Demande de quelqu’un de HO
Attablé, les couverts à la main, une serviette autour du cou, Alfred tentait de patienter. Pas facile à faire, son ventre essayait de communiquer avec lui depuis plusieurs minutes déjà.
Ce n’était pas tant le vacarme de son estomac qui le faisait se tortiller sur sa chaise-il y était habitué à force-mais l’odeur délicieuse qui s’échappait de la cuisine à la porte entrouverte. Et le regard de tueur de son vis-à-vis qui semblait vouloir le clouer sur place.
Hé ! Pour une fois qu’il ne s’était pas incrusté ! C’était Feliciano -et uniquement lui- qui avait décidé de sa présence à table. Alors, si son frère pouvait éviter de pourrir l’ambiance du repas à venir, ça pourrait être cool, merci bien.
-J’arrive ! Les prévint subitement le plus jeune.
Chantonnant joyeusement, il sortit de la pièce, un gros saladier dans les mains.
Chouette, ça allait commencer !
Jetant aux oubliettes l’espèce de crainte qui naissait en lui, Alfred offrait un large sourire à son petit-ami qui avait encore un peu de sauce sur la joue. Comment s’était-il débrouillé ?
En temps normal, il la lui aurait enlevée… du bout de la langue, peut-être… Mais il se contenta de le lui faire remarquer. Attendons d’avoir la panse remplie avant de choquer la famille !
Très bonne résolution, à laquelle il avait intérêt à se tenir.
Humant légèrement ce qui se trouvait dans son assiette, Alfred ne put s’empêcher de se lécher les lèvres, devant batailler contre lui-même pour ne pas se jeter sur son contenu, telle la misère sur le bas-clergé.
-J’espère que ça te plaira, lui souhaita Feliciano avec un petit sourire.
Aucun des deux ne fit la moindre remarque sur le grommellement indistinct venant de Romano. Sûrement une menace en son encontre, si jamais il osait critiquer les talents culinaires du cuisinier du jour.
-Si c’est toi qui l’as fait, je peux bien faire une entorse à mon régime alimentaire habituel !
De toutes façons, tant que je n’ai pas à goûter les échecs de Arthur, tout est bon à prendre…
Le silence se fit alors qu’ils faisaient honneur aux plats. Ou alors était-ce les plats qui leur rendaient honneur ?
-T’es vraiment un roi de la bouffe, Feli ! S’enthousiasma-t-il, des étoiles dans les yeux, la cuillère coincée dans la bouche.
Esquivant le regard meurtrier de Romano-comment osait-il appeler ça de la « bouffe » ?! C’était un manque de respect sans égal ! Alfred continua de complimenter son petit-ami sur ses dons en gastronomie.
-Tu exagères, répliqua celui-ci en se tortillant sur sa chaise, les joues rouges.
-Même pas besoin ! Assura Alfred. Je pourrais passer mes journées à me faire nourrir par tes mains !
-Parce que tu crois que mon frère n’a que ça à faire, nourrir un bastardo comme toi ? Cingla Romano.
-ROMA ! Tu avais promis ! Le lui rappela son frère.
Ronchonnant, il se calma, jouant avec ce qui restait dans son assiette. Malgré qu’il soit l’aîné, il n’était pas celui qui avait le contrôle.
-Excuse-le…
-Y a pas de mal, souffla Alfred, refroidi par l’éclat.
-Tu veux que je te resserve ?
N’osant plus l’ouvrir, il opina de la tête et tendit son assiette dans sa direction.
-Au moins, tu as bon appétit ! C’est très bon signe ! Babilla l’hôte.
À lui seul, il fit la conversation, à peine dérangé par quelques reniflements de la part de son auditoire.
Ce fut un repas bien long, pour le coup.
Une fois la dernière miette avalée, Alfred jaillit de sa chaise, aidant à débarrasser la table, voulant mettre le plus de distance et d’obstacles entre Romano et sa propre personne.
Si celui-ci voulait prouver qu’il ne l’aimait pas et que son frère valait mieux que lui… De toute façon, personne ne méritait Feliciano.
Resté à table, il surveillait les allées et venues, s’assurant qu’ils ne puissent rester trop longtemps l’un avec l’autre.
-Hé, bastardo, t’as qu’à faire la vaisselle, tant que t’y es !
Avec espoir, Alfred se tourna vers son petit-ami. Ils pourraient donc être entre eux, tranquille, dans leur petite bulle ! Bon, y avait plus sexy qu’un évier comme lieu de flirt, mais avec Romano, c’était mieux que rien…
-Même pas en rêve ! Râla celui-ci. Feli, tu restes avec moi !
C’est donc pour cela qu’il se retrouva les mains dans l’eau chaude, un tablier aux motifs stupides autour de la taille, et un air déprimé sur le visage.
-Galère, ronchonna-t-il.
Dans son dos, il pouvait sentir sans problème le regard perçant qui ne le quittait pas une seule seconde. Oui, bon, il allait pas non plus disparaître entre deux assiettes, merde ! Ni profiter un peu de la tendresse de son petit-ami, quelle tristesse…
-Tu exagères, grand-frère, soupira ledit petit-ami. Tu avais promis de ne pas t’immiscer au repas ! Tu avais même dit que tu avais quelque chose à faire !
-Le rendez-vous s’est annulé, grinça-t-il. Et je suis bien assez grand pour décider ce que je fais de mes journées ! Tu n’as pas à décider à ce sujet !
Un tantinet énervé, il planta son aîné sur place et sortit de la salle à manger, rejoignant la cuisine sans y faire attention, allant se coller contre Alfred qui cessa tout geste, un peu inquiet.
-C’est combien d’années pour un fratricide, déjà ?
