Plusieurs semaines après la fameuse appendicite, Link et Ralph avaient repris contact et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Tout allait tellement pour le mieux dans le meilleur des mondes au point que nos deux tourtereaux avaient décidé de s’offrir un peu de temps, rien que tous les deux.
Et pour se faire, ils avaient opté pour une petite randonnée avec camping à la clé. Non seulement ils pourront se détendre, loin de l’oppression de la ville, mais en plus ils ne seront que tous les deux, sans avoir à craindre d’être espionné – même amicalement – par Lavio et Marine.
Link pourra aussi être un peu plus lui-même, même s’ile ne l’avouerait jamais.
Ralph, comme lui, n’était pas ignorant des excursions en pleine nature et n’avait donc eu besoin que de peu de conseils pour préparer ses affaires. Ils avaient tout de même passé tout en revue, car il valait mieux être sûr que désolé.
Bien sûr, Link avait eu droit à sa part de taquineries de la part de ses deux partenaires qui appréciaient le charrier sur leur escapade en amoureux, en retrait de la civilisation. Lavio leur avait d’ailleurs hurlé de faire plein de bébés, tant qu’ils y étaient, alors qu’ils chargeaient la voiture. Et, évidemment, il avait bien choisi son moment, nombre de passants et de voisins tournant leurs têtes curieuses en direction des deux concernés.
L’ancien militaire avait eu besoin d’une bonne partie de trajet pour que ses oreilles reprennent leurs couleurs normales, râlant dans son souffle sur ce qu’il comptait faire à son petit ami à son retour, à l’amusement de Ralph.
Lui-même ne s’était pas senti extrêmement à l’aise après le claironnement de Lavio, mais ce n’était pas comme s’il connaissait tous ces gens, il n’avait pas (encore) à vivre avec eux, donc son embarras fut plus rapide à se disperser. Et Link pestant comme un chat en colère était si amusant !
Même s’il ignorait où se trouvait exactement là où Link avait choisi qu’ils allaient passer leur week-end, c’était Ralph qui était au volant, suivant les directions qu’il lui donnait. C’était sa voiture, après tout, Link ayant préféré laisser la sienne sur place, au cas où Marine ou Lavio en aient besoin, bien que ce dernier ait déjà la sienne. La route se fit dans une ambiance détendue, la radio mise en sourdine, alors qu’ils échangeaient des plaisanteries ou des anecdotes.
Ils se garèrent quelques heures plus tard au parking de la réserve naturelle, allant saluer les gardes forestiers et remplir les formulaires nécessaires à leur séjour sur place, puis ils étaient partis, leurs sacs sur le dos.
Le premier objectif était de rejoindre une aire prévue pour le campement et de s’y installer.
Il n’était pas très tard et le soleil ne se couchera pas avant plusieurs heures, mais il valait mieux s’y atteler au plus tôt, il sera ainsi plus simple de s’organiser ensuite !
Ils furent ravis de s’apercevoir que l’autre était capable de tenir le rythme de marche et l’ambiance détendue se poursuivit pour le reste de la journée.
Link comme Ralph étaient des adultes qui savaient ce qu’ils voulaient et qui savaient quand dire stop. Ni l’un ni l’autre n’avait l’intention de jour les damoiseaux en détresse pour provoquer un rapprochement ou un truc débile dans le genre. Attraper la main libre devant lui ne demandait qu’un mouvement de bras et apportait systématiquement un sourire heureux.
Après s’être décidé sur le terrain exact où ils voulaient monter la tente, il n’y eut plus qu’à la monter, sous les directions de Link à qui elle appartenait. Évidemment, ce ne fut pas sans anicroche, mais qui pouvait se targuer d’en être capable sans le moindre remous ?
— Elle est grande ! siffla Ralph, une fois leur tâche achevée.
— Elle est pour quatre personnes, expliqua son propriétaire. Et attends de voir comment Lavio dort, tu seras moins surpris.
Sans élaborer plus, il avança dans leur abri, après avoir retiré ses chaussures, et installa son sac de couchage, rangeant tout ce qui pourrait lui être inutile pour les heures restantes.
Ralph l’imita une fois sa contemplation achevée.
C’était un peu ridicule, tous les deux avec autant d’espace, mais ils n’allaient pas s’en plaindre !
Un peu hésitant, il allongea son sac de couchage auprès de celui de Link mais ce dernier ne dit rien alors il estima que ça devrait être bon. Au pire, ils verront à l’heure du coucher.
— Tu viens souvent ici ? lui demanda Ralph.
Ils remettaient leurs chaussures, maintenant soulagés de leurs lourds sacs à dos, s’apprêtant à explorer les environs.
