Sicktember 2022 - alternatif

Sicktember 2022 – alternatif – Les urgences/Ambulance 3/5

Link toussait beaucoup mais avait prétendu aller mieux. Il ratait beaucoup trop de cours actuellement et ne pouvait pas se le permettre, alors il avait serré les dents et les poings puis s’était traîné jusqu’à l’université, sous le regard concerné de son petit ami qui avait plutôt envie de le benner sur l’épaule et de le porter jusqu’à chez eux, au moins le temps qu’il ne ressemble plus à une version fantomatique de lui-même, mais il le connaissait depuis assez longtemps pour savoir que ce serait une perte de temps et d’énergie.

Quand l’administration l’appela en sa qualité de contact d’urgence, un vilain frisson le secoua, puis ce fut la nausée quand on lui expliqua que Link s’était évanoui et qu’ils avaient donc dû appeler les urgences pour l’évacuer à l’hôpital du coin, où il devait se trouver à l’heure actuelle.

Il put se faire excuser pour le reste de la journée et ainsi se précipiter à ses côtés. Il était loin d’être utile, bien sûr, mais il avait aussi conscience qu’il ne serait pas en état de comprendre quoi que ce soit dans son état de nerf actuel, alors autant lui tenir compagnie.

Quand il se présenta à l’hôpital, puis aux urgences, il fut dirigé vers la salle de consultation où Link avait été allongé en attendant d’être examiné.

— Ah, parfait, vous allez pouvoir nous aiguiller ! déclara un médecin en passant la porte.

Lavio répondit du mieux qu’il pouvait, fouillant sa mémoire pour être le plus précis possible. Il remplit tous les papiers qu’on lui mit dans les mains, suivit le lit dans la plupart de ses déplacements, la tête vide.

Quand ils furent menés à une chambre, il se laissa tomber sur une chaise, soudainement conscient d’à quel point il était épuisé.

— Une pneumonie, avait statué le personnel médical à la fin des examens. Nous allons le garder en observation, le temps qu’il se rétablisse et qu’il puisse rentrer chez vous.

— Je peux rester avec lui ?

— Seulement jusqu’à la fin des heures de visite. Seuls les époux peuvent passer la nuit, navré.

C’était déjà pas mal, s’était-il dit au début, mais les heures qui passaient le rapprochaient du moment où il devrait partir, rejoindre leur appartement froid qui le sera d’autant plus car il y sera seul, ignorant de l’évolution de l’état de son compagnon.

Tout ce qui était à sa portée, c’était de tenir sa main dans la sienne, et d’observer, impuissant, les soins qu’on lui apportait, simple spectateur, ayant clairement l’impression d’être de trop. Mais quand on vint gentiment lui signaler qu’il était temps de partir, il sentit la main dans la sienne bouger, comme à sa recherche, le faisant clairement hésiter.

Et si Link se réveillait pendant son absence et paniquait ? Et si il y avait des complications mais qu’ils ne pouvaient pas réagir à temps car ils étaient occupés ailleurs ?

Comme il s’y attendait, lorsque ses pieds passèrent le pas de leur porte, tout le poids du monde lui tomba sur les épaules, manquant de peu de le jeter à terre. Il trébucha jusqu’au canapé, s’y laissant tomber, le regard vide.

Lorsqu’il reprit ses esprits, la nuit était déjà bien avancée. Il n’avait pas faim ni envie de se forcer, alors il décida de tenter de dormir, à la place, mais arrivé devant les portes des deux chambres, il ne sut pas choisir. La sienne, où Link se reposait ces derniers jours ? Celle de Link, avec toutes ses affaires autour de lui ?

Le canapé ne lui avait jamais paru aussi confortable, à ce jour.

Tapant les coussins pour les regonfler, il s’y allongea, se recouvrant de toutes les couvertures qu’ils possédaient à ce jour, essayant de se caser en se pliant autant que possible.

La nuit s’annonçait longue et sans doute peu reposante.


Il était facile de savoir quand Link allait se réveiller. Durant son sommeil, il avait un air angélique, presque enfantin, avec parfois un léger sourire persistant sur ses lèvres. Mais quand il s’approchait de l’éveil, il s’agitait, grognait. Son nez se fronçait, tout comme ses sourcils, sa bouche se tordait dans une grimace amère qu’il ne perdait qu’une fois rendormi.

Le contraste avait surpris Lavio, puis charmé. Cette facette innocente tenait du trésor secret qu’il gardait pour lui. Rien que pour ça, il avait commencé à apprécier sa tendance à se réveiller avant lui pour pouvoir commencer la journée avec cette vision attrayante.

Alors, quand il aperçut le déroulé exact, interpelé par le froissement des draps et les gémissements habituels, il eut l’impression que son cœur se mettait à battre la chamade.

Lui attrapant la main, le pouce lui caressant la paume, il patienta, fébrile.

— Hé, petite fleur, souffla-t-il.

Un grincement douloureux lui répondit alors que Link ouvrait les paupières, l’air clairement perdu et épuisé.

— Tu es à l’hôpital, et je pense que tu m’as fait perdre vingt ans d’espérance de vie. Vilain.

Au lieu de le pincer comme à son habitude, pour souligner sa taquinerie, il lui caressa le front, repoussant les mèches égarées.

— Tu veux boire un peu d’eau ?

