IamALegend est hors ligne…
Malgré ce qu’affirmait ce message, ils étaient nombreux à se connecter, rafraîchissant la page de temps à autre.
Les habitués savaient que le début du live était imminent, se préparant à ce qui allait suivre.
IamALegend va commencer à diffuser…
La patience était toujours récompensée…
Quand la caméra était allumée, elle pointait sur un lit simple aux draps tirés au carré. Des tapisseries colorées recouvraient les murs, donnant une teinte chaude amplifiée par les lumières pointant sur le meuble.
Une musique douce s’élevait de quelque part dans la pièce, renforçant la sensation d’intimité alors que des signaux d’alertes prévenaient de chaque arrivée et que déjà les habitués se saluaient, excités par anticipation de ce que leur réservait leur camboy préféré.
Celui-ci ne tarda pas à entrer dans le champ de la caméra, salué par des majuscules, des ponctuations en tout sens, amenant un sourire à ses lèvres percées.
Sa main caressa le bureau alors qu’il le contournait avant de s’installer sur le lit, croisant les jambes avec élégance, les pans de son négligé ne dévoilant rien de la tenue qu’il portait dessous. Si tenue il y avait.
— Bonsoir à tous, les accueillit-il. Je vous ai fait attendre. Mais vous êtes de bons petits, vous savez prendre sur vous. Je saurai vous récompenser.
Le clin d’œil à la fin parut enflammer le tchat où de nombreux messages se bousculèrent subitement.
— Que vous êtes agités… On dirait qu’il va falloir vous apprendre la patience…
Un rire bref le fit jeter sa tête en arrière à la lecture d’un message.
— Je ne peux qu’être d’accord, prince, les petits nouveaux n’ont aucune manière. Je compte sur la diligence de pureheart pour les recadrer mais surtout à vous pour les éduquer. Je peux vous faire confiance ?
Son sourire mutin fut exactement ce qu’il fallait pour éviter un soulèvement. Ce furent plutôt les notes de harpes indiquant les premiers pourboires qu’il obtint.
— Oh, déjà ? Enfin, vous avez raison, je m’égare.
Levant le bras pour repousser la longue mèche barrant son front, il chantonna, réfléchissant, ses doigts caressant la peau dorée.
— Alors, quelle histoire vais-je vous raconter, ce soir ?
Malgré son hésitation apparente, les mots ne tardèrent pas à quitter ses lèvres, mettant en place le décor imaginaire dans lequel il allait jouer, rythmé par les notes de harpe au rythme des dons.
De l’autre côté de l’écran, de l’autre côté de la caméra, son petit public buvait ses mots mais surtout l’affichage qu’il leur offrait. Ou plutôt, celui qu’ils payaient.
Lorsque le négligé finit au sol, dévoilant enfin le harnais qu’il leur réservait, il dut se taire, patientant alors que le tchat explosait et que la harpe ne s’arrêtait plus.
Malgré lui, ses joues s’empourpraient d’un rien d’embarras ravi à leur réaction. C’était gratifiant d’obtenir une telle réaction surtout après avoir longuement lutté pour l’enfiler !
Les lanières noires tranchaient sur sa peau dorée, suivant les courbes et les méplats de son corps, mais le clou du spectacle était définitivement les fleurs brodées en relief couvrant sa gorge, son torse, son ventre et, enfin, son aine et une partie de ses cuisses.
Il reprit la parole une fois l’excitation de la découverte apaisée.
— J’ai l’impression que ton cadeau a fait mouche, fleurdhibiscus. Tu as toujours eu un œil avisé.
Effleurant le ras-du-cou orné de la fleur éponyme, il tira la langue, le piercing s’y trouvant attrapant la lumière, juste ce qu’il fallait pour attirer l’attention dessus, mais rapidement caché avant que quiconque n’ait pu identifier celui choisi.
En réponse, la désignée envoya une lignée de smileys morts de rire et énamourés, puis un don pour afficher sa vraie réponse « Je sais comment mettre mon petit lapin en valeur. »
Amusé de ce surnom, il reprit où il en était après s’être assuré de remettre l’ambiance en place.
Autant avait-il dû se battre avec les lanières pour un rendu optimal, autant il appréciait la liberté qu’elles lui donnaient, lui permettant ainsi de jouer avec les angles pour se montrer ou se cacher selon l’envie.
Faire monter la luxure et l’envie était ardu, même pour lui qui le faisait depuis quelques années. Mais si on le lui demandait, c’était finir la diffusion le plus complexe.
