L'affaire Caméléon

L’affaire Caméléon – 3/?

– À votre avis, James, lorsqu’un couple se fait remarquer lors d’un évènement, lequel des deux attire l’attention le plus longtemps ?

– La femme. Jalousée par les autres, désirée par les uns.

– Sans aucun doute.

Dans la salle de bain de leur chambre d’hôtel, elle fit glisser son bas le long de sa jambe, alignant les motifs avec soin.

– Donc, vous comptez faire diversion, reprit-il.

Il était dans leur chambre, à s’habiller avec soin.

– En ne nous faisant que plus remarquer. C’est là que réside tout mon art.

– Votre art ? Releva-t-il. M en a fait mention une fois ou deux, sans entrer dans les détails.

– C’est dans mon dossier. Demandez à miss Moneypenny, elle devrait rapidement vous répondre.

– Vous ne souhaitez pas en parler ?

– Vous connaissez déjà mon avis sur les secrets. Ce n’en est qu’un de plus.

Son rire s’éleva légèrement derrière la porte close, accompagné du tintement de ses multiples bracelets. Ou cela provenait de la flûte du Champagne commandé plus tôt.

– Débusquer des secrets, c’est mon métier.

– Vous êtes un assoiffé, James.

– Peut-on me le reprocher ? Les secrets attirent les humains.

Le verrou se fit entendre à nouveau mais la porte ne s’ouvrit pas pour autant.

– Quelques chose contre les rousses ?

– Ce n’est pas quelque chose que je reproche aux gens.

– Parfait.

Elle sortit enfin de la pièce, ses nouvelles boucles rousses retenues dans une coiffure soignée composée de plusieurs chignons. L’entrelacs compliqué à son oreille droite attirait le regard et brillait de mille feux. Sa robe crème était brodée avec soin et recouvrait son cou et le haut de sa poitrine, laissant les épaules et les bras nus.

Et, au milieu de tout ça, le jade de ses yeux n’en semblait que plus éclatant, maquillé très sobrement, parmi tout ce clinquant.

– Ça devrait faire l’affaire, commenta James.

– Mufle, s’amusa-t-elle. Vous êtes aussi séduisant qu’à l’ordinaire.

– Tant d’efforts réduis à néant, soupira-t-il dramatiquement.

Ce fut de bonne humeur qu’ils rejoignirent la voiture, se taquinant avec gaminerie.


Pour le moment, le plan se déroulait sans accro.

Leur entrée avait fait sensation, comme prévu la beauté flamboyante de la jeune femme attirait l’œil sans effort, permettant à l’agent de se glisser dans les ombres, communiquant à l’aide d’oreillettes.

Attirer l’attention n’était pas bien difficile pour elle. Elle était née pour ça. Elle avait été créé pour ça.

« Un groupe à s’occuper » indiqua subitement James.

Il ajouta leur localisation avant de clore la communication.

Affichant un sourire suggestif, la jeune femme rajusta sa coiffure et s’approcha des cinquantenaires agglutinés, les charmant tour à tour.

« Merci » souffla son collègue en se glissant dans leurs dos.

Elle se contenta de minauder auprès de son voisin.


– Migraine, James ? La salua-t-elle.

Le dossier récupéré plus tôt avait été remis à Q et ils avaient obtenu des congés. Mais il fallait bien revenir.

– Avec deux sucres, merci.

– Aviez-vous bu, hier ?

Elle sourit, se rapprochant, avant de se figer lorsqu’il releva la tête. L’agent avait les yeux rouges et les traits tirés. Il restait séduisant malgré tout, donc l’essentiel restait sauf.

– J’ai de l’aspirine ? Vous en voulez ?

Sa voix s’était adoucie, craintive. Elle fouillait dans son vaste sac en bandoulière, à la recherche d’une bouteille d’eau en plus des comprimés mentionnés. Elle les lui tendit une fois dénichés.

– Ça devrait être rapide. Ne vous inquiétez pas, je ne l’ai pas empoisonné, plaisanta-t-elle.

– Je vous fais confiance.

Ils fixèrent le phénomène d’effervescence un instant.

– Vous ne m’avez toujours pas donné votre nom, reprit l’agent. Ça commence à être gênant, vous savez.

– Vous avez connaissance de mon titre, n’est-ce pas suffisant ?

– Je suis quelqu’un d’avide, c’est mon moindre défaut. Et vous évitez la question, une fois de plus.

Elle soupira et se fit une raison alors qu’il buvait le mélange immonde qui allait apaiser sa migraine.

– Camelle, souffla-t-elle.

– Je vous demande pardon ?

– Agent K.M.L ou Camelle. Ou même n’importe quel dérivé de ce prénom.

Face au sourcil haussé qu’il lui adressa, elle s’expliqua :

– Nul ne connaît ma réelle identité. Moi compris.

Elle lui adressa un sourire d’excuse.

– J’ai quasiment été élevé par le MI6. Le savoir m’est inutile. Alors, cette migraine ?

– En bonne voie pour disparaître.