— Souvent, pas vraiment. Mais j’y venais avec ma famille, plus jeune. Et on y a effectué des exercices, avant.
Maintenant qu’il était au courant, Link hésitait moins à aborder son passé, bien qu’il évitait autant que possible de nommer correctement sa carrière. Mais « avant », c’était déjà un énorme pas en avant.
— Me voilà bien plus rassuré ! soupira-t-il bruyamment. Je n’ai jamais mis les pieds ici, pour ma part, donc je me repose complètement sur toi !
— Si c’est un message pour cette nuit, je te préviens, je te fous par terre ! le menaça-t-il.
— Non, t’inquiète pas pour ça, ce n’est pas dans mes habitudes de sommeil !
Et c’est riant qu’il lui emboîta le pas.
Ils n’étaient pas là pour une compétition et le rythme fut moins soutenu. À la demande de Ralph, Link lui indiqua l’essence de certains arbres ou les animaux qu’il était capable de repérer. Ce n’était pas qu’il avait un intérêt réel pour la chose, mais bien plus pour sa voix et son ton paisible et concentré. La main dans la sienne qui se resserrait à chaque animal vu, tel un sursaut de sa part.
Bien sûr, ils croisèrent d’autres promeneurs, d’autres campeurs, se saluant d’un geste de la main ou d’un sourire. Les vraies randonnées seront pour demain, à la recherche d’endroits plus isolés, avec de vraies épreuves !
Lorsqu’ils revinrent à la tente, des feux avaient déjà été allumés et l’odeur de cuisine volait un peu partout, offrant un mélange… assez surprenant.
De leur côté, ils n’avaient pas cherché à être de grands gourmets, choisissant des mets plutôt basiques. Lavio avait préparé le nécessaire pour le diner, ayant un peu pitié de Link et ses capacités culinaires… limitées. Et plus encore de Ralph qui n’avait pas mérité une telle expérience. Pour ce soir, ce sera dont le plat qu’il leur avait préparé, mais après ce sera à eux de se débrouiller avec leurs ingrédients. Et rien ne leur empêchait de faire quelques entorses au menu prévu, l’égayant de quelques friandises.
Hé ! Les chamallow grillés au feu de bois, c’était presque une tradition de camping !
L’ambiance chaleureuse incita les campeurs à s’interpeler, comme s’ils se connaissaient tous et ils finirent par se rejoindre autour des feux qui n’étaient pas les leur, discutant avec une familiarité qu’ils ne montreraient sûrement jamais en-dehors de ce moment. C’était ça, la vraie expérience du camping.
Lorsque le couple décida d’aller se coucher, il eut à saluer tout le monde, enfin, tous ceux encore debout, avant de pouvoir tirer la fermeture éclair derrière lui.
— Okay, la tente pour quatre, c’était une idée de génie, bailla Ralph.
Il tâtonnait à la recherche de ses affaires, l’esprit brumeux.
La fatigue pesait sur lui mais il lui restait encore assez d’énergies pour se changer.
— De génie, peut-être pas, mais j’ai suffisamment dû partager la mienne avec trop de gars pour apprécier un peu d’espace, ricana Link de son coin.
La lampe torche qu’ils avaient posé sur le tapis de sol pour avoir un peu de lumière éclairait un peu l’obscurité dans laquelle ils étaient plongés. Le plus difficile était d’éviter les ombres chinoises qui pourraient être un peu trop suggestives pour leur éventuel public à l’extérieur. Pas qu’ils avaient particulièrement l’intention d’être trop sage ou, au contrairement très débridé, une fois éteinte, mais ce n’était pas pour autant qu’ils souhaitaient le partager avec qui que ce soit d’autre qu’eux deux.
Ralph se permit un regard par en-dessous alors que Link se penchait sur son sac, lui offrant un vision de son dos nu.
Ils n’avaient rien fait de très osé depuis leur premier rendez-vous, même si c’était loin d’être la première fois où ils allaient dormir ensemble, Link étant resté quelques nuits dans son appartement, mais ce n’était pas pareil.
Il y avait comme une intimité différente, à être tous les deux sous la toile de la tente, éclairés par une torche un peu faible, encerclés par la nature – et d’autres gens, à ne pas oublier.
Troublé malgré lui, il observa la peau offerte, ses yeux glissant le long des cicatrices plus ou moins effacées, les tatouages, les taches de son recouvrant les épaules, d’autres marques diverses…
Lorsque le T-shirt qu’enfila Link les recouvrit, il fut comme arraché de ses pensées et se rendit compte de ce qu’il venait faire. Un peu honteux, il se dépêcha de terminer de se préparer puis de glisser dans son couchage, fébrile.
