Aileas : Britannia / Romulus : Rome / Siobhan : Gaule / Tugdual : Celte ou Hibernie
Demande de Bankara.
Aileas resserra les bandes entourant ses poignets. Son protège-dents était déjà en place depuis un moment et ses gants n’attendaient qu’elle.
Depuis les vestiaires où elle se trouvait, elle n’avait aucun mal à entendre la foule hurler. Sans doute à cause de l’isolation foireuse et des combats précédents.
L’air avait ce goût acide de l’adrénaline et du sang, de la sueur et de la douleur.
Elle se concentra sur son échauffement plutôt que sur les sons que la porte ne parvenait pas à étouffer complètement. Aucun risque d’être troublé par les beuglements bovins des parieurs déchaînés, mais elle allait avoir suffisamment mal à la tête comme ça, à la fin de son propre match. Nul besoin de faire une répétition.
La porte s’ouvrit et se referma, bref instant durant lequel l’intensité sonore parut exploser, mais elle tressaillit à peine.
-Tu n’as rien à faire là, lança-t-elle sans se retourner.
-Allez, Aileas, tu sais que c’est du suicide pur et simple ! Mon poulain est en meilleure forme et plus entraînée que tu ne le seras jamais ?
-Elle se retourna vers l’intrus, clairement en rogne.
-Dégage Romulus. C’est pas demain la veille que j’accepterais de truquer un de mes matchs, encore moins pour toi et surtout pas contre Siobhan !
-Tu le regretteras, déclara platement le coach.
Il quitta rapidement la pièce, offrant un sourire gêné à Tugdual qui lui retourna à peine un regard.
-Ma championne est prête ?
-Tu serais arrivé dix secondes plus tard, je l’aurais utilisé comme punching-ball. Tu penses que tu peux le rappeler ?
Au lieu de lui répondre, Tugdual sourit et s’approcha pour l’embrasser chastement avant de brasser les feuilles accrochées à son porte-bloc.
-Les paris ne sont pas en ta faveur, ma belle.
-J’espère que tu as mis la main à la poche.
-Évidemment, depuis le temps qu’on parle d’un second voyage de noces, je ne vais pas laisser passer une occasion pareille !
Elle ne répondit pas mais leva les yeux au ciel.
-On n’y est pas encore, tu vas nous porter malheur.
-T’es la meilleure.
Le changement de ton la fit se retourner. Ce n’était plus son jeune mari mais son entraîneur, celui qui la suivait depuis presque dix ans, qu’elle avait mordu à la main alors qu’il la repoussait à cause de son sexe. Celui à qui elle avait ouvert les yeux puis son cœur.
Et qui lui avait brisé le nez, les dents et pas mal d’autres trucs.
-On y va, déclara-t-il.
Il tend son poing, contre lequel elle cogne le sien.
Remettant son protège-dents en place, elle le suit puis le précède, haranguant la foule sur son passage.
Sa chevelure rousse paraissait incandescente alors qu’elle braillait, tournant obligeamment le dos à son adversaire.
Siobhan et elle se connaissaient depuis le début de leurs carrières respectives et se vouaient une haine affectueuse mutuelle, chacune le rendant bien à l’autre.
S’installant dans le coin lui étant dédié, elle tira sur les lacets de ses gants, ses yeux brûlants de rage et de fureur contenues. Et un rien de plaisir saupoudrant le tout, son sourire prenant de l’espace sur son visage.
La démone du ring était en place. Le sang lui battait aux oreilles, la chaleur prenant son corps…
Au signal de l’arbitre, les coups s’échangèrent. La violence s’embrasa. Les cris éclatèrent.
Aileas ne voyait plus rien. Elle n’entendait plus rien.
Il y avait juste elle. Ses poings. Ses pieds. Et les gongs marquant les rounds.
Marquer la peau claire de bleu. Casses ses os. Lui faire ravaler son sourire. Ainsi qu’à son imbécile de coach.
La tension était à son comble mais aucune des combattantes n’en est éclaboussé, dans leur bulle. Une bulle de violence.
La tête penchée au-dessus d’un seau, elle recracha bile, sang et salive mêlés, toussant.
Dans son dos, Tugdual lui parlait, mais elle ne l’écoutait pas, concentrée sur sa gorge qui lui brûlait et son ventre qui faisait du trampoline. C’est dommage, le séjour avait été délicieux. Jusqu’à ce qu’une noix de coco pourrie lui torde les intestins et la force à alterner les passages entre la salle de bain et la chambre, sous le regard désolé de son mari.
– Qu’a dit le médecin ? Répéta-t-il.
– J’parle pas la langue, marmonna-t-elle en se lavant les dents.
Elle cacha son sourire dans la mousse du dentifrice alors qu’il partait dans des spéculations idiotes.
– Tu penses quoi du nom de Rhian pour notre premier fils ?
Crochet du droit…
