Year of the OTP - 2023

Year of the OTP – 2023 – Averse 34/69

C’était d’un cliché…

Les teintes délavées mais chaudes de l’automne avait été une véritable invitation à une promenade et il ne fallut pas beaucoup d’encouragement pour que Link entraîne Jehd avec lui.

Depuis presque un an que ce dernier avait déposé ses cartons au village Toal, la région n’avait pratiquement plus de secret pour lui, Link lui proposant régulièrement différentes sorties durant lesquelles il lui présentait les reliefs et les creux de ce qui est devenu un paysage familier.

Ce n’était pas toujours de légères randonnées, partir au petit matin et rentrer avant le coucher du soleil, équipé seulement d’un pique-nique. Il leur était déjà arrivé de passer la nuit dehors, sous une tente de fortune ou simplement l’un dans les bras de l’autre, se réveillant couvert de rosée, entourés de la faune inhabituée à la présence hylienne ou humaine.

Sans aller jusqu’à prétendre qu’il se promenait dans Toal et ses environs comme chez lui, Jehd était capable de se repérer au travers des bois épais ou des rochers affleurants.

Link lui avait appris à se repérer à l’aide des étoiles, déterminer le nord grâce à la présence de la mousse, localiser la source d’eau la plus proche… Il n’était pas un aventurier, contrairement au berger, mais il pouvait s’en sortir honorablement en cas de mauvaise situation.

Pour le moment, il n’avait pas eu trop à user de ses nouvelles compétences, bien que Link vérifiait de temps à autres, le questionnant avec affabilité.

C’était un des nombreux contrastes présents entre eux. Si lui était tout en nervosité, grande tige montée sur ressort, prenant toute interrogation comme une question de vie ou de mort, Link était plus serein, un sourire au coin des lèvres où était parfois perchée une longue herbe qu’il mâchonnait distraitement. Il prenait la vie du bon côté, accueillant chaque nouvelle, bonne ou mauvaise, avec la même humeur égale.

Il n’était pas le seul, bien sûr, c’était d’ailleurs un état d’esprit assez commun, avec quelques nuances propres à chacun.

Pour avoir passé pratiquement toute sa vie au contact froid et impersonnel de la capitale et ses habitants, Jehd s’était senti étourdi en réaction à toutes ses preuves d’affection. Mais il avait fini par s’y habituer et ne se sentait plus capable de quitter le village, même pour tous les rubis du monde !

Même les petites taquineries qui leur étaient adressées sur leur passage ne lui tiraient plus qu’un léger sourire amusé, écho de celui de Link, alors qu’ils traversaient la place centrale à grands pas, un sac sur le dos.

Main dans la main, ils rejoignirent la lisière de la forêt environnante, le sol changeant sous la semelle de leurs chaussures, la terre battue laissant place au tapis de feuilles mortes et de branchages, de mousse et de racines noueuses. Autour d’eux, les appels des animaux se firent plus présents, étouffant les rares bruits provoqués par le village.

Pendant quelques heures, il n’y avait plus qu’eux deux, la faune et la flore. Ç’aurait pu donner une impression d’intimité mais ils étaient bien trop occupés à savourer la caresse des rayons du soleil sur leur peau ou celle du vent leur apportant l’odeur si caractéristique des sous-bois.

Bien sûr, c’était une zone mille fois explorée ces derniers mois, mais la forêt était vivante et il y avait toujours quelques chose de nouveau à découvrir ou redécouvrir. Et pour Jehd qui n’était là que depuis moins d’un an, habitué à la stérilité des rues piétinées par la foule et au soleil occulté par les bâtiments tortueux, c’était un enchantement.

Loin d’être blasé, Link ne tarissait pas d’informations ou de réponses à toutes les questions qui pouvaient lui passer par l’esprit, même les plus loufoques.

Le déjeuner fut grignoté près de la rivière qui bordait le village et suivi d’une sieste dans un creux d’herbes.

Il y avait un petit air de printemps dans cet instant volé si paisible. Un petit avant-goût du paradis qui les incita à rester sans bouger, bien après avoir rouvert les yeux, l’un dans les bras de l’autre, encore un peu somnolent. Ils ne parlèrent pas, s’exprimant à travers de légers sons mélodieux.

Ce ne fut que lorsque le soleil continua sa course et les priva de sa chaleur qu’ils durent se résigner à se relever et à poursuivre leur randonnée.

