Year of the OTP - 2023

Year of the OTP – 2023 – Vacances ensemble 36/69

Jehd leva le bras, étirant les doigts de sa main pour amoindrir les rayons du soleil. Mais celui-ci continuait de les darder entre les espaces, le forçant à détourner la tête pour éviter de finir aveuglé.

Il avait dû remonter les manches de sa chemise le plus haut possible, mais aussi retirer sa cravate, déboutonner son col, puis une partie du haut, retirer son manteau, son pull, le gilet de son costume… Il avait l’impression d’être un homard dans une casserole, la sueur gâchant déjà le tissu épais de sa belle tenue.

Énervé de sa mise réduite à rien, il jeta un œil à son voisin, Link, qui était à mille lieues de deviner ses pensées, sincèrement heureux, sa tenue bien plus convenable aux températures.

Il avait dû le regarder trop longtemps car Link parut s’en rendre compte et tourna la tête vers lui, son léger sourire s’agrandissant alors qu’il lui demandait si ça allait.

— On est bientôt arrivé ! ajouta-t-il.

— Est-ce que tu penses que nous pourrions passer chez toi avant ? finit-il par lui demander.

Sa fierté était mise à mal ainsi, mais il était hors de question qu’il rencontre qui que ce soit dans cet état. Sans être d’un narcissisme à toute épreuve, il avait des principes et l’un d’entre eux était d’être présentable. Surtout quand vous allez rencontrer pour la première fois les parents de votre petit ami. Que dis-je, les parents ? La famille entière ! Le village complet !

— Pourquoi faire ? On y est presque, regarde, on voit déjà les premières maisons ! De toute façon, il n’est pas possible de rouler dans Toal, on va devoir s’arrêter avant et marcher le reste.

Cette nouvelle eut le mérite de faire naître des sueurs froides qui parcoururent le corps de Jehd, abaissant artificiellement sa température, mais ce n’était pas suffisant. Pas suffisant pour redonner un semblant d’ordre à sa chevelure ondulant sous l’humidité ambiante, pas suffisant pour chasser les rougeurs occasionnées par la chaleur ou les taches de sueur incrustées dans ses habits. Pas suffisant pour désembuer les verres épais de ses lunettes.

Dans à peine une poignée de minutes, il allait faire la rencontre la plus importante de toute sa vie et il ressemblait sans le moindre doute à l’un des épouvantails qu’ils devaient utiliser dans leurs champs…

Des larmes de frustrations s’accumulèrent à ses yeux alors qu’il tordait le mouchoir qu’il avait utilisé jusque-là pour éponger maladroitement sa peau, ses phalanges blanchissant sous la force occasionnée.

Malgré son apparente décontraction, Link l’observa du coin de l’œil. Même s’il ignorait la raison de l’inconfort de son partenaire, ce n’était pas pour autant qu’il n’allait rien faire.

Sans un mot, il enclencha le clignotant et, au lieu de continuer tout droit, bifurqua légèrement, s’enfonçant dans une autre portion de la forêt de Firone.

Étonné, Jehd redressa la tête, observant attentivement les environs avant de se concentrer sur le conducteur.

— As-tu l’intention de me tuer et de faire disparaitre dans les bois ? Parce que j’ai prévenu Ash d’où je me rendrais et tu peux compter sur elle pour lancer la police sur ta trace !

Pour toute réponse, le rire puissant de Link remplit l’habitacle alors qu’il rejetait la tête en arrière, ouvrant largement bouche et poumons, provoquant la fuite de quelques animaux craintifs.

Éteignant le moteur, il détacha la ceinture et quitta la voiture, en faisant le tour pour ouvrir la portière de son compagnon, lui tendant la main, l’invitant à sortir à son tour.

Bien que ses craintes étaient réelles, elles n’étaient pas aussi fondées que ça et il ne lui fallut guère longtemps pour faire sauter le pêne et d’attraper la main tendue, s’étirant à l’extérieur.

