Hazbin Hotel

Point de départ

Genres : Tranche de vie – Drame – Famille – Violence – Réaliste / One-shot

Rating : +16

Résumé : La vie d’Angel Dust lorsqu’il était encore vivant, puis sa descente en enfer.

Littéralement.

Bonne lecture !


La première fois qu’Anthony avait été témoin de la mort de son père – de leur père – il avait été dévasté. C’était un monde – puant, ignoble, perverti et sanglant – qui s’écroulait.

Il se souvient avoir fixé le cadavre criblé de balles avec l’impression que tout son être s’était refroidi.

Il n’avait même pas été triste ! Certes, quelques larmes avaient dévalé ses joues, mais rien à voir avec les lourds sanglots de Molly lorsqu’elle s’était pressée contre son torse en hoquetant bruyamment. Il avait vu Jonathan ramasser le chapeau emblématique de leur père et son arme, installant le premier sur le sommet de son crâne et pointant le second sur les minables qui avaient osé s’attaquer à leur famille, ne montrant pas la moindre émotion. Ni colère ni tristesse.

Il les avait sommés de décamper, avant qu’il n’ordonne à ses hommes d’ouvrir le feu à leur tour et que la ville ne devienne sourde de tous les glas qu’il aurait fallu sonner.

Coup de bluff réussi ou mépris à peine dissimulé, les meurtriers s’étaient repliés, certains n’attendant pas d’être hors de vue pour claironner leur exploit.

Anthony avait les oreilles qui bourdonnaient et les intestins qui se nouaient alors que leur aîné se retournait vers eux, la tête soudainement basse et le dos rond.

Autour d’eux, la rue était silencieuse. Il n’était pas le seul à avoir du mal à comprendre ce qui s’était passé, tout était allé si vite… Si Molly n’était pas en train de frissonner contre lui, nul doute qu’il aurait l’impression que le temps s’était arrêté.

Mais Jonathan était loin d’en avoir fini. Il avait aussitôt aboyé à l’encontre des débiles qui étaient pourtant chargés de la protection de leur famille pour qu’ils ramassent Henry et que les funérailles soient préparées, selon les traditions.

Le retour chez eux s’était fait dans un silence de plomb, uniquement troublé par les derniers reniflements de leur sœur, toujours pressée contre son côté.

Les jours suivants furent flous et il se contenta de suivre le mouvement, de revêtir les mêmes habits de deuil que lorsque c’était leur mère qui avait été la cible de la soif de sang d’un autre clan. Il était sonné, absent, incertain de ce qui se passait autour de lui…

Mais, quand il revint à la maison et alla dans sa chambre pour y déposer sa veste, il s’assit sur son lit et là… là…

Il rit.

Il rit jusqu’aux larmes, attrapant sa frange sur laquelle il tira alors que sa crise devenait hystérique.

Il était libre.

Plus de patriarche pour mépriser ce qu’il était, comme il le vivait. Plus de géniteur à l’expression fermée et frustrée dès que ses yeux avaient le malheur de lui tomber dessus. Plus de reproches, d’insultes plus ou moins discrètes. Plus de punitions ou de passages à tabac pour « faire de lui un vrai homme ».

Il était libre.

Il pouvait quitter cette maison, cet avenir tout tracé dont il ne voulait pas.

Et c’est ce qu’il fit, les premiers temps. Juste pour voir jusqu’où il pouvait aller, grisé par toutes ces possibilités. Soulagé du fardeau paternel.

Bien sûr, Jonathan – Gio – n’entendait pas ça de cette oreille, mais ce n’était pas comme s’il pouvait y faire quelque chose, englué comme il l’était par la politique interne et toute l’organisation qui lui tombait dessus suite au décès du capo. Hors de question de laisser leur clan dans la panade et encore moins permettre des guerres intestines pour s’asseoir à la place laissée vacante ! Leur père avait des fils, ce n’était pas pour faire joli !

Du coup, il ne restait à Gio qu’à le fusiller du regard, des cernes jusqu’aux joues et un cendrier croulant sous les mégots, quand Anthony se donnait la peine de rentrer, sur les deux heures du matin. Il n’avait pas toujours l’air frais, sentant l’alcool plus qu’il ne l’aurait souhaité et pas suffisamment pour cacher le parfum bon marché qu’il était parvenu à subtiliser dans leurs caisses de contrebande. Ses habits ne cachaient pas toujours les traces de rouge à lèvres ou les suçons maladroits, et encore moins quand il n’avait pas pris la peine de défroisser son col ou de renouer sa cravate – quand il ne l’avait pas égarée – mais, surtout, il avait cette manière de marcher qui prouvait à quel point il s’était intoxiqué.

