Chaque saison apportait avec elle ses maladies spécifiques à sa météo et ses températures.
Bien que Vio soit le principal dérangé par l’hiver et ses températures basses, il était loin d’être le seul.
Chaque membre de sa famille était parfaitement susceptible de succomber aux saloperies traînant dans le coin, et personne ne fut guère surpris quand ce fut le tour de Red de frissonner, l’enjoignant plutôt d’aller se recoucher pendant qu’ils allaient chercher le docteur.
Le diagnostic fut rapide à être établi : bronchite.
Ce n’était pas la première fois, Red était le plus susceptible d’attraper la moindre infection virale, donc personne ne fut réellement surpris, mais ce n’était pas pour autant qu’il ne recevait pas les soins nécessaires.
Épuisé par les toux intermittentes, Red avait été plus qu’heureux de garder le lit le temps d’aller mieux, s’assoupissant fréquemment avant de se réveiller, secoué par une nouvelle crise qui le laissa la gorge en feu.
Il crevait de chaud, de froid, il se battait contre l’épais édredon, le repoussant un instant pour s’y emmitoufler de nouveau la seconde suivante. Il avait fini la carafe d’eau déposée plus tôt sur sa table de chevet mais ne se sentait pas capable d’appeler un de ses frères pour demander à ce qu’elle soit remplie. Ses regains d’énergie lui servaient seulement à se retourner ou à se redresser suffisamment pour tousser sans s’étouffer.
Sa respiration sifflante était le seul son crevant le silence ambiant.
Avec la neige venait le calme, comme si la nature retenait son souffle et que tout le monde enfilait des chaussons pour réaliser le moins de bruit possible, de peur de tirer de leur sommeil quiconque hibernait.
Red aimait beaucoup cette saison, bien qu’il en était trop souvent la victime. Il aimait se tenir près de la fenêtre avec une boisson chaude entre les mains, à observer simplement la vie se déroulant dehors, que ça soit les rares oiseaux à la recherche de nourriture ou le passage de lapins.
Bien sûr, en tant qu’âme douce, il ne les laissait pas sans ressource et s’assurait tous les jours de leur avoir correctement fourni de la nourriture mais aussi des abris, qu’il nettoyait régulièrement, après s’être assuré que les locataires ne s’y trouvaient pas.
Évidemment, lorsqu’il était alité comme c’était le cas actuellement, ses trois frères se succédaient pour l’imiter, lui rapportant des nouvelles lorsqu’ils venaient lui apporter son plateau repas ou ses médicaments, vérifiant son état.
Bien sûr, ils le laissaient aussi se reposer ou venaient lui apporter de la lecture ou n’importe quelle autre activité qui pourrait l’intéresser. Il fallait qu’il soit en état, bien sûr, ils n’allaient pas le forcer alors qu’il avait l’impression qu’un groupe de Goron était en train de faire des claquettes dans son crâne.
Justement, c’était au tour de Blue qui avait pris place dans le fauteuil au fond de la pièce, le regard tourné vers la fenêtre aux volets ouverts, observant le ballet des flocons tombant avec une grâce aérienne. Red aussi, appuyé contre son oreiller, le visage un peu rougit après une longue crise de toux qui avait fait courir son frère jusqu’à lui, craignant pour sa vie et son confort.
Une carafe plus tard, le jeune héros avait retrouvé sa respiration légèrement sifflante mais bien moins douloureuse.
Le silence entre eux était confortable alors qu’ils s’enfonçaient dans leur contemplation passive.
— Blue ? finit par murmurer le malade.
— Mmh ?
— Pourquoi, pourquoi tu restes ?
Malgré tout ce qu’il avait bu, sa gorge restait à vif, le rendant incapable de hausser le ton. Mais avec le calme régnant dans la demeure, Blue n’avait aucune difficulté à l’entendre, lui permettant de rester confortablement dans son fauteuil.
Dehors, le ciel était blanc, les arbres étaient blancs, le sol était blanc. Le monde était un immense édredon en plumes d’oie.
Ils savaient que les enfants à l’école avaient déjà créé toute une armée de bonshommes de neige, des batailles de boules de neige avaient été lancé un peu partout dans la Cité, et les victimes collatérales avaient été nombreuses.
Il n’était pas rare que leur grand-père aille au château pour une partie de la saison, soulageant ses articulations mises à mal avec le roi, surveillées par le médecin et profitant des foyers toujours allumés.
En l’état, Vio avait rejoint la ville, préférant travailler à la Bibliothèque Royale plutôt que son bureau, afin de consulter sur place tous les ouvrages nécessaires. Green l’avait accompagné afin de rendre visite à Zelda qui s’ennuyait ferme depuis la première neige.
Autant les années précédentes avait-elle pu profiter d’un assouplissement des règles grâce à son père qui la considérait comme la septième merveille du monde, autant, entre les trois tentatives d’enlèvement à son encontre et les changements en pierre, Dartas était devenu un père protecteur et craintif.
Et, accessoirement, Zelda restait une princesse de sang royal, pour ce que ça signifiait dans leur petit royaume rural, et elle devait apprendre à tenir son rang, et non courir au travers de la cité en jetant des boules de neige au visage d’honnêtes citoyens !
