Sicktember 2022

Sicktember 2022 – Nausée/Estomac dérangé 18/30

Planté devant le garde-manger, les mains sur les hanches, Lavio scrutait les longuement les étagères en fronçant les sourcils.

Chargé de la gestion interne de leur foyer, c’était à lui de rédiger la liste des courses. Après, c’était l’un ou l’autre qui allait faire les emplettes, ce n’était pas le plus important.

Minutieux comme il l’était en tout temps, il tenait un budget clair et précis, s’assurant de ne jamais manquer de rien mais aussi de ne pas outrepasser les limites de leurs finances respectives. Il était virtuellement impossible de le prendre en défaut.

Et pourtant…

Et pourtant, une grosse partie de leur réserve avait disparue, sans aucune raison. Il avait beau se repasser les repas de ces derniers jours, il ne parvenait pas à comprendre où étaient passés tous ces aliments. Auraient-ils été victimes d’un pilleur ?

Lavio décida de faire le tour de la fermette afin de trouver des indices qui lui permettraient de savoir par où les intrus avaient pu passer, mais ses tentatives avaient échoué (par contre, il comptait bien parler à Link de ses méthodes de ménage, il avait retrouvé un nombre impressionnant de leurs affaires égarés sous des meubles).

Se déclarant vaincu, il se résigna à prévenir le propriétaire des lieux de la situation. Il avait peut-être une idée ou une solution ? Peut-être qu’il l’avait déjà vécu avant son emménagement ? Certes, le phénomène était récent, mais peut-être y avait-il une récurrence ?

Toquant à la porte, il tapait du pied, énervé, mais se calma rapidement quand il entendit un gémissement de douleur provenant de l’intérieur de la chambre.

— Link ? Est-ce que tout va bien ?

Les plaintes de toutes sortes étaient monnaie courante sous leur toit, dues essentiellement aux armes disséminées un peu partout et la surprenante maladresse de l’aventurier qui semblait apprécier de trébucher sur les pieds des meubles, ou tout simplement par la faute des douleurs chroniques, héritées de ses trop nombreuses quêtes.

Mais celle-là semblait différente.

— Link, si tu ne réponds pas, j’entre !

À vrai dire, il tenait déjà la poignée entre ses mains, hésitant fortement à l’actionner, seulement craintif du mauvais caractère de son compagnon qui n’appréciait toujours pas être vu en position de faiblesse, que ce soit par Impa, sa sœur ou lui.

L’oreille collée au panneau, il tenta de percevoir n’importe quoi. Un soupir, un grognement, quelque chose qu’il pourrait interpréter comme une réponse. Mais rien ne vint.

N’y tenant plus, il rentra, s’attendant à tout. Link baignant dans son sang après une chute, recouvert d’ecchymoses après une bataille avec un poltergeist, emmêlé dans ses draps suite à un cauchemar plus réaliste que les autres…

S’il était bien coincé dans sa literie, son sommeil n’était pas le coupable. En effet, malgré ses yeux fermés, il était évidemment réveillé, serrant les dents, les bras croisés sur son ventre, en position fœtale.

S’asseyant sur le lit dans son dos, Lavio se pencha sur lui, lui caressant doucement les cheveux pour attirer son attention.

— Link ? Est-ce que tu souhaites que j’apporte quelque chose ? Un verre d’eau, un médicament ?

— Non non, ça va passer, souffla-t-il avec difficulté.

— Tu es sûr ?

Il lui frotta gentiment le dos, tentant de le détendre.

— Ouais ouais, j’ai l’habitude. Tout ce que je dois faire, c’est attendre.

— Tu veux que je te tienne compagnie ?

Link ouvrit enfin les yeux, se tordant légèrement le cou pour le regarder. Le commerçant put ainsi se rendre compte d’à quel point il était pâle, une nuance tirant vers le vert.

— Tu ferais ça ?