— T’étais où ? grinçait-il.

— Parti profiter de ma jeunesse, gloussait son frère. Tu devrais essayer, avant que les rides ne fassent fuir ta fiancée !

Les rumeurs allaient bon train sur lui, au travers de leur petite organisation.

De son vivant, Henry – Rico – n’avait pas cherché à être discret sur tous les reproches qu’il tenait contre son cadet. Et, surtout, sur ses penchants.

Plus d’une fois avait-il utilisé ses hommes comme menace pour faire rentrer du plomb dans la caboche d’Anthony, lui répétant que la seule utilité qu’il apporterait à la Camorra serait de ratisser le trottoir pour eux.

Si Gio ne partageait pas cet avis – c’était son frère, par tous les saints ! –, il ne s’était jamais permis de commenter. Et, avec le padre refroidi, il n’avait pas plus l’intention de tester.

Alors, il laissait son petit frère se faufiler dans des bars sombres et clandestins, pensant être discret alors qu’il refermait sa veste par-dessus un chemisier échancré ou un soutien-gorge provocateur, il détournait les yeux quand il revenait avec son maquillage pratiquement effacé dû aux activités de la nuit…

C’était sa manière de le protéger.

Et puis, il en avait déjà plein les bras, entre les ordres données plus haut, leur sœur toujours plus jolie et la guerre qui faisait fluctuer les prix et les demandes.

Alors, le soir (ou le matin ?) où Anthony ne rentra pas, il ne s’en inquiéta pas. Peut-être avait-il trouvé une bonne âme pour le loger pour la nuit. Peut-être avait-il fini chez les condés et sera-t-il relâché dans quelques heures, que ce soit pour ivresse sur la voie publique ou ses activités nocturnes. Peut-être avait-il un peu trop chargé la mule et s’était évanoui dans un buisson ou sur un banc, et rentrera-t-il le lendemain.

Après tout, un homme inconscient ne risquait que de se faire dépouiller de son portefeuille, n’est-ce pas ?

En tout cas, c’est ce qu’il pensait, jusqu’à ce qu’il reçoive la visite des policiers pour l’informer qu’Anthony avait été arrêté pour « pédérastie passive » et qu’il ne le reverra plus jamais.

Ça, ajouté à la lettre d’enrôlement reçue le matin-même…

Il regretta pour la première fois que leur père ne soit plus là.


Ils ne rentrèrent pas en même temps à la maison. À vrai dire, Gio n’avait pas vraiment compris ce qui s’était passé. Molly – Mariella – avait tenté de le tenir au courant de tout ce qui se passait, mais il n’était pas rare que son régiment soit mobilisé autre part avant qu’il n’ait le temps de la prévenir ou, tout simplement, que le courrier soit perdu d’une manière ou d’une autre.

Il avait fini par apprendre qu’Antonio était rentré, peu de temps après son propre départ.

Si Mariella en avait été folle de joie, son jumeau aurait été plus… mesuré.

Elle lui avait avoué avoir été surprise d’à quel point il était revenu bronzé, comme s’il avait passé ses journées au soleil, les larmes qui lui venaient aux yeux quand elle le questionnait sur ce qu’il avait fait durant ces deux années loin de leur foyer, ses mains si douces et si soignées maintenant abîmées et calleuses…

Mais, ce qui l’avait surtout hérissé, c’était quand les quelques hommes restant à Naples l’avaient alerté de la présence de la police du Duce surveillant la maison. Après, aucun n’était assez stupide pour garder quoi que ce soit les reliant à la Camorra ou la moindre de leur activité illégale – peut-être quelques ingrédients pour que Mariella mange correctement ou des cosmétiques afin qu’elle garde le moral – chez eux, mais c’était loin de le rasséréner.

Pourquoi devait-il être si loin de sa ville natale ?! Pourquoi devait-il faire le planton dans le sud de la France, entouré d’abrutis mollassons qui jouaient de la guitare en pleurnichant sur ce qu’ils avaient au pays ?

Il était parvenu à éviter les postes les plus risqués en jouant de ses relations malingres de la Camorra. Il avait massacré sa fierté, jouant le fils éploré qui avait perdu père et mère au profit de la grande famille qui étendait ses tentacules dans toute la région de Campanie, faisant le tour des faveurs qu’on leur devait, créant d’autres… Non, il ne pouvait pas se plaindre de sa situation. Surtout maintenant que Tonino était de retour et reprenait ainsi les rênes de leur clan, évitant de laisser leur siège vide, une fois de plus.

