OTPtober 2023

OTPtober 2023 – Regret 7/31

— Je suis désolé, avait déclaré Link, un jour.

Juste avant, Nayru avait entreprit d’entonner un des chants de son répertoire. Les animaux s’étaient amassés autour de la clairière, charmés par les notes et apaisés.

L’intervention du héros brisa cette atmosphère. Non par son niveau sonore mais par sa négativité.

Impa, Nayru, Ralph… tous les trois se tournèrent vers lui, chacun affichant un degré différent d’inquiétude mêlée de surprise. De quoi pouvait bien s’excuser le jeune hylien ?

Au centre de l’attention, celui-ci ne leur rendait pas leur regard, les yeux fixés sur l’herbe verdoyante sous lui.

— De quoi es-tu désolé ? Intervint l’oracle.

Elle grattait les cordes de sa harpe du bout des ongles, un son à peine perceptible, mécaniquement, pensivement.

— De… tout, j’imagine ? Si je n’étais pas venu, Veran n’aurait pas pris possession d’Impa, de Nayru, de Ralph… Si je m’étais correctement assuré d’avoir triomphé contre les Twinrova…

Une note dissonante retentit alors que l’oracle repoussait son instrument après avoir malencontreusement accrochée une corde.

— Ce n’est pas de ta faute ! Oh, Link, tu n’es en rien coupable de ces méfaits ! C’est plutôt à moi de te présenter mes excuses pour t’avoir forcé dans une aventure alors que tu guérissais à peine d’une autre !

Elle se précipita à côté de lui, l’entourant de ses bras afin de le pencher contre elle, tentant de le consoler.

Mais malgré toute son affection, le jeune hylien resta raide et inconfortable contre elle, finissant par quitter son étreinte avec un sourire contrit.

— Mais si je n’étais pas venu, si je n’avais pas été aussi faible…

Nayru avait gardé ses mains dans la sienne, frustrée.

— Avec des « si », on pourrait faire tellement de choses…


Le retour à leur logement partagé se fit dans un silence tendu.

Ralph observait par en-dessous Link, inquiet.

Ça faisait quelques jours qu’il avait remarqué l’humeur sombre de l’aventurier sans pouvoir mettre le doigt dessus, craignant à tout instant qu’il ne s’emporte ou ne se brise.

Link portait son cœur en bandoulière, ne cherchant jamais à cacher ses expressions, hormis lorsqu’il affrontait Veran, c’est ce qui, c’est ce qui avait troublé Ralph, habitué aux visages lisses de toute expression, aux masques hypocrites de l’aristocratie, où on vous souriait en face tout en vous poignardant dans le dos.

C’était donc un exercice nouveau pour lui, mais surtout une épreuve pour leur couple.

Il n’était pas difficile de s’en rendre compte : le moindre pas de travers et le noble pourrait tout perdre. Pas seulement leur couple ou l’amour de Link, mais bien ce dernier.

Dans ces yeux si vifs, l’étincelle de vie n’avait pas brillé depuis un moment…

Tout entier à ses réflexions, il ne se rendit compte qu’ils étaient arrivés que lorsque son compagnon l’attrapa par le col et lui demanda de retirer ses chaussures.

Il le retrouva dans la cuisine, préparant le thé avec application mais sans siffloter comme il en avait pris l’habitude. En y repensant, ça faisait un certain temps qu’il ne l’avait pas entendu faire…

Quittant sa position d’observateur, il vint déposer ses mains sur les hanches étroites, déposant un baiser dans sa nuque avant d’y appuyer son visage.

Aucun d’eux ne dit mot jusqu’à ce que la bouilloire ne siffle et que Link ne s’en saisisse, remplissant la théière.

— Je suis désolé, déclara-t-il au milieu de cette scène purement domestique.

— Désolée de quoi ?

Un nouveau baiser fut appuyé sur la crête d’une cicatrice.

— De tout. Tu mérites un meilleur compagnon qu’un aventurier brisé qui te réveille à cause de ses cauchemars, qui a peur des feux d’artifice et qui peut t’attaquer n’importe quand.

Un petit silence s’installa durant lequel aucun des deux ne bougea, le thé infusant.

Puis Ralph embrassa de nouveau la cicatrice de foudre pendant que ses pouces faisaient des petits cercles, appuyant sur les muscles noués.

— Je n’ai pas pu sauver mon oncle, craqua-t-il. Il est mort dans mes bras. Il est revenu grâce à la Triforce, c’est vrai, mais ce n’était plus lui, ce n’était plus pareil…

Tout son corps se tendait, se crispait, dans son étreinte, mais ce fut son seul mouvement, restant en place.

— Je n’ai pas pu sauver Din et ma bêtise a manqué de nous faire perdre Nayru…

— Impa a avoué qu’elle a été possédé de son propre fait. Ne te rend pas coupable des erreurs des autres.

Link se tut, n’ajoutant rien mais n’en pensant pas moins.

Personne au monde ne serait capable de le faire changer d’avis.

Il était un héros, et un mauvais. Sinon, pourquoi les déesses continuaient, encore et encore, à le mettre à l’épreuve ? Il avait dû les décevoir par sa faiblesse et sa naïveté, par sa lenteur et par ses échecs…

Bien sûr, il n’était pas le héros déchu, il était parvenu à la fin de ses quatre quêtes, après tout !

Malgré lui, les souvenirs de ses errements lui revinrent en mémoire et les larmes s’amassèrent au bord de ses yeux. Bien vite, il s’échappa de l’étreinte aimante, mais uniquement pour s’y enfouir de lui-même, la gorge nouée, s’agrippant à la tunique comme à une bouée, comme il s’était agrippé aux rares débris de son embarcation suite à son naufrage en haute mer.

Les sanglots brouillèrent ses mots mais Ralph parvenait à les décrypter. Ou, du moins, ce n’était pas la première fois qu’il en était témoin.

Derrière les paupières closes, il savait qu’il y avait une image rémanente. Une silhouette aussi rousse que lui, avec un sourire aussi lumineux que le soleil, à l’odeur d’hibiscus et à la voix mélodieuse.

Un premier amour arraché avec toute la violence des catastrophes naturelles qui n’avait pu être pleuré et dont la plaie restait encore ouverte.

Ralph n’en était même pas jaloux. Il était triste pour Link, triste pour cette Marine disparue, pour leur amour balbutiant, pour ce futur avorté.

Ses larmes se mêlèrent à celles du héros.

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