Sicktember 2023

Sicktember 2023 – Termes affectueux / surnoms 22/30

Lorsque Link n’était qu’une seule personne et que sa mère était encore vivante, elle aimait le prendre dans ses bras et le bercer longuement, chantonnant une berceuse dont les paroles avaient souffert à travers les âges, ne laissant plus que des consonnes hasardeuses. Elle l’embrassait et lui donnait des petits noms auxquels il répondait avec plus ou moins de plaisir, selon leur incongruité et son propre âge.

Pour elle, il était « sa petite étoile », « son ange », « son trésor le plus précieux », « son petit Link chéri », son « petit bébé », « son cœur tendre », « son joyau ».

Elle les murmurait à son oreille, comme d’innombrables prières repoussant la maladie et assurant la santé et la prospérité du nourrisson. Elle le réveillait avec ces douceurs et le bordait avec ces tendresses, veillant sur lui comme du lait sur le feu.

Ces sobriquets étaient justement ceux qui avaient disparu à son décès, personne ne pouvant les lui répéter ou ne le voulait, ainsi il devint pleinement Link.

Bien sûr, son grand-père en avait à la pelle quand il fallait le rappeler à l’ordre ou l’inciter à se concentrer. Et si la plupart n’avait rien de reluisant, il n’y avait rien de plus drôle que de voir son grand-père rabougri par l’âge servir les mêmes à son grand adulte de fils, tout fier et honorable dans sa belle armure brillante, parce qu’il n’était pas capable de se râcler les solerets avant d’entrer dans la maison !

Il y avait Zelda, aussi, avec qui il avait fait beaucoup de bêtises. Il leur avait bien fallu bien des noms de codes pour être discrets ! Enfin, aussi discrets que pouvaient l’être deux gamins de sept ans, dont l’un était à moitié sourd par les travaux à la forge et l’autre une fillette à qui on offrait trop de libertés…

Leur enseignante aussi avec des surnoms tout trouvés quand il fallait les coller dans un des coins de la grande pièce, après qu’ils étaient repérés lors de leurs farces. « Les deux trublions », « les larrons en folie », etc.

Quand Link se brisa en quatre personnes, ils n’avaient pas le temps de réfléchir plus en avant et allèrent au plus pressé, s’accrochant aux couleurs qu’ils avaient revêtu dans le processus. Et lorsqu’ils eurent le temps de se pencher sur la question, il était trop tard pour en changer vraiment, habitués à y répondre, et restèrent donc nommés ainsi. Green, Red, Blue et Vio.

Bien sûr, d’autres surnoms leur furent donnés, par les habitants de la Cité, après qu’ils eurent montrés des comportements largement différents du Link original, et ils croisaient très fort les doigts en espérant que ceux-ci ne restèrent pas gravés dans l’histoire.

Personne n’avait envie que le héros rouge soit connu à travers les siècles comme « le pyromane mignon », le bleu en tant que « la furie bouillonnante », le vert « le héros à la grosse tête » ou le violet « le glaçon sans âme ».

Personne.


Il n’était pas nécessaire d’être malade pour que Vio s’abandonne dans les bras de Shadow. Pas plus qu’il ne fallait que les températures soient basses ni même négatives !

Il fallait juste qu’ils en aient envie.

La plupart du temps, c’était dans l’intimité de leur chambre, et bien souvent sans prononcer un mot. Vio se blottissait contre Shadow qui l’enlaçait alors, pressant leurs fronts ensemble.

Généralement, ils étaient dans cette position, ou à peu près, car ils partageaient une lecture, ou Vio lisait et Shadow faisait semblant au choix, mais toujours est-il que c’était une ambiance qui était déjà cultivée un peu plus tôt. Il n’était donc pas bien difficile pour eux de modifier légèrement leurs postures de manière naturelle et parfois sans même s’en rendre compte.

Évidemment, l’intimité qu’ils partageaient provenait aussi des jours passés comme acolytes durant l’aventure précédente, du temps passés à travailler ensemble et à apprendre à se connaître, mais c’était surtout le caractère doux et égal de Vio qui avait permis à Shadow de lui faire confiance comme jamais auparavant – après, sa durée de vie était assez courte – et de se laisser aller avec lui. Mais uniquement à l’abri des regards, même s’il avait fini par se rendre compte que personne dans la famille n’avait quelque chose à redire sur leur relation. Peu importe quel nom portait-elle.

Red l’avait accueilli avec son habituel sourire tranquille et lui avait même proposé un câlin. Blue l’avait menacé, mais on était loin de la fougue qu’il avait présenté lors de leurs affrontements. Green, lui, avait juste haussé les épaules et lui avait souhaité la bienvenue sans même lever les yeux de son journal !

Quand au grand-père, il avait soupiré avant de le décoiffer vigoureusement de la main, marmonnant qu’il avait l’impression de prendre dix ans de plus à chaque nouveau Link.

Shadow était resté figé sur place, les cheveux dans tous les sens, un peu perdu et hésitant à prendre la fuite. C’était une illusion, n’est-ce pas ? Dans un instant, ils allaient se jeter sur lui, armés jusqu’aux dents, et le découper en morceau, n’est-ce pas ?