… Il se pouvait que le grand chambellan eut été la malheureuse cible de quelques plaisantins et qu’il n’avait pas apprécié la plaisanterie.
Mais ce n’était pas une raison pour se venger sur la pauvre hylienne ! Et c’était pour cette raison que son ami d’enfance était venu la voir, espérant ainsi égayer son humeur comme il en avait été capable dans le passé. Même si, techniquement, il lui manquait trois aspects de sa personnalité pour que ça soit exact, mais c’était des détails.
— Pourquoi irais-je ailleurs ? contrattaqua Blue.
Il décida de fermer les yeux, un peu fatigué.
Il aurait pu aller se reposer n’importe où d’autres, il n’y avait vraiment qu’eux deux dans cette grande bâtisse, ce n’était pas le calme et le silence qui manquaient, mais ça paraissait presque plus confortable de le partager avec Red.
De temps en temps, un flocon frappait contre la vitre, mais ce n’était pas suffisant pour vraiment troubler la paisibilité.
— Je ne sais pas. Il y a beaucoup plus intéressant, non ? En plus, le médecin a dit que j’étais contagieux.
— Je fais ce que je veux, Red. Repose-toi, grogna-t-il.
Mais à la place d’obéir, celui-ci partit dans un rire un peu hystérique, s’étouffant une fois de plus. Il se débattait avec ses draps pour se redresser, les repoussant mais se faisant presque assommer par leur retour, alors qu’il était secoué par ses propres spasmes d’hilarité.
— Merde !
Le fauteuil tomba au sol alors qu’il se précipitait à son chevet, essayant de l’aider, luttant contre ses tentatives et manquant de peu de se faire frapper au passage.
Ce fut une épreuve dont ils ressortirent à bout de souffle, échevelés et avec quelques bleus supplémentaires.
— T’es un crétin, Red.
Pour toute réponse, celui-ci lâcha un nouveau rire épuisé, mais au moins était-il convenablement installé pour ne plus recommencer à s’étouffer sur quoique ce soit.
Épuisé, Blue se redressa pour taper répétitivement son index entre ses sourcils.
— Voilà pourquoi je dois rester. Tu serais capable de t’ouvrir le crâne en tombant du lit.
— Même pas vrai, bouda-t-il. Arrête de faire ça.
— Nan, c’est ma vengeance pour les crises cardiaques que tu me créés par tes bêtises.
Blue était à moitié sur le lit, sa partie inférieure hors du sommier, les pieds au sol, alors que la partie supérieure était allongée en partie sur le malade et en partie sur l’édredon, le bras tordu pour continuer sa taquinerie, juste pour le plaisir de l’agacer. Et ce fut sans surprise qu’il le regarda gonfler ses joues, vexé.
— Casse-toi, râla-t-il. Faut me laisser me reposer.
— Mais personne t’interdit de fermer les yeux, vas-y, fais ce que tu as à faire, moi je m’occupe.
Red avait très envie de frapper son frère en plein visage, mais il avait épuisé trop d’énergie avec tout ce qui s’était passé jusque-là et ne pouvait que prendre sur lui et froncer les sourcils sous l’inconfort, rongeant son frein en silence.
La vengeance était un plat qui se mangeait froid, il le ferait en temps et en heure…
— On est rentré~ chantonna Green en passant la porte.
— Essuis-toi les pieds et ferme-la, l’accueillit Blue.
— Wah, que d’amour perdu entre vous, commenta Vio en les dépassant.
Pour toute réponse, il eut droit à deux majeurs tendus en sa direction, mais il n’y prêta pas attention, continuant de marcher et disparaissant rapidement à l’étage.
— On t’a déjà dit que t’avais une sale gueule ? reprit Green en rangeant son manteau.
— Ouais, je me fais la même réflexion à chaque fois que je te croise.
Lui tournant le dos, il refit face à la cuvette d’eau grâce à laquelle il nettoyait le sang qui coulait de son nez, ronchonnant.
— Plus sérieusement, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? Avec qui tu t’es battu ?
— Red, qui d’autre ? Les meubles n’ont pas subitement pris vie… Ça s’est bien passé avec Zelda ?
— Change pas de sujet.
Alors que son frère continuait de soulager le bleu qui commençait à devenir visible sur sa pommette, Green fouillait dans les placards de la cuisine, sifflotant.
— Elle va très bien. Elle s’ennuie et n’a aucune excuse pour esquiver ses cours particuliers, à son grand malheur. Elle pense d’ailleurs que c’est un complot de la part de ses percepteurs car ils savent tous qu’elle est coincée dans le château jusqu’au printemps. La pauvre croûle sous les devoirs.
Grignotant un quignon de pain, il alla s’asseoir sur un tabouret, l’observant faire.
— Et qu’as-tu fait pour que notre cher petit frère au caractère gentil et doux décide de t’asséner son poing dans la figure ?
— Rien.
— C’est évident. C’est même totalement dans le personnage. Toi qui es un modèle de gentillesse et d’attention, lui un gros vilain soupe au lait. Parfaitement normal.
Il n’eut qu’à baisser la tête pour esquiver le linge gorgé d’eau que Blue lui envoya, énervé.
— Décidément, viser, c’est définitivement pas ton truc…
Cette fois, il n’eut pas la même chance avec la cuvette d’eau, s’était relâché, pensant que Blue était désarmé.