Le retour soudain de l’obscurité arriva et Link s’allongea à son tour.
Au début, ils ne dirent rien, chacun fixant la toile au-dessus d’eux, dans un silence légèrement tendu.
Puis, une des personnes dehors avait dû sortir une guitare ou n’importe quel autre instrument, car quelques notes s’élevèrent et, comme par enchantement, ils se détendirent.
Ralph roula sur le côté, faisant face à Link qui l’imita avec un petit train de retard.
— Tu es bien installé ? chuchota-t-il.
— Oui ! Enfin, je crois. C’est pas vraiment une première, murmura Ralph, mais ça remonte à un moment. Tu me réveilles si un grizzly nous rend visite ?
— Rigole pas avec ça, va…
Il tendit le bras et ébouriffa rapidement les mèches rousses, tirant une plainte de leur propriétaire.
— Hé ! Touche à tes cheveux à toi !
À l’aveuglette, il tenta de rendre la politesse à Link, mais soit celui-ci était vraiment plus petit que lui, soit il avait été capable de voir le coup à l’avance et de l’esquiver.
Mouais, sûrement la deuxième solution.
Ils se battirent comme deux enfants pendant quelques minutes, avant de s’enlacer à bout de souffles et ricanant de leurs bêtises, s’endormant ainsi, le sourire aux lèvres.
Le réveil avait pratiquement été à l’aube, ce qui avait été un peu difficile pour Ralph qui n’avait jamais vraiment été très ami avec le concept de se lever tôt.
Heureusement, ce n’était pas le cas de Link qui s’y attendait et géra un peu tout, attendant que son petit ami parvienne à complètement mettre en marche ses neurones.
Lorsque la nature lui présenta de nouvelles couleurs, ça lui mit un peu de baume au cœur. Après tout, tant que ses muscles étaient d’attaque, ce n’était pas bien grave s’il n’avait pas encore totalement les yeux en face des trous, non ?
Link ouvrait la voie, vérifiant régulièrement que Ralph le suivait, l’aidant dans les parties difficiles.
Ce n’était pas comme hier, ils le sentaient clairement, l’heure étant plus à l’effort. Ils pourront deviser tranquillement un peu plus tard, une fois le plus gros de la montée derrière eux, quand le soleil aura lui-même fini sa grasse matinée.
La prudence de l’ancien militaire était un peu excessive, mais son ami ne voyait pas trop l’intérêt de la lui reprocher. Il avait sûrement ses raisons et dans ce genre d’expéditions, on ne pouvait pas vraiment l’en blâmer. La plupart des blessures ou accidents survenant dans ce genre de situation provenait d’actes bêtes ou d’étourderies. Bien sûr, il y avait aussi un pourcentage provenant de la zone ou de la faune !
Vers dix heures, il firent une pause à l’ombre, s’abreuvant.
— De retour parmi nous ? le taquina Link.
— Oh, ça va, GI Joe, râla-t-il. Je suis sûr qu’à toi aussi il t’arrive d’avoir des réveils difficiles ! Et tu verras, je saurai me venger !
Ils rirent à cette promesse absurde puis consultèrent la carte, vérifiant qu’ils étaient toujours sur le bon chemin.
— Non mais, c’est pas possible, c’est pas l’armée qui t’a appris tout ça, t’étais scout quand t’étais petit ! souffla Ralph, alors qu’il lui expliquait comment repérer le nord avec sa montre à aiguilles.
Mais, au lieu de recevoir une pique comme à son habitude, ou n’importe quoi dans le genre, son interlocuteur détourna le regard, l’air embarrassé.
— Non, sérieusement ?
— Oui, bon, c’est vieux.
— J’exige des photos de toi dans l’uniforme !
— C’est prétentieux de ta part de penser qu’il reste la moindre preuve de cette horreur.
Peut-être n’auraient-ils pas dû être aussi folâtres, peut-être Ralph n’était pas encore complètement réveillé malgré ce qu’il pensait, peut-être était-ce inévitable, toujours est-il qu’il s’écroula sur le sol avant de le comprendre. Mais lorsque la douleur éclata, il ne put l’ignorer, pas plus que quiconque à porté d’oreille.
Link était à ses côtés en un éclair, le visage fermé, l’air concentré. Il avait déposé son sac à terre et commença à écarter les différents obstacles sur le chemin. Lorsque Ralph tenta de se redresser, il l’en empêcha, d’un simple appui sur le haut de son torse.
— Bouge le moins possible, souffla-t-il.