Lavio le dorlota comme s’il était fait de verre et si d’ordinaire ça lui tapait sur les nerfs, il y avait un côté rassurant à l’heure actuelle, alors qu’il avait perdu connaissance presque deux jours pour se réveiller dans une chambre aseptisée et blanche, tout endolori et assommé par les médicaments.

Quand il eut l’autorisation pour rentrer chez eux, ce fut une libération. Qui aurait pu croire que sa chambre frigorifique lui manquerait à ce point ? La salle d’eau avec ses fuites et son manque d’aération ? Le divan étroit avec ses ressorts ?

— Doucement, conseilla son compagnon.

— On fait que ça, râla-t-il. J’suis pas en sucre, j’ai juste envie de crever.

— Tu as failli crever, tu veux dire. Pourquoi est-ce que tu continues de te pousser au-delà de tes limites ? Tu sais que tu ne recevras aucune récompense pour ça ?

— La mort, c’en est une, dans le fond.

— Je déteste quand tu dis ça.

Ils ne dirent rien, l’étudiant en commerce traînant l’autre jusqu’à la douche, après qu’il lui ait cassé les pieds pendant quasiment tout le trajet à ce sujet.

— Tu ne verrouilles pas et tu m’appelle si quoi que ce soit, compris ?

— Ouais ouais. Va-t’en.

Loin de s’en offusquer, Lavio sortit de la pièce et entreprit de ranger non loin, prêt à se précipiter au moindre son étrange. Mais ce ne fut pas nécessaire, la majorité des bruits lui parvenant étant ceux attendus, en plus des jurons habituels.

Sa cousine l’avait déjà taquiné à ce sujet, lui demandant si ça ne le dérangeait pas d’embrasser une telle langue verte. Au lieu de lui répondre, il avait fait diversion en s’étouffant de façon spectaculaire, ce qui avait permis de changer de sujet assez efficacement.

Link donnait l’impression d’avoir un vocabulaire limité et des manières atroces de par son habitude de jurer quasi constamment. Puis on découvrait qu’il préparait une étude de langues, en parlait cinq couramment, et qu’il était fils de diplomates. C’était juste un chat mouillé très occupé à pester pour tenir à distance tous ceux l’entourant, ce qui était assez efficace, en règle générale.

Hélas pour lui, c’était sans effet sur les loliens, surtout quand ils vivaient en colocation avec.

Lavio cogna du poing en passant devant la porte, par acquis de conscience.

— NON, JE NE ME SUIS PAS NOYÉ ! lui répondit-on.

— Moi aussi je t’aime~

Nul besoin pour lui d’entrer pour visualiser le visage rougissant de son amoureux, son absence de récrimination suffisant largement.

Quand il quitta enfin la salle d’eau, accompagné de ce satané nuage de buée, il avait bien l’intention d’aller se caler sur le canapé mais son compagnon l’intercepta avant et le guida dans sa chambre à la place.

— Tu dois être confortablement installé et te reposer, le médecin a fortement appuyé à ce sujet, alors non, je n’ai pas l’intention de te laisser dans le salon. Allez, exécution !

Dans la même veine, c’était toujours surprenant d’apprendre que Lavio avait grandi dans une famille majoritairement constituée de militaires – avec des exceptions et des déclinaisons. Link lui-même ne s’en souvenait que lorsqu’il faisait preuve d’autorité, ce qui était des événements assez rares. Mais quand ils survenaient, il avait tout intérêt à obéir.

— Mais…

Il tenta de protester, pour la forme, tout en cédant, passant son pyjama et se glissant sous les couettes, sous le regard satisfait de son bour… son petit ami d’amour qu’il aimait très très fort.

— Fais pas ta mauvaise tête, le pire est derrière toi, tu devrais t’améliorer de jour en jour.

— J’ai raté deux semaines de cours et je me suis évanoui en amphi. Je ne vois pas en quoi le pire est passé et comment ça peut s’améliorer. Je pourrai jamais récupérer les leçons et je vais me faire déglinguer aux prochains partiels.

— J’irai expliquer la situation à tes professeurs. Et au pire, je lâcherai Hilda sur eux, ça te va ?

L’image le fit rire puis tousser, par extension, ce qui le laissa fatigué. Il attrapa la bouteille d’eau avec reconnaissance.

Personne n’aimait être malade, bien sûr, et il ne faisait pas exception, ruminant sur toutes les sensations désagréables qu’il ressentait à cet instant. Puis ce fut le tour de la culpabilité quand son regard se porta sur le visage de Lavio.

Lavio qui avait des cernes plus prononcés que d’habitude, dont le teint était légèrement grisâtre, qui avait dû sauter quelques repas sous l’anxiété, le connaissant. Lavio qui était venu le voir alors qu’il était inconscient, qui lui avait tenu la main suffisamment longuement pour que celle-ci soit encore légèrement engourdie actuellement.

Définitivement, il était un gros ours en guimauve dégoulinant d’amour pour son prochain, et il ne le méritait pas.

Mais il n’avait pas l’énergie pour lui en faire part et gérer le débat qui s’en suivrait, alors à la place, il ouvrit les couvertures dans sa direction, l’invitant à le rejoindre.

Passé le moment de surprise, Lavio obéit rapidement, l’enlaçant délicatement, lui permettant de déposer sa tête sur son épaule.

— On reste comme ça ? souffla-t-il.

— Avise-toi de bouger et je te botte le cul, le menaça le malade.

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