C’était dans ces petits moments arrachés du temps que Jehd se demandait comment il avait fait pour vivre toutes ces années à la Citadelle. Enfin, vivre… survivre, plutôt. Sa nouvelle vie ici lui donnait l’impression de ne jamais avoir vécu auparavant. L’air était plus pur, les couleurs plus vives, la nourriture avait du goût… Comment était-il parvenu à tenir jusque-là ? Comment avait-il pu tenir toutes ces années sans avoir la sensation d’étouffer ?

Non seulement il n’en savait rien, mais en plus il se sentait incapable, maintenant, d’y retourner. Toutes ces années avant celle-ci lui paraissaient… si fades. Sans saveur. Y penser seul suffisait à l’étouffer d’angoisse.

Inconsciemment, il se rapprocha de Link qui l’enlaça sans l’interroger, l’embrassant sur le front.

Ce fut l’arrêt brutal des chants d’oiseaux qui les arracha de leur moment de tendresse. Mais la pluie diluvienne fut plus pertinente.

Elle tomba sans crier gare, les figeant juste suffisamment longtemps pour les tremper jusqu’à l’os. Puis, même s’il était trop tard, ils s’enfuirent à pleines jambes pour dénicher un abri.

Mais même l’arbre le plus épais ne fut pas suffisant, alors ils durent rebrousser chemin et trébucher jusqu’à l’arbre évidé servant de maison pour l’hylien, gloussant comme des idiots tout du long.

Quand la porte fut claquée derrière eux, ils se laissèrent glisser contre, tombant sur le parquet, de lourdes gouttes dégoulinant sur le sol dans de petites flaques.

Le rire ne les avait pas quitté mais il s’étouffait lentement en de douloureux hoquets alors que leurs dents commençaient à claquer, le froid recouvrant leurs peaux de chair de poule.

Il devenait urgent de retirer les habits trempés et de rallumer le feu pour se pelotonner devant, le temps de se réchauffer suffisamment pour se rhabiller dans des tenues sèches.

Tous les deux assis sur l’immense tapis fait main, enveloppés de couvertures épaisses en laine de chèvre, épaule contre épaule, tête contre tête, les yeux rivés sur les flammes ou fermés, ils goûtèrent au silence avec plaisir.

La journée n’était pas finie, loin de là, mais c’était comme si les heures précédentes n’avaient pas existé, comme une redite de leur alanguissement au soleil plus tôt, une parenthèse arrachée à la course folle du temps, avec l’écho de l’averse tombant dehors avec force.

Au-delà des murs arrondis, le monde n’existait plus. Il n’y avait plus qu’eux deux. Eux deux et ce feu salvateur pour leurs extrémités engourdies.

Pelotonnés l’un contre l’autre, ils bougeaient à peine, portant de temps à temps la tasse pleine à leurs lèvres pour siroter le thé infusé par Jehd un peu plus tôt.

Le mélange n’avait rien à voir avec ce qu’il avait pu déguster à l’époque où il vivait à la Citadelle, une fois encore, et il avait rapidement compris que le commander était bien trop onéreux et même incertain. Alors il avait appris à le réaliser avec ce qui poussait ici, essentiellement des feuilles provenant des arbustes que Link repérait pour lui, des dés du fameux potiron de Toal, les baies de la saison… Ce qui avait commencé comme une nécessitée (oui, il était drogué au thé, et alors ?) avait dépassé sa petite personne et il n’y avait plus une maison qui n’était pas équipée de son mélange n’existant qu’ici. Et ils étaient même quelques-uns à lui avoir conseillé de le commercialiser, au même titre que ledit potiron et le fromage ! Ce qu’il avait refusé, n’estimant pas ses petites expériences comme méritant d’être exportées au même titre que leur héritage.

Bon, c’était plus une infusion que du thé à proprement parler, d’ailleurs, mais il avait abandonné depuis longtemps l’idée de corriger qui que ce soit ici. Les chèvres étaient largement moins têtues que leurs humains…

D’une main distraite, Jehd lissait les mailles minutieuses, imprégnées de l’odeur si caractéristique des caprins. Tout ici portait ce parfum. Il avait fallu s’y habituer, la lanoline possédant une senteur particulièrement odorante et puissante, imprégnant littéralement tout ici. Les vêtements, les maisons, les gens, la nourriture…

Un cauchemar de plus.

Et un détail de plus qui l’avait enraciné dans ce village perdu, loin de la capitale et des gens bien pensants. Loin de leurs regards inquisiteurs, leurs langues empoisonnées et leurs manières les étranglant comme des carcans.

La liberté avait une odeur de chèvre, la saveur du potiron, le bruit de la pluie contre les fenêtres, la pesanteur d’une couverture lourde et la chaleur d’un amour tendre.

Laisser un commentaire