Sicktember 2024

Sicktember 2024 – Hoodie emprunté 7/30

Le petit polycule ne faisait pas vraiment partie des gens capables de se fondre dans la masse, que ce soit de par leurs caractères haut en couleur ou leurs tenues, toutes aussi hautes en couleur.

Marine aimait agrémenter ses beaux cheveux ondulés de fleurs qu’elle cueillait parmi ses bébés plantes, les accordant à ses tenues rappelant les peuples vivant de la mer. Elle avait des tenues plus classiques, du genre qu’on pouvait voir sur le dos de n’importe qui en ville, mais elle confectionnait elle-même les pièces qui lui manquaient, associant toujours plus de couleurs vives, sans qu’aucune ne jure avec les autres. Le tout allait à la perfection avec sa peau hâlée et sa chevelure rousse.

Link, lui, n’avait rien de lui qui hurlait « militaire » dans son apparence. Bien sûr, les cicatrices des blessures qu’il avait récolté durant sa carrière pouvaient être visibles selon son look du jour, mais c’était rare que les civils l’associent à un fait d’armes dû à sa silhouette. Link faisait penser à un cyprès. Pas très grand pour son âge, mince presque maigre, avec des articulations aussi noueuses qu’un tronc, mais avec cette raideur dans les épaules et dans le dos qui trahissaient les heures à se tenir au garde-à-vous. Mais les gens s’arrêtaient plutôt aux mèches roses agrémentant la chevelure blonde, les éventuels piercings dont il se parait parfois, les autres bijoux qu’il multipliait aux bras, au cou, aux doigts… Lui aussi affichait des couleurs vives et flashy, portant aussi bien la jupe que Marine et ne prêtant que peu d’attention aux codes de genre.

Et, enfin, Lavio qui, en comparaison, paraissait presque sage. Presque. Sa garde-robe possédait toutes les palettes de violet, lilas, parme, mauve… Les références aux lapins allaient des plus évidentes (oreilles, dents, broderies, dessins…) aux plus imperceptibles (un pompon discret à l’arrière d’un sweat, des petites silhouettes cachées derrière d’autres motifs…). Bien sûr, il avait d’autres couleurs ou d’autres thèmes, mais la majorité tombait dans cette catégorie. Il aimait se perdre dans des tailles plus larges que la sienne, exagérant sa silhouette assez frêle au milieu de tous ces tissus épais.

Ils avaient chacun leur style, et pourtant, il n’était pas rare de trouver un sweat violet dans le placard de Marine. Un châle multicolore sur les épaules de Link. Des bijoux cabalistiques parant Lavio.

C’était quelque chose qui s’est faite très naturellement. Un emprunt avec permission. Une erreur de tri de linges propres. Un emprunt sans permission puis oublié. Un oubli dans une pièce. Un travail de raccommodage ou de personnalisation.

Ils avaient chacun leurs chambres, leurs espaces à eux.

Et c’était pour ça qu’ils étaient tous les trois dans le salon, devant la télé allumée, emmitouflés chacun dans sa propre couverture.

Le mauvais temps des derniers jours avait eu raison de chacun d’entre eux. Link avait dû limiter ses mouvements suite aux douleurs ravivées par l’humidité et ses articulations gonflées. Marine dormait mal, de mauvais souvenirs lui remontant en mémoire troublant son sommeil et la laissait tremblante au réveil. Lavio, lui, n’avait que ses cheveux frisottant à se plaindre, mais c’était surtout l’humeur de Shiro qui le contaminait, celui-ci n’aimant pas lutter contre les éléments et détestant encore plus rester confiné à l’intérieur, malgré tout le luxe et le confort que le lolien lui avait mis à disposition.

La pièce était parfumée du célèbre thé à la menthe de Lavio (recette secrète qu’il refusait de partager), alors qu’ils étaient plongés dans leur marathon de films-stupides-spécial-jour-de-pluie, commentant parfois à voix haute.

Ce fut lors du changement de DVD que Link réunit assez de courage pour prendre la parole. Marine revenait des toilettes et Lavio apportait le popcorn (Link devait réaliser le moins de déplacements possible dans son état).

Les mains enroulées autour de son mug quasiment vide d’un thé devenu tiède, perdu dans un sweat oversize à la capuche rabattue sur ses cheveux blonds, les fausses oreilles pendouillant tristement de part et d’autre de son visage, les jambes pliées sous lui couvertes d’une des nombreuses couvertures réalisées par Marine, Link faisait peine à voir. Enfin, il était aussi terriblement mignon et hors de son personnage.

— Dîtes… commença-t-il.

Sa voix avait été à peine un murmure mais il avait suffi à attirer leur attention, ce qui était autant le but recherché que détesté.

Soupirant, Link se pencha, posant le mug sur la table basse et gesticulant pour être plus à l’aise.

— Je crois qu’on a besoin de… parler. Des derniers jours. De… de Ralph.

Il garda le regard fixé sur ses mains alors qu’il jouait avec ses doigts, ceux-ci débarrassés de tout bijou dans le but d’éviter de répéter des situations précédentes liées à ses articulations gonflées.

Marine et Lavio se dépêchèrent de reprendre leurs places précédentes, fébriles.

Des potins ? C’était l’heure des potins ? Des potins, ouais !

Régnant sur leurs nerfs de leur mieux pour ne rien paraître, ils se tournèrent vers leur petit-ami, tout ouïe.