Jehd sentait le regard appréciateur courant le long de son corps maigre alors qu’il tirait sur les différentes couches de vêtements, tentant de les redresser et de lisser les vilains plis, souriant à l’attention dont il était la cible. Link n’était pas sa première expérience amoureuse mais il était bien le seul à l’observer avec ce respect, se contentant d’apprécier ce qu’il pouvait voir, sans le déshabiller du regard ou de tenter de glisser ses grosses pattes sur sa peau.

Mais il ne comprenait pas pour autant ce qu’ils faisaient là.

— Par là, on peut rejoindre la source de Firone. Suis-moi !

— Attends… La forêt de Firone, la source de Firone… Firone, comme dans la divinité dragon Firone ?

— Non, c’est plus… un singe ? un écureuil ? Il change de forme selon les besoins ou l’interlocuteur, je crois.

Jehd lui avait emboîté le pas alors qu’ils s’éloignaient sous les frondaisons, le bruit de l’eau devenant de plus en plus fort.

— Proche du village, on a aussi la source de Latouane, Je m’y baignais souvent, l’eau est claire comme du cristal. Elle est potable, d’ailleurs, et je crois qu’elle a pas mal de propriété. Latouane, par contre, aurait une forme semblable à nos chèvres. Mais je pense qu’on aurait été remarqué très vite.

— Ah bon ?

— Oh oui, tu verras bien vite pourquoi.

Et, en effet, quand ils parvinrent enfin au village après s’être rafraichi et que Jehd put se changer, il comprit bien vite pourquoi.

La région de Latouane était la plus petite du royaume et n’était constituée que du village de Toal, célèbre pour ses produits fermiers et son climat pratiquement tropical. Mais ça signifiait aussi qu’ils avaient peu de poids dans les intérêts nationaux et bien souvent oubliés.

Si la route jusqu’à l’entrée de la forêt avait été aussi goudronnée et balisée que dans le reste du royaume, ils roulaient depuis sur un chemin empierré, rendant l’avancée un peu cahoteuse, mais il restait bien entretenu de ce qu’il avait pu observer. Mais quand il leur fallu quitter le véhicule avec leurs bagages, il ne restait plus que de la terre battue pour rentrer dans le village à proprement dit.

Ouvrant la voie, Link avait désigné de la main la direction approximative de la fameuse source de Latouane puis avait entrepris de lui présenter Toal, mais aussi ses habitants alors qu’ils les croisaient, les saluant de loin. Certains se rapprochèrent, assénant de larges tapes dans leurs dos, manquant de peu d’envoyer le futur anthropologue à terre. En-dehors de ça, l’accueil était plutôt chaleureux, personne n’avait l’air surpris de sa présence, et pourtant il ne pouvait pas être plus différent d’eux.

— On a juste à saluer mes parents avant de pouvoir aller chez moi, ça te va toujours ?

Jehd n’avait jamais été si heureux d’avoir décidé de voyager léger et de ne pas s’être encombré de ses habituelles encyclopédies. Il hocha simplement la tête et Link les guida jusqu’à une maison, aussi semblable que les autres, devant laquelle se trouvait une femme occupée à baratter. Elle leva la tête à leur arrivée et un large sourire illumina son visage alors qu’elle se levait pour enlacer l’hylien, avant de se reculer pour appeler d’autres noms, précédant ainsi l’arrivée d’un jeune adolescent et d’une petite fille qui s’empressèrent de sauter dans les bras du futur ingénieur qui dut lâcher rapidement ses bagages afin de les rattraper.

Sans doute le frère et la sœur dont il lui avait parlé.

— Allez, lâchez ce pauvre Link, rit celle qui devait être sa mère. Il a un invité !

À ces mots, ce fut au tour de Jehd d’être la cible des deux cadets, bien qu’ils se contentèrent de reposer le pied au sol et de le saluer de là. C’était une bonne idée, il faisait un mauvais rocher à singes.