Reste concentré pour saluer et remercier, raconter l’histoire jusqu’au bout, échanger quelques blagues avec ceux qui restent en arrière, répondre aux éventuels MP…
Et enfin, seulement enfin, pouvoir s’écrouler sur son lit, le corps recouvert de sueur et les membres parcourus des dernières étincelles de plaisir, son cerveau court-circuitant enfin.
Le souffle court, les cheveux collant à sa peau, le retour à la réalité était un électrochoc douloureux qu’il détestait.
IamALegend est hors-ligne.
Les vidéos étaient plus nombreuses que les photos. C’était plutôt rare sur un compte de sexcam, c’était plus facile de prendre plusieurs photos et de les poster à intervalles réguliers afin d’entretenir la flamme et ses abonnés.
En tout cas, c’était ce que faisait la plupart des diffuseurs de contenus, s’exhibant de manière figée, dont l’accès était payant ou libre.
La plupart des siennes était surtout pour immortaliser les cadeaux, les dédiant aux bienfaiteurs, avec un petit mot de remerciement et le lien de la vidéo quand il l’avait utilisé au cours d’une de ses diffusions.
La prochaine à venir était donc une capture du harnais enlaçant sa peau alors qu’il essayait diverses poses pour les mettre tous les deux en valeur, la lingerie et lui-même.
Pour ce genre de clichés, il faisait confiance à une connaissance photographe. Il avait peut-être l’apparence d’une souris violette, mais il savait manier son objectif !
Mais il n’était pas à l’aise, ayant l’impression que tous ses défauts physiques sautaient aux visages de ceux qui viendront les lorgner.
— Et tu penses quoi de celle-là ?
— Je n’en pense rien, tu connais déjà mon avis sur moi sur toutes ses représentations.
Affalé sur un pouf, le visage couvert d’un magazine de mode, il poussa un soupir de fin du monde.
Mais il en fallait plus pour décourager son amie qui l’attrapa par l’épaule afin de le forcer à se redresser et à observer les photos s’affichant sur sa tablette.
— Zelda, geint-il. Je ne veux pas voir ça…
Partout, il n’y avait que ça, des images de lui quasiment nu et couvert d’hibiscus brodés.
— Comment es-tu parvenu à rendre ta peau aussi scintillante ?
— Huile sèche pailletée. Et les bons projos, comme toujours.
Camoufler ses cicatrices était toujours la partie la plus importante de ses show, il en savait donc plus sur les produits cosmétiques qu’elle.
Sur les photos comme sur la diffusion de l’autre soir, sa peau présentait une couleur dorée à l’aspect satiné. Pas une seule de ses imperfections n’était visible.
Pourtant, lui les voyait.
— Fais ce que tu veux, abandonna-t-il.
Il n’en fallut pas plus pour qu’elle tapote sur l’écran et ne poste deux des photos, avant de tendre la tablette à son ami.
— Allez, utilise ta magie, petit scarabée, fais-nous donc rêver !
Lâchant un ricanement moqueur, il l’attrapa et commença à pianoter sur le clavier virtuel.
— Tu es si lyrique avec elle.
— fleurdhibiscus est une habituée de la première heure. Elle ne donne pas les plus gros pourboires mais elle est régulière. Et elle est celle qui a le plus vidé ma wishlist.
— Ah oui, c’est vrai…
Récupérant son appareil, elle fit défiler les autres photos, sélectionnant certaines, les montrant.
— Je suis admirative de ta prose. Tous ces cadeaux et tu ne te répètes pas une seule fois !
— Cinq ans à étudier la langue, bitch.
— Et maintenant, des creeps sur internet te payent pour étudier la tienne.
Ils levèrent la tête d’un même mouvement, se grimaçant mutuellement, taquins.
— Tu fais des show privés ? Les demandes pleuvent…
— Même pas en rêve. Trop de boulot à mettre en place. J’ai mis la barre suffisamment haute pour qu’elle reste inaccessible.
— Jusqu’à ce que quelqu’un ne décide de briser sa tirelire et de s’offrir tes petites fesses…
— Laisse mes fesses où elles sont.
— De toute façon, tu es bien trop cher pour moi.
Cette fois, il lui balança des grains de pop-corn au visage, qu’elle tenta de rattraper avec sa bouche.
Le résultat était assez mitigé, une bonne partie finissant dans les fibres du tapis.
Maintenant que les images étaient en ligne, les deux amis changèrent de sujet, papotant calmement.
