Sicktember 2022

Sicktember 2022 – « Je suis peut-être un tout petit peu malade, mais ça va » 14/30

— Je suis vraiment navrée d’avoir à requérir ta présence, Link, je sais que tu détestes ça, mais je n’avais pas d’autres choix, s’excusa Impa.

— Arrête, j’ai bien compris la situation, la coupa-t-il en soupirant. J’exècre le stratagème mais qui dit circonstance extrême dit solution extrême.

Il se laissa tomber sur le lit à baldaquin de sa sœur, rebondissant légèrement dessus.

— On a combien de temps devant nous ?

— Pas assez.

Impa fouillait hâtivement la garde-robe de la reine pendant que Link luttait avec les lacets de ses bottes.

— Je vais devoir t’aider à t’habiller. Ça va aller pour toi ?

— À force d’être ramassé et soigné par des inconnus, la pudeur est un concept qui m’est devenu étranger. Pas de commentaire, par contre. De toute façon, on n’en a pas le temps.

Elle comprit en revenant, alors qu’il ne portait plus que ses sous-vêtements, pliant sa tenue.

Où ses yeux se portaient, il y avait une marque. Une cicatrice blanchie par le temps. La morsure déchiquetée d’une brûlure. Diverses marques de griffes, de dents, de fouets. Les étoiles signalant les fractures ouvertes.

Les traces laissées par ses quêtes n’étaient pas uniquement mentales…

— Impa ? On a peu de temps, il faut se dépêcher, l’interrompit l’objet de ses pensées.

Elle se reprit rapidement, étendant ses choix sur l’édredon, lissant les faux plis.

— C’est partit. Et je te préviens d’avance, on va devoir utiliser un corset. C’est déjà une chance que tu sois plus fluet et plus petit que Zelda… marmonna-t-elle.

Piqué au vif, il renifla, menton levé, et garda le silence, se laissant faire entre les mains habituées de la nourrice, quelques grimaces d’inconfort traversant sa moue.

— Assis-toi pour les escarpins, je vais tenter de faire quelque chose de tes cheveux.

— Hé !

Mais il se recroquevilla face au regard fixe de la femme âgée.

— Ils tiennent plus de la paille que de vrais cheveux, soupira cette dernière. Le mieux reste encore de les cacher sous une coiffe. Heureusement que Zelda en porte encore de temps en temps, ça ne devrait pas éveiller de soupçon.

Elle perfectionna le déguisement à l’aide du maquillage, le grondant quand il éternuait ou bougeait, finissant par lui bloquer le visage en le tenant par le menton.

— Ça fera l’affaire. Va nous jouer une jolie reine et parle le moins possible, compris ?

Réfrénant l’envie de lui adresser son majeur, Link tenta quelques pas, s’habituant aux escarpins, puis redressa le dos et hocha la tête, se déclarant prêt.

La géhenne commençait.


Le matin, Impa avait tiré Link et Lavio du lit, surgissant si violemment que pendant un instant le héros s’attendait à ce qu’elle lui annonce le retour de Ganon et l’enlèvement de sa sœur.

Heureusement pour eux tous, ce n’était pas le cas, bien que ce ne fut guère plus agréable.

En venant la réveiller, le nourrice avait découvert la souveraine fiévreuse et presque délirante. Le souci était qu’elle n’avait pas désigné de remplaçant pour ce genre de situation et qu’ils ne pouvaient pas se permettre de laisser le trône vacant, même pour une journée.

Alors, la seule solution qui lui vint fut de demander à Lavio de veiller sur la jeune hylienne pendant que Link prendrait la place de sa jumelle, le temps qu’elle se rétablisse, en espérant que ce soit le plus tôt possible. Ils avaient tous les trois parfaitement conscience que la patience très mince du vétéran sera mis en défaut par les hypocrisies de la cour et du conseil royal.

Si la mission de Link sera de chauffer le trône en attendant que la reine légitime se remette, celle d’Impa était de s’assurer qu’il exécuterait le moins de personne possible. Aucun, ce serait parfait, mais il ne fallait pas se faire d’illusion.