Forcé de rester allonger, il contempla le ciel, serrant les dents à chaque éclair de douleur le parcourant. Il ne put s’en empêcher, s’asseyant pratiquement alors que la sensation paraissait exploser de nouveau.
À ses pieds, Link lui rendit son regard, s’étant figé à son mouvement.
— On est obligé d’en passer par là, je dois retirer ta chaussure et ta chaussette. C’est peut-être une entorse, c’est peut-être autre chose. Prêt ?
— Donne-moi un instant, haleta-t-il.
Jetant un coup d’œil autour de lui, il attrapa une pierre assez grosse, la serrant de ses deux mains avant de lui donner la permission. Il se rallongea et pressa les mains du plus fort qu’il pouvait, tentant de convertir la douleur en force, n’importe quoi pour ne pas hurler et bouger le moins possible.
— J’espère que tu n’as pas l’intention de me la balancer dans la tronche, sourit Link en revenant à sa hauteur.
— Me tente pas.
Ni l’un ni l’autre n’avait particulièrement envie de rire. Ralph avait surtout envie de pester. Ils se retrouvaient enfin, après des semaines à s’éviter, ils n’étaient que tous les deux, et lui, et lui…
— Entorse, alors ?
— Ça n’a pas l’air cassé, en tout cas, mais on ne peut pas l’exclure.
— Du coup, on fait quoi ?
— Toi, rien. Tu fais ta plus belle imitation de statue. J’ai bandé ta cheville pour qu’elle bouge le moins possible. On n’a pas de glace ni de neige, et il vaut mieux économiser notre eau. Quand on sera au campement, le mieux serait que tu la plonges dans la rivière.
— Le campement ? Mais Link, on est à plus de trois heures du campement !
— Je sais, se contenta-t-il de dire.
Sous le regard perdu de Ralph, il rangea ce qu’il avait sorti et ferma son sac avant de l’enfiler par-devant, sur son torse.
— Mais qu’est-ce que tu f…
Mais au lieu de lui répondre, il s’accroupit à côté de lui, lui montrant son dos, les bras le long du corps, les mains tendues en arrière, l’invitant muettement à grimper sur son dos.
—Link… Est-ce que tu es en train de faire ce que je pense que tu fais ?
— Parle pas, on doit refroidir ta cheville avant qu’elle ne gonfle.
C’était complètement démentiel. Ralph fit comme demandé, ayant l’impression d’halluciner. Link devait se tromper, dans trois pas il allait s’arrêter, le faire descendre et avouer que c’était une idée stupide, n’est-ce pas ? Ou, lui, il allait se réveiller ? Il devait être sous la tente, à rêver ?
Mais non. Non seulement ce n’était pas un rêve, mais en plus Link dévala effectivement ce qu’ils avaient péniblement monté, sans une plainte. Il réalisa quelques pauses, bien sûr, mais plus à sa demande à lui.
— Ah, on y est presque ! annonça Ralph. Je peux voir les tentes d’ici !
À ces mots, Link n’accéléra ni ne décéléra, son pas restant égal. Il était resté le même, depuis la seconde où il s’était relevé avec lui sur le dos.
— Où tu vas ?
— La rivière, il faut réduire le gonflement de ta cheville.
C’était bête, mais il avait un peu oublié. Il faut dire qu’il avait eu de quoi s’occuper l’esprit !
La douleur, déjà, malgré l’analgésique que transportait Link dans sa trousse de premiers secours, mais bien vite son esprit avait vagabondé sur leur proximité, les muscles qu’il pouvait sentir sous et contre sa peau, les cicatrices qu’il avait vu hier, aussi. Et, il fallait le dire.
Le fait que cette foutue tête de mule était parvenue à le porter tout du long !
Certes, ça lui avait pris moins de temps de descendre que pour monter, mais c’était un rien vexant de le voir le transporter comme s’il pesait dix grammes !
Mais comme il n’avait pas trop envie de rentrer à cloche-pied, il avait sagement fermé le bec et avait profité de la balade, serrant les dents à chaque fois que sa cheville se déplaçait malgré eux.
Son petit ami l’avait laissé là, une fois après l’avoir assis sur la rive et avoir retiré le bandage, lui permettant enfin de voir l’étendu de l’ecchymose et l’état général de sa cheville.
— Je serai à porté d’oreille, cris si tu as besoin de quelque chose, je vais faire vite.
Il l’embrassa sur le front et disparut dans son angle mort, embarquant avec lui leurs deux sacs à dos.
