Sicktember 2022

Sicktember 2022 – « Super. Maintenant, j’ai tes microbes partout sur moi. » 5/30

La journée avait commencé normalement, à la base.

Link s’était réveillé de mauvaise humeur après avoir très peu et très mal dormi, les cauchemars le secouant plus fortement qu’une décharge électrique de Blob Buzz, ce qui ressemblait à une nuit classique depuis qu’il avait réveillé le Poisson-Rêve. Techniquement, il pouvait utiliser la plage horaire qu’il voulait pour dormir, il avait essayé d’ailleurs, mais il se le refusait, s’étant rendu compte que ça n’améliorait rien et qu’en plus, il se retrouvait décalé et sans le moindre repère temporel.

Il avait descendu l’escalier d’un pas lourd et somnolent, s’accrochant à la rambarde comme à une béquille, et s’était écroulé sur une chaise de la cuisine.

D’ordinaire, Lavio se réveillait bien avant lui et préparait donc le petit-déjeuner à cette heure, le saluant d’une voix bien trop guillerette pour sa propre amertume matinale, lui servant une tasse de café et le laissant tranquille tant qu’il ne l’avait pas fini.

Mais pas ce matin.

Quand Link passa le seuil de la porte, la cuisine était aussi froide et vide qu’elle l’était deux ans auparavant, avant ce jour où Guly était venu le réveiller pour le traîner à la forge où le capitaine des gardes avait oublié son épée et qu’il dut lui courir après pour la lui rendre. Le jour où Lavio l’avait trouvé assommé contre le mur du sanctuaire et l’avait traîné jusqu’à sa maison, ignorant que c’était elle.

N’importe quelle autre heure de la journée, il se serait contenté d’hausser un sourcil et de démarrer le feu pour préparer le repas, mais il était réveillé depuis moins d’une heure, après avoir enchaîné des souvenirs où Marine lui était arraché, alors sa réaction se fit plus bileuse.

Il se leva promptement, balançant sa chaise au sol, et grimpa les marches deux à deux, se précipitant jusqu’à la porte où un lapin violet avait été dessiné. D’habitude, il le trouvait stupide et râlait sur le graffiti et les locataires qui se permettaient des libertés sans prévenir, mais cette fois, il le rassurait partiellement : Lavio n’était pas une invention de son esprit.

Mais ce n’était pas suffisant, alors il ouvrit la porte, l’envoyant frapper contre le mur, et entra avec la grâce d’un cheval au galop, se stoppant à côté du lit où une masse était visible.

La chambre était encore plongée dans le noir, la lumière provenant de l’ouverture de la porte lui permettant de se repérer.

—  Lavio ? Tu dors encore ?

Une violente quinte de toux plia en deux la silhouette couchée, pour toute réponse.

L’hylien tomba à genoux et tendit le bras, tâtonnant pour trouver le dos de son ami et le caresser lentement, l’incitant à prendre de profondes respirations afin d’éviter qu’il ne s’étouffe, puis l’aida à se rallonger.

— M. le Héros ? Quelle heure est-il ?

Sa voix était légèrement altérée et il s’étouffa un peu.

— C’est le matin, mais aucune importance. Depuis combien de temps est-ce que tu tousses comme ça ?

— Je ne tousse pas, maugréa-t-il avec la pire mauvaise foi possible.

— Et je suis la réincarnation d’Hylia…

— Déesse… croassa-t-il douloureusement.

Soufflant pour cacher son amusement, Link se pencha pour prendre sa température.

— Tu es brûlant et tu tousses. Autre chose ?

— J’ai mal partout, mais ça n’a sans doute rien à voir.

— Je vais faire le petit-déjeuner, tu veux manger quelque chose en particulier ?

— Pas faim. Je veux juste dormir.

La toux le secoua de nouveau, accompagnée de gémissements de douleurs. Il se roula en boule et Link le borda consciencieusement.

— Je vais te faire de la tisane avec du miel. Tu te sens capable de manger une pomme ? Je te la couperai en morceaux.

Il n’obtint pas vraiment de réponse mais fit comme si, quittant la chambre.

— Je laisse la porte entrouverte. Appelle… Gémis si besoin, d’accord ?

— Dégage.

Shiro surgit à ce moment-là, voltigeant autour de lui avec un air inquiet, le suivant alors qu’il retournait dans la cuisine qu’il avait quitté.

— Il va guérir, ne t’inquiète pas. Il va être à plat pendant quelques jours, mais je vais bien m’occuper de lui, d’accord ?

