toujours là, tout comme ce qui avait l’air d’être de la fièvre, mais au moins était-elle enfin protégée des intempéries.

Si on le lui avait demandé, jamais Zelda n’aurait pensé pouvoir ressentir de la reconnaissance envers son geôlier, mais elle restait une bonne personne et ça ne lui serait pas non plus venu à l’esprit de ne pas remercier Shadow, avec la même chaleur que ce qu’elle ressentait actuellement.

En réaction, il détourna le visage, l’air embarrassé, se frottant sous le nez alors qu’il lui crachait qu’il n’avait pas fait ça pour elle mais pour le bien de leur plan.

Il ressemblait vraiment trop à Link.

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