Évidemment, qui dit appartement à la température frigorifique, disait risque de tomber malade.
Et qui disait tête de mule, disait… Link malade. Bingo. Et Lavio garde-malade par extension, ce qui était loin de leur plaire à tous les deux.
Vous trouviez Link imbuvable quand il était en bonne santé ? Imaginez quand il faut le forcer à garder le lit ou à prendre des médicaments quand il continue de répéter sur tous les tons qu’il allait très bien, et que ce n’était pas un petit rhume de rien du tout qui allait le mettre au tapis, quand même !
Double peine, donc, pour son colocataire qui devait donc le gérer, surveiller qu’il prenait bien ses remèdes, veiller sur son sommeil, mais aussi suivre ses cours, réaliser ses devoirs et s’occuper des corvées.
— Je vais bien, maugréa le malade. Viens te coucher, t’as l’air pire que moi.
— Tes paroles sont du miel à mes oreilles, ironisa-t-il.
— Ouais, on me le dit tout le temps. Ramène tes fesses, j’ai froid.
— Moi qui pensais que ma personnalité te manquait, tu n’en as qu’après mon corps, sanglota-t-il faussement. Qu’il est dur d’être moi !
Au lieu de lui répondre, Link leva les yeux au plafond, abandonnant le combat. Argumenter avec son petit ami pouvait être fatiguant, mais quand on avait de la fièvre en plus, c’était pire encore.
Heureusement pour eux deux, Lavio vint s’allonger auprès de lui, baillant à profusion, épuisé par ses journées à rallonge, enlaçant son ami qui se blottissait contre lui, ne pouvant s’empêcher de grappiller autant d’affection qu’il le pouvait, même s’il s’en défendait en public.
Ils s’endormirent sans difficulté, l’un dans les bras de l’autre.
— Au risque de te surprendre, je suis un adulte, tu sais.
— Ah, vraiment ? Tu me rassures, je me demandais justement si j’allais être accusé de détournement de mineur.
— Crétin.
Peut-être était-ce la prononciation altérée ou le ton épuisé, ou tout simplement qu’il le connaissait bien, mais Lavio était très loin de se sentir offensé par l’insulte qu’il lui adressait.
— Arrête de discuter, retire-moi ton T-shirt et laisse-moi faire. On aurait déjà fini si tu ne bataillais pas constamment.
— Je ne bataille pas, môssieur. J’émets juste clairement mon opposition à tes élucubrations.
— Link, aux dernières nouvelles, je ne te demande pas la lune, juste de te mettre torse nu le temps d’appliquer la pommade.
— Et je te répète que je peux le faire tout seul, tu en fais déjà suffisamment comme ça. Je n’ai pas perdu mes deux bras, j’ai juste un rhume ! Alors, m’étaler du baume, c’est encore dans mes compétences, merci.
À force de gesticuler, il était parvenu à récupérer le petit pot en question des mains de son petit ami qui eut l’air subitement bien triste, ce qui l’interpella.
— Lav’ ? Corrige-moi si je me trompe, mais avais-tu une idée derrière la tête ?
Malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à garder un visage innocent très longtemps et finit par baisser la tête, rougissant, jouant avec ses doigts.
— Oh, voyez-vous ça ?
Link tenta de donner à son rire une tournure séductrice, hélas son état lui joua un tour et il finit par tousser après s’être à moitié étouffé, son dernier éclat se changeant en un « grouik » du plus bel effet.
— Si tu essayais de me convaincre, je me permets de t’annoncer que tu as perdu toute crédibilité.
— La ferme, lapin crétin.
Loin de s’en émouvoir, il rattrapa la pommade mollement lancée dans sa direction et monta sur le lit, s’asseyant face à l’alité qui s’était laissé retombé contre son oreiller, fatigué. Il tendit le bras, lui caressant les cheveux, les lissant hors de ses yeux. Comme il s’y attendait, son ami ferma les paupières, se penchant contre son toucher, à la recherche de plus.
— Tu me laisses faire ? lui souffla-t-il.
— Ça se mérite. Demande gentiment et j’y réfléchirai, éventuellement.
Il entrouvrit les yeux, clairement fiévreux, mais il affichait aussi son sourire de petit con qui tenait presque d’une signature avec lui.
— Oh, vraiment ?
Il se pencha sur lui, leurs lèvres s’effleurant et leurs yeux ne se lâchant pas. Avec cette proximité, il lui était impossible de rater à quel point la peau de son nez était irritée, ce qui était loin d’être une vue agréable, mais il lui suffisait de se concentrer sur le bleu magnifique à la place. C’était sans doute ce qui avait attiré son attention en premier, ces iris à la couleur hors du commun.
Sans bouger de sa position, Lavio baissa sa main, glissant le long de la joue, le cou, tirant sur le tissu du T-shirt, plongeant sous la couette pour en attraper l’ourlet et le relever, remontant encore et encore.
Link le tint par le poignet, haussant un sourcil.
— Je peux savoir ce que tu cherches à faire ?
— Je demande gentiment. À toi d’y réfléchir, maintenant.
Il l’embrassa lentement. La pression sur son poignet se desserra, sans partir pour autant, le tenant juste entre le pouce et le majeur, contre le pouls battant un peu plus vite.
— Et si je n’ai pas envie de réfléchir ?
— Alors ne m’arrête pas.