Link ramassa la chaise tombée plus tôt et s’accroupit devant le poêle, y allumant le charbon entassé. Il devait préparer rapidement un repas qu’une personne malade à la gorge irritée pouvait ingurgiter sans empirer son état.

Shiro s’était installé à une étagère plus haut, le surveillant alors qu’il mettait de l’eau à bouillir et fouillait les livres de recettes de son oncle à la recherche de plats adaptés. Il finit par se percher sur son épaule, lui picorant faiblement la tête pour attirer son attention.

— J’imagine qu’il n’a pas pu te nourrir ?

Un claquement de bec.

— Et que tu n’es pas capable de m’indiquer ce que tu es sensé manger ?

Autre claquement de bec.

— Lavio aura ma peau, grommela-t-il en se couvrant les yeux de la main. Bon, sers-toi et pas un mot, compris ?

L’oiseau sauta sur le plan de travail, l’air un peu trop heureux de la situation, et alla frôler d’une aile le paquet de noix qui s’y trouvait.

— Pas d’entourloupe, je sais très bien qu’il ne t’en donne qu’avec parcimonie. J’ai déjà un malade sur les bras, je ne vais pas m’en coltiner un second, le sermonna-t-il en fronçant les sourcils.

La bouilloire l’appela et il put se servir son premier café puis préparer la tisane promise, ajoutant le miel fabriquée par les petites abeilles de son verger. Sortant un plateau, il l’y plaça ainsi qu’une assiette, deux belles pommes et un couteau.

Il n’était pas très bon pour s’occuper des gens, encore moins quand ils étaient malades – manque d’habitude, blâmez-le pour ça – donc Link partit du principe qu’il valait mieux en faire trop que pas assez, même s’il savait que ça risquait de fatiguer Lavio. Il tenta d’imaginer la situation inversée mais échoua. Il avait tendance à le repousser et à s’enfermer dans sa chambre, ce qui réduisait les interactions.

Shiro pépia, frôlant cette fois un sachet qu’il avait déjà vu entre les mains de son homologue, ce qui lui inspira un peu plus confiance. Il y retrouva d’ailleurs le mélange de graines que l’oiseau éparpillait parfois dans la demeure, quand il était mécontent.

— Je vais te servir complètement au hasard, alors ne fais pas de folie, bien compris ?

À une époque, il se serait senti ridicule d’essayer de dialoguer avec une forme animale, mais c’était Shiro. Lavio lui parlait constamment, paraissant même établir un dialogue avec lui, alors il avait pris le pli et ne s’en offusquait plus, même s’il s’assurait de le faire avec un nombre réduit de témoins. Tout seul, c’était encore mieux.

Après avoir établi une mangeoire de fortune, il retourna à son plateau, tentant de boire son café mais il n’avait pas assez refroidi et se retrouva avec la langue brûlée.

Cette journée était vraiment bénie par les déesses…

Le malade n’avait pas bougé du lit quand il le rejoignit, toussant de temps en temps.

— T’étais pas obligé, marmonna-t-il.

— Je ne suis pas assez cruel pour te laisser mourir de faim. Mais ne t’attends à rien de bien élaboré, nous connaissons tous les deux mes aptitudes dans le domaine.

Le petit rire qu’il lui arracha lui parut tellement douloureux qu’il regretta aussitôt son trait d’humour.

— J’ai nourri Shiro, c’est donc ton tour maintenant !

Link l’aida à s’installer confortablement contre la tête de lit, plaçant des oreillers supplémentaires dans son dos, le plateau sur la table de chevet.

— Je peux ouvrir les volets ? Et les fenêtres ? J’aimerais éviter de m’amputer ou que tu t’ébouillantes.

— Fais donc…

L’air frais emplit la chambre, comme un soulagement, mais l’apparence épuisée de Lavio le surprit.

— As-tu seulement dormi, cette nuit ?

— De-ci, de-là.

Tirant une chaise avec lui, Link s’assit à côté du lit et posa le plateau sur ses genoux, tendant la tasse à l’alité qui la reçut avec un soupir de soulagement et entreprit de découper la première pomme en tranches.

— Oh, tu peux leur donner une forme de lapin ?

— De… lapin ?

Son obsession pour les lapins l’avaient toujours rendus perplexes, mais il ignorait que ça s’étendait à la nourriture.

— Tu ne connais pas ?

— Jamais entendu parler. Tu m’expliques comment faire ?

Sirotant sa tisane, il lui indiqua comment procéder tout en picorant les portions, et bien vite naquit des petits lapins un peu boiteux mais ils reçurent un accueil enthousiaste bien qu’enroué.

