Year of the OTP - 2023

Year of the OTP – 2023 – « Tu es la seule personne vers qui je pouvais me tourner pour obtenir de l’aide » 43/69

Jehd était quelqu’un de parfaitement moyen. Le genre d’adulte qui ne marquait pas vraiment les esprits, qui avait un quotidien ennuyeux de normalité et qui n’avait pas grand-chose à raconter de ses journées.

Il y avait toujours des gens comme ça, de ceux qui vous parlaient de la météo comme si c’était l’événement le plus tumultueux de leur existence, qui se contentaient de la petite case qu’ils remplissaient, sans chercher à en sortir.

Il suivait une routine dont il ne dérogeait quasiment jamais. Il se levait, se préparait, mangeait, allait au travail, en revenait, mangeait de nouveau et se couchait.

Bien sûr, il y avait des jours légèrement différents, avec des corvées à réaliser, une visite à faire, des travaux à éviter…

En tout cas, rien de bien extraordinaire ni d’exotique.

En-dehors des employés des magasins ou de ses collègues au travail, il parlait à très peu de personnes, et quasiment jamais à des inconnus.

Alors, lorsque la situation actuelle survint… il était comme démuni.

Sa clé de voiture menaçait de glisser de ses doigts alors que Jehd fixait ladite voiture.

Il l’avait garé quelques heures plus tôt, à son emplacement habituel, et était parti travailler comme à son habitude.

Aucun signe ne l’avait préparé à ce qu’il allait devoir faire face.

Jehd ne détestait pas les chiens. Il n’était pas leur plus grand adorateur, bien sûr, mais il ne les haïssait pas. Juste… il leur était parfaitement indifférent. Et il en avait légèrement peur.

Particulièrement ceux dont le garrot dépassait ses genoux et avait un aboi puissant, qui le traversait de part en part et secouait tout son être au point de le faire trébucher au sol.

Comme, par exemple, ce magnifique husky qui semblait très heureux d’être là où il était. L’habitacle de sa petite voiture.

Comment était-il rentré ? À qui appartenait-il ? Mais, surtout, que devait-il faire ?

Pourquoi ça lui arrivait ?

Ses nerfs commençaient doucement à le lâcher et il sentait des larmes lui piquer les yeux alors qu’il tremblait de plus en plus fort.

En plus, la localisation et l’heure n’étaient pas à son avantage, il n’y avait quasiment personne pour lui venir en aide. Et puis, même si c’était le cas, le ferait-il ? Appeler à l’aide ? Non, il serait aussitôt ridiculisé… Quel adulte a peur des chiens, franchement ?

Les premières larmes commencèrent à tomber sur le trottoir alors qu’il luttait pour retrouver son calme.

Quand il perçut des pas, il se résolut, se redressant d’un coup et prenant une profonde inspiration. Il décida de réagir plus que d’agir, donc il ne prit pas le temps de monter un plan et se contenta de pratiquement sauter au cou de l’inconnu après avoir avalé son anxiété.

— S’il vous plaît, à l’aide ! glapit-il à son encontre.

Il trébucha sur ses propres pieds avant de se faire rattraper par l’inconnu qui tenta de le redresser.

— Comme ça ? lui demanda ledit inconnu avant de le lâcher.

— Euh, oui, mais non. Enfin, je veux dire… Merci.

Se râclant la gorge, Jehd se décala pour montrer sa voiture d’un revers de bras.

— Je suis navré de vous importuner, mais il y a ce chien, et il n’est pas à moi, et il est dans ma voiture et, et…

L’anxiété et l’absurdité de la situation commençaient à le faire paniquer, ce qu’avait dû se rendre compte l’hylien qu’il avait apostrophé au vu de son expression faciale.

— Est-ce que vous pouvez respirer pour moi ? demanda-t-il.

Il l’attrapa par les coudes, le forçant à lui faire face.

— Vous avez l’air à deux doigts de l’hyper ventilation. Je veux bien vous aider pour n’importe quoi, reprit-il, mais d’abord, essayez de respirer plus calmement, d’accord ?

Bien malgré lui, Jehd lui obéit, essayant d’imiter son rythme. C’était lent, mais il se sentait légèrement se détendre. Les larmes coulèrent librement sur ses joues mais il n’y en avait pas d’autres derrière. Distraitement, il remarqua à quel point les yeux de cet étranger étaient bleus.