N’est-ce pas ?

Mais non seulement, cela n’arriva pas, mais en plus, Shay se découvrit une place dans leur routine.

Bien sûr, il ne pouvait pas s’incarner autant qu’il le souhaiterait, étant encore en convalescence, mais il restait dans l’ombre de Vio, deux yeux rouges continuant d’observer ce qui se passait malgré son « absence ».

Red l’avait tout de suite repéré et salué joyeusement. Quand aux autres, soit ils ne l’avaient pas vu, soit ils s’en moquaient, et s’étaient contentés de demander de ses nouvelles à leur frère avant de retourner à leur petit-déjeuner.

Et ce fut ainsi le reste du temps.

Vio l’accueillait toujours dans son ombre, l’emmenant dehors observer la Cité ou les environs, allant rendre visite aux Minish ou à Syrup, lui offrant un verre de lait LonLon après qu’il eut formulé son envie d’y goûter, ou partageant un croissant de la boulangerie, essayant de faire coïncider leurs Fragments du Bonheur.

Shadow ne l’exprimera sûrement jamais à voix haute, mais son cœur était gonflé de reconnaissance et d’affection envers eux tous pour l’accepter parmi eux aussi facilement, malgré tout ce qu’il avait pu dire. Et faire.

— Sophora ?

Le livre avait été oublié depuis longtemps, et les sirènes du sommeil bien plus séduisantes, Vio avait fermé les yeux, prompt à somnoler. Mais la prononciation de son surnom l’avait tiré de sa torpeur. Mais juste un peu.

— Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ? Je ne le mérite pas…

Shadow murmurait mais il aurait tout aussi bien pu crier que l’impact aurait été le même.

Le héros violet se débattit contre sa léthargie, ayant besoin de tous ses neurones, mais désirant aussi s’exprimer en étant installé d’une manière plus sérieuse, et non affalé contre lui, comme s’il n’était qu’une peluche vivante !

Pas que ça dérangeait l’un ou l’autre, mais Vio aimait faire les choses dans les formes.

— Ce n’est pas de la gentillesse, prim’. Ma famille te considère comme l’un des nôtres, ni plus ni moins. Ils n’ont pas oublié, bien sûr, et pour le moment il vaut mieux que tu ne croises pas notre père. Il y en a d’autres, ailleurs, qui en veulent toujours à Vaati, ou juste toi, personne n’a oublié.

Il repoussa les mèches noires qui glissaient, masquant en partie le visage qu’il essayait de regarder.

— Notre grand-père, lui, c’est une autre histoire. Il a vu et vécu des choses qui l’ont sans doute rendu plus ouvert d’esprit que bien d’autres gens de son âge. C’est aussi pour ça qu’on l’apprécie autant, tu as dû t’en rendre compte ? Leon… pardon, notre père a préféré prendre la fuite et nous considérait comme des monstres, cracha-t-il avec humeur. Mais pas papy. Lui a juste soupiré sur le fait que la maison lui semblait bien trop petite d’un coup, puis nous a envoyé nous laver les mains avant de passer à table.

Vio continuait de jouer avec ses cheveux sans trop s’en rendre compte, se souvenant des moments dont il parlait avec un petit sourire. Enfin, le petit sourire n’avait pas été là quand il avait évoqué la bonté de leur géniteur, mais c’était un combat pour une autre fois. Pour l’instant, il fallait rassurer Shadow sur lui et sur sa place dans le monde.

— Regarde, Zelda aurait toutes les raisons de t’en vouloir, et pourtant elle ne t’a pas repoussé, non ?

Il y avait tellement d’espoir dans ces yeux bleu persan que l’idée de le briser lui donnait l’impression que son cœur allait tomber en morceaux. Et ç’aurait été un mensonge, de toute façon.

— Non, elle est très gentille. Un peu distante, mais j’imagine que je n’ai pas à me plaindre…

— Avant, on avait une relation plus proche. On était vraiment les meilleurs amis au monde…

La nostalgie douloureuse dans sa voix fut remarquée mais Shadow ne dit rien. À la place, il le pressa un peu plus fort contre lui.

Vio était loin d’être le seul à qui l’époque où ils n’étaient qu’un, juste « Link », manquait. C’était surtout suite à des remarques maladroites ou volontairement blessantes de gens extérieurs. Ou, comme ici, quand il constatait que sa relation avec quelqu’un avait changé bien malgré lui.

Les gens ne comprenaient pas qu’ils étaient Link. Tous les quatre. Les rassembler ne les rendra pas plus Link que les séparer.

Link était mort. Il ne reviendra plus.

— Enfin, bref, c’est quelqu’un de gentil, elle a bon cœur. À terme, je pense que vous pourrez vous entendre…

Mais Vio était déjà fatigué, épuisé. Il ne voulait finalement plus y penser. Alors, à la place, il retourna dans ses bras, fermant les paupières pour refouler les larmes.

— Mais je n’ai pas besoin d’eux, je t’ai toi, souffla Shadow.

Un sourire semblable se dessina sur leurs deux visages et ils restèrent l’un dans les bras de l’autre, se laissant happer par le sommeil.

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