En utilisant le passage par les égouts, ils emportèrent Zelda à la fermette, la couchant dans le lit de son frère avant de retourner dans ses appartements pour le préparer à tenir le rôle en ce premier jour.

Laissé seul, Lavio s’approcha de la malade et l’installa plus confortablement, remontant la couette sous son menton et plaçant un linge humide sur son front. Il l’observa encore quelques minutes avant qu’un bâillement ne le secoue et qu’il ne décide de retourner s’allonger pour quelques heures. La journée, la semaine, se promettait longue.


Et, en effet, leur stratagème dura plusieurs jours.

Plusieurs jours séparés à se voir à peine, Link à bout de nerf difficile à apaiser, Impa rongée par l’inquiétude que leur stratagème soit dévoilé et par l’état de Zelda, Lavio se retrouvant isolé, bloqué dans son rôle de garde-malade…

Ils étaient trois à prier n’importe quelle divinité veillant sur eux pour réduire la longueur de leur tourment qui se résumait à un seul vœu : que Zelda guérisse au plus vite afin que leurs vies se remettent sur les bons rails.

Heureusement pour leur moral à tous, elle reprit conscience assez rapidement mais il fallut attendre deux jours de plus pour que la fièvre recule et que les divagations cessent, mais elle n’était toujours pas en état de faire quelque chose de plus compliqué que de boire seule. Et là encore, Lavio l’épaulait.

Avoir à autant s’occuper d’elle lui parut étrange. Ce n’était pas comme les épisodes de maladie de M. le Héros où ils partageaient une espèce de complicité qui s’évaporait parfois une fois en meilleure forme. Sans être une étrangère, Zelda restait la sœur de son bien-aimé, une personne qu’il voyait rarement et toujours en compagnie de Link. Les rares fois où ils étaient seuls étaient inconfortables. Elle aimait beaucoup le taquiner, semblant apprécier le mettre mal à l’aise, un point commun qu’elle partageait avec son frère d’ailleurs, et ne s’en cachait pas.

Elle était aussi la reine d’Hyrule et lui l’ambassadeur de Lorule, ce qui donnait une dimension professionnelle et même diplomatique à leur relation. Une distance parfois froide qui les éloignait.

Et maintenant, il la baignait pour rafraîchir son corps et la nettoyer de la sueur provoquée par sa température élevée, lui donnait la becquée et la portait aux toilettes.

Les moments où il se contentait de la veiller, il s’accoudait à la fenêtre, un livre dans les mains ou discutant avec Shiro, comptant les minutes qui passaient.

Il lui arrivait que ses pensées s’égaraient, alors il apposait son front contre la vitre, observant la vie à l’extérieur et se plongeait dans ses réflexions.

Une fois ou deux, il regretta de ne pas avoir la possibilité de contempler son amoureux dans ses atours de reine, et plus encore lorsqu’il mentionna la présence d’un corset parmi les mesures nécessaires, grognant sur l’inconfort de ce truc et à quel point ça réveillait certaines vieilles douleurs et la crise d’angoisse que ça avait failli déclencher.

Quand le temps était trop long, il s’autorisait à fermer les yeux et de s’imaginer Link dans les robes de sa sœur et lui l’aidant à les retirer, jouant avec les attaches et lui volant des baisers, son air bougon fondant pour ce petit sourire timide qui apparaissait quand il était le plus entreprenant des deux.

Mais ce n’était qu’une rêverie qui n’aurait aucune réalisation concrète, Link ne pouvant se permettre de quitter le château dans son déguisement et revêtait sa tenue habituelle pour rentrer, et il restait peu de temps, juste pour prendre des nouvelles et se détendre dans ses bras, volant un peu de temps rien qu’à deux, vociférant sur tout ce qu’il n’avait pas pu faire ou dire dans cette comédie montée de toutes pièces.

Au moins, et contrairement à ce que craignait la vieille Sheikah, il avait été capable de prendre sur lui et après avoir prétendu une extinction de voix afin de ne pas élever de soupçon sur son soudain mutisme, tout s’était plutôt bien passé dans l’ensemble. Il y avait bien quelques soupçonneux, mais personne ne s’imaginerait que les jumeaux aient pu échanger leurs rôles, surtout avec des personnalités aussi distinctes. Au mieux, ils penseront à une doublure, une servante enrôlée de force.

