Foire à l'OS

Foire à l’OS – Biélorussie & Lituanie – 84/197

Natalya : Biélorussie / Toris : Lituanie

Demande d’un(e) Guest.


Natalya peignait ses cheveux depuis de longues minutes, les yeux dans le vague. Elle n’avait pas conscience des mèches qui s’accrochaient à son visage, ses mains et ses vêtements par le biais de l’électricité statique.

Ses yeux vides ne voyaient même pas son reflet dans le reflet dans le miroir. Elle était loin, très loin du moment présent. Où, exactement, elle n’en avait aucune idée.

C’était un monde de couleurs et de formes indistinctes, mais elle l’aimait. Il n’y avait personne là-bas pour juger ou mépriser, personne devant qui jouer les hypocrites d’une façon ou d’une autre. Juste la liberté, elle et les limites de son imagination.

Natalya ne créait aucune histoire, elle ne se berçait pas d’illusion ou ne vivait pas à travers des contes de fée.

Il lui était juste plus simple de naviguer à travers le quotidien en se réfugiant dans ces rêveries de couleur.

Le bruit de la brosse contre le rebord de sa coiffeuse parut la surprendre et la fit même sursauter.

Doucement, elle reprit conscience du décor, des meubles restreints et du blanc partout. Natalya avait parfois l’impression de vivre dans un monde de neige, mais avec des radiateurs.

Lentement, elle glissa son ruban et le noua autour de sa tête, souriant timidement à son reflet.

Ça tirait un peu sur ses joues alors elle arrêta rapidement, et tira sur les manches de sa robe. Elle frissonna un peu mais prit son mal en patience. Il n’allait pas tarder.

Cette pensée eut à peine le temps de s’effacer que la porte à sa gauche se referma dans un chuintement léger et un autre visage apparut dans le miroir.

-Bonjour Natalya.

-Bonjour Toris.

Le grand sourire chaleureux de l’infirmerie n’eut pas de réponse, le regard bleu restant glacé malgré tout.

-Tu veux bien tenir tes cheveux un instant, s’il te plaît ?

Sans un mot, elle obtempéra et glissa l’ensemble de ses mèches blondes sur son épaule, se penchant légèrement. Elle frissonna un peu mais ne répondit pas aux excuses de Toris pour ses mains froides. Il ferma la boutonnière rapidement puis replaça la chevelure, Natalya aussi réactive qu’une poupée de porcelaine entre ses mains capables.

Elle prit sa main et se leva de sa chaise, quittant la coiffeuse au profit du tabouret face à la table dressée.

Ce n’était qu’un plateau en plastique recouvert d’assiettes fumantes avec des couverts en plastique et un verre d’eau. Mais Toris aimait donner de jolies tournures de phrases pour modifier la vision des choses. Toute proportion gardée.

Avec son habituelle grâce, Natalya vida le plateau, écoutant la discussion de Toris avec un peu d’intérêt, répondant parfois.

Natalya Arlovskaya était une résidente aux rapports très calmes, presque ennuyeux, à se demander la raison de sa présence, mais l’équipe n’allait pas s’en plaindre, ça leur faisait une pause, en comparaison d’avec les autres.

Elle se laissait totalement faire, n’émettait jamais aucune remarque ou contrariété. Elle parlait si peu qu’on craignait une crise de mutisme ou qu’elle ne se renferme une bonne fois pour toute.

On ne savait que très peu sur elle, que ce soit par elle ou par son dossier personnel.

En-dehors des informations basiques (taille, âge, poids…), on ne trouvait rien, si ce n’est les quelques notes, indiquant les visites qu’elle avait reçu au début et qui devait être de sa famille comme le stipulait le règlement.

Mais il n’y en avait plus depuis cinq ans.

Le personnel plus ancien osait faire le parallèle entre l’arrêt des visites et celui des crises d’hystérie de la jeune femme. Et de son début d’apathie.

-Que dirais-tu d’une sortie ? Il fait très joli aujourd’hui, ça te ferait du bien, poursuivit Toris.

Il débarrassait la table pendant qu’elle se lavait les dents, évitant cette fois son regard dans le miroir. Il ne savait pas pourquoi, mais comme ça allait le reste du temps, il ne s’en formalisait pas.

Après s’être débarrassé des reliefs, l’infirmier lui tint les portes tout en saluant les résidents, enjoignant Natalya à l’imiter mais vainement.

Ce n’est qu’une fois dehors, le soleil caressant son visage et illuminant la blondeur de ses cheveux, qu’un léger sourire prit place et qu’elle eut presque l’air heureux, ce qui ravit son accompagnateur. La joie, même minime, semblait métamorphoser ses traits pour la rendre plus belle qu’elle ne l’était encore.

Toris l’admira pendant de longues minutes.

Puis, il lui tendit un couteau de cuisine, dérobé dans les ustensiles du bâtiment, et une photo couleur d’un homme.

Natalya le fixa longuement, impassible, avant qu’un large sourire dangereux ne prenne place : elle avait ses ordres.

Sous le regard complice de l’infirmerie, elle s’enfonça dans les buissons bordant le jardin et délimitant le terrain de l’asile, pour disparaître rapidement au loin, la photo froissée dans le verre de sa main.

Elle avait déjà fait un très bon travail avec sa famille, ç’aurait été dommage de gâcher ça…

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