Ils s’échangèrent une correspondance assez légère, codée du mieux qu’ils le pouvaient, sur ce qu’il fallait faire, mais il apparut très vite à Gio que lorsque la guerre sera finie et qu’il pourra enfin rentrer, il devra balayer après son cadet car, celui-ci, à défaut d’être incompétent, n’était juste pas taillé pour la tâche titanesque de gérer leur territoire et les affaires qui en découlaient.

Misère…


Le retour au pays fut une bénédiction. Mariella pleura tant quand elle le serra dans ses bras qu’il doutait qu’il reste la moindre goutte d’eau dans son corps frêle.

Malgré l’adversité et les restrictions, elle s’était épanouie comme ces fleurs sauvages qui étaient toujours plus belles, toujours plus colorées que dans des conditions plus clémentes. Gio se permit de la taquiner à ce sujet, et plus encore en la voyant rougir. Il ignorait encore qui serait le fils de chien qu’il se devra de faire abattre pour avoir osé courtiser sa sœur dans son dos, mais ce n’était qu’une question de temps…

Les retrouvailles des deux frères se déroulèrent dans des conditions moins heureuses.

Chacun avait vécu des expériences sur lesquelles ils refusaient tous deux de s’étendre, l’un envoyé se battre pour le pays, l’autre assigné à résidence, chaque mouvement scruté, chaque missive interceptée et lue. Et puis, pourquoi en parler ? Le passé n’était bon qu’à être enterré…

Alors, ils se fixèrent du regard, leurs visages prématurément vieillis par les six années précédentes (six ? Seulement ? C’était comme si vingt leur avaient été arrachées…), grimacèrent un sourire et prétendirent être heureux de se revoir, car les convenances l’exigeaient, car ils avaient tous les deux bien plus peur de leur benjamine que si le Duce revenait des morts et passait la porte de leur demeure.

Et la vie redevint ce qu’elle était.


La deuxième fois qu’Antonio fut témoin de la mort de son père, il se sentit encore moins concerné que la première fois.

Son arrivée en enfer n’avait pas été une surprise en soi, pas plus qu’aux yeux de son cher géniteur qui était loin de l’avoir accueilli avec une effusion de joie.

— Comme si une femminelle comme toi pouvait finir au paradis ! s’était-il moqué avant de cracher au sol.

S’il trouvait que la vie à leur époque avait été rude à son contact, il était bien loin d’imaginer ce qu’il allait vivre, une fois mort.

Car, ici, il était le premier de leur fratrie à être arrivé. Il n’y avait pas Gionata pour détourner l’attention de Rico ou même le raisonner. Il n’y avait pas non plus Mariella pour le supplier de ne pas faire ça.

Non, Tonino était tout seul face au pire de ses cauchemars, entouré des fidèles lieutenants de son père, dans un monde où aucun d’eux ne pouvait mourir.

Il s’était rendu compte de cette cruelle vérité après être parvenu à s’emparer d’une arme à feu et avoir tiré sur Rico, alors que le goût de son sang était si persistent que la nausée lui provoquait des vertiges, vidant son chargeur sur l’immense araignée noire aux sourcils démesurés.

Les balles avaient fusé. Elles avaient pénétré le poitrail recouvert de fourrure, laissant des traînées sanguinolentes et, bien vite, « Henroïn » (de son nouveau nom infernal) s’écroula sur le macadam poussiéreux.

Contrairement à ce qu’il s’attendait, aucun des crétins sous ses ordres ne tenta de venger leur capo bien-aimé. Au contraire, ils semblaient… patienter ? Ils attendaient clairement quelque chose, certains allumant même des cigarettes et papotant sur des sujets légers.

Et, alors qu’il était clairement en proie à une crise d’angoisse, il ne put qu’être le spectateur malheureux du réveil de son père, celui-ci grondant avant de se relever, ramassant son fedora fétiche pour le caser sur son crâne. Il n’eut qu’à tendre la main pour qu’un de ses larbins y installe une cigarette allumée, qu’il en puise une longue bouffée.

Pas un instant il n’avait dévié son regard aux yeux multiples de son minable fils. Celui-ci serrait pathétiquement contre lui le Beretta – maintenant vide – comme un talisman qui parviendrait à le sauver de la fureur paternelle, les yeux déjà bordés de larmes à peine retenues.

Évidemment, la tentative d’insurrection ne fut pas mise de côté, et Tonino ignora s’il devait maudire cette régénérescence si rapide ou cette impossibilité de mourir malgré les mises à tabac quasi journalières.