— Bien, maintenant, pouvez-vous m’expliquer ?

Il avait aussi une voix agréable, ce qui devait sans doute en partie l’aider à le détendre.

— Il y a un chien inconnu dans ma voiture, expliqua Jehd d’une voix plus calme. Et je, j’ai… j’ai peur des chiens. Je ne comprends pas comment ni pourquoi il est entré dans ma voiture alors qu’il y en a tellement d’autres…

L’envie de pleurer revint en force, autant à cause de son inaptitude à faire face à l’animal que par l’humiliation d’avoir eu à vocaliser le réel problème.

Et qu’allait-il faire si ce gars décidait de se moquer de lui, de l’humilier publiquement ou tout simplement de partir sans rien faire ? Il serait incapable d’interpeler une nouvelle personne, de lui réexpliquer la situation, de, de…

— Okay. Je m’en charge.

La réponse parut lui provenir à travers un épais brouillard, comme si ses oreilles étaient bouchées… Mais il parvint à l’entendre et eut du mal à y croire.

— V… vraiment ?

— Puisque je le dis. Vous devriez vous écarter, par contre.

Obtempérant, Jehd resserra sa prise sur la poignée de sa mallette et sur ses clés, l’observant.

L’inconnu s’approcha calmement de la voiture et alla taper à la vitre. Aussitôt, le chien bondit sur ses pattes et aboya. Mais il remuait aussi vivement la queue, semblant plus joyeux qu’agressif, contrairement à plus tôt.

— On dirait qu’il vous aime bien, articula Jehd.

— Ça tombe bien, ça sera plus facile de le faire sortir comme ça. Vous déverrouillez ?

Il attrapa maladroitement la télécommande, appuyant sur la commande d’ouverture.

Cela fait, l’hylien glissa la main dans la poignée de la portière et l’ouvrit, prenant un temps infini, insérant son bras libre dans l’espace ouvert pour le présenter à la truffe de l’animal qui le renifla longuement, avant de sembler se décider et de le lécher, sa queue recommençant à remuer plus vite encore.

— Oui, tu es un beau bébé, lui murmura-t-il.

Ne montrant aucune agressivité, le chien semblait s’abandonner à ses caresses et l’inconnu ouvrit entièrement la portière, attrapant correctement l’animal avant qu’il ne tente de s’affaler contre lui pour réclamer plus encore de gratouilles.

— Tu descends ? On va retrouver ta famille, tu es d’accord ?

Un aboi surprit Jehd, le faisant sursauter, mais pas l’hylien qui, au contraire, éclata de rire et augmenta les caresses, se retrouvant rapidement à genoux sur le trottoir, le husky sur le dos, offrant tout son ventre à ses attentions, jappant pour l’encourager.

— C’est qui le bon toutou ? Mais oui, c’est toi !

C’était une scène assez décalée qui s’offrait au regard de Jehd.

Sa voiture à la portière ouverte, l’inconnu et le chien tout aussi inconnu dans l’ouverture, le second étalé de tout son long, sur le dos, et le premier penché sur lui, répétant des bêtises avec un large sourire content.

Il avait l’impression d’être de trop, qu’à tout instant l’hylien allait lui demander de partir ou même d’appeler la police.

Ce fut justement au moment où cette pensée étrange se formula dans son esprit que ledit hylien leva les yeux sur lui. Mais au lieu de l’inviter à décamper il lui déclara que le chien n’avait ni collier ni médaille.

Certes ? Que devait-il faire avec cette information ?

Il avait dû comprendre ses lacunes en la matière car il se releva, abandonnant le chien qui roula aussitôt sur son flanc pour se relever.

— Ce chien n’a aucun moyen de l’identifier et encore moins de pouvoir contacter son propriétaire.

Ah, en effet, avec des explications, ça avait plus de sens. Bien qu’il ne voyait toujours pas le rapport avec lui.

— Il est dangereux de laisser un animal, plus encore un chien de cette taille, divaguer n’importe où comme ça. Il faudrait contacter la police ou un vétérinaire.

Le regard qu’il lui donnait lui rappela ceux qu’il pouvait recevoir de ses collègues. C’était celui qu’ils arboraient pour lui refiler une sale corvée sans le lui demander directement, lui arrachant pratiquement la proposition de le faire pour eux.

Mais, cette fois, il se sentait vraiment redevable et, même si l’idée de rester à proximité d’un chien était loin de lui faire plaisir, il se sentait reconnaissant à cette personne de l’avoir écouté et aidé. Il pouvait bien faire ça, non ?