– Parfait. Je vais vous laisser, Q demande à ce que je le vois.

Ils se saluèrent mais James remarqua qu’elle avait pris un chemin différent de celui menant à la section dirigée par le jeune quartier-maître.

Peut-être les toilettes ?


Dehors, la neige tombait en de délicats flocons mais finissait en une épaisse mélasse brunie par les saletés et la pollution.

– Bonjour 007 ! Comment allez-vous ?

– Mademoiselle…

Il lui tint galamment la porte et elle se glissa dans l’ouverture, le frôlant.

– La neige de Londres n’est pas des plus belles, soupira-t-elle.

Elle retira son bonnet à mailles serrées, secouant ses mèches afin d’en ôter les flocons égarés, dénouant sa longue écharpe immaculée à pompons.

Ses pommettes étaient rosies par le froid et son sourire était éclatant.

– Vous, par contre, vous l’êtes.

– Idiot.

Elle lui asséna un gentil coup à l’aide des gants de cuir qu’elle venait de retirer.

– Alors, ces migraines ?

– Plus une seule depuis la dernière fois. Votre aspirine a été très efficace. Vous vous promenez souvent avec des tubes sur vous ?

– En tout temps et en tout lieu. Ça peut toujours être utile, la preuve !

Ils s’écartèrent alors que des employés se pressaient dans la même direction qu’eux.

– L’agitation au sein du MI6… Je ne pensais pas assister à ça un jour… commenta-t-elle d’un ton pensif. Vous aussi, vous avez été convoqué ?

– C’est une convocation générale, leur annonça Q en arrivant derrière eux. Vous feriez mieux d’allonger le pas, les meilleures places vont être prises très bientôt.

Il les dépassa, buvant son café dans sa tasse préférée, ne leur prêtant plus aucune attention.

– Me permettez-vous de vous accompagner ? Offrit finalement l’agent en lui présentant son bras.

– Je doute que nous puissions y échapper, M a placé des gardiens aux portes.

Elle accepta son offre et ils reprirent leur route. Avant de s’arrêter à nouveau.

– Héléna !

– Gladys ?

« Camelle » s’était arrêtée pour observer la nouvelle venue, interloquée, lâchant subtilement le bras de James.

– Tu as entendu ce qui se passe ?

– Non, j’arrive à peine, raconte !

Délibérément ignoré, l’agent les suivit alors que les deux femmes reprenaient leurs marches.

– Le grand patron a organisé une réunion générale. Plus rapide qu’une note de service.

– À quel sujet ?

– Une menace, j’imagine… Quoi d’autre ?

La foule se fit présente, le brouhaha semblait faire vibrer les murs.

– James, vous survivez ? Murmura-t-elle à son oreille.

– J’ai retrouvé Q. Et vu sa compagnie, nous pouvons le rejoindre en toute impunité.

– Agoraphobe ? Je me remets tout à vous, James…

Ce dernier murmure lui provoqua quelques frissons, mais déjà ils fendaient la foule, après quelques saluts auprès de la secrétaire.

– « Héléna », donc ?

– J’aime parler, me tenir au courant. Pour elle, je ne suis qu’une autre secrétaire. Une collègue d’un autre service.

– Et vous avez d’autres identités au sein de l’agence ? Histoire que je m’y prépare.

Il n’obtint qu’un sourire mystérieux alors que M arrivait enfin, invitant au silence.

N’importe qui pourrait faire exploser une bombe ici-même, le MI6 serait anéanti. Littéralement.

À ses côtés, Q pianotait sur le clavier de son ordinateur, prenant le contrôle des écrans disposés de part et d’autres du hall, y envoyant les informations.

Lorsque arrivèrent les premières, Camelle se figea, les yeux écarquillés, avant de se reprendre. Mais elle avait été vue.

– Tout va bien ?

– Évidemment ! Pourquoi cette question ? Répondit-elle trop rapidement.

« Koda Kali » les coupa M.

Sur l’écran, un gros plan sur la photo tirée d’un article de journal.

C’était un homme proche de la trentaine, à la peau olive, aux yeux d’un bleu pur et portant un bouc noir soigneusement taillé.

– Ce jeune Grec est un requin de première. Il se trouve que ce monsieur a pour passe-temps de nous menacer.

– C’est faux, murmura Camelle.

Inconsciemment, elle serra le bras de James.

– Il n’est pas le premier, évidemment, mais il reste un adversaire de taille.

L’article fut remplacé par un autre. Une carte du monde comportant plusieurs épingles indiquant un cheminement.

– Tel un monstrueux poulpe, il a des tentacules partout.

– Kali Koda… on dirait une comptine… Kali Koda…

– Pas un seul continent n’échappe à ses ventouses visqueuses.

– Même pas l’Antarctique ?

James ricana mais la prise sur son bras se resserra, rendant ça d’autant plus douloureux.

Le jade devenait triste, ses épaules se voûtèrent.

– Il utilise des hackers pour s’immiscer dans les ordinateurs de dignitaires haut placés.

Pas de commentaire, cette fois.

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