— M’man, Colin, Elka, je vous présente, Jehd. On sort ensemble, mais je vous en ai déjà parlé.

Alors qu’il allait les saluer à son tour, la dernière phrase l’arrêta net et il se tourna vers Link, confus, se montrant du doigt.

— Tu as parlé de moi ? de nous ?

— Bien sûr ! Je n’aurais pas dû ?

De tout confiant, le ton de Link devint plus hésitant, conscient qu’il avait peut-être fait une bêtise. Il lança un regard en direction de sa mère mais celle-ci se contentant de secouer la tête, affichant uniquement un sourire mystérieux.

— N… non, j’étais juste surpris, avoua Jehd alors qu’il rougissait, baissant la tête. C’est assez rare qu’on s’ennuie à parler de moi.

Il avait beau avoir prononcé la dernière partie dans sa barbe, les quatre membres de la famille avaient clairement entendu mais décidèrent de ne pas relever, bien qu’ils échangèrent des regards des plus éloquents, profitant que l’étudiant ne leur prête pas attention.

— Bref ! interrompit Link en claquant des mains. Nous allons nous poser chez moi, on était venu vous faire coucou !

— Venez pour dîner ! les invita Ute. Nous avons très envie de faire ta connaissance, Jehd ! Link nous a beaucoup parlé de toi, nous avions hâte de te rencontrer !

— Moi, moi aussi madame, balbutia-t-il.

Le rougissement n’était toujours pas parti mais ce n’était plus parce qu’il était gêné ou honteux, mais bien parce qu’il était ému.

Il y avait quelque chose à creuser, là, mais ce n’était le lieu, ni le moment.

— Allez, filez les amoureux, et n’oubliez pas le dîner !

Link n’attendait que ça, attrapant le poignet de Jehd de sa main libre, l’attirant derrière lui alors qu’il partait en courant, riant des fausses remontrances adressées par sa mère alors qu’ils s’éloignaient de plus en plus.

Il l’avait prévenu de l’incongruité de sa… maison. En tant que futur anthropologue, ça l’avait beaucoup intrigué et il lui était difficile de prétendre le contraire alors qu’il la voyait enfin. Il fallut que Link claque plusieurs fois des doigts devant son visage pour qu’il reprenne pied avec la réalité, c’est dire ! Et encore, Jehd restait plongé dans certaines réflexions.

— Ça te plaît ? l’interrogea Link, les mains dans le dos, un large sourire aux lèvres.

Mais il le connaissait maintenant suffisamment pour voir à travers le masque et comprendre qu’il était extrêmement nerveux au sujet de sa réponse.

Alors, à la place d’utiliser des mots (sacrilège !), il se contenta de l’attraper par les épaules et de l’embrasser.

— Ça me plaît énormément. Mais uniquement parce que tu es là aussi.

Finalement, au lieu de vider leurs valises et de faire un peu de ménage, ils se contentèrent de s’embrasser longuement, jusqu’à ce qu’on frappa à la porte. Le retour à la réalité fit un peu mal mais nécessaire.

Alors que Link invitait à rentrer d’une voix un peu cassée, Jehd s’éloigna, s’agenouillant pour se pencher sur le contenu de son bagage, prétendant être occupé.

— Maman m’envoie pour te rappeler l’heure du dîner !

— Rah, Colin, je sais que je suis à la capitale le reste de l’année, mais ce serait bien de me faire confiance, grogna Link.

— C’est ce que je lui ai dit ! Quand il est question de manger, tu traverserais tout Hyrule, juste pour mettre les pieds sous la table ! Mais elle a insisté.

Amusé, Jehd tourna la tête pour observer les deux frères interagir entre eux. Colin avait haussé les épaules suite à sa déclaration alors que Link ne savait clairement pas où se mettre, le bout des oreilles plus rouge que jamais.