Quand Link remarqua les frissons, il alla refermer les fenêtre et sortit une couverture supplémentaire qu’il déposa sur ses épaules.

— Tu en veux encore ?

— Non, je suis calé. Mais je dois aller à la salle de bain, maintenant.

Docilement, Link partit à la recherche de ses chaussons sous le lit puis les lui enfila, l’aidant à se relever et le surveilla de loin.

Laissé seul, il finit sa propre boisson chaude et changea les draps après s’être rendu compte de leur état, retapant les oreillers. Il en profita pour faire de même dans sa chambre, toujours l’oreille à l’affût afin de réagir au moindre gémissement ou bruit de chute.

— Je vais faire la lessive, tu souhaites rajouter quelque chose ou tu as déjà tout jeté ?

— Ça devrait être bon, lui parvint sa voix étouffée.

Il bazarda le tout par-dessus la rampe et s’y appuya, patientant. Il se redressa quand la porte se rouvrit, Lavio se tenant à son chambranle, l’air épuisé mais moins suant, et l’aida à retourner se coucher.

— Si tu veux t’allonger en bas, il faudra attendre que tu reprennes des forces, pour le moment tu vas devoir rester ici. Tu veux de la lecture ou ton ouvrage ?

— Dormir. Pour le moment, je veux surtout dormir.

Il le borda de nouveau et tira les rideaux pour atténuer la luminosité, Shiro les rejoignant à ce moment-là, pépiant joyeusement et se frottant contre son visage, agitant ses ailes. En réaction, ils sourirent tous les deux, attendris par son spectacle.

— Je suis là, tout va bien, s’amusa le malade.

Ses paupières s’alourdissaient très clairement et il marmonna encore un peu avant de sombrer dans le sommeil, une main reposant sur l’oiseau.

Link se pencha, attirant son attention.

— Je te le confie ? Viens me chercher quand il se réveille ou s’il y a un souci, d’accord ?

Il fit claquer son bec, retournant son attention à son maître.

Rassuré à ce sujet, l’aventurier alla récolter le reste du linge et l’envoya rejoindre celui déjà répandu dans le salon. Il vaqua aux différentes corvées, restant sur ses gardes malgré lui. Les vieilles habitudes lui menaient la vie dure.

Il prépara une grande quantité de compotes, conscient que Lavio allait avoir du mal à déglutir si son diagnostic était bon. Il tentera peut-être des recettes de bouillons ou de soupes, mais il se sentait moins confiant. Il lui demanderait son avis d’abord.

Le vol agité de Shiro le sortit de ses pensées et il abandonna aussitôt la cuisine, courant de nouveau dans l’escalier et surgissant dans la chambre. Il n’y avait jamais été autant, d’ailleurs.

— Essoufflé, M. le Héros ?

— À peine, haleta-t-il. Besoin de quelque chose ?

— Je viens juste de me réveiller. Shiro a dû prendre peur quand j’ai toussé, rit-il.

Rassuré, il se gratta le crâne, se rendant compte qu’il avait un peu surréagit en accourant aussitôt.

— Comment va ta gorge ?

— J’ai l’impression d’avoir avalé une poignée de clous rouillés.

— Ah, c’est là qu’ils étaient passés !

Il prit un air innocent en réponse au regard plat et pas du tout amusé.

— Je peux t’apporter un pot de miel, sinon je suis en train de faire de la compote, je peux aussi te préparer une infusion…

— M. le Héros, j’ignorais que tu étais une telle mère poule !

Son rire s’étrangla en une toux qui le secoua profondément sous les yeux de Link qui se maudit pour son inutilité.

— Miel, croassa-t-il.

Il n’avait jamais autant couru dans sa petite maison et il n’avait jamais eu autant l’impression qu’elle était trop grande.

Il ouvrit le pot avec des mains tremblantes, une cuillère dans l’une d’entre elles qu’il plongea dans le liquide ambré puis porta à la bouche de son locataire qui l’observa faire avec un sourcil haussé. Mais il n’eut pas le temps de s’en défendre qu’une autre toux surgit, l’étouffant sur la cuillérée de miel et en projetant des gouttes un peu partout.

Quand il s’en rendit compte, Lavio en était mortifié. Link le fixait, cillant sous la surprise, des tâches sucrées sur le visage, les cheveux, les vêtements… Il était loin d’avoir été épargné.

— Oh Lolia, je suis vraiment désolé, balbutia-t-il.

— Je me vengerai quand ce sera mon tour, se contenta-t-il d’annoncer en remplissant une autre cuillère et la lui tendant.

Évidemment, il n’en fit rien.

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