Foire à l'OS

Foire à l’OS – Italie du Sud & Pologne – Repérages 101/197

Demande de alili lunamoon


Les écouteurs enfoncés dans les oreilles, Romano soupirait.

Il était presque en rythme et allait bientôt faire tomber toutes les feuilles des arbres de la rue si il continuait.

Les cartes de visite dans ses poches lui tranchaient les articulations alors qu’il tentait de ne pas les froisser, il avait froid à force de rester immobile malgré son écharpe épaisse et ses mains dans les poches. C’était le bois du banc contre ses fesses et ses cuisses, son pantalon de toile était trop fin pour servir de barrière thermique.

Un énième frisson le secoua, provoquant un juron.

Franchement, il détestait son boulot.

Bon, uniquement lors de jours comme ça, où il faisait froid ou que la météo n’était pas au beau fixe. Sinon, c’était plutôt agréable de repérer les futurs visages, d’allumer des étoiles dans les yeux d’inconnus, de faire naître l’espoir…

Mais pour le moment, il rêvait surtout d’une tasse de café et de pâtisseries, son ventre devenant légèrement menaçant.

Un timide rayon de soleil vint l’effleurer mais il le délogea presque, se relevant brusquement afin de chasser les fourmis qui parcouraient ses jambes.

La mode des jeans slims, franchement…

Les portes du cinéma claquant dans un rythme quasiment régulier alors que la foule le quitte, discutant du film vu tantôt. Un obscur blockbuster où son frère tentera de le traîner, sans doute…

Mais déjà son esprit passe au crible l’amas d’inconnus, analysant rapidement visage, posture, taille… Rater une occasion serait encore plus rageant que laver un pull cachemire trop chaud…

La foule s’étiole lentement, s’éparpillant vers les boutiques, les parkings et le fast-food, mais rien.

Il allait devoir changer de point de vue, la prochaine séance n’aura aucun intérêt.

Romano entreprit de remonter la rue commerçante, jetant quelques coups d’œil aux vitrines afin de sélectionner un meilleur point de vue. La matinée était déjà derrière lui, il préférerait que l’après-midi ne la suive pas.

Le sol pavé résonnait des coups de talons, l’assourdissant mais ne le stoppant pas pour autant. Jusqu’à ce qu’un piétinement se fasse plus bruyant et qu’un juron soudain ne l’interpelle.

– Putain d’chaussures à talons !

Cette déclaration toute en finesse et en délicatesse décrocha des sourires à ceux ne grimaçant pas suite à cette « vulgarité » de la part de la blonde en équilibre instable.

Il n’allait pas lui jeter la pierre, possédant lui-même un attrait prononcé pour l’argot. Mais il devait surveiller sa langue dans le cadre de son travail. Le perdre pour un mot malheureux serait stupide.

– Tout va bien mademoiselle ?

Secourable, il lui tendit une main, bien qu’elle se tienne encore debout, ce qui fit qu’elle haussa un sourcil moqueur. Que voulait-t-il faire de cette main ?

Des jurons alourdirent sa langue mais il se reprit et sortit un carton de sa poche, le lui tendant.

– Je suis Romano Vargas, chasseur de tête ou scout, si vous préférez, et votre profil m’intéresse beaucoup.

Le discours sort sans effort de ses lèvres, répété constamment à des dizaines d’inconnues par mois, presque sans âme.

Elle ne répond pas, pioche la carte de visite, la scrute de son regard émeraude puis revient sur lui, l’air froid.

Pas vraiment emballée.

Mais Romano avait la tête plus dure que du granit et l’arrière-train refroidit.

– Une silhouette et un visage comme les vôtres, c’est exactement ce qu’on recherche !

Mais toujours rien.

– Évidemment, ce n’est pas une décision à prendre à la légère et je ne m’attends pas à ce que vous choisissiez maintenant. Rappelez-moi à ce numéro dès que vous l’avez arrêté, d’accord ? C’est le mien, il n’y a pas d’intermédiaire. Qu’en dîtes-vous ?

– Genre. C’est la pire approche de drague du monde.

Le rictus moqueur parut enlaidir le visage angélique.

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