Sicktember 2024

Sicktember 2024 – Excès de bonnes choses / de gourmandise 2/30

Link avait organisé un nouveau rencard avec Ralph. Ce n’était pas une vilaine grippe qui allait le ralentir !

Tout avait été préparé minutieusement, et ce, même s’il savait parfaitement que les meilleurs plans avaient des failles.

Par contre, il ne s’était pas attendu à ce qu’il tombe à l’eau avant même qu’il puisse quitter son foyer.


— Salut, Ralph ? Je suis désolé, on va devoir remettre ça un autre jour.

— Un problème ?

La main gauche occupée à tenir son portable, Link dardait un œil attentif sur son petit ami, retenant ses cheveux de sa main droite.

— On peut dire ça. Lavio a passé la matinée à se goinfrer de rubis, et on va dire qu’il est passé à la caisse.

Un long gémissement plaintif monta du malade, en réaction. Sûrement une énième lamentation sur son humour désastreux.

Mais il n’y fit pas attention, soucieux du soudain silence au téléphone.

— Ralph ? T’es toujours là ?

— … Ton… petit ami ? a mangé des rubis ?

Ce fut au tour de Link de marquer un temps d’arrêt, cillant avant de coincer le mobile avec son épaule pour rassembler la chevelure noire dans ses deux mains, l’éloignant du visage du malade.

— Ce n’est pas ce que tu crois, il n’a pas un Pica ou un truc du style ! Non, bien au contraire.

Un rire tremblant le parcourut, manquant de faire tomber le smartphone au sol.

— Alors, c’est quoi ?

— C’est une spécialité Lorulienne. Des bonbons en gélatine, en forme de rubis. Et Lavio en raffole, comme tu l’auras sans doute deviné.

Le bruit distinct d’un haut-le-cœur ne put être censuré alors que le concerné se pencha plus encore, purgeant son estomac d’une partie des friandises.

Appliqué, Link tira la langue alors qu’il repositionnait son téléphone d’un mouvement d’épaule, entortillant la poignée de cheveux d’une seule main pendant que l’autre frottait le dos de Lavio d’un geste tendre.

— Et Marine n’est pas là, tu t’en doutes, donc je ne peux pas le laisser tout seul. Donc, on peut remettre ça une autre fois ?

— Euh oui, je peux, pas de problème.

— Merci, vraiment désolé…

Ils se turent un instant, l’un occupé à surveiller son petit ami, l’autre triturant une mèche de ses cheveux, pensif.

— Est-ce que… est-ce que tu as besoin d’aide ?

Ne s’attendant pas à cette proposition, Link manqua de nouveau de lâcher le portable. À la place, il le changea d’épaule, soulageant ses cervicales.

— Tu es sûr de toi ? On est loin de la situation rêvée…

Son cerveau fut traversé par une pensée parasite, le faisant froncer le nez.

— Attends, ne me dis pas que tu es émétophile ? Pas que je juge ou quoi, mais…

Bon, okay, il jugeait complètement. Mais c’était purement par méconnaissance et il en avait conscience, ne se permettant d’aller plus loin dans sa réflexion.

— Je ne sais même pas ce que c’est. Et, à la réflexion, je doute d’en avoir envie. C’est juste que… Oublie, tu es sûrement trop occupé pour avoir en plus à me gérer.

— Non, je serais content de te voir, tu penses bien ! Mais je vais demander à Lavio, c’est lui qui a le plus à perdre.

Link s’agenouilla, récupérant son téléphone et plaquant une main contre l’écran pour filtrer leurs propos, recoiffant quelques mèches éparses de sa main libre.

— Hé, chéri, comment tu te sens ?

Pour toute réponse, il lui offrit un regard épuisé et un peu vitreux, affalé contre le mur de la pièce, un bras au travers du siège des toilettes.

— Ouais, question con, pardon.

Il frôla son front du bout des doigts, soucieux.

— Ralph propose de passer à la maison. Tu es d’accord ou tu préfères pas ?

— Il peut venir… souffla-t-il.

L’odeur de bile dans son haleine lui fit froncer le nez par réflexe, mais il se contenta de continuer à lui caresser la tête.

— Je ne veux pas que tu te forces pour me faire plaisir ou je ne sais quoi. Tu es malade.

— Par ma faute.

— Tu es malade, répéta Link. Et tu es ma priorité. Si ça te gène d’être vu par quelqu’un d’autre ou que tu n’as pas l’énergie de faires des ronds de jambe, tu as parfaitement le droit de refuser, personne te le reprochera.

Le regard vert coulissa jusqu’au portable oublié dans sa main gauche.

— Lavio, je ne te mens pas. Si une personne qui me plaît ne peut pas comprendre ça, alors je ne vais pas m’encombrer avec elle.

Rapidement, il colla son oreille au téléphone.

— Ne le prends pas personnellement, y dit-il, très vite.

— Y’a pas de mal. Si t’es comme ça avec toutes les personnes auxquelles tu tiens quand elles sont malades, je risque de vouloir la même chose.

— Attends ton tour, dans ce cas, s’il te plaît, le créneau est déjà pris, rit-il.

Il se calma alors que Lavio se blottissait contre lui et lui tapotait sur la main, lui signant que c’était bon.

— Ça m’a l’air validé. Je t’envoies l’adresse par message et tu fais ce que tu veux ? Faut vraiment que je raccroche, cette fois.

— Pas de souci, à tout de suite !

Et, en effet, à peine eut-il le temps de verrouiller le smartphone que Lavio était secoué de soubresauts, ne présageant rien de bon.