— Je ne connais pas bien ce quartier, lequel est le plus proche ?

— Il y a un vétérinaire à cinq minutes d’ici.

— Je vais avoir besoin que vous me guidiez, prévint Jehd alors qu’il faisait un détour pour se glisser derrière le volant, mais surtout pour éviter soigneusement l’animal.

L’inconnu ne monta pas tout de suite, paraissant surpris, puis il fit grimper le chien à l’arrière et s’assit à côté de lui. Bon, c’était bien, au moins il pouvait l’empêcher de trop s’approcher de lui.

— Je m’appelle Link, au fait, se présenta-t-il.

— Jehd.

Le trajet jusqu’au cabinet vétérinaire ne fut entrecoupé que par les directions données par ce Link.

Malgré sa reluctance, il l’accompagna tout du long de la démarche, saluant même le chien alors qu’il était dirigé vers une partie du bâtiment qui leur était hors de portée.

— Ils vont bien s’en occuper, lui assura Link.

— Je vous demande pardon ?

— Le chien. Ils vont bien s’en occuper. Vous les avez entendu ? Il avait sa puce, ils vont contacter le propriétaire, le reste n’est plus de notre ressort.

Ils se tenaient sur le parking, hésitant sur la marche à suivre.

— Euh oui, c’est bien…

N’ayant plus sa mallette sur laquelle se défouler, Jehd tordait ses longs doigts, nerveux.

— Je vous redépose ? proposa-t-il finalement. Ou même ailleurs, comme vous préférez !

Bien sûr, ça avait été une longue journée un peu trop riche en rebondissements, et il avait cruellement envie de rentrer afin de souffler, mais il ne pouvait se résoudre à abandonner cet hylien qui lui avait porté secours !

— C’est gentil, mais je vais marcher, on n’est pas loin de chez moi.

Mais aucun d’eux ne bougea, Jehd jetant des petits coups d’œil en direction de son voisin pendant que celui-ci observait il-ne-savait-quoi, une main protégeant ses yeux du soleil.

C’était étrange, ils ne se connaissaient pas et ne seraient sans doute jamais adressé la parole sans cette péripétie malheureuse, mais Jehd ne voulait pas que cette parenthèse s’achève ainsi, ni si vite.

Et c’est malgré lui qu’il s’entendit dire :

— Ça vous dirait de dîner ensemble, un de ces soirs ?


Et ce fut ainsi que, sans trop y croire, qu’il se retrouva à attendre Link, à une table de restaurant, un soir de semaine.

C’était aussi étrange que décalé et il ne parvenait toujours pas à comprendre comment il en était arrivé là, alors qu’il était pratiquement l’instigateur de chacun des événements. Lui qui l’avait interpellé (ou, plutôt, lui était rentré dedans), lui qui les avait conduit jusque chez le vétérinaire, et lui encore qui avait proposé de dîner ensemble.

Et plus il y réfléchissait, et moins il se reconnaissait à travers ces mouvements.

Malgré son envie de quelque chose de plus fort, il sirotait un verre d’eau depuis qu’il était arrivé, ses nerfs et son estomac se tordant dans tous les sens.

Depuis combien de temps attendait-il ? Suffisamment, en tout cas, pour que les serveurs ne puissent plus cacher leur impatience à son égard. Mais pouvait-il le leur reprocher ? Certainement que non…

Il allait se résoudre à commander, même si on venait de lui déposer un lapin, il pouvait au moins faire honneur à la cuisine, quand, enfin, Link se glissa dans la chaise lui faisant face.

— Tu ne croiras jamais ce qui vient de m’arriver ! Articula-t-il entre deux halètements.

Il peinait à reprendre son souffle, mais au moins était-il là.

Se détendant imperceptiblement, Jehd lui adressa un sourire poli et lui servi à boire, attendant qu’il se calme pour l’interroger.

— C’est sur le chemin pour venir au restaurant, je suis parti un peu en retard, mais je serais sûrement arrivé à l’heure sinon !

Et, alors qu’il parlait, il commença à déboutonner sa veste et tirer sur ses pans, comme s’il avait l’intention de lui montrer son torse.

Mais, aussi poilu que c’était, ça ne faisait définitivement pas partie de son anatomie.

— Miaou ?

Laisser un commentaire