Il avait tenté de se jeter au-devant des exorcistes quand il apprit que la purge aurait le mérite de mettre fin à ce supplice, mais soit il était plus prévisible qu’il ne le pensait, soit c’était leur manière de faire, mais impossible de trouver la moindre sortie. Tout était gardé, barricadé, scellé.

Antonio avait eu droit à une nouvelle vie sous les traits d’une araignée – tout comme son père et tous les autres mafiosi qu’il avait croisés durant les trente années de sa vie – et pourtant, c’était lui qui était enfermé. Coincé. Piégé.

Il assista à plusieurs reprises aux décès de son père. Parfois de sa part. Parfois de manière accidentelle. Parfois des suites de ses affaires.

La mort elle-même n’arrêtait ni ne ralentissait les affaires de la pègre. Tous les moyens étaient bons pour faire fructifier un patrimoine pour lequel il n’était plus nécessaire de former d’héritier.

Et puis, qui ?

Gionata, celui qu’il avait modelé à son image, était encore sur Terre, sans doute occupé à graver leur nom dans le marbre et le sang. Rico n’était pas pressé de le voir les rejoindre.

Mariella ? Ce n’était qu’une fillette. Sa princesse. Elle ne servirait à rien, ici, et hors de question de laisser le moindre de ses minables la toucher, même du regard !

Il y avait bien Antonio. Tonino. Mais, même de son vivant, l’idée seule suffisait à le faire s’esclaffer d’un rire gras qui tonnait des heures durant, alors, maintenant que la mort lui avait fait le cadeau empoisonné de le refourguer dans ses pattes… Le découvrir sous cette nouvelle apparence avait été une blague sans fin. Lui ? Une araignée ? Il avait été reconnu comme digne de sa lignée ?

La bonne blague.

Mais peu importe le nombre de coups ou d’insultes, le petit ne se laissait plus faire, se permettant de lui répondre ou de simplement profiter de cette insultante différence de taille ou même de la hauteur prodigieuse des sauts qu’il pouvait réaliser.

Mais bon sang ne pouvait mentir et, bien vite, il les rejoignit dans les guerres de territoire, le sourire aux lèvres alors qu’il canardait les rivaux de son pistolet-mitrailleur fétiche, son Borsalino, en un équilibre précaire sur la fourrure rose et blanche.

Rose et blanche… Pouah.

Pourquoi était-il nécessaire que sa progéniture doive arborer sa différence de manière aussi visible ?

Tout le clan était constitué d’araignées de différentes espèces, dont les huit membres étaient différemment répartis (lui-même possédait quatre bras et quatre jambes), mais ils affichaient tous une fourrure uniformément noire. Ou, à la limite, sombre. Virile.

Puis Tonino fut découvert de plus en plus souvent défoncé, et même pas par de la came qu’ils dealaient eux-mêmes ! Honte suprême !

Il disparaissait souvent, aussi, ses retours s’espaçant de plus en plus, tout comme sa garde-robe se raccourcissait, dévoilant des centimètres de peau qu’il n’aurait pas accepté de la part des gagneuses travaillant pour eux, alors de sa part à lui…!

Il commença à répondre de plus en plus souvent, devenant vulgaire, renfermé et presque paranoïaque – mais qui ne l’était pas, en enfer ? – alors qu’il le défiait de plus en plus ouvertement.

Et, enfin, il abattit sa dernière carte.

— NE M’APPELLE PLUS JAMAIS ANTONIO ! s’était-il violemment emporté. C’est Angel Dust, dorénavant.

Son nom infernal.

Ce n’était pas obligatoire, certains le faisaient pour se créer une nouvelle identité, fuir celle de leur vivant, inspirer de la peur ou de la méfiance, ou se sentaient juste pousser une nouvelle paires de couilles en pensant devenir le roi du monde qu’ils n’avaient pu être de leur vivant.

Rico lui-même n’avait pu refuser quand des anciens copains d’armée l’avaient reconnu. « Henroin » était un nom du passé, mais il pouvait bien le réutiliser jusqu’à ce qu’il se fasse trop vieux pour échapper aux exorcistes.

— Tu t’appelles comme je le décide, cingla-t-il en réponse.

— Sinon quoi ? Tu vas me tabasser à mort ? Ah non, j’oubliais, on ne peut plus mourir !

Leurs prises de bec étaient particulièrement humiliantes, maintenant. Malgré son cadre robuste, il restait trapu. Il devait donc se percher sur le bout de ses griffes, et même ainsi, son fils se penchait afin qu’ils puissent réellement se faire face.