Le décollant rapidement de lui, Link le manœuvra de manière à ce qu’il puisse à nouveau dominer les toilettes, sa bouche s’ouvrant la seconde suivante.

L’appuyant contre lui, il saisit les mèches noires, appuyant un baiser contre la nuque accessible, le laissant poursuivre ses offices pendant qu’il tapait l’adresse promise à Ralph avant de rempocher son portable.


Quand Ralph se présenta à l’adresse donnée, il ne savait pas trop à quoi s’attendre.

Il avait eu un peu de route à faire, mais rien d’insurmontable, juste de quoi quitter le centre-ville où il vivait, au profit des faubourgs un peu à l’écart.

De l’extérieur, la maison ne paraissait pas très grande, mais si elle était construite comme ses voisines, alors elle s’étirait dans la longueur, cachant son jeu à quiconque lui ferait face. Elle était sobre, avec des fleurs à chaque fenêtre et une petite cour de gravier jusqu’au portail où il sonna, curieux.

Les noms écrits à la boîte aux lettres ne l’avancèrent pas plus, ignorant lequel correspondait à qui. Bien que la différence entre le premier écrit depuis suffisamment longtemps pour être légèrement effacé, et les deux autres, suggérait être celui du véritable propriétaire. Ou du locataire le plus ancien.

Serait-ce celui de Link ?

La porte s’ouvrant le surprit, l’arrachant de ses pensées et lui permettant de faire face à Link, justement, qui paraissait assez fatigué, bien loin de la personnalité lumineuse et arrogante qu’il lui avait montré lors de leur première rencontre.

Mais vu les circonstances, c’était loin de le choquer.

C’était plus de la surprise, mais ça le conforta d’autant plus dans la raison de sa présence. C’était l’occasion de le voir chez lui, sur son territoire, sans artifice ou masque avec un peu de chance.

Et, il fallait l’avouer, il était très curieux au sujet du fameux Lavio. Et peut-être un peu jaloux.

— Tu as pu facilement trouver ? lança Link en préambule.

— J’ai un bon GPS. Je peux entrer, du coup ?

Le portail fut ouvert et il ne rata pas l’œil attentif, typique des gardiens d’animaux, craignant la fuite de ceux-ci, mais il n’y avait qu’eux d’eux, pour l’instant.

Quel genre d’animal élèverait ces trois-là ? Il était curieux de le savoir.

Au lieu de lui poser la question, il tendit le sac en plastique qu’il tenait.

— Je suis allé faire quelques courses sur le chemin, des fois que ça puisse servir.

Surpris, il s’en empara, l’ouvrant pour jeter un œil à son contenu.

— Yaourts à l’aloe vera, jus d’aloe vera, compote… Eh bah ! Fais gaffe, je crois que tu t’es trompé de cible, mon pote ! C’est avec Lavio que tu vas finir, en fin de compte !

Ne lui donnant pas de pause pour qu’il enregistre ses propos, Link ouvrit la voie, montant les quelques marches menant à la porte qu’il ouvrit en invitation et referma derrière lui.

— Lavio aime l’aloe vera ?

— Il en raffole ! Et je ne te raconte pas sa réaction lorsque, pour son anniversaire, Marine lui a fait la surprise d’en ajouter des pots à sa collection de plantes ! Je crois qu’il aurait pu la demander en mariage dans la seconde !

Son rire était plus sec mais il l’accompagna malgré tout, amusé à l’anecdote.

C’était sans doute du fait de Marine, les jardinières débordant de couleurs aux fenêtres !

Link les conduisit rapidement à la cuisine après lui avoir tendu des chaussons pour remplacer ses bottines, lui présentant sommairement les pièces qu’ils traversaient.

Une bouilloire chauffait tranquillement sur le feu de la cuisinière alors qu’une forte odeur de menthe frappait son nez, dont la source était sans doute la grosse théière sur la table.

Devant l’une des tasses remplies se trouvait un hylien d’environ leur âge, aux cheveux noirs et aux yeux verts bordés de cernes. Clairement, il n’avait pas l’air en forme.

— Lavio, j’imagine ? Moi c’est Ralph, se présenta-t-il.

Un sourire sincère parut métamorphoser les traits fatigués alors qu’il l’accueillit.

— Oh ! C’est gentil d’être venu ! Tu as fait bonne route ? Assis-toi !

Obéissant, Ralph prit place sur sa droite alors que Link farfouillait dans les placards, ayant posé le sac sur le plan de travail, Lavio lui servant une tasse d’infusion, lui permettant de confirmer sa supposition de tantôt, la forte odeur de menthe s’en dégageant.

— Merci, et pardon pour le dérangement.

— Chacun son tour, balaya Lavio d’un geste de la main. La fois précédente où on a parlé, c’était Link qui vomissait ses tripes.

Le susnommé les rejoignit à ce moment-là, un froncement de sourcils froissant son visage.

— De quoi tu parles ?

Lavio et Ralph le fixèrent, un sourcil arqué.

— Ne me dis pas que tu as oublié ?

— Oublié quoi ?

— Je t’ai appelé, le lendemain de notre rendez-vous, commença Ralph.

Mais il n’y avait toujours pas de lueur de reconnaissance dans le bleu de ses yeux.

À la place, il poussa un verre qu’il avait rempli du fameux jus d’aloe vera, ainsi qu’un yaourt et une cuillère vers son voisin qui s’en empara avec hâte, se léchant les lèvres par anticipation.

— Je t’avais dit qu’il était complètement cuit, commenta celui-ci entre deux bouchées.

— Mais de quoi vous parlez ?

— Laisse tomber, répondirent-ils en chœur.

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