Sicktember 2022

Sicktember 2022 – « Retourne au lit ! » 30/30

Malgré tous les événements de la veille, Lavio fut le premier à se réveiller, comme à chaque fois.

Il resta quelques instants à fixer le ciel de lit qu’il voyait tous les matins depuis un peu plus d’une semaine, maintenant, offrant à son esprit le temps nécessaire pour qu’il se remette d’aplomb, savourant le confort du matelas contre son dos et le poids de l’édredon sur lui.

Il en était encore là, à savourer ses premières minutes de conscience, quand un ronflement sonore faillit le faire tomber au sol sous la surprise.

Il s’était violemment redressé à la place, les yeux écarquillés à la recherche de la source de ce son et surtout de l’intrus qui l’avait poussé. Intrus qui se trouvait être Link, dormant sans la moindre gêne, la bouche ouverte et en mode étoile de mer. On était très loin du prince charmant de la veille. Et pourtant…

C’était son mari, par Lolia. Son mari.

Il se rallongea, tourné vers lui, charmé par la notion. Beaucoup moins par le filet de bave qui s’échappait de ses lèvres.

Appuyant son crâne contre son bras plié, Lavio l’observait, s’amusant de certains sons qu’il produisait et des étranges grimaces qu’il revêtait parfois. Il montra des signes d’éveil au bout de plusieurs dizaines de minutes, les ronflements se muant en petites plaintes, jusqu’à ce qu’il papillonne des cils, finissant par ouvrir définitivement les yeux.

— … Ça fait longtemps que tu me regardes ? marmonna-t-il.

Ce n’était pas la première fois qu’ils se réveillaient côte à côte, mais c’était la première que Link avait une apparence hylienne, arborant plutôt celle d’un lapin à la fourrure rose.

— Je ne crois pas, non. Ça te dérange ?

— Va falloir que je m’y habitue. Ramène-toi.

Il tendit le bras, l’attirant contre lui et blottit son visage contre son torse, poussant un soupir d’aise.

Surpris, Lavio le laissa faire, l’enlaçant avec un temps de retard, caressant les cheveux, encore doux suite aux multiples soins de la veille, jouant avec.

— Tu as bien dormi ? l’interrogea-t-il doucement.

Le grognement qu’il reçut signifiait sans doute quelque chose, mais il ignorait quoi. Alors il décida que c’était un « oui ». Dans le cas contraire, il n’avait qu’à émettre des sons correctement articulés, comme tous gens civilisés, non mais oh !

Amusé par sa pensée, il déposa un baiser sur les mèches blondes, continuant de les peigner de ses doigts.

Il pensait qu’il allait se rendormir mais se rendit compte qu’il n’en était rien. En effet, Link était plutôt en train de déboutonner sa veste de pyjama, embrassant les triangles de peau qui se dévoilaient. Vivement, il se rassit de nouveau, balayant la tête blonde qui atterrit sur ses genoux, secouée.

— Je peux savoir ce que tu cherches à faire ?

— Euh… Désolé ?

Avec des gestes lents, Link s’assit à son tour, frottant le point d’impact, les membres raides. Il arborait une moue coupable.

— J’ai cru que c’était l’ambiance. Désolé, répéta-t-il, la mine basse.

Il avait l’air si misérable que Lavio soupira, sentant son humeur vaciller. Se penchant sur lui, il l’attrapa par le menton, lui faisant relever la tête.

— T’es un crétin. Viens là.

Il lui ouvrit les bras, l’y accueillant avec joie. Ils partagèrent un long baiser, puis plein de petits, les faisant rire, alors que le lolien tombait en arrière, l’embarquant au passage. Allongés l’un sur l’autre, ils continuèrent de s’embrasser, s’amusant à se chatouiller.

Quand ils cessèrent, à bout de souffle, une bonne partie du lit était tombée au sol suite à leurs gesticulations, mais ils n’en avaient cure. À la place, Link bascula sur le côté, s’étendant à son tour, un bras en travers des yeux, tentant d’apaiser le rythme de sa respiration.

— Nous sommes mariés, souffla Lavio.

Jetant un œil par en-dessous, l’aventurier put le voir sourire béatement, les mains jointes en prière sous son nez et les yeux brillants.

— Mmh… Oui, je crois que c’était le sens de tout le cirque d’hier. Enfin, de ce qu’on m’a dit.

À tâtons, son mari attrapa un coussin rescapé et le lui asséna en plein visage, le regard toujours rivé sur le ciel de lit. Sa victime eut beau protester, il n’obtint aucune réaction, l’inquiétant.

Il se glissa alors plus près de lui, l’enlaçant, appuyant son menton sur son épaule, fixant son visage rosissant.

— Déjà des regrets ?

— Quoi ? Aucun !