Cette manière de rougir était absolument adorable et lui-même ne pouvait pas s’empêcher de le bousculer légèrement afin d’en contempler le processus. Link en était parfaitement conscient et ne s’en plaignait pas, n’osant pas avouer apprécier son côté légèrement impertinent, même s’il ne sortait que lorsqu’ils n’étaient que tous les deux.

— Bon, c’est bon, t’as livré ton message, tu peux lui dire qu’on arrive, grommela-t-il finalement, se frotta le visage.

Mais Colin n’obéit pas. À la place, il croisa les bras et haussa un sourcil, semblant le défier de le faire partir lui-même. Il se permit même de se redresser de toute sa hauteur dégingandée avec un rien de sourire supérieur.

— Oui bon, ça va, tu triches.

— Je vais être plus grand que toi, nananère, plaisanta le cadet en tirant la langue.

Par esprit revanchard, Link lui attrapa le nez, le relâchant juste après, souriant moqueusement, avant d’imiter Jehd, se penchant sur son propre bagage.

— Est-ce que je dois m’habiller d’une certaine manière ? demanda ce dernier.

Les deux frères tournèrent la tête vers lui, l’observant sans un mot.

— Franchement, tant que tu ne te ramènes pas à poil, m’man ne dira rien, balaya Link.

Parfois, la nonchalance de son petit ami lui donnait envie de se renseigner sur les pratiques cannibales de lointaines tribus…

À la place, il lui adressa son meilleur roulement d’yeux avant de sortir sa trousse de toilettes et de commencer à se peigner, tentant d’améliorer son apparence.

Certes, leur escale précédente avait réduit une partie de son allure, mais elle restait perfectible. Et il n’y avait pas que lui.

Attrapant Link au vol alors qu’il allait sortir après Colin, il entreprit de donner un sens à sa coiffure.

— Ça sert à rien ce que tu fais, monsieur, prévint le jeune adolescent.

— Colin a raison, Jehd. M’man ne va pas s’offusquer parce que je suis ébouriffé, elle m’a vu pire.

Avant que le citadin ne fasse savoir ce qu’il en pensait, lui, Colin fut le plus rapide, affichant le même sourire fripouille aux lèvres que son aîné.

— M’man dit que c’est plus simple de carder une chèvre que de peigner Link. Alors vous fatiguez pas !

Et, tout content de son méfait, il s’enfuit à toutes jambes. Son frère avait bien l’intention de le poursuivre pour laver son honneur, mais Jehd l’avait attrapé par le menton, le forçant à lui faire face alors que ses yeux arboraient ce fameux « ne bouge que d’un cil et tu finiras borgne » qu’il avait pu voir de temps à autre, alors qu’il continuait d’ordonner les mèches blond foncé.

— Et voilà, tout beau ! Allons-y.

Il alla ranger son peigne et attraper un cardigan – les températures risquant de baisser avec la disparition du soleil – avant de quitter la maison-arbre, mais Link l’attrapa cette fois-ci, plaquant un baiser sur ses lèvres, l’air heureux.

— Prêt pour ton premier repas d’authentique Toalien ?

— « Authentique Toalien » ? Aurai-je raté un rite de passage ? Ou est-ce ta manière de me demander en mariage ?

Ce n’était qu’une simple plaisanterie mais il n’en fallut pas plus pour que Link s’empourpre magistralement, et pas uniquement l’extrémité de ses oreilles pointues, tentant de s’extirper de la situation mais ne parvint qu’à marmonner des phrases dénuées de sens.

Pour parachever le tout, Jehd l’embrassa sur la joue avant de s’écarter, l’attrapant par le bras.

— Ce n’est pas tout ça, mais tu me montres le chemin, mon chéri ?

Link était si confus qu’il avait l’impression que de la vapeur lui sortait par les oreilles et que ses yeux n’étaient plus que constitués de spirales tournant à l’infini, alors que sa langue lui semblait être de plomb, incapable de la mouvoir pour répondre.

Ce n’avait peut-être pas été une si bonne idée de faire se rencontrer sa famille et son petit ami…

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