Sohane (étoile): Seychelles / Bieke : Belgique / Siobhan : Gaule
Demande de Yuu Kirkland
Inconscients du regard de Francis sur eux, Feliciano et Sohane pépiaient gaiement, s’émerveillant comme seuls les enfants savaient le faire.
Pelles, seaux et moules étaient abandonnés, oubliés depuis longtemps par les deux petits qui se focalisaient sur leur nouvelle amitié.
S’en amusant, leurs parents respectifs les couvaient du regard mais ne vinrent pas les déranger. Ils étaient si mignons, comme ça ! Et puis, ce n’est pas comme si ils étaient les seuls enfants qu’ils avaient…
-Romano, descend de cet arbre ! Glapit Romulus à son acrobate de fils.
-Bieke, ne mange pas le sable, la gourmanda Siobhan.
-FELI’ ! On est dans la même classe !
La jeune fille s’arrêta à temps devant son meilleur ami, à bout de souffle d’avoir couru et hurlé à travers la cours.
Autour d’eux, les petits nouveaux les fixaient bizarrement tandis que ceux qui connaissaient les phénomènes soupiraient, blasés par avance.
Le dénommé Feli’ sauta au cou de son amie, exprimant sa joie à son tour.
-Prêt à rendre cette 4e inoubliable ?
-Prête à faire tourner en bourrique tout le collège ?
-Mieux que ça, très cher, l’établissement entier !
-Hou~ Même le lycée ?
-Même le lycée !
-Même la cantine ?
-Même la cantine !
Ils se fixèrent, un sourire tordu aux lèvres, se cognant le front avec habitude.
Romano leur passa à côté, collant une claque à l’arrière du crâne de son frère qui cessa son petit eu pour chouiner faussement, appuyé par son amie qui le consola avec habitude.
Et, tels qu’ils l’avaient prévu, l’année scolaire ne se passa pas sans heurt, troublée par les farces du duo diabolique qui savait faire parler d’eux sans se faire attraper pour autant. Mais tout le monde savait qui c’était.
-Tu es en retard, se moqua Sohane en lui ouvrant la porte. Encore avec Ludwig ?
-Oh, ça va, râla-t-il en entrant, les oreilles rouges.
Feliciano alla saluer Siobhan qui aidait Niek avec ses devoirs, avant de suivre son amie à l’étage, dans sa chambre.
-Allez, raconte, le poussa-t-elle. Il est toujours aussi coincé ?
Il tenta bien de prendre la défense de son petit-ami, mais il savait que c’était inutile, alors il laissa tomber et observa en grommelant son amie d’enfance se rouler par terre en se tenant le ventre.
-Oui bon, ça va, hein, tu veux qu’on parle peut-être du désert de ta vie amoureuse ? Marmonna-t-il en croisant les bras.
Sohane se contenta de lui tirer la langue. Être célibataire lui plaisait bien, de toute façon, alors elle n’allait sûrement pas prendre la mouche pour si peu !
Leur après-midi se partagea entre les rires et les prises de bec sur des broutilles, comme ils en avaient pris l’habitude avec les années. Et, une fois n’était pas coutume, leur entreprise s’étendit au point que Feliciano fut invité à rester pour la nuit. De toute façon, ce n’est pas comme si leurs parents respectifs avaient le choix. Ils pouvaient être plus têtus que des mules mortes, lorsqu’ils s’y mettaient. Et ils s’y mettaient assez souvent.
Les rideaux tirés, les couettes arrangées en une cabane improvisée, des torches allumées, nos deux compères gloussaient comme des enfants, repartis des années en arrière, lorsqu’ils perdaient encore leurs dents de lait.
Piochant dans des réserves de bonbons sorties de leurs sacs et de leurs poches, ils profitaient de leur pyjama party improvisée et de la tombée de la nuit pour reculer les barrières du bien parlé et de la décence, débattant sur des sujets obscurs ou très personnels, du genre qu’on dévoile pas dans la clarté du jour un peu trop accusatrice.
Des petits secrets honteux, des rumeurs loufoques, des projets démesurés, des rêveries absurdes…
Ils avaient beau avoir 16 ans, ils gardaient cette naïveté d’enfant, à ne voir que le bien et à vouloir repousser les limites imposées par le monde pour le rendre plus grand, plus beau… Plus.
-Les étoiles sont cachées, c’est nul, bouda faussement Sohane.
Elle s’était glissée hors de leur cabane de couvertures pour admirer le ciel par la fenêtre mais, manque de bol, la nuit était trop sombre… ou trop polluée. Peut-être, oui.
Dans son dos, Feliciano regardait lui aussi dans cette direction, mais il n’observait pas le ciel. Non, ses yeux était fixés sur le dos de son amie. Ça faisait étrange, comme sensation.
Ils étaient amis depuis la maternelle, au moins. Une amitié de bac à sables. Ils avaient toujours été ensemble, toujours tout fait ensemble. Toujours.
Mais là… la majorité leur tendait les bras. Le début des grandes études… Le monde du travail… L’âge adulte.
Un frisson le secoua et il releva la tête lorsque sa main fut enveloppée par une autre, lui transmettant de la chaleur.
-Ça n’a pas l’air d’aller, souffla Sohane.
Nul besoin de l’interroger, elle le sentait. C’était d’ailleurs ce qui l’avait poussé à le retrouver. Tant pis pour les étoiles ! En plus, elles les boudaient.
-J’ai peur, murmura Feliciano à son oreille. J’ai peur de grandir. De vieillir… De te perdre.
Elle l’enlaça, le serrant contre elle dans une étreinte confortable où il se nicha avec habitude.
-On ne se quittera jamais, promit-elle. Jamais.