À des lieues de leur enthousiasme, Link eut ce tressautement d’oreilles qu’il avait à chaque fois qu’il se sentait nerveux, raison pour laquelle il avait été vite surnommé « p’tit lapin » par ses frères d’armes. Eux le trouvaient affreusement adorable. C’était aussi la preuve d’à quel point Link était vulnérable en cet instant, se permettant cette fragilité apparente parce qu’il leur faisait confiance plus qu’en n’importe qui d’autre, mais aussi parce qu’il se savait en sécurité entre ces murs familiers.

— Donc, Ralph… reprit-il après s’être raclé la gorge. Nous en avons déjà parlé au tout début, quand nous ne nous parlions qu’à travers l’appli, puis avant notre premier rendez-vous. Mais, nous n’en avons pas vraiment reparlé, depuis. Et, eum, et…

— Tu veux parler de l’autre fois, à l’hôpital ? devina Lavio.

Marine le fusilla du regard, craignant que son intervention ne renferme aussitôt Link, mais il n’en fut rien et il le remercia plutôt d’un sourire.

— Oui, entre autre… Disons que c’est ce qui m’a décidé à y réfléchir à nouveau.

— Tu veux rompre ?

Lavio lui jeta un regard en coin alors qu’il portait son mug à ses lèvres, curieux de la réponse.

— Non ! Enfin, ce n’est pas une décision que je peux prendre tout seul, mais… Je sais que je le montre rarement, et je le dis encore moins mais, vous savez que je vous aime les gars ?

L’oreille pelucheuse était devenue la cible de ses mains qui la tordait anxieusement. Son réel propriétaire mordit une grimace, autant touché par l’apparence mignonne de la scène que par la possibilité que son vieux sweat se retrouve privé d’une oreille.

— Ah, Link, soupira bruyamment Marine.

S’extirpant de son cocon personnel, elle s’assit à ses côtés, l’attirant d’autorité tout contre elle pendant qu’elle réarrangeait les couvertures pour éviter de prendre froid. Lavio l’imita avec un train de retard, ayant pratiquement fait un nœud avec les siennes, se pressant contre le flanc vide, sans poser son mug un seul instant.

— Nous aussi on t’aime, grand crétin, rit-il en retirant la pauvre oreille hors de sa portée. Un peu moins quand tu tentes de décapiter mes fringues, mais bon, il faut bien te trouver des défauts, avec ce corps d’Apollon !

Lavio ne fut sauvé que par la présence de son fameux thé, faisant changer d’avis Link sur la riposte à suivre. Il se contenta de lui tirer vaguement la pointe de l’oreille, l’air blasé de sa comédie.

— Pour en revenir, à Ralph, nous te l’avons déjà dit. Nous l’aimons bien, il a l’air de nous apprécier. Certes, peut-être que son avis a évolué depuis ton opération, car il s’est un peu fait rouler dessus par un camion de nouvelles informations assez importantes, tel notre union à toi et moi, mais c’est un garçon solide.

— Il ne m’a pas recontacté depuis, murmura l’ancien militaire. Rien. Pas un SMS, pas un appel.

— Et toi ? Tu l’as appelé ? Tu lui as envoyé un message ?

— Oui ! se défendit-il.

— Risque-t-il de porter plainte pour harcèlement ? s’enquit Lavio.

— Quoi ? Non ! Et c’est arrivé une seule fois ! Et on avait dit qu’on n’en parlerait plus !

Mais qu’il regarde sur sa gauche ou sur sa droite, aussi bien Marine que Lavio le fixait avec la même expression. Un regard blasé et un sourcil légèrement arqué.

— J’vous déteste, marmonna-t-il en s’enfouissant un peu plus sous sa couverture.

— Mais oui, mais oui.

Marine lui tapota le crâne en souriant.

— Pour en revenir à Ralph, recentra Lavio, tu devrais peut-être lui laisser le temps.

— Ça fait deux semaines.

— Tout le monde ne digère pas de la même manière. Soit il reviendra une fois que ça ira mieux…

— Soit il ne reviendra pas du tout. J’avais compris, merci.

Son ton amer fit échanger à ses compagnons une grimace avant qu’ils ne l’enlacent de plus près, croisant leurs bras dans son dos.

— Ne soit pas aussi dramatique, chéri, souffla la jeune femme. Il y a une chance, elle existe, alors saisis-la et crois en ta bonne étoile, d’accord ?

Elle pressa un baiser contre sa joue, caressant les mèches folâtres hors de son visage.

En temps normal, il lui aurait balancé une réplique sur un ton acerbe, mais à la place, il s’appuya un peu plus contre elle, le regard perdu dans le menu du lecteur DVD, ratant le regard préoccupé qu’ils échangèrent.

Peu importait ce qu’avait prévu Ralph, ils allaient devoir organiser une petite visite pour clarifier la situation. Et, si nécessaire, protéger Link des conséquences d’une rupture.

Cette potentialité les fit se presser un peu plus les uns contre les autres, à la recherche inconsciente d’un peu de réconfort.

Finalement, personne ne quitta le canapé, le DVD restant abandonné sur la table basse avec la théière refroidissant lentement, le seul son audible étant celui de leurs respirations.

Puis, l’espace d’une poignée de secondes, des reniflements. Et, enfin, des pleurs. Des sanglots lourds, une respiration hachée confinant à la crise d’angoisse et des hoquets.

Et, tellement, tellement, tellement de regrets…

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