— Seulement pour ceux qui me demandent en mariage !

Il se glissa contre son dos, l’enlaçant et déposant un baiser dans sa nuque.

— Oh, c’est donc une occasion unique, commenta l’hylien.

Pensif, Lavio apposa la main sur son front pour le découvrir légèrement plus chaud qu’à l’ordinaire, puis la glissa sur les siennes, appuyées contre son ventre.

— Tu sais donc ce qui t’arrive ?

— Mmh. Une indigestion, ça m’arrive de temps en temps.

Ils restèrent allongés ainsi, dans un silence seulement troublé par les sifflements d’inconfort dues aux douleurs de son estomac et aux nausées qui le faisaient tousser.

Le lolien sortit la tête de là où il l’avait placé – entre les épaules de son fiancé – ayant finalement enregistré quelle était la raison de son état.

— Attends… une indigestion ?

Il se redressa, s’asseyant à genoux, dominant le malade ainsi. Les mains sur les hanches et les sourcils froncés, il l’examina d’un œil critique, tout comme il l’avait fait dans le cellier un peu plus tôt.

— Aurais-tu quelque chose à voir avec la disparition, par hasard, de la réserve de carottes, de laitues, d’une partie des pommes, des choux, des endives et des navets ?

Envolée toute la compassion qu’il avait ressentit en le découvrant alité avec les traits tirés ! On ne touchait pas à la nourriture assignée à sa garde !

Pour toute réponse, Link verdit un peu plus et eut un hoquet qu’il tenta de réprimer mais trop tard, le mal était fait.

— Mais tu te fous de moi ! Ce sont nos réserves pour passer l’hiver ! As-tu idée du prix des légumes à cette période ?

— Pas fait exprès, marmonna-t-il pathétiquement.

— Tu mériterais d’être interdit de manger jusqu’à ce que la perte soit compensée ! menaça-t-il.

— Si ça peut te faire plaisir…

Une grimace traversa son visage alors qu’il se recroquevillait un peu plus.

— Bon, bouge pas, je vais te chercher une tasse de thé, soupira Lavio.

Oui, les victuailles, c’était sacré. Mais il n’était pas non plus assez cruel pour se défouler sur un malade. Son bien-être était sa priorité actuelle. Le châtiment tombera une fois requinqué.

Il l’installa un peu plus confortablement, refroidit son front et ses tempes et le reprit dans ses bras, l’enlaçant tendrement.

— Pourquoi cette soudaine boulimie de légumes ? Ça t’arrive souvent ou c’est une exception ?

— Je contrôle pas. Je me suis littéralement réveillé avec une moitié d’endive à la main. Sans aller jusqu’à prétendre que c’est une habitude, disons que ce n’était pas la première fois, et sûrement pas la dernière.

— C’est comme ta frénésie de bâtons de réglisse ?

Ses mains quittèrent son ventre afin qu’il puisse y plonger son visage.

— Ouais, d’une certaine manière.

— Vous êtes parfois une énigme, M. le Héros.

Il l’embrassa dans le cou, ne pouvant accéder à sa joue avant que son fiancé ne se tourne légèrement vers lui, retirant ses mains.

— Dit celui qui a squatté ma maison des mois durant, en ne donnant comme information que son prénom.

Il se tordit le bras pour lui attraper le nez et tenter de le pincer, mais Lavio fut assez rapide pour y échapper et lui tira la langue, se moquant.

— Je t’ai laissé le choix, je te rappelle.

— Tu m’as harcelé jusqu’à ce que j’accepte, c’est différent.

Un nouvel hoquet passa ses lèvres, l’incitant à reprendre sa position de tantôt pour ne pas salir les draps.

— Des regrets ?

— Des tas. À commencer par les carottes et les pommes. Elles m’achèvent à chaque fois et je retombe dans le piège à chaque fois.

— M. le Héros serait donc faible face à la tentation ?

