Foire à l'OS

Foire à l’OS – Allemagne & Biélorussie – Obsession 96/197

Natalya : Biélorussie / Katyusha : Ukraine

Demande de Neo Molly


Natalya jeta un œil à la peinture près de la porte.

C’était une vieille toile peinte à l’huile, un peu maladroite, réalisée des années plus tôt.

Elle représentait un homme, blond aux yeux bleus, de trois-quart. Coupé en haut du buste, on pouvait apercevoir des muscles, promettant une carrure importante. Son regard est doux mais son air est strict. Sa mâchoire carrée est adoucie par un léger sourire.

-Aujourd’hui, je vais te trouver, déclara la jeune fille.

Elle enfila ses bottines et passa la porte, quittant son appartement.


Le tableau avait été réalisé des années plus tôt, devant son enfance.

Elle s’était réveillée en pleine nuit, haletante, puis s’était rendormie peu après, calmée. Le lendemain, elle avait griffonnée des visages pendant des heures sans en être satisfaite.

Alors, elle s’était faufilée dans la chambre de son frère pour lui emprunter ses affaires d’arts.

Et, ainsi, elle sculpta la peinture à l’huile comme elle avait pu voir son aîné faire, donnant naissance au visage de ses rêves.

-Un jour, je te trouverai, promit-elle au tableau.


Et, depuis, c’était ce qu’elle répétait chaque jour, telle un but à atteindre, ignorant les personnes inutiles à cette quête, s’isolant.

On la prétendait folle ou trop romantique, selon la personne à qui on le demandait, mais elle n’en avait rien à faire.

Elle le trouverait, elle en était persuadée.

Depuis ce songe, il ne lui avait plus rendu visite, ce qui avait gâté sa motivation, mais il en fallait plus que pour ça pour qu’elle baisse les bras !

Alors, elle serrait les dents et les poings, et haut les cœurs !

Il était certainement là, dehors, quelque part… À l’attendre, peut-être ? Oui, évidemment, il l’attendait forcément !

Elle avait eu quelques frayeurs lorsqu’on lui avait parlé de cas similaires au sien, sauf que les êtres visionnés n’étaient pas de la même époque que la personne charmée.

Et si c’était la même chose pour elle ? Que ce beau blond était mort depuis des décennies, des siècles, ou qu’elle-même ne serait qu’un tas de poussière lorsqu’il ouvrirait les yeux ?

Sa crise d’angoisse avait été si virulente que sa fratrie s’en était inquiétée. Devraient-ils mettre un frein à son obsession qui la rongeait, tel un acide virulent ?

Mais ils avaient décidé que non, lorsque Natalya avait eu une autre crise alors qu’ils abordaient le sujet.

Elle avait dû tenir le lit des jours durant, tirant sur ses cheveux et se griffant le visage et les bras, se cassant la voix à force de hurler.

Son ampleur fut unique en son genre, heureusement, mais les oreilles de Katyusha et d’Ivan vibrèrent pendant une bonne semaine.

-Crois-tu qu’un jour, elle passera à autre chose ? Soupira la jeune fille.

Son frère se contenta d’un haussement d’épaule.


Natalya se promenait dans un parc voisin de leur appartement, dévisageant les passants de façon insistante et s’arrêtant régulièrement pour observer la nature.

Ça puait la création humaine, les tentatives pathétiques pour donner l’impression que tout cela était des faits de la nature. Mais les plus anciens se souvenaient du grand terrain vague de leur enfance que la mairie avait fini par réhabiliter, histoire de semer un peu de vert au milieu de toutes ces habitations.

Et Natalya n’était pas plus dupe.

Mais Ivan l’avait sensibilisé à la beauté végétale, un peu involontairement, et elle savait capter les légers rayons de soleil frôlant un bouton d’or, un papillon coloré qui glissait dans les airs, un rouge-gorge sautillant parmi les pâquerettes.

Alors, elle leur offrait quelques secondes de contemplation avant de reprendre sa balade réglementaire.

Elle venait ici de temps en temps, suivant toujours le même schéma. À la moitié de son chemin, elle s’asseyait sur un banc un peu reculé qui lui assurait de la tranquillité tout en lui permettant de poursuivre son dévisagement.

Parfois, elle sortait un livre et se perdait entre les pages.

Mais pas aujourd’hui.

Elle avait entendu des rumeurs sur une extension au parc. Et elle voulait voir de ses propres yeux à quel point l’humain était stupide dans son ego.

C’est donc avec un sourire moqueur déjà en place qu’elle s’approcha des panneaux explicatifs et des barrières de sécurité.

Mais au lieu de rester sagement là à trouver des réponses toute seule, elle avisa un employé un peu plus loin, qu’elle interpella.

-Quelle monstruosité va voir le jour, cette fois ? Lança-t-elle.

Mais elle clôt bien vite la bouche lorsqu’il se tourna vers elle, un pli de contrariété lui barrant le front.

-Je ne vous permets pas, mademoiselle !

-Je suis bien assez grande pour me permettre toute seule, répliqua-t-elle automatiquement.

C’était lui. Et elle allait ramer pour se rattraper.

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