Sméagol avait vu le jour plusieurs siècles auparavant.
Dans l’ensemble, il avait été un hobbit comme les autres, jouant avec ceux de son âge, poussant comme un champignon en automne et tentant de se faufiler dans les caves ou celliers de ses voisins pour leur grappiller un met de choix.
En bons descendants de la branche des Fortauds, ils passaient de longues heures près de l’eau, nageant ou y trempant simplement leurs larges pieds, profitant du temps doux et de la langueur commune à leur peuple.
Ce fut ainsi, qu’un bel après-midi ensoleillé, alors qu’il somnolait, sa canne à pêche mollement tenue dans ses mains, il fut arraché à la torpeur par Déagol, son cousin et ami, qui avait trouvé un bijou dans la vase.
Sméagol avait toujours été un hobbit moyen, semblable à tous ceux de sa petite communauté. Sa plus grande ambition était de pécher le plus gros poisson de la Grande Rivière des Terres Sauvages et ses plans futurs s’arrêtaient au repas suivant.
Il reprendra sûrement le commerce de son père à sa suite et épousera une jolie demoiselle choisie par la matriarche, avec laquelle il élèvera toute une tripotée de petits hobbits tout aussi moyens que les autres.
Mais tout changea à la vision de cet anneau. C’était comme si… Comme s’il l’appelait.
Ce qui suivit devint flou et même dans les moments les plus calmes, il avait bien du mal à apaiser son esprit tourmenté pour se pencher un tantinet sur sa vie passée.
Plus rien ne comptait, finalement, tant qu’il avait son trésor avec lui. Son précieux Anneau qu’il servirait jusqu’au jour où la mort voudra bien de lui.
Il était bien, ici, dans cette caverne inondée, à se goinfrer de gobelins idiots et de poissons aveugles, tout en s’adressant à son maître vénéré.
Si seulement cet affreux tricheur ne le lui avait pas volé…