— Personne ne te le reprocherait. J’ai cru comprendre que c’était commun. Le retour à la réalité, quelque chose comme ça, réfléchit-il.

— Et toi ? Tu en as… des regrets ? l’interrogea Lavio d’une toute petite voix.

Il n’osa pas le regarder, craignant sa réponse.

— Seulement de ne pas l’avoir fait plus tôt.

À cette réponse – aussi niaise qu’inattendue – il tourna légèrement la tête, plongeant ses yeux écarquillés dans les siens, tentant de les sonder, à la recherche d’une moquerie, d’un mensonge… N’importe quoi qui pourrait lui servir d’indice. Que tout ça n’était qu’un doux rêve, une fumisterie montée de toutes pièces afin de pouvoir se jouer de lui, de ses espoirs, de ses bons sentiments, et ainsi de mieux le fouler aux pieds.

Est-ce que Yuga avait vraiment été défait ? N’avait-il pas plutôt créé une illusion pour mieux le torturer ?

— Link… Est-ce que tout ça n’est qu’un rêve ?

Il se maudit intérieurement pour son ton suppliant, mais la lueur brisée qui traversa les iris bleu bondi lui serra le cœur.

— Non. Rien de tout ça n’est un rêve. C’est la réalité. La réalité…

Son étreinte sur lui était douloureuse, mais il n’essaya pas de la défaire ou de la combattre. Il y avait quelque chose de rassurant mais aussi de désespéré. Si jamais il s’éloignait, il avait l’impression que le héros serait plus détruit que jamais.

Ils restèrent ainsi, leurs respirations étant les seuls sons audibles dans la chambre, ne bougeant pas d’un muscle.

Autour d’eux, le château s’agitait, réveillé. Les domestiques vaquaient à leurs tâches, les invités saluaient la reine, se préparant à retourner dans leurs contrées. La vie continuait.

Dans leur cocon, les nouveaux mariés ignoraient tout ce petit quotidien, leur horizon se limitant à l’autre.

— Si jamais je suis de nouveau dans un songe, supplia Link, je ne veux plus jamais avoir à me réveiller. Plutôt mourir avec.

La détresse qui transpirait de lui lui perça le cœur, alors Lavio le tint plus près de lui, l’embrassant sur le front.

— Rêvons ensemble, dans ce cas.

Le sujet était évidemment sensible, il n’était ni aveugle ni stupide, mais ce n’était pas le bon moment pour fouiller dans la blessure.

— Tu es sûr de toi ?

— Tant que je t’ai à mes côtés, je pourrais faire n’importe quoi. Sauf peut-être baisser mes prix.

La tentative d’humour réussit à lui tirer quelques ricanements.

— Et moi qui te pensais totalement sous mon charme ! se plaignit-il dramatiquement.

— Oh, je le suis, je le suis. Mais on n’oublie jamais un premier amour, et le mien, ce sont les rubis.

L’humeur s’était allégée, ce qui leur permit de s’installer un peu plus confortablement, le dos contre les coussins, l’un dans les bras de l’autre.

— Et toi ? Qui était ton premier amour ?

— J’ai des chances de m’en sortir ou c’est une question piégée ?

— À toi de voir~

Link soupira de fatalité, se concentrant.

— Vraiment vraiment amoureux, ou juste une attraction passagère ?

— Vraiment vraiment amoureux.

Quand il remarqua à quel point son mari avait le regard fuyant, son flair lui susurra qu’il y avait là un ragot croustillant.

— Euh, tu vois mon témoin d’hier ?

— Ralph ?

Link lui tourna le dos, la pointe de ses oreilles d’un cramoisi assez exceptionnel. Mais s’il pensait que Lavio allait lâcher l’affaire, il se fourvoyait. Il lui sauta sur le dos, à la place.

— Tu as invité ton premier amour pour te servir de témoin à notre mariage ?

— C’est normal si j’ai l’impression d’entendre les italiques dans ta phrase ?

— Détourne pas le sujet, vilain.

Il lui pinça le nez en représailles, les méninges tournant à plein régimes.

— C’est pour ça qu’il tirait une tronche pareille, hier ? Tu l’as fait par vengeance ou dans un grand élan de candeur, comme tu sais si bien le faire ?

— De quoi voudrais-je me venger ? tiqua l’aventurier.

Au lieu de lui répondre, Lavio se laissa tomber en arrière sur le matelas, riant à gorge déployée.

— Tu peux être un vrai génie du mal, sans le moindre effort, articula-t-il difficilement.

Piqué au vif, il l’attrapa par la taille et l’attira à lui, se vengeant en reprenant les chatouilles de tantôt, mettant plus à mal encore leur literie.

Ils s’embrassèrent en prenant leur temps, une fois la folie passagère apaisée.