— M. le Héros n’était pas conscient quand il s’est empiffré, corrigea-t-il en râlant. Et maintenant, M. le Héros se fait harceler par un lutin lapin pendant qu’il souffre terriblement. Hé !

Pour se venger du vilain surnom, ledit lutin lapin lui avait pincé l’extrémité de son oreille pointue.

— Et dire que j’apporte mon meilleur soutien, et gratuitement en plus ! Mon bon cœur me perdra.

Link décida de ne pas répondre, sentant les maux de tête poindre. À la place, il enfouit son visage dans son oreiller dans une vaine tentative pour échapper aux bêtises de son locataire.

— Que les déesses m’achèvent, marmonna-t-il dans le tissu.

— Je peux aussi aider pour ça~ chantonna Lavio.

Ils se réinstallèrent comme tantôt, en cuillère, dans le silence. Ils se sentirent lentement sombrer dans le sommeil, bercés par la chaleur corporelle de l’autre et leurs respirations, se détendant toujours plus.

Ils se réveillèrent quelques heures plus tard, surpris de cette sieste impromptue et un peu brumeux.

— Tu te sens mieux ? bâilla-t-il

— Verrouille le garde-manger à partir d’aujourd’hui, marmonna Link. Et, oui, je commence à en voir le bout.

— Chéri, tu sais forcer les serrures. Autant ne pas nous alourdir la vie avec cette mesure parfaitement inutile.

— Toi aussi tu sais forcer les serrures.

— Tout à fait. Mais je n’ai pas encore réalisé de razzia sur nos réserves, moi.

Encore plus grincheux qu’à l’ordinaire, l’aventurier se tourna sur le dos, soulageant son côté gauche tout endolori, fixant le plafond.

— Quelque chose me dit que cette histoire va me poursuivre un moment.

— T’as pas idée. Zelda est au courant ?

— Je te défends de le lui raconter.

— Sinon quoi ? Je suis un homme d’affaire, je ne fais rien bénévolement.

— Ma reconnaissance éternelle ?

— Tu devrais déjà la ressentir depuis que j’ai accepté de m’occuper de ta petite maison, s’offusqua l’ambassadeur. Il devrait y avoir une statue en mon honneur !

— J’en ai déjà pas, alors que j’ai sauvé ces crétins à deux reprises. Tu finiras par comprendre que la gratitude n’étouffe pas trop le peuple d’Hyrule.

— Bande de pécores ingrats et sans manière.

Il claqua la langue contre son palais de façon snob, croisant maladroitement les bras.

— Ouaip, et tu sais pas encore tout. Pas de regret ?

— Pas de remord, surtout. Je pense que je vais augmenter mes prix, rit-il.

— Quand je disais que tu étais un lutin lapin.

Link se tourna sur la droite, lui faisant face, l’embrassant sur le nez.

— Je n’ai rien d’un lutin, râla-t-il.

— Très bien, je te promeus démon lapin. Mieux ?

— Bien mieux ! Je mérite un statut élevé, quand même, je ne suis pas n’importe qui !

— Vraiment ? Qui es-tu, dans ce cas ?

— Le véritable maître des lieux, voyons ! Celui qui règne sans partage sur cette maison et te laisse, dans ma grande mansuétude, occuper une partie des pièces.

Link se contenta de lever les yeux au ciel. Cette blague traînait entre eux depuis son retour d’Estoffe, à la suite de ses nombreuses absences, ce qui avait fait du lolien le propriétaire par intérim.

À court d’argument et pour se venger, il enfonça son index en bas de ses côtes, obtenant un couinement offensé.

Il regretta rapidement son geste quand ils démarrèrent une bataille de chatouilles, ce qui n’était pas l’idéal sur un lit une place et encore moins quand on s’était empiffré quelques heures plus tôt.

En tout cas, c’est ce qu’eut tout le loisir de se le répéter, appuyé contre le siège des toilettes.

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