Le passé de pirate de Angleterre n’était un secret pour personne. Ses manières de ce temps avaient heureusement évolué jusqu’au gentleman de maintenant, mais certaines restaient, hélas.
-La plus grosse connerie sous l’emprise de l’alcool ? Répéta Arthur.
C’était une soirée qui avait succédé au G8 de la journée. Et boire un verre entre nations était toujours agréable. Enfin…
Angleterre réfléchit avant de piquer un fard énorme.
-Non, je ne vous le dirai pas, finit-il par annoncer en baissant les yeux.
Piqués par la curiosité, les autres le pressèrent de raconter, sentant l’aveu croustillant à dix lieues.
France finit par se pencher et lui glisser quelque chose à l’oreille, ce qui fit jurer son voisin outre-manche.
-Bon, comme on dirait que je n’ai pas trop le choix, reprit-il en glissant un regard furieux à Francis qui prit un air innocent, je vous demande de garder le silence, autant là-dessus que pendant que je raconte.
Il prit une longue inspiration avant de se lancer.
-C’était peu avant que je n’arrête la piraterie. J’étais allé rendre visite à Alfred et j’en ai profité pour faire le tour des colonies, histoire de voir comment les pionniers s’étaient installés. Et c’est là que j’ai… euh…
Il croisa les regards insistants. Même Amérique l’écoutait avec sérieux !
-J’avais fait une halte dans un saloon. Je laisse un peu traîner l’oreille et j’apprends qu’ils cherchaient à élire un nouveau shérif. J’ai dû avoir l’air intéressé, car ils m’ont proposé d’essayer, moi aussi. On était tous là, à regarder un quelconque guignol à chapeau qui énonçait les épreuves. Il fallait d’abord boire dix litres de whisky sans tomber à terre, puis tirer une balle entre les deux yeux d’un ours et enfin, violer une vieille femme Indienne.
À ces mots, Arthur porta son verre à ses lèvres, alors que les autres se regardaient entre eux. Qu’avait-il donc bien pu faire ?
-On devait être une dizaine à s’enfiler l’alcool. Ils ont fini par tomber comme des mouches, moi seul étais encore debout.
-Vu les bouteilles que tu t’enfilais sur ton navire, tu m’étonnes, marmonna entre ses dents Francis.
-J’ai foncé alors à la caverne de l’ours, reprit Arthur en le fusillant du regard. Il a poussé des rugissements terribles tout le long. Puis… euh…
Il frissonna avant de regarder ses collègues. Ils étaient pendus à ses lèvres.
-J’étais saoul, d’accord ?
Ils hochèrent docilement la tête.
-Je suis donc sorti de la caverne en titubant avant d’interpeller le public pour savoir où se trouvait la vieille Indienne, que je lui colle la balle entre les deux yeux…
Arthur enfouit son visage entre ses bras, les pommettes brûlantes.
Six statues le fixaient toujours (Canada était parti aussitôt après la réunion), jusqu’à ce que Francis éclate de rire.
-Tu… tu as violé un ours ? Balbutia Allemagne, passablement choqué.
Un geignement de fin du monde sortit des bras anglais.