Quand Zelda put s’appuyer d’elle-même contre la tête de lit, ce fut un soulagement, bien qu’ils ignoraient lequel exactement. La fin de ce tour ? La guérison de la reine ? Le retour à la normale ?

Impa fut spécialement envoyée à la fermette pour l’examiner et déterminer s’ils continuaient ou si tout cela était fini.

Et, heureusement, ce fut le cas.


— Je suis vraiment navrée pour tout le dérangement que mon état a causé, déclara Zelda.

Deux semaines s’étaient passées.

Les jumeaux avaient pu échanger de nouveau leurs places une fois la cadette capable de se déplacer. Son état de santé avait été rendu officiel, et avec l’annonce de l’aphonie la semaine précédente, ça n’avait pas été une surprise, le mensonge étant gobé sans effort.

Link avait pu retrouver son chez-lui, bouillonnant presque sur place, mais finit par s’écrouler dans son lit, dormant pendant pratiquement une journée complète, ce qui inquiéta partiellement Lavio mais comme il n’avait pas l’air malade, il se rassura en concluant que c’était juste de l’épuisement nerveux. Il se permit même de profiter de la situation et de se glisser sous ses couvertures pour une petite sieste dans ses bras, se sachant trop timide pour le réclamer et Link trop rigide pour n’oser qu’y penser.

Ils passèrent d’ailleurs la première semaine à se dorloter mutuellement, comme pour rattraper tout ce temps séparés et occupés, puis avaient repris leurs vies là où ils l’avaient mise entre parenthèses.

Et c’était suite à ça que Zelda leur avait payé une visite, comme elle le faisait auparavant, pour prendre des nouvelles et leur assurer de son complet rétablissement.

— Je te serais éternellement reconnaissante pour tous les soins que tu m’as apporté, mon cher beau-frère, le taquina-t-elle.

Loin de s’offusquer cette fois, le concerné se contenta de lever les yeux au ciel, contrairement à son voisin de table qui s’étrangla avec son morceau de brioche, devant les quitter pour tousser tout son saoul dans le jardin.

— T’en manques pas une, commenta Lavio.

— Une occasion manquée est une occasion regrettée, énonça-t-elle doctement. Et je suis en train de me rendre compte qu’il est plus amusant de tourmenter mon frère que toi. En tout cas, quand il s’agit de votre relation.

Elle se râcla légèrement la gorge et reprit, fixant sa tasse, les pommettes roses.

— J’aimerais en profiter pour te remercier véritablement pour tout ce que tu as fait. Je n’étais pas dans un état très… convenable et tu n’as pas profité de la situation, d’une manière ou d’une autre, et pris à cœur ta mission.

Elle aperçut une main couvrir la sienne, sa chaleur sourdant à travers son gant.

— Comme tu l’as dit, nous sommes une famille, d’une certaine manière. Je n’allais quand même pas laisser ma belle-sœur macérer dans sa crasse au risque d’empirer son état. Mais je ne vais pas prétendre le contraire, c’était très bizarre. Et j’espère ne jamais avoir à le refaire.

Link revint, la gorge dégagée mais les oreilles encore bien rouges et se rassit, évitant soigneusement le regard malicieux de sa jumelle.

Elle resta un peu moins d’une heure, en tout, encore faible suite à sa longue fièvre, et les salua d’une étreinte appuyée, faisant râler son frère et rire son locataire.

Quand ils se retrouvèrent de nouveau seuls, ils échangèrent une œillade avant de se câliner à leur tour, leurs lèvres se retrouvant.

— Dis donc, c’est moi ou tu as le front bien chaud, M. le Héros ?

— Euh…

Mais il n’eut pas le temps de se trouver une excuse qu’il fut renvoyé au lit par un Lavio intransigeant, malgré ses tentatives pour prouver qu’il n’y avait rien à craindre. C’était peut-être seulement de la fatigue ?

Ou la même maladie que sa sœur.

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