Cette fois, ils furent moins sages, leurs mains quittèrent épaules et cou pour glisser sous les tenues de nuit, caressant la peau sensibilisée par leurs bêtises de tantôt, la sentant frémir sous leurs doigts curieux.

— Et là, j’ai déchiffré correctement l’ambiance ? murmura Link.

— Si tu veux tant utiliser ta bouche, je suis sûr que tu lui trouveras une meilleure activité, grogna le commerçant.

Il se releva pour l’embrasser un peu agressivement, sa veste de pyjama déboutonnée glissant le long de bras, dénudant en partie son torse. Quand il s’en rendit compte, il eut un mouvement de recul, tentant de s’éloigner, de se rhabiller, de se cacher.

Mais Link pouvait difficilement faire comme s’il n’avait rien vu.

Au lieu de détourner le regard ou de le rattraper, il s’assit en tailleur, mettant en lumière ses mains, comme s’il était face à un animal acculé.

— Tu te rappelles ce que je t’ai dit, après ta crise lors des essayages ?

Comment ne l’aurait-il pas pu ? Ça avait tourné dans son esprit, encore et encore, le tenant éveillé des heures durant, surtout quand ils s’étaient retrouvés séparés pendant les préparatifs du mariage, quand il tentait de se rassurer.

— Je t’aime, lapin buté. On ira à ton rythme aussi longtemps qu’il le faudra, et tu as interdiction de te forcer, particulièrement dans l’intimité. Mais surtout…

Il tendit lentement le bras dans sa direction, caressant un poignet qui était fermement plaqué contre son torse.

— Tu es beau, Lavio. Et je te le répéterai autant de fois que cela sera nécessaire, quitte à en finir desséché.

Au lieu de lui répondre, son époux baissa la tête, marmonnant quelque chose d’inaudible. Il lui demanda de répéter.

— Je ne suis pas beau, grogna-t-il. Tu dis ça, juste parce que tu m’as toujours vu couvert.

— Tout comme toi. Le soir où je t’ai demandé en mariage, j’ai voulu savoir si tu acceptais de t’encombrer de mon corps tout cabossé. Non seulement tu étais d’accord, mais tu m’as accompagné plus d’une fois lors de ses dysfonctions. Si tu t’entêtes à répéter que tu n’es pas beau, alors laisse-moi te considérer comme tel et, peut-être un jour, je parviendrai à te convaincre ?

Il avait ce regard. Celui qui pourrait le persuader à réaliser n’importe quoi. Et, pendant un battement de cœur, Lavio faillit y croire. Le temps d’une seconde, il était prêt à envisager un avenir où il pourrait croire dans les compliments de l’amour de sa vie, sans émettre de doute ou tenter de se cacher.

Puis le moment passa.

Alors, à la place de lui répondre, il rouvrit sa veste et la glissa le long de ses bras, la jetant au loin.

— Link, tu es sans aucun doute capable de nobles exploits, mais celui-ci est hors de ta portée. Et je me permets de te rappeler que tu es un abominable menteur, je saurai tout de suite quand tes flatteries seront vides de sens.

Conscient qu’aucun de ses mots ne le touchera, l’hylien se baissa sur lui, déposant un baiser sur une des taches de dépigmentation qui décoraient son torse. Puis sur une épaule mouchetée de taches de rousseur. Une cicatrice sur l’autre épaule. Ses côtes saillantes. La peau trop pâle de son ventre distendu.

Il aurait sans doute poursuivi, mais Lavio l’arrêta, attrapant sa tête entre ses mains, le visage brûlant.

— Pourquoi ? bégaya-t-il.

— Je ne t’ai pas épousé pour te mentir. Si tu ne peux pas te voir comme je te vois, alors laisse-moi te partager ma vision.

Son rougissement parut s’intensifier mais il le lâcha, tournant la tête sur le côté, intimidé.

Link s’assit à califourchon au niveau de ses hanches, encadrant son visage de ses bras, attirant son attention, bien qu’il tentait d’esquiver son regard.

— Je t’aime, répéta-t-il. Et rien chez toi ne me fera fuir. Et si je dois embrasser chaque parcelle de ta peau, je le ferai.

Le lolien était partagé entre l’envie de disparaître, sans doute avalé par le matelas, tiens, et celle de laisser libre cours à ses pulsions, et de tenter de faire comme dans les livres, d’inverser leurs positions et de prendre les rênes à son tour.

Il en avait très très envie, mais rien que se l’imaginer suffisait à l’étouffer de gêne, alors il resta sagement là où Link l’avait épinglé, relevant difficilement la tête pour l’embrasser sur la pommette, seul endroit auquel il pouvait accéder de là où il était.

— Et maintenant ? souffla-t-il.

— Que penses-tu de nous établir un avenir très heureux, à deux ?

— Si c’est avec toi, comment pourrait-il en être autrement ?

Link se pencha de nouveau et ils purent s’embrasser.

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