Lavio termina de retirer le vêtement, s’écartant alors que les emmanchures libéraient la tête puis les bras. Link se laissa faire, reniflant un peu et lâchant le poignet avant de le reprendre, lors du passage de l’habit. Docilement, il répondit au baiser plus appuyé, s’étendant un peu plus contre la tête de lit, sa main libre s’enroulant autour de sa nuque, jouant avec les mèches noires.
— N’étais-tu pas sensé faire autre chose ? souffla-t-il contre ses lèvres.
— Serait-ce une plainte ?
— Nullement, mais j’ai un peu l’impression d’être floué.
— Je vais me rattraper, fais-moi confiance.
L’odeur de camphre et d’eucalyptus emplit leurs nez, le lolien ayant profité d’un autre baiser pour ouvrir le pot de sa main gauche.
— Et maintenant ? Quelle est la suite du programme ?
— Eh bien, j’avais dans l’idée de t’en farcir le gosier, mais il paraît que c’est une mauvaise idée. Alors on va se contenter de la méthode traditionnelle, puisque le monde se ligue contre mon génie créatif.
Le rire qui le secoua le ravit. Il semblait subitement plus lumineux le temps des quelques spasmes qui le secouaient.
S’étant reculé afin d’éviter un coup involontaire, Lavio patienta, souriant de son élan d’hilarité, jouant avec le bouchon qu’il vissait et dévissait, tour à tour.
— J’ai mal à la gorge et à la tête, maintenant, je te déteste, se plaignit piteusement son compagnon.
— La prochaine fois, tente de me mentir avec plus de conviction. Tu souris encore.
Il se pencha de nouveau au-dessus de lui, s’appuyant sur son genou, après avoir prélevé du produit sur ses doigts, les déposant doucement contre le torse nu, commençant à l’étaler avec application.
Link ne bougea ni ne prononça un mot. En risquant un regard vers son visage, il l’aperçut suivre le tracé de ses doigts, ses pommettes rosissant légèrement, mais impossible de savoir si c’était due à la fièvre ou au contact.
Il se reconcentra sur sa tâche, ce n’était pas le moment de se laisser déconcentrer, même si c’était très agréable.
— Je crois que c’est bon, là, s’éleva subitement la voix étranglée de l’enrhumé.
Il tenta de pousser contre ses épaules pour l’éloigner mais il n’y avait mis aucune force, le faisant à peine tiquer.
— Il y a un problème ? s’inquiéta-t-il aussitôt. C’est trop chaud ? Ça te pique ? Attends, je vais chercher de quoi te rincer !
Mais il n’eut pas le temps de se lever que Link l’avait rattrapé par le bras, le tirant avec suffisamment de force cette fois pour l’allonger pratiquement sur lui, se souciant peu du produit tachant les habits et les draps.
— Arrête deux secondes de jouer les mères poules. Oui, ça chauffe, mais c’est prévu. Et si problème il y a, il ne provient pas de la pommade mais plutôt de toi.
En se redressant pour s’installer correctement, Lavio comprit le sous-entendu, mais surtout pourquoi son petit ami avait détourné le regard, rougissant plus franchement, une main sur son visage.
— Oh Link, est-ce que tu trouves que c’est franchement le moment ?
Il le taquinait mais n’était pas plus à l’aise que lui, arborant à son tour une teinte cramoisie, n’osant plus bouger.
— Je t’avais dit, non, que j’allais très bien, c’est toi qui ne me crois pas, marmonna-t-il.
— Oh, maintenant que j’ai la preuve, je peux difficilement prétendre le contraire !
Ils avaient beau tenter de détendre l’atmosphère avec leurs traits d’humour, il leur était difficile de faire comme si l’hylien n’était pas en train de bander actuellement, sans doute en réaction à la proximité de son compagnon, ajouté à ses attouchements plus ou moins innocents et ses embrassades plus tôt.
Un silence gêné s’installa entre eux, hésitant sur la marche à suivre. Faire comme si de rien n’était ? Mettre de côté l’état de santé de Link et monter la température de façon plus artisanale ?
— Je… je vais me laver la main, balbutia-t-il finalement.
Il prenait la fuite, surtout, mais ça restait un prétexte plausible.
Une fois dans la salle de bain, il en profita pour se calmer, loin du regard perçant de son petit ami qui semblait toujours lire en lui.
Il était malade. Malade. Ce n’était pas du tout un moment propice pour devenir plus intime. Et pas du tout sexy.
Malgré lui, la sensation fantôme de la peau chaude sous ses doigts lui revint, tout comme l’air légèrement timide qu’il avait arboré pendant l’application, plus vulnérable que jamais, mettant en péril sa décision.
Ce n’est qu’une fois de nouveau maître de lui qu’il revint dans sa chambre, prenant un air dégagé.
Toujours dans son lit, Link s’était rhabillé et avait lissé les couvertures, effaçant ce qui s’était passé plus tôt, tentant de se concentrer sur sa lecture à la place, sans relever les yeux à son entrée.
— Tu peux me rapporter une boîte de mouchoirs, s’il te plaît ? J’ai presque fini les miens, lui demanda-t-il d’un ton neutre.
Lavio le fixa, interloqué, ce dont il parut se rendre compte car il leva vivement la tête, embarrassé.
— POUR ME MOUCHER, CRÉTIN.
Il s’enfuit rapidement, esquivant de peu la boîte, effectivement vide.