Récemment, il s’était mis à porter des bottes hautes, dormant même avec, refusant de les retirer, peu importe les menaces qui pleuvaient sur lui. Un de ses yeux était aussi passé au noir, sans la moindre explication, mais Rico en était arrivé au point où il s’en moquait.

Mais pas le nom. Pas son nom.

— Ta défunte mère a choisi ce nom ! Si tu peux encore respecter quelque chose dans ta vie, respecte ça !

— Et pour quelle raison ? Parce qu’elle est morte ? FLASH INFO, NOUS SOMMES TOUS MORTS !

Découvrir l’absence de son épouse avait été un coup dur pour le veuf qui avait espéré la retrouver dans l’au-delà. Il avait finit par se réconforter en se disant qu’elle avait sans doute atterri au paradis, et que ce n’était pas si surprenant de sa part.

Alors, entendre leur deuxième fils oser manquer de respect envers sa tendre Isotta, mais surtout son précieux souvenir…

Le coup était parti tout seul. Un de plus. Mais celui de trop.

Le sang coula, aussi rouge qu’il l’avait été toutes ces années de vie, mais il n’était pas le seul.

Un fluide d’une couleur aussi vive que tout ce qui composait Antonio imprégnait la fourrure recouvrant sa mâchoire, recouvrant ses dents pointues, mais surtout la plaie béante sur le poignet paternel.

Celui-ci s’empara de son membre, comme hypnotisé, avant que la douleur ne le frappe et qu’il ne se mette à hurler, vidant ses poumons alors que le venin pénétrait la chair, la consumant au passage, menaçant de lui amputer la main fautive. Du moins, jusqu’à ce qu’elle repousse, bien sûr.

De son côté, Tonino – Angel Dust – ne demanda pas son reste et s’empressa de décamper, ne laissant derrière lui que l’incisive qui avait sauté à l’impact de trop, se faisant la promesse de ne plus jamais mettre les pieds ici.


Quand ce fut le tour de Gionata de décéder, il fut surpris du manque d’enthousiasme de retrouver son père et tous ces visages – presque – familiers.

Lorsqu’il finit par comprendre, il eut l’impression que son souffle s’était arrêté, une fois de plus.

Peu importe tous ses accomplissements sur Terre, peu importe qu’il avait donné ses lettres de noblesse à leur pathétique clan, le hissant dans les strates nébuleuses de la Camorra. Peu importait qu’il avait marié sa sœur à un notable puissant et que leurs enfants étaient les parfaits héritiers, qu’il avait passé sa jeunesse et les années suivantes à travailler pour perpétuer le souvenir de son père.

Non, ça n’avait réellement aucune importance.

Car, auprès de Rico, il était de nouveau le gamin qui était tout juste capable de viser les pigeons avec son lance-pierre. Certes, il avait un fort strabisme enfant, et la renaissance avec huit yeux fonctionnels l’avait forcé à un temps d’acclimatation. Mais il en avait fait plus que le paternel et en moins de temps que lui !

Merda! Il avait sacrifié tout espoir de bonheur marital pour mener à bien leur clan, et c’était ainsi qu’il était remercié ? Relégué à assister aux réunions et à fermer sa gueule alors que les stratégies des lieutenants dataient du début du siècle ?

Mais Arackniss n’avait pas l’intention d’en rester là. Si son père refusait de reconnaître sa valeur, il ne lui restait plus que deux solutions : créer sa propre affaire ou se la jouer solo. Mais, dans tous les cas, il devait se désolidariser du groupe.

Sous couvert de vouloir s’aérer l’esprit ou de prendre un verre, il arpenta les quartiers composant Le Pentagramme, procédant à des repérages et autres familiarisations.

Et ce fut ainsi qu’il le vit.

Antonio.

Son petit frère.

Étalé sur un panneau de 12 m², allongé d’une manière qu’il ne pouvait estimer que lascive, mais surtout vêtu de cette chose indécente qui avait fait grand bruit de son vivant. Un… bikini ?

En tout cas, rien qui ne devrait être arboré en public, encore moins sur une si grande surface, sans compter que son petit frère était un homme ! Il n’avait pas à porter des sous-vêtements de femme !

C’est alors qu’il s’étouffait sur ses récriminations et sa cigarette qu’il entendit les commentaires d’autres passants arrêtés pour contempler le panneau. Son sang ne fit qu’un tour alors qu’il vida ses chargeurs sur chacun d’entre eux, la bave aux lèvres.

Personne ne manquait de respect à son petit frère !

Il avait sérieusement besoin d’un verre… Et peut-être même de plusieurs.

Ce n’était pas comme s’il risquait de développer une cirrhose du foie, ici…

Laisser un commentaire