Il n’y avait pas grand-chose à faire, alors Ralph fixa son attention sur ce que l’eau fraîche lui dévoilait de ses fonds, scrutant les petits cailloux, ses coudes plantés dans ses cuisses et son menton appuyé dans ses mains ouvertes.
Il se morigéna encore pour avoir foutu en l’air ce qui promettait d’être un super moment, enfouissant son visage contre les paumes de ses mains, ses doigts tirant sur ses cheveux. Il n’eut pas le temps de se rendre chauve, Link revenant vers lui, leurs sacs toujours dans les mains. Par contre, ils paraissaient bien plus chargés qu’à son départ…
— Okay, stop Superman. Va falloir que tu me partages ton super plan, tu commences à me faire peur, là. Tu comptes me traîner dans un coin isolé et me découper en morceau, c’est ça ?
L’air à peine plus déphasé qu’à l’ordinaire, il haussa simplement un sourcil, lui tendant son bagage.
— À deux mètres du camp ? Avec un formulaire signés de nos deux noms, auprès des gardes forestiers ? Si ç’avait été mon plan, il serait bien naze. J’aurais eu tout intérêt de le faire quand nous étions là-haut. Allez, sors ton pied, au lieu de dire des bêtises.
S’agenouillant à côté de lui, il plongea dans l’eau ce qui ressemblait à un T-shirt, puis l’essora, avant de recommencer.
— Tu fais la lessive ?
— On n’a toujours pas de glace ou de neige, un tissu mouillé pourra faire l’effort. Avec un peu de chance, les gardes forestiers auront de quoi faire. Par contre, je vais devoir conduire ta voiture.
— Attends, attends, ralentis, supplia Ralph, les yeux ronds. Tu veux bien me refaire tout le speech ? Tu vas de nouveau me porter jusqu’à l’entrée de la réserve, en laissant nos affaires ici ?
— Non, c’est bon, j’ai replié la tente et fais les sacs. J’ai fait au mieux, mais je te laisse revérifier que je n’ai rien oublié.
Il avait indiqué à Ralph son sac à dos rendu plus tôt, s’appliquant à bander sa cheville avec son vêtement.
Un peu robotique, le blessé se tourna vers le bagage et l’ouvrit, fouillant dedans. Mais il devait accepter la réalité : Link avait exactement fait ce qu’il avait dit.
— À première vue, tout à l’air d’être là.
— Super. On leur dira quand même de nous appeler s’ils trouvent quelque chose, les départs précipités ont tendance à multiplier les oublis.
Enfilant de nouveau son sac sur son torse, il imita la pause d’il y a quelques heures. Ralph enfila rapidement son sac sur son dos et reprit sa position, l’enlaçant au niveau des épaules, son menton contre sa nuque.
Ils croisèrent des promeneurs, des gens avec qui ils avaient campé la veille. Ils firent sensation, mais la plupart s’inquiéta en apercevant le bandage de fortune. Ce fut à Ralph de les rassurer et de s’excuser car ils ne pouvaient pas s’attarder.
L’accès à la réserve fut visible rapidement et plus encore la cabane où les gardes forestiers le prirent en charge. Ils trouvèrent des poches de glaces et proposèrent d’appeler les urgences.
— Non, ce sera plus rapide d’aller directement à l’hôpital par nos propres moyens, refusa Link.
Quand ils furent dans la voiture, leurs places inversées comparé à l’aller, Ralph avait la tête qui tournait. Il s’était passé des heures depuis qu’il avait fini par terre, mais il avait l’impression de ne pas avoir posé le pied (ha ha) à terre depuis des jours.
— Rassure-moi. T’as fait semblant ?
— Mmh ? Quand ça ?
La route jusqu’à l’hôpital n’était pas très longue, même si ce n’était pas celui de leur ville.
— Quand tu m’as porté sur le dos. T’as voulu faire ton super héros, mais je parie que tu vas aussi finir sur le brancard, quand on sera aux urgences.
Arrachant ses yeux de la route, Link l’observa, le regard plat, un sourcil légèrement arqué.
— Non ? Mais comment tu as fait ?!
— Ralph, t’es moins lourd que mon sac.
— Attends… Tu veux dire que tu aurais pu me trimballer pendant des heures encore ?
— Peut-être pas jusqu’à la maison, mais ouais.
Il haussa les épaules et revint sur la route, estimant la conversation finie, comme s’il lui avait simplement donné la couleur de ses chaussettes.
Son passager, au contraire, eut besoin d’un peu de temps pour traiter la révélation qu’il venait d’avoir.
Ce n’était pas tous les jours que vous découvrez que votre petit ami était capable de vous soulever et de transporter